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Claude Millet (II) (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253160814
Éditeur : Le Livre de Poche (27/12/2001)

Note moyenne : 4.31/5 (sur 112 notes)
Résumé :
Mallarmé le dira : « Dans sa tâche mystérieuse », Hugo « était le vers personnellement ». Et plus encore que le vers, la poésie elle-même qu'il incarne sur près d'un siècle
une poésie ouverte à son univers intérieur comme à l'immensité de la Nature, aux fracas de l'Histoire comme à l'intimité de la famille. Car c'est le même , je qui dans l'oeuvre désigne l'individu, le citoyen et le prophète, et adresse au lecteur une parole où lui-même se retrouve: « Nul de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Tempuslegendae
  18 novembre 2012
Toujours les Odes, encore Victor HUGO…On a l'impression qu'à la lecture de son recueil, on parcourt aussi la marche du poète, ses progrès dans l'écriture, mais aussi l'élargissement de la perspective passéiste de ses premiers livres. Oui, son catholicisme coule sans retenue vers un déisme chrétien, et son culte monarchiste force à l'admiration de l'épopée napoléonienne. N'oublions pas que nous sommes en plein XIXème siècle.
«Les siècles, tour à tour, ces gigantesques frères,
Différents par leur sort, semblables en leurs voeux,
Trouvent un but pareil par des routes contraires.»
Il faut bien s'octroyer une remarque pertinente: les Odes profilent à merveille une image encore plus nette du poète, interprète de Dieu (j'évite ici de l'assimiler à un prophète, car les interprétations religieuses restent souveraines quelque soit le thème ou le personnage dont on parle), une figure exaltante pouvant ressembler à CHATEAUBRIAND (j'insiste) et à LAMARTINE. Un homme de lettre avait écrit sur lui: «La connaissance de sa vie est nécessaire pour comprendre ce génie tourmenté». Sans contestation possible, cela va sans dire. Mais aussi, Victor HUGO incarnait à lui seul la palette du génie: on y voyait la réalisation du peintre, la connaissance du philosophe, et incontestablement le savoir écrire du poète.
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raynald66
  24 novembre 2013
Beau livre de cent poèmes de Victor Hugo extraits de ses recueils de poêmes les plus célèbres : les contemplations, la légende des siècles, les chatiments, les orientales, ... A lire et relire avec plaisir
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Ewylyn
  07 décembre 2016
Après ma déconvenue sur Baudelaire, je me suis plongée dans un autre ouvrage de poésie, avec un auteur dont j'apprécie déjà le travail. Et je m'en sors plutôt bien, puisque j'ai beaucoup aimé cette lecture, intéressante et chouette comme découverte.
Cette fois-ci, j'ai retenu une bonne leçon : celle de lire une dizaine de pages par jour maximum. Je l'ai souvent dépassées, pas de ma faute, certains poèmes étaient courts et d'autres recueils me passionnaient davantage. Néanmoins, c'est très addictif et prenant, quelques poèmes me plaisent certainement plus que d'autres, mais cette anthologie a le mérite de présenter toute la diversité de l'auteur.
Le style de l'auteur est comme je l'aime, fluide, charmant. Tantôt sombre, vif, grinçant ; tantôt rêveur, nostalgique, doux, positif. J'adore le style d'écriture de Victor Hugo et dans ces poèmes, l'auteur revient sur plusieurs sujets. La politique, son aversion pour Napoléon III, la guerre, la Commune, la mort de sa fille, ses petits-enfants, la mythologie, la mort, la vie... C'est très varié, percutant, agréable à lire et prenant dans les réflexions faites. J'ai passé un super moment à découvrir les pensées de l'auteur.
L'anthologie est divisée en trois parties, avant - pendant et après l'exil. Avant l'Exil propose des poèmes plutôt joyeux, engagés certes, mais j'en garde un très bon souvenir avec Odes et Ballades, Les Orientales - mon recueil favori avec Les Contemplations et Feuilles d'Automne. L'art d'être grand-père est très amusant et touchant, j'adore la relation de complicité que Victor Hugo tisse avec Jeanne.
Il y a beaucoup d'émotions dans ces recueils, chacun d'entre eux est introduit avec de petites pages introductives. L'ouvrage est complet grâce à tous ces dossiers à la fin, une chronologie ou encore d'intéressantes explications en début d'ouvrage. Ca rend la lecture vivante, on a - à mon sens - une meilleure approche des poèmes de Victor Hugo, et sans les lire, les poèmes sont loin d'être obscurs grâce aux notes de bas de page. Je ressors de cette lecture avec un bon sentiment d'avoir voyagé, d'avoir vécu de belles émotions avec l'auteur engagé.
En conclusion, on est loin du coup de coeur, la poésie et moi, ça fera toujours deux... cependant, j'attire l'attention sur mon excellent ressenti une fois l'anthologie refermée. Victor Hugo a déjà une très belle plume en tant qu'auteur et j'ai été ravi de le découvrir en tant que poète. C'est un succès total, en raison des sujets prenants, de la plume vive et touchante de l'auteur. Je ne m'attendais pas à aimer autant cette lecture, ce fut une très belle découverte.
Lien : http://la-citadelle-des-livr..
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yuukikoala
  29 avril 2014
Bon, l'histoire commence bizarrement, parce que je m'attendais à ce que ça commence par Jean Valjean ou Gavroche, et pas du tout ! On commence par mon personnage préféré, Monseigneur Bienvenu, un évêque qui était trop adorable, j'ai vraiment adoré ce personnage, sage, calme, et bon. J'ai d'ailleurs retenu l'une de ses citations, bref, tout le long qu'on le voit, j'ai adoré les Misérables, et j'ai eut du mal à décrocher ! Après, on découvre Jean Valjean, que j'ai un peu plains, et puis ensuite, ce qu'il devient, mais là je me souviens plus de son nom d'emprunt, alors je dois juste dire que j'ai adoré ce qu'il faisait. Après, on rencontre Fantine que j'ai vraiment plains, parce que vu ce qu'elle fait, bah j'étais super triste. Surtout qu'elle fait ça pour Cosette. Et si je n'ai pas pu supporter les Thenardier... Je n'ai pas pu supporter Cosette non plus ! Elle est insupportable ! Je me souviens vaguement pourquoi d'ailleurs, ça doit être parce qu'elle se plains tout le temps y me semble.... Ensuite, pour l'écriture, je dois avouer que j'ai beaucoup aimé. Ok, y avait des looongs passages ou je me suis demandé pourquoi il trainait comme ça, mais j'ai quand même aimé, parce que y a des passages ou par exemple y a une sorte de suspens, ou alors des moments ou Hugo parlait au lecteur, ou alors, y a des passages comme celui que j'ai retenu à peu près, ou y dit que Fantina a appelé Cosette, Euphrasie, mais que comme tous les enfants, on l'appelle pas par son prénom mais par autre chose. Après, ce livre est une déchance pur, vu qu'on traine dans une France pauvre, et ça fait beaucoup mal au coeur j'ai trouvé. Je me demande si un jour je continuerais le tome 2, Cosette mais peut-être quand je serais plus grande, et quand j'aurais un vrai livre...
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Pchabannes
  12 février 2017
Par un étrange concours de circonstances, ce que la vie nomme la Providence, m'est offert le théâtre complet du Prince des Poètes, un beau volume de papier bible. Je feuillette et laisse le mouvement du monde choisir pour moi…Hernani…Les pénibles souvenirs scolaire s'effacent devant le souffle du génie, mon âme est emportée par l'élan du romantisme vibrant.
Quelle modernité ! Goutez cette réplique de Doña Sol à Hernani qui discourt sans fin (Acte I scène II)
"Quand aurez-vous fini de conter votre histoire ?
Croyez-vous donc qu'on soit à l'aide dans cette armoire ?"
Humour en alexandrins quand Donc Carlos dit aux Don Ricardo, Matias et Sancho (Acte II, scène II):
"Mes amis, vous allez la voir ! – Mais notre nombre
Va l'effrayer peut-être…Allez tout trois dans l'ombre,
Là-bas épier l'autre. Amis, partageons-nous
Les deux amants. Tenez à moi la dame, à vous
Le brigand.
Grand merci !" (répond Don Ricardo)
Et le summum du romantisme dans cette tirade de Doña Sol à son soupirant, le Roi, Don Carlos (Acte II, scène II)
"C'est un leurre. Et d'ailleurs, Altesse, avec franchise,
S'agit-il pas de vous, s'il faut que je le dise.
J'aime mieux avec lui , mon Hernani, mon roi,
Vivre errante, en dehors du monde et de la loi,
Ayant faim, ayant soif, fuyant toute l'année,
Partageant jour à jour sa pauvre destinée,
Abandon, guerre, exil, deuil, misère et terreur,
Que d'être impératrice avec un empereur !
Que cet homme est heureux" (répond Don Carlos) N'est-ce pas délicieux !

Lien : http://www.quidhodieagisti.c..
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
coco4649coco4649   14 janvier 2014
Le crapaud

Que savons-nous ? qui donc connaît le fond des choses ?
Le couchant rayonnait dans les nuages roses ;
C'était la fin d'un jour d'orage, et l'occident
Changeait l'ondée en flamme en son brasier ardent ;
Près d'une ornière, au bord d'une flaque de pluie,
Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie ;
Grave, il songeait ; l'horreur contemplait la splendeur.
(Oh ! pourquoi la souffrance et pourquoi la laideur ?
Hélas ! le bas-empire est couvert d'Augustules,
Les Césars de forfaits, les crapauds de pustules,
Comme le pré de fleurs et le ciel de soleils !)
Les feuilles s'empourpraient dans les arbres vermeils ;
L'eau miroitait, mêlée à l'herbe, dans l'ornière ;
Le soir se déployait ainsi qu'une bannière ;
L'oiseau baissait la voix dans le jour affaibli ;
Tout s'apaisait, dans l'air, sur l'onde ; et, plein d'oubli,
Le crapaud, sans effroi, sans honte, sans colère,
Doux, regardait la grande auréole solaire ;
Peut-être le maudit se sentait-il béni,
Pas de bête qui n'ait un reflet d'infini ;
Pas de prunelle abjecte et vile que ne touche
L'éclair d'en haut, parfois tendre et parfois farouche ;
Pas de monstre chétif, louche, impur, chassieux,
Qui n'ait l'immensité des astres dans les yeux.
Un homme qui passait vit la hideuse bête,
Et, frémissant, lui mit son talon sur la tête ;
C'était un prêtre ayant un livre qu'il lisait ;
Puis une femme, avec une fleur au corset,
Vint et lui creva l'œil du bout de son ombrelle ;
Et le prêtre était vieux, et la femme était belle.
Vinrent quatre écoliers, sereins comme le ciel.
– J'étais enfant, j'étais petit, j'étais cruel ; –
Tout homme sur la terre, où l'âme erre asservie,
Peut commencer ainsi le récit de sa vie.
On a le jeu, l'ivresse et l'aube dans les yeux,
On a sa mère, on est des écoliers joyeux,
De petits hommes gais, respirant l'atmosphère
À pleins poumons, aimés, libres, contents ; que faire
Sinon de torturer quelque être malheureux ?
Le crapaud se traînait au fond du chemin creux.
C'était l'heure où des champs les profondeurs s'azurent ;
Fauve, il cherchait la nuit ; les enfants l'aperçurent
Et crièrent : « Tuons ce vilain animal,
Et, puisqu'il est si laid, faisons-lui bien du mal ! »
Et chacun d'eux, riant, – l'enfant rit quand il tue, –
Se mit à le piquer d'une branche pointue,
Élargissant le trou de l'œil crevé, blessant
Les blessures, ravis, applaudis du passant ;
Car les passants riaient ; et l'ombre sépulcrale
Couvrait ce noir martyr qui n'a pas même un râle,
Et le sang, sang affreux, de toutes parts coulait
Sur ce pauvre être ayant pour crime d'être laid ;
Il fuyait ; il avait une patte arrachée ;
Un enfant le frappait d'une pelle ébréchée ;
Et chaque coup faisait écumer ce proscrit
Qui, même quand le jour sur sa tête sourit,
Même sous le grand ciel, rampe au fond d'une cave ;
Et les enfants disaient : « Est-il méchant ! il bave ! »
Son front saignait ; son œil pendait ; dans le genêt
Et la ronce, effroyable à voir, il cheminait ;
On eût dit qu'il sortait de quelque affreuse serre ;
Oh ! la sombre action, empirer la misère !
Ajouter de l'horreur à la difformité !
Disloqué, de cailloux en cailloux cahoté,
Il respirait toujours ; sans abri, sans asile,
Il rampait ; on eût dit que la mort, difficile,
Le trouvait si hideux qu'elle le refusait ;
Les enfants le voulaient saisir dans un lacet,
Mais il leur échappa, glissant le long des haies ;
L'ornière était béante, il y traîna ses plaies
Et s'y plongea, sanglant, brisé, le crâne ouvert,
Sentant quelque fraîcheur dans ce cloaque vert,
Lavant la cruauté de l'homme en cette boue ;
Et les enfants, avec le printemps sur la joue,
Blonds, charmants, ne s'étaient jamais tant divertis ;
Tous parlaient à la fois et les grands aux petits
Criaient : «Viens voir! dis donc, Adolphe, dis donc, Pierre,
Allons pour l'achever prendre une grosse pierre ! »
Tous ensemble, sur l'être au hasard exécré,
Ils fixaient leurs regards, et le désespéré
Regardait s'incliner sur lui ces fronts horribles.
– Hélas ! ayons des buts, mais n'ayons pas de cibles ;
Quand nous visons un point de l'horizon humain,
Ayons la vie, et non la mort, dans notre main. –
Tous les yeux poursuivaient le crapaud dans la vase ;
C'était de la fureur et c'était de l'extase ;
Un des enfants revint, apportant un pavé,
Pesant, mais pour le mal aisément soulevé,
Et dit : « Nous allons voir comment cela va faire. »
Or, en ce même instant, juste à ce point de terre,
Le hasard amenait un chariot très lourd
Traîné par un vieux âne éclopé, maigre et sourd ;
Cet âne harassé, boiteux et lamentable,
Après un jour de marche approchait de l'étable ;
Il roulait la charrette et portait un panier ;
Chaque pas qu'il faisait semblait l'avant-dernier ;
Cette bête marchait, battue, exténuée ;
Les coups l'enveloppaient ainsi qu'une nuée ;
Il avait dans ses yeux voilés d'une vapeur
Cette stupidité qui peut-être est stupeur ;
Et l'ornière était creuse, et si pleine de boue
Et d'un versant si dur que chaque tour de roue
Était comme un lugubre et rauque arrachement ;
Et l'âne allait geignant et l'ânier blasphémant ;
La route descendait et poussait la bourrique ;
L'âne songeait, passif, sous le fouet, sous la trique,
Dans une profondeur où l'homme ne va pas.
Les enfants entendant cette roue et ce pas,
Se tournèrent bruyants et virent la charrette :
« Ne mets pas le pavé sur le crapaud. Arrête ! »
Crièrent-ils. « Vois-tu, la voiture descend
Et va passer dessus, c'est bien plus amusant. »
Tous regardaient. Soudain, avançant dans l'ornière
Où le monstre attendait sa torture dernière,
L'âne vit le crapaud, et, triste, – hélas ! penché
Sur un plus triste, – lourd, rompu, morne, écorché,
Il sembla le flairer avec sa tête basse ;
Ce forçat, ce damné, ce patient, fit grâce ;
Il rassembla sa force éteinte, et, roidissant
Sa chaîne et son licou sur ses muscles en sang,
Résistant à l'ânier qui lui criait : Avance !
Maîtrisant du fardeau l'affreuse connivence,
Avec sa lassitude acceptant le combat,
Tirant le chariot et soulevant le bât,
Hagard, il détourna la roue inexorable,
Laissant derrière lui vivre ce misérable ;
Puis, sous un coup de fouet, il reprit son chemin.
Alors, lâchant la pierre échappée à sa main,
Un des enfants – celui qui conte cette histoire, –
Sous la voûte infinie à la fois bleue et noire,
Entendit une voix qui lui disait : Sois bon !

Bonté de l'idiot ! diamant du charbon !
Sainte énigme ! lumière auguste des ténèbres !
Les célestes n'ont rien de plus que les funèbres
Si les funèbres, groupe aveugle et châtié,
Songent, et, n'ayant pas la joie, ont la pitié.
Ô spectacle sacré ! l'ombre secourant l'ombre,
L'âme obscure venant en aide à l'âme sombre,
Le stupide, attendri, sur l'affreux se penchant,
Le damné bon faisant rêver l'élu méchant !
L'animal avançant lorsque l'homme recule !
Dans la sérénité du pâle crépuscule,
La brute par moments pense et sent qu'elle est sœur
De la mystérieuse et profonde douceur ;
Il suffit qu'un éclair de grâce brille en elle
Pour qu'elle soit égale à l'étoile éternelle ;
Le baudet qui, rentrant le soir, surchargé, las,
Mourant, sentant saigner ses pauvres sabots plats,
Fait quelques pas de plus, s'écarte et se dérange
Pour ne pas écraser un crapaud dans la fange,
Cet âne abject, souillé, meurtri sous le bâton,
Est plus saint que Socrate et plus grand que Platon.
Tu cherches, philosophe ? Ô penseur, tu médites ?
Veux-tu trouver le vrai sous nos brumes maudites ?
Crois, pleure, abîme-toi dans l'insondable amour !
Quiconque est bon voit clair dans l'obscur carrefour ;
Quiconque est bon habite un coin du ciel. Ô sage,
La bonté, qui du monde éclaire le visage,
La bonté, ce regard du matin ingénu,
La bonté, pur rayon qui chauffe l'inconnu,
Instinct qui, dans la nuit et dans la souffrance, aime,
Est le trait d'union ineffable et suprême
Qui joint, dans l'ombre, hélas ! si lugubre souvent,
Le grand innocent, l'âne, à Dieu le grand savant.
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raynald66raynald66   25 novembre 2013
VICTOR HUGO : QUIEN NO AMA NO VIVE (Recueil les feuilles d'automne)

Oh ! qui que vous soyez, jeune ou vieux, riche ou sage,
Si jamais vous n'avez épié le passage,
Le soir, d'un pas léger, d'un pas mélodieux,
D'un voile blanc qui glisse et fuit dans les ténèbres,
Et, comme un météore au sein de nuits funèbres,
Vous laisse dans le coeur un sillon radieux ;

Si vous ne connaissez que pour l'entendre dire
Au poète amoureux qui chante et qui soupire,
Ce suprême bonheur qui fait nos jours dorés,
De posséder un coeur sans réserve et sans voiles,
De n'avoir pour flambeaux, de n'avoir pour étoiles,
De n'avoir pour soleils que deux yeux adorés ;

Si vous n'avez jamais attendu, morne et sombre,
Sous les vitres d'un bal qui rayonne dans l'ombre,
L'heure où pour le départ les portes s'ouvriront,
Pour voir votre beauté, comme un éclair qui brille,
Rose avec des yeux bleus et toute jeune fille,
Passer dans la lumière avec des fleurs au front ;

Si vous n'avez jamais senti la frénésie
De voir la main qu'on veut par d'autres mains choisies,
De voir le coeur aimé battre sur d'autres coeurs ;
Si vous n'avez jamais vu d'un oeil de colère
La valse impure, au vol lascif et circulaire,
Effeuiller en courant les femmes et les fleurs ;

Si jamais vous n'avez descendu les collines,
Le coeur tout débordant d'émotions divines ;
Si jamais vous n'avez, le soir sous les tilleuls,
Tandis qu'au ciel luisaient des étoiles sans nombre,
Aspiré, couple heureux, la volupté de l'ombre,
Cachés, et vous parlant tout bas, quoique tout seuls ;

Si jamais une main une main n'a fait trembler la vôtre ;
Si jamais ce seul mot qu'on dit l'un après l'autre,
Je t'aime ! n'a rempli votre âme tout un jour ;
Si jamais vous n'avez pris en pitié les trônes
En songeant qu'on cherchait les sceptres , les couronnes,
Et la gloire, et l'empire, et qu'on avait l'amour !

La nuit, quand la veilleuse agonise dans l'urne,
Quand Paris, enfoui sous la brume nocturne
Avec la tour saxonne et l'église des Goths,
Laisse sans les compter passer les heures noires
Qui, douze fois, semant les rêves illusoires,
S'envolent des clochers par groupes inégaux ;

Si jamais vous n'avez, à l'heure où tout sommeille,
Tandis qu'elle dormait, oublieuse et vermeille,
Pleuré comme un enfant à force de souffrir,
Crié cent fois son nom du soir jusqu'à l'aurore,
Et cru qu'elle viendrait en l'appelant encore,
Et maudit votre mère, et désiré mourir ;

Si jamais vous n'avez senti que d'une femme
Le regard dans votre âme allumait une autre âme,
Que vous étiez charmé, qu'un ciel s'était ouvert,
Et que pour cette enfant, qui de vos pleurs se joue,
Il vous serait bien doux d'expirer sur la roue...
Vous n'avez point aimé, vous n'avez point souffert !

(C'est un de mes poèmes préférés de Victor Hugo, c'est pour cela que je l'ai saisie entièrement malgré sa longueur !!!, j'espère qu'il vous plaira !)
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raynald66raynald66   24 novembre 2013
VICTOR HUGO : CLAIR DE LUNE (recueil "les orientales")

La lune était sereine et jouait sur les flots.
La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise
La sultane regarde, et la mer qui se brise,
Là-bas, d'un flot d'argent brode les noirs îlots.

De ses doigts en vibrant s'échappe la guitare
Elle écoute... Un bruit sourd frappe les sourds échos.
Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Cos
Battant l'archipel grec de sa rame tartare ?

Sont-ce des cormorans qui plongent tour à tour,
Et coupent l'eau, qui roule en perles sur leur aile ?
Est-ce un djinn qui là-haut siffle d'une voix grêle,
Et jette dans la mer les créneaux de la tour ?

Qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes ?
Ni le noir cormoran, sur la vague bercé,
Ni les pierres du mur, ni le bruit cadencé
Du lourd vaisseau, rampant sur l'onde avec des rames.

Ce sont des sacs pesants, d'où partent des sanglots.
On verrait, en sondant la mer qui les promène,
Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine...
La lune était sereine et jouait sur les flots.
+ Lire la suite
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Aurel82Aurel82   07 juillet 2019
Les Martyres

Ces femmes, qu’on envoie aux lointaines bastilles,
Peuple, ce sont tes soeurs, tes mères et tes filles !
Ô peuple, leur forfait, c’est de t’avoir aimé !
Paris sanglant, courbé, sinistre, inanimé,
Voit ces horreurs et garde un silence farouche.

Celle-ci, qu’on amène un bâillon dans la bouche,
Cria – c’est là son crime – : à bas la trahison !
Ces femmes sont la foi, la vertu, la raison,
L’équité, la pudeur, la fierté, la justice.
Saint-Lazare – il faudra broyer cette bâtisse !
Il n’en restera pas pierre sur pierre un jour ! -
Les reçoit, les dévore, et, quand revient leur tour,
S’ouvre, et les revomit par son horrible porte,
Et les jette au fourgon hideux qui les emporte.
Où vont-elles ? L’oubli le sait, et le tombeau
Le raconte au cyprès et le dit au corbeau.

Une d’elles était une mère sacrée.
Le jour qu’on l’entraîna vers l’Afrique abhorrée,
Ses enfants étaient là qui voulaient l’embrasser ;
On les chassa. La mère en deuil les vit chasser
Et dit : partons ! Le peuple en larmes criait grâce.
La porte du fourgon étant étroite et basse,
Un argousin joyeux, raillant son embonpoint,
La fit entrer de force en la poussant du poing.

Elles s’en vont ainsi, malades, verrouillées,
Dans le noir chariot aux cellules souillées
Où le captif, sans air, sans jour, sans pleurs dans l’oeil,
N’est plus qu’un mort vivant assis dans son cercueil.
Dans la route on entend leurs voix désespérées.
Le peuple hébété voit passer ces torturées.
A Toulon, le fourgon les quitte, le ponton
Les prend ; sans vêtements, sans pain, sous le bâton,
Elles passent la mer, veuves, seules au monde,
Mangeant avec les doigts dans la gamelle immonde.
+ Lire la suite
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coco4649coco4649   20 mars 2015
LA CORDE D'AIRAIN
XXV GRANDES OREILLES


C'est un bel attribut, la longueur de l'oreille.
L'oreille longue, au fond de l'ombre, oscille, veille,
Songe, se couche à plat, se dresse tout debout,
Entend mal, comprend peu, s'épouvante, a du goût,
Frémit au moindre souffle agitant les ramées,
Se plaît dans les salons aux choses mal rimées,
S'émeut pour les tyrans sitôt qu'il en tombe un,
Fuit le poète, craint l'esprit, hait le tribun.
Ayez cette beauté, messieurs, la grande oreille
Avec le crâne altier et petit s'appareille ;
En être orné, c'est presque avoir diplôme; on est
Le front touffu sur qui tombe le lourd bonnet ;
On a l'autorité de l'ignorance énorme;
On dit: — Shakspeare est creux, Dante n'a que la forme ;
La Révolution est un phare trompeur
Qui mène au gouffre ; il est utile d'avoir peur. —
De l'effroi qu'on n'a plus on fait de la colère ;
Pour glorifier l'ordre, on mêle à de l'eau claire
Des phrases qui du sang ont la vague saveur ;
Dès que le progrès marche, on réclame un sauveur ;
On vénère Haynau, Boileau, l'état, l'église,
Et la férule; et c'est ainsi qu'on réalise
Pour les Suins, les Dupins, les Cousins, les Parieux,
Les Nisards, l'idéal d'un homme sérieux,
Et qu'on a l'honneur d'être un bourgeois authentique,
Ane en littérature et lièvre en politique.

24 mai 1872.

p.551-552

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Vidéo de Victor Hugo
Émission "Une Vie, une Œuvre", par Maylis Besserie et Guillaume Baldy, sous-titrée « l’insurgé », diffusée le 3 novembre 2018 sur France Culture. Présences : Anne Martin-Fugier, Jean Maurel, Jean-Marc Hovasse, Dinah Bott, Agnès Perry, Roy Bisson et Gérard Audinet.
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