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ISBN : 2130807380
Éditeur : Presses Universitaires de France (31/01/2018)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.69/5 (sur 103 notes)
Résumé :
Les idées exposées dans cet ouvrage, publié pour la première fois en 1895, semblèrent alors fort paradoxales. Pourtant, ce texte qui n'a en rien été modifié dans les éditions successives, est devenu un classique, traduit dans de nombreuses langues. Sa lecture et son étude sont toujours d'actualité et font partie de la formation de toutes les nouvelles générations de jeunes sociologues.
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Sly
  14 mars 2013
Une lecture vraiment intéressante !
Ecrit en 1895, la première chose qui m'a frappé, est que l'étude qui y est faîte est totalement d'actualité. Au fil des pages et des réflexions de l'auteur, je me suis mis à vérifier ces idées en les transposant à ce qu'il ce passe actuellement. Et là, j'ai pris un claque. Incroyable, voilà qu'un livre nous montrant un grand nombre de nos erreurs commises et qui explique comment fonctionne la mutation des sociétés et qu'à priori personne n'a eu l'idée d'utiliser pour améliorer notre société.
La foule abaisse irrémédiablement le niveau intellectuel de ses membres, et les rapproches de leurs instincts primaires. C'est un fait, le contester au regard de l'histoire est inutile. de plus, il est très difficile de manipuler un homme, mais mettez le dans une foule, dans un contexte qui va permettre de l'associer à d'autres personnes et là il va se transformer en mouton et vous pourrez en faire ce que vous voulez, si vous contrôlez l'ensemble du groupe. Et voilà que nous faisons en sorte que les personnes qui dirigent les pays se regroupe en parlement, que ceux qui votes les lois se regroupe dans des sénats faisant fi de leur qualité intellectuel individuel pour aboutir une intelligence collective moindre.
Les révolutions sont utiles parce qu'elles préparent la société à évoluer, mais il faut bien comprendre que pour que la société évolue, il faut que les membres qui la compose aient fait évoluer leur mentalité. Les révolutions sont éphémères, leurs effets aussi si la société n'est pas prête. Inévitablement, la seule chose qui permette l'évolution des mentalités et des sociétés, c'est le temps.
Qui contrôle les foules, gouverne le monde ! Mais attention à la chute lorsque la foule ne croit plus en vous.
La lecture fut très intéressante et enrichissante, et reste très accessible dans ses termes. En refermant le livre, je me suis poser cette question « Pourquoi ce livre est si peu connu ? Existe-t-il beaucoup de livres comme celui-ci qui nous donnent des clés et que nous n'utilisons pas ? »
Un livre qu'un plus grand nombre devrait prendre le temps de lire, afin qu'il leur ouvre les yeux.
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Enroute
  09 août 2019
Gustave le Bon maîtrise son sujet : il s'agit de démontrer la manière dont on convainc par le discours un grand nombre d'individus anonymes. Quoi de mieux que de le réaliser dans un livre ?...
Bon, à partir de là, on peut s'amuser à étudier la méthode de le Bon, qui reprend ce qu'il en révèle effectivement : il faut d'abord un meneur, quelqu'un qui fasse autorité, comme par exemple un auteur ; il s'agit ensuite de répéter souvent la même chose, par exemple que les foules agissent sans raison, sont animées par des forces qui les dépassent, comme par exemple la race, ou qu'elle est capable du meilleur comme du pire ; puis de posséder pour le mener un certain prestige, comme d'être un sociologue reconnu, où l'on peut se demander si on n'acquiert pas aussi du prestige par la capacité qu'on vous reconnaît d'avoir convaincu, le tout formant un cercle ; d'user de mots qui séduisent les ensembles visés, comme par exemple liberté et démocratie, mais on pourrait aussi penser à foule, race, peuple, religion, pourquoi pas ; de faire image, les mêmes mots reviennent à l'occasion ; d'avoir plus de volonté et d'autorité que les autres qui se laisseront conduire, tiens c'est le cas du lecteur qui se place volontiers sous l'autorité de l'auteur. A ce tarif, qui sont donc réalisées dans un livre, comme par exemple celui-ci, on peut donc faire croire toutes sortes de choses.
Par exemple qu'à traquer l'illusion et le faux, la foule ne se rendrait pas compte que le vrai et le réel ont disparu. Et oui, dans ce livre, "toute croyance généralisée n'étant guère qu'une fiction ne saurait subsister qu'à la condition d'échapper à l'expérience" ; donc ce qui échappe à l'expérience est une fiction. On en déduit que la mort, la vie, la conscience... on apprend aussi que "les peuples ont toujours senti l'utilité d'acquérir des croyances générales" ; les fictions sont donc "utiles"... Ah ça se complique alors sur ce qu'est la vérité... mais donc aussi sur l'illusion, celle dans laquelle évolue la foule, qui n'est plus douée de raison !... Quant à se demander ce que peut être un "peuple" qui ne partagerait rien, on pourrait penser que la phrase est une tautologie... mais faisons-nous l'"expérience" du "peuple", ne serait-ce pas une croyance généralisée ?...
On pourrait se dire alors que ce qui axe le vrai, ce serait la volonté, puisque le meneur est doué surtout de volonté, mais non car : "un peuple n'a donc nullement le pouvoir de changer réellement ses institutions", c'est le temps qui agit, par des petites modifications incessantes contre lesquelles on ne peut rien, l'expérience montrant qu'"on ne refait pas une société de toutes pièces sur les indications de la raison pure". Donc finalement, le vrai, si ce ne sont pas les croyances partagées qui sont des fictions, si ce n'est pas la volonté qui induit en erreur, si ce n'est pas la raison pure ni l'imagination débordante et irrationnelle des foules, ce serait quelque chose comme l'huître ou le bigorneau, un être qui est assuré de ne pas vivre dans l'illusion ou la frénésie de la foule, puisqu'il ne pense pas, ne croit rien, ne fait que des expériences réelles, quand bien même il ne le sait pas...
C'est qu'en effet, la foule, c'est le nombre : la révolution bien sûr, mais aussi la rue, le corps électoral, et même, accrochons-nous bien, les assemblées parlementaires, les jurés des cours d'assises ! Tous ces gens qui agissent, donc, hallucinés, sous l'autorité d'un seul, selon les premiers chapitres :-) On ne sait plus faire ici la différence entre la "foule ordinaire" et la "foule organisée", toujours dans le cas où un juré, une assemblée, un corps électoral forme une foule naturellement.
On peut même, quand on maîtrise bien son sujet, l'introduire en évoquant l'urgence du temps présent "l'ère des foules", celle de "l'époque actuelle [qui] constitue un des moments critiques", appuyer cette singularité sur la disparition des religions (p.1), et, au cours du discours, mélanger Napoléon et Jésus-Christ, César et Boudda. C'est donc l'ère des foules, c'est-à-dire l'ère de l'humanité sans doute, l'éternité, quoi.
Voilà. Avec cela, on a bien compris comment enfumer les autres et on est au moins deux à être d'accord, l'auteur et le lecteur, car le lecteur ne saurait manquer de raisonner par soi-même sur la base de ces généreux discours qui dénoncent et créent l'émotion sur la bêtise des autres (serait-ce la seule vérité qui soit ? j'en suis pour ma part persuadé, Gustave est d'accord - mais être deux à croire la même chose, est-ce que ce n'est pas déjà former une foule ? (p.10) aïe, méfions-nous). En revanche, si on sait très bien quoi et qui dénoncer (à peu près l'humanité depuis le premier homme - ou la première femme, bien sûr, qui, sans doute, n'était pas plus fine, faut pas pousser), on ne sait plus très bien où se trouverait la manière dont s'assurer qu'on est dans le vrai, le juste, le raisonné, le légitime, le pur, c'est cela surtout qui compte, ne pas vivre dans l'illusion, sinon à se convaincre soi-même qu'on en sait plus que les autres... Ah, c'est là qu'on en revient à une croyance très profonde de l'individu, sa propre supériorité, mais je l'ai dit je suis sûr pour ma part que c'est vrai, qu'il faut peut-être justement tenter de dépasser pour lui éviter de se prendre pour un futur meneur (mais qu'est-ce que je dis, j'espère que je ne donne pas l'impression d'en savoir plus que les autres au moins ! je m'en voudrais de devenir meneur), au risque de créer un nivellement commun de croyances qui va mener à une foule anonyme irraisonnée, que peut-être quelques pensées individuelles vont percer avant qu'à nouveau un nivellement se fasse, tout cela est sans fin.
Le Bon possède donc très bien son sujet puisqu'on en est encore à faire des commentaires un siècle après et qu'il faut reconnaître que son essai engage un grand nombre de réflexions tout au long de sa lecture qui se présente comme un excellent traité de théorie littéraire, et on a surtout appris sur la manière dont convaincre autrui plus que sur une vérité réelle du monde concret (qui si ça se trouve n'est qu'une fiction). J'espère que personne n'est d'accord avec moi, je crains trop d'avoir achoppé à penser par moi-même et d'avoir engagé la création d'une irrationnelle foule. Pensez par vous-même mais je ne sais plus ce que cela veut dire, je préfère dire comme vous.
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Chrichrilecture
  08 février 2017
A oublier
De nos jours ce roman n'a pas d'intérêt, il est écrit dans un vieux français. Il n'y a aucune ponctuation. Encore un roman à ne pas faire lire aux jeunes pour ne pas les dégoutter de la lecture.
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kedrik
  07 septembre 2011
Au spectacle des syndicats convoquant le ban et l'arrière ban, de la masse lycéenne en vadrouille et des pancartes à slogan, je me suis senti appelé par La psychologie des foules, un livre fondateur de la psychologie sociale. À l'annonce des chiffres contradictoires sur la participation aux cortèges, j'ai eu envie de connaître les rouages d'une manif. Comment ça fonctionne, un rassemblement d'individus. Surtout que l'ouvrage de Gustave le Bon a la réputation d'avoir inspiré bien des dictateurs du siècle passé. Même Freud s'y réfère dans certaines publications, c'est dire.
Mais avant de parler du contenu du livre, il faut présenter son auteur. Ce bon Gustave est né en 1841 et est devenu un scientifique amateur. Il s'intéresse à un tas de sujets variés qui vont de la fumée de tabac à la luminescence invisible en passant par la civilisation des arabes. C'est un touche-à-tout. Il publie plus vite que son ombre. Et surtout, il est le produit de son temps, c'est à dire qu'il a une vision du monde bien tranchée où la race prédétermine bien des choses. Pour lui et ses semblables, l'homme occidental est supérieur aux autres, c'est tout. Il est également persuadé que l'éducation ne doit pas être imposée aux masses car elle produit des gens trop éduqués qui finissent par devenir anarchistes. Car s'il y a bien deux trucs que ce sacré Gustave ne peut pas blairer, ce sont les curetons et les socialistes.
Il faut donc lire La psychologie des foules en remettant le texte dans son contexte. le livre parait en 1895, donc Le Bon analyse les foules à l'aune de son expérience historique : révolution française, Commune de Paris, Napoléon au pouvoir... Et sa grille de lecture est limitée par les idées de son temps : sans surprise, il compare le QI d'une foule à celui d'un sauvage ou d'un enfant et prétend que les foules sont aussi hystériques que des femmes. Et comme il est persuadé que la race décide de beaucoup de choses, on a très souvent plus l'impression de lire des brèves de comptoir qu'un livre scientifique. Avec nos yeux modernes, son discours pourrait facilement passer pour raciste mais en fait, Le Bon utilise le mot race dans un sens plus historique que biologique. Ça n'excuse pas tout, mais ça explique sa logique interne.
Et donc, que dit-il sur la foule ? En gros, qu'il y a un nivellement par le bas de l'intelligence dès que les hommes se rassemblent. En se fondant dans la masse, l'individu met de côté son sens critique et sa logique. Pire, la foule est hypnotisable, c'est à dire qu'elle se laisse facilement mener en bateau par certains grands idéaux et mots-clés qu'elle acceptent alors aussi facilement que des dogmes religieux. Pour peu qu'un tribun pas manchot lui dise ce qu'elle veut entendre, la foule est prête à se laisser massacrer pour une idée bien vendue. Selon le Bon, la foule est même parfois victime d'hallucinations collectives, d'où une conclusion simple de Gustave : plus un évènement est attesté par un grand nombre de témoins moins cet évènement a des chances d'être véridique. Ensuite l'auteur explique à quel point les idées empruntent beaucoup à la foi religieuse : croire au socialisme demande autant de religiosité que de croire en dieu. S'en suivent quelques considérations sur certaines foules spécifiques comme les jurés d'assises, les électeurs et les parlementaires. Il en ressort principalement l'idée que ces assemblées en arrivent collectivement à des décisions que les personnes qui la composent n'aurait jamais acceptées à un niveau individuel.
Au final, c'est un drôle de livre car Gustave le Bon est un drôle de penseur. Il a effectivement mis le doigt à l'époque sur quelque chose de nouveau en parlant de la soumission de la foule à un meneur et de la possibilité d'influencer la masse en choisissant des messages simples qui puissent être véhiculées par des images facilement assimilables par les gens. Ça reste totalement d'actualité : un slogan vide de sens vaut mieux qu'une démonstration intelligente. Là où ça pêche, c'est quand Le Bon s'embarque dans des considérations très personnelles. Il est ainsi persuadé que le Royaume-Uni est le meilleur pays car il fait changer ses institutions par d'infimes mesures plutôt qu'en proposant une refonte révolutionnaire qui consiste le plus généralement à mettre une couche de peinture neuve sur de vieilles institutions.
Gustave le Bon est définitivement un drôle d'oiseau. Son style un brin paternaliste et colonialiste nuit énormément à ses concepts, mais il faut bien avouer qu'il a balisé un chemin nouveau à son époque.
Les possesseurs de liseuse numérique peuvent accéder au texte sur Wikisource et s'embellir l'âme tout en regardant défiler les cortèges et en se cogitant à ce paradoxe : même si tous les individus d'une foule avaient lu La psychologie des foules et compris les mécanismes collectifs qui l'assujettissent, cette foule n'en serait pas moins moutonnière.
Et inutile de chercher dans ce billet une quelconque apologie manifestatoire ou au contraire un appui réformiste (encore que, à titre personnel, Brassens a tout dit dans le pluriel). D'ailleurs, les amateurs de Steampunk devraient lire les écrits de Gustave le Bon car les pistons rouillés et la vapeur n'ont de sens que s'ils mettent en scène les enjeux sociaux de leur temps.
Lien : http://hu-mu.blogspot.com/20..
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Luniver
  08 février 2012
Bien que se présentant comme une étude scientifique, l'écrit de Gustave le Bon est bien plus proche de l'essai que de la démonstration rigoureuse : ses affirmations sont présentées sans preuve, il ne fait référence qu'à d'autres livres qu'il a lui-même écrit. Il se permet également des petits détours par d'autres thèmes, l'enseignement en France et le meilleur (ou le moins pire) mode de scrutin par exemple. Même s'il prétend avoir laissé de côté les dogmes de son époque, ses idées sont aussi biens de son siècle ("[...]l'impulsivité, l'irritabilité, l'incapacité de raisonner, l'absence de jugement et d'esprit critique, l'exagération des sentiments, et d'autres encore, que l'on observe également chez les êtres appartenant à des formes inférieures d'évolution, tels que la femme, le sauvage et l'enfant[...]"). Il parle fréquemment de "races", même si j'ai eu le sentiment que ce terme n'était pas spécialement péjoratif, et a la même signification que le mot "culture" à l'heure actuelle. Ses opinions personnelles transparaissent aussi nettement: le socialisme est une dangereuse utopie basée sur du vent, les foules anglaises sont bien plus posées et réfléchies que les foules latines, notamment.
Malgré ces petits défauts, la lecture est saisissante : le livre fourmille d'idées, le style clair et concis nous entraîne tout au long de l'exposé. Les réflexions sont sensées, les exemples pertinants. On ne peut pas s'empêcher de faire des parallèles avec ce qu'il se passe actuellement. le livre est d'ailleurs tellement d'actualité qu'il faut croiser des mots ou des idées qui n'ont plus cours aujourd'hui pour se rappeler qu'il a été écrit il y a plus d'un siècle.
Les idées qu'expose l'auteur commencent à être bien connues (même si les connaître ne nous empêche pas d'en être toujours victimes) : le comportement des individus dans une foule est totalement différent de celui qu'aurait chaque personne qui ferait face seul à la situation ; la foule suit aveuglément les meneurs charismatiques ; des slogans frappant, même vides de sens, séduisent bien plus qu'un long discours raisonné ; la foule est conservative et ne se débarasse que très lentement des idées pourtant prouvées fausses ; à l'inverse, une fois qu'une nouvelle idée s'est imposée, elle est défendue avec rage et fanatisme par les nouveaux convertis.
Gustave le Bon parait un peu cynique par moment, notamment dans la dernière partie du livre où il analyse quelques foules particulières. Pour lui, tous les scrutins se valent plus ou moins, la constitution d'assemblées, de parlement, de sénat, n'apportent rien de plus à la démocratie puisque ses participants restent soumis aux mêmes lois que les foules ordinaires : nivellement par le bas, obéissance aux meneurs. Il conseille également aux politiciens de faire toutes les promesses possibles même en sachant qu'il ne pourra pas les tenir, puisque personne ne s'en souviendra et ne lui en tiendra rigueur (ce qui, malheureusement, se vérifie souvent).
Un ouvrage fondateur dans son domaine, qui nous bouscule dans nos convictions. Cerise sur le gâteau, il est libre de droit et disponible gratuitement en version numérique. Par exemple sur ce site :
Lien : http://classiques.uqac.ca/cl..
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AlexeinAlexein   10 novembre 2018
Si nous envisageons dans leurs grandes lignes la genèse de la grandeur et de la décadence des civilisations qui ont précédé la nôtre, que voyons-nous ?

À l’aurore de ces civilisations, une poussière d’hommes, d’origines variées, réunie par les hasards des migrations, des invasions et des conquêtes. De sangs divers, de langues et de croyances également diverses, ces hommes n’ont de lien commun que la loi à demi reconnue d’un chef. Dans leurs agglomérations confuses se retrouvent au plus haut degré les caractères psychologiques des foules. Elles en ont la cohésion momentanée, les héroïsmes, les faiblesses, les impulsions et les violences. Rien de stable en elles. Ce sont des barbares.

Puis le temps accomplit son œuvre. L’identité de milieux, la répétition des croisements, les nécessités d’une vie commune agissent lentement. L’agglomération d’unités dissemblables commence à se fusionner et à former une race, c’est-à-dire un agrégat possédant des caractères et des sentiments communs, que l’hérédité fixera progressivement. La foule est devenue un peuple, et ce peuple va pouvoir sortir de la barbarie.

Il n’en sortira tout à fait pourtant que lorsque, après de longs efforts, des luttes sans cesse répétées et d’innombrables recommencements, il aura acquis un idéal. Peu importe la nature de cet idéal. Que ce soit le culte de Rome, la puissance d’Athènes ou le triomphe d’Allah, il suffira pour doter tous les individus de la race en voie de formation d’une parfaite unité de sentiments et de pensées.

C’est alors que peut naître une civilisation nouvelle avec ses institutions, ses croyances et ses arts. Entraînée par son rêve, la race acquerra successivement tout ce qui donne l’éclat, la force et la grandeur. Elle sera foule encore sans doute à certaines heures, mais, derrière les caractères mobiles et changeants des foules, se trouvera ce substratum solide, l’âme de la race, qui limite étroitement les oscillations d’un peuple et règle le hasard.

Mais, après avoir exercé son action créatrice, le temps commence son œuvre de destruction à laquelle n’échappent ni les dieux ni les hommes. Arrivée à un certain niveau de puissance et de complexité, la civilisation cesse de grandir, et, dès qu’elle ne grandit plus, elle est condamnée à décliner rapidement. L’heure de la vieillesse va sonner bientôt.

Cette heure inévitable est toujours marquée par l’affaiblissement de l’idéal qui soutenait l’âme de la race. À mesure que cet idéal pâlit, tous les édifices religieux, politiques ou sociaux dont il était l’inspirateur commencent à s’ébranler.

Avec l’évanouissement progressif de son idéal, la race perd de plus en plus ce qui faisait sa cohésion, son unité et sa force. L’individu peut croître en personnalité et en intelligence, mais en même temps aussi l’égoïsme collectif de la race est remplacé par un développement excessif de l’égoïsme individuel accompagné de l’affaissement du caractère et de l’amoindrissement des aptitudes à l’action. Ce qui formait un peuple, une unité, un bloc, finit par devenir une agglomération d’individus sans cohésion et que maintiennent artificiellement pour quelque temps encore les traditions et les institutions. C’est alors que, divisés par leurs intérêts et leurs aspirations, ne sachant plus se gouverner, les hommes demandent à être dirigés dans leurs moindres actes, et que l’État exerce son influence absorbante.

Avec la perte définitive de l’idéal ancien, la race finit par perdre aussi son âme. Elle n’est plus qu’une poussière d’individus isolés et redevient ce qu’elle était à son point de départ - une foule. Elle en présente tous les caractères transitoires sans consistance et sans lendemain. La civilisation n’a plus aucune fixité et tombe à la merci de tous les hasards. La plèbe est reine et les barbares avancent. La civilisation peut sembler brillante encore parce qu’elle conserve la façade extérieure créée par un long passé, mais c’est en réalité un édifice vermoulu que rien ne soutient plus et qui s’effondrera au premier orage.

Passer de la barbarie à la civilisation en poursuivant un rêve, puis décliner et mourir dès que ce rêve a perdu sa force, tel est le cycle de la vie d’un peuple.
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AlexeinAlexein   10 novembre 2018
Le second des dangers mentionnés plus haut, la restriction des libertés par les assemblées parlementaires, moins visible en apparence, est cependant fort réel. Il résulte des innombrables lois, toujours restrictives, dont les parlements, avec leur esprit simpliste, voient mal les conséquences, et qu’ils se croient obligés de voter.

[…]

Cette réduction progressive des libertés se manifeste pour tous les pays sous une forme spéciale, que Herbert Spencer n’a pas indiquée : la création d’innombrables mesures législatives, toutes généralement d’ordre restrictif, conduit nécessairement à augmenter le nombre, le pouvoir et l’influence des fonctionnaires chargés de les appliquer. Ils tendent ainsi à devenir les véritables maîtres des pays civilisés. Leur puissance est d’autant plus grande que, dans les incessants changements de gouvernement, la caste administrative échappant à ces changements, possède seule l’irresponsabilité, l’impersonnalité et la perpétuité. Or, de tous les despotismes, il n’en est pas de plus lourds que ceux qui se présentent sous cette triple forme.

La création incessante de lois et de règlements restrictifs entourant des formalités les plus byzantines les moindres actes de la vie, a pour résultat fatal de rétrécir progressivement la sphère dans laquelle les citoyens peuvent se mouvoir librement. Victimes de cette illusion qu’en multipliant les lois, l’égalité et la liberté se trouvent mieux assurées, les peuples acceptent chaque jour les plus pesantes entraves.

Ce n’est pas impunément qu’ils les acceptent. Habitués à supporter tous les jougs, ils finissent bientôt par les rechercher, et perdre toute spontanéité et toute énergie. Ce ne sont plus que des ombres vaines, des automates passifs, sans volonté, sans résistance et sans force.

Mais les ressorts qu’il ne trouve plus en lui-même, l’homme est alors bien forcé de les chercher ailleurs. Avec l’indifférence et l’impuissance croissantes des citoyens, le rôle des gouvernements est obligé de grandir encore. Ces derniers doivent avoir forcément l’esprit d’initiative, d’entreprise et de conduite que les particuliers ont perdu. Il leur faut tout entreprendre, tout diriger, tout protéger. L’État devient alors un dieu tout-puissant. Mais l’expérience enseigne que le pouvoir de telles divinités ne fut jamais ni bien durable ni bien fort.

La restriction progressive de toutes les libertés chez certains peuples, malgré une licence qui leur donne l’illusion de les posséder, semble résulter de leur vieillesse tout autant que d’un régime quelconque. Elle constitue un des symptômes précurseurs de cette phase de décadence à laquelle aucune civilisation n’a pu échapper jusqu’ici.
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BVIALLETBVIALLET   28 avril 2012
Les foules ont des opinions imposées, jamais des opinions raisonnées. »
« La puissance des foules est la seule force que rien ne menace et dont le prestige ne fasse que grandir. L'âge où nous rentrons sera véritablement l'ère des foules. »
« Le droit divin des foules va remplacer le droit divin des rois. »
« Les foules n'ont de puissance que pour détruire. »
« Les foules sont incapables d'avoir des opinions quelconques en dehors de celles qui leur sont imposées. »
« On conduit les foules en cherchant ce qui peut les impressionner et les séduire. »
« Dans les foules, c'est la bêtise et non l'esprit qui s'accumule. »
« La foule ne peut qu'être d'une crédulité excessive. »
« Les Jacobins de la Terreur étaient aussi foncièrement religieux que les Catholiques de l'Inquisition et leur cruelle ardeur dérivait de la même source. »
« Les foules ont une telle soif d'obéir qu'elles se soumettent d'instinct à qui se déclare leur maître. »
« La foule est toujours intellectuellement inférieure à l'homme isolé. »
« C'est l'intelligence qui guide le monde, mais elle le guide de fort loin.»
« L'homme moderne est de plus en plus envahi par l'indifférence. 
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YgrecYgrec   12 décembre 2012
Les grands bouleversements qui précèdent les changements de civilisations, tels que la chute de l'Empire romain et la fondation de l'Empire arabe par exemple semblent, au premier abord, déterminés surtout par des transformations politiques considérables : invasions de peuples ou renversements de dynasties. Mais une étude plus attentive de ces événements montre que, derrière leurs causes apparentes, se trouve le plus souvent, comme cause réelle, une modification profonde dans les idées des peuples. Les véritables bouleversements historiques ne sont pas ceux qui nous étonnent par leur grandeur et leur violence. Les seuls changements importants, ceux d'où le renouvellement des civilisations découle, s'opèrent dans les idées, les conceptions et les croyances. Les événements mémorables de l'histoire sont les effets visibles des invisibles changements de la pensée des hommes.
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LuniverLuniver   01 février 2012
[...]l'individu en foule acquiert, par le fait seul du nombre, un sentiment de puissance invincible qui lui permet de céder à des instincts que, seul, il eût forcément refrénés. Il sera d'autant moins porté à les refréner que, la foule étant anonyme, et par conséquent irresponsable, le sentiment de la responsabilité, qui retient toujours les individus, disparaît entièrement.
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