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EAN : 9782070408306
345 pages
Éditeur : Gallimard (24/06/1999)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 381 notes)
Résumé :
Au début du siècle, cinq personnes sont massacrées à coup de couteau dans une auberge de Haute-Provence. En 1920, un survivant croit découvrir les coupables, mais deux d'entre eux, un nouveau riche et le propriétaire d'un moulin a huile, sont assassinés à leur tour avant que Séraphin Monge ait pu accomplir sa vengeance. Le justicier Monge entreprend alors de démolir la maison maudite de fond en comble...
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Critiques, Analyses et Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
enjie77
  16 août 2019
J'ai beaucoup aimé me plonger dans ce récit qui suinte l'odeur de la terre, celle qui vous glisse entre les doigts lorsqu'elle est sèche, celle pour laquelle, l'homme et la femme se dépassent parce qu'ils en tirent la nourriture, avec toute la dureté de la ruralité et le côté sauvage des paysages de la Haute Provence dans les environs de Forcalquier.
Je n'écrirai aucun commentaire sur le mystère qui entoure l'arrivée de Sébastien Monge.
Notre amie « Nameless » a fort bien résumé ce récit et je la remercie de sa chronique incitative qui m'a donnée envie de lire ce livre dont je n'avais vu, jusqu'à présent, que la version cinématographique, réussie d'ailleurs après avoir lu le livre. Patrick Bruel ne m'a pas quitté tant il a su incarner Sébastien Monge bien que ce dernier soit blond dans l'oeuvre de Pierre Magnan.
Dans une écriture ciselée de mots inusités de nos jours comme triqueballes, haquets et fardiers et de quelques mots en patois, Pierre Magnan nous offre une tragédie réunissant tous les ingrédients indispensables à la réussite de son énigme policière. La vengeance, l'amour, la violence des éléments, les passions humaines, le mystère et la mort le tout saupoudré de superstitions et de croyances invraisemblables ! A l'image de mes arrières grands-parents qui étant de l'assistance publique, portaient le malheur et se retrouvaient mis à l'écart du village : L'infamie impactant aussi leurs enfants.
J'ai été particulièrement éblouie par l'écriture de l'auteur qui a quitté l'école à douze ans, j'en suis restée sous le charme pendant toute ma lecture. Pierre Magnan sait si bien mettre en scène cette nature sauvage en accord avec la scène qu'il dépeint sous nos yeux, passions humaines et déchainement de la nature s'accordant parfaitement dans ses chapitres. Il sait s'appuyer sur la violence des éléments pour mieux faire ressortir la violence qui caractérise les passions humaines.
On ressent fortement l'amour qu'il porte à sa région, il y a du Giono chez Magnan qui d'ailleurs fut son maître et ami, mais sans lyrisme. Ici, pas de place pour le lyrisme, il y a une mission qui n'appelle aucune poésie. Il y a aussi l'amour de la langue de Molière, celle qui se parle « ave l'assent », celle qui nous ancre dans une région. C'est un conteur exceptionnel comme ceux de notre enfance, pour moi ce fut Henri Vincenot. Un bain de jouvence que cette écriture, un peu comme un retour aux sources !
J'ai trouvé ces quelques lignes qui évoquent le vent nommé La montagnière. Ce vent qui est confondu avec le mistral mais qui se met à souffler durant toute la nuit et qui descend du nord-est :
« Pontradieu était devenu le rond-point du tumulte. Sept cent cinquante arbres croissaient dans le parc, sans compter les cèdres qui le débordaient en désordre. La plupart d'entre eux dépassaient trente mètres de haut car leurs racines plongeaient dans la rivière souterraine qui double la Durance. La montagnière y vrombissait à travers bois comme sur un buffet d'orgues. Elle y écrasait son accord tonitruant qui n'en finissait pas de s'amplifier Toute la malédiction de la nature déchirait cette rumeur continue qui se déversait en cataracte dans les oreilles et rendait chacun prisonnier de soi-même ».

J'ai eu la surprise de découvrir que Pierre Magnan était aussi le créateur du commissaire Laviolette qui est, aussi, indissociable du regretté Victor Lanoux.

C'est une belle découverte et nous devons rendre hommage à ce site qui nous permet de remonter le temps pour découvrir ou redécouvrir des auteurs de talents.
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nameless
  25 juillet 2019
Séraphin Monge est doublement rescapé. A l'extrême fin du XIXème siècle, à peine âgé de trois semaines, il est l'unique survivant du massacre de sa famille à La Burlière, relais de poste situé à Lurs dans les Alpes de Haute Provence. Placé dans un orphelinat tenu par des bonnes soeurs, Séraphin quitte son biotope à 19 ans pour accomplir son devoir dans les tranchées, où en quatre ans de guerre, son grand corps, sa large poitrine n'arrêtent miraculeusement aucune balle. C'est donc en pleine forme, avec une gueule d'ange et non une gueule cassée comme celle de son ami Patrice, qu'il réintègre Lurs pour prendre possession de son héritage dont il ne subsiste rien en dehors de la Burlière, restée sans acheteur.

Alors que Séraphin pense avoir connu le pire et croit que rien n'est plus horrible que la guerre, il apprend peu à peu, au gré de rencontres locales, l'histoire tragique de sa famille ainsi que la sienne dont il ignore tout. L'idée d'une vengeance contre les meurtriers grandit en lui, ainsi que le besoin de détruire, pierre par pierre, tuile par tuile, poutre par poutre la Burlière, mais raser la scène du crime ne suffit pas à l'exorciser même s'il fait de curieuses découvertes dans les décombres. Rien ne le distrait de son obsession, pas même les jeunes filles ou veuves - dont les bras et les lits ont été désertés par des héros tombés au champ d'honneur -, qui courent derrière ce beau garçon insensible à leurs charmes.

Pierre Magnan est amoureux de sa région qui sert de décor à des intrigues historico-familiales et policières sophistiquées, rebondissantes, plantées dans un environnement rural âpre, parfois sauvage, bien éloigné des clichés touristiques niaisement ensoleillés. Dans ses romans, les haines traversent les siècles ; les dettes se payent toujours, y compris avec quelques générations d'intérêts ; la cupidité peut rendre malhonnête ; les puits sont profonds ; les secrets bien enfouis ; le travail de la terre - vignes, olives - est harassant et soumis aux caprices du ciel ; le vent, les orages de grêle ou les crues de la Durance sont ravageurs. Pierre Magnan est aussi un amoureux de la langue et un grand styliste. Son vocabulaire pour évoquer la faune, la flore, les outils de travail, le matériel agricole, la météo, le ciel, les chemins de traverse, les habitations ou lavoirs, est d'une richesse et d'une rareté époustouflantes, dans lesquelles il incruste des expressions patoisantes, dictons régionaux sans jamais plomber ni perdre le lecteur.

C'est sûr, Pierre Magnan est bien le précurseur du courant littéraire rural noir, parfois copié, rarement égalé. Un pur bonheur de re-lecture !
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cicou45
  21 juin 2012
Cela faisait un moment que je voulais lire cet ouvrage car, comme la plupart des ouvrages de Pierre Magnan, cela se passe tout près de chez moi.
Ici, cela commence par l'assassinat de toute une famille dans une ferme près de Lurs, la famille Monge. Toute ? non, seul un bébé de trois semaines du prénom de Séraphin est épargné. En ce début de XXe siècle, le petit Séraphin est élevé par des Bonnes Soeurs avant d'être appelé sous les drapeaux pour accomplir son devoir de citoyen durant la Première Guerre mondiale, dont il reviendra indemne au pays et où il apprendra qu'il a hérité de la maison de ses parents puisque tous les terrains ont été vendus mais personne n'a voulu de cette dernière car ils la croyaient hantée.
Aussi, Séraphin, en côtoyant les gens du village, apprend-t-il ce qu'il est advenu de sa famille car personne, jusque-là, n'avait osé lui dire la vérité. Séraphin savait seulement qu'il était orphelin et rien de plus mais une fois au courant de ce qu'il est en réalité advenu de sa famille, assassinée cruellement à l'arme blanche, Séraphin n'aura plus qu'une idée en tête : découvrir la vérité et ce qu'il s'est réellement passé ce funeste soir.
Le livre se base essentiellement sur cette quête qui est mêlée d'embrouilles et de fausses pistes. le lecteur n'est pas au bout de ses surprises car, tout comme Séraphin, il apprend de nouveaux éléments, vrais ou faux d'ailleurs, au fil des pages.
Un ouvrage entraînant, aux multiples rebondissements et à l'écriture fluide et limpide. A découvrir !
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Fortuna
  31 août 2015
A la fin du 19e siècle, une famille de Lurs, village des basses Alpes situé entre Peyrhuis et Ganagobie, est sauvagement assassinée : l'aïeul, le père, la mère et deux jeunes enfants. Seul rescapé : un nourrisson de trois semaines.
Vingt-cinq ans plus tard, au sortir de la première guerre mondiale, Séraphin Monge est devenu un bel homme qui va faire vibrer le cœur des plus belles villageoises. Mais le spectre de sa mère l'empêche des les aimer. En effet, de retour au village, il n'a pas tardé à apprendre l'histoire malheureuse da sa famille. Il n'a qu'une idée en tête, détruire la maison du crime qui est restée inhabitée, maudite par les villageois depuis des années. Et il s'y attelle, pierre par pierre, ignorant badauds, visiteurs et admiratrices...
Mais il va alors découvrir des indices qui vont le mettre sur la piste des vrais coupables. Il va décider de se venger. Or un homme le précède dans ses visées punitives...Gaspard Dupin, le père de Fabrice à la gueule cassée, revenu défiguré de la guerre, puis Didon Sépulcre, père de la belle Rose, vont être assassinés dans d'étranges circonstances. Et qui en veut à la veuve Charmaine, également amoureuse de Séraphin ? Parviendra t-il à ses fins pour le troisième larron, père de la belle Marie qui se meurt d'un mal mystérieux ?
La plume magnifique de Pierre Magnan, chargée de patois provençal et de poésie, nous transporte au cœur de ces mœurs villageoises qui trainent dettes, rancœurs et secrets de génération en génération mais où l'étranger de passage se trouve le premier accusé en cas de tragédie...On y respire avec lui l'air venu des montagnes, qui fait bruisser les arbres et sortir la Durance de son lit quand arrive l'orage...Et remonter les souvenirs des morts à la surface trop lisse des miroirs des vivants. Une réussite !
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RomansNoirsEtPlus
  02 juillet 2015
Pierre Magnan n'avait pas son pareil pour nous faire revivre ses chères Alpes provençales d'antan à travers des personnages au patois coloré et aux métiers aujourd'hui disparus . Il nous a quitté en 2012 mais ses livres nous laissent un magnifique témoignage de ce qu'a été cette région au début du vingtième siècle : des paysages pauvres , arides et accidentés où chaque petit village survit grâce à quelques activités essentielles comme l'élevage ou la production d'olives . « La maison assassinée » est une parfaite illustration de cette époque . Combinant personnages pittoresques , amours impossibles et suite de crimes sanglants , ce roman policier « campagnard » parfaitement rythmé doublé d'une intrigue bien ficelée nous tient en haleine jusqu'à la fin . Pas de commissaire Laviolette - le héros récurrent de Pierre Magnan - ici mais un enfant survivant du sauvage assassinat de sa famille à la fin du 19ème siècle et de la boucherie de la première mondiale qui revient dans son village natal 20 ans plus tard , assoiffé de vengeance et cherchant à débusquer les coupables pour leur faire payer leur dette . Un roman à part dans la bibliographie de Pierre Magnan mais sans aucun doute un excellent bouquin qui étonnera et détonnera dans le flot des productions actuelles
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
enjie77enjie77   12 août 2019
Dans la vitre, reflétée par les flammes de l'âtre, flottait sur le déferlement des eaux l'image de la Girarde et du caquois suspendu à son sein. Délicate et charmante, cette fragile nativité narguait la brutalité de la nuit. Elle caracolait sur les entonnoirs d'air qui s'enfonçaient jusqu'au fond du courant en meuglant leur appel désolé avec des voix de cor de chasse.

Monge profitait avidement de cette vision à peine esquissée car, de face, au grand jour, il n'osait jamais observer ce spectacle autrement qu'à la dérobée. La lueur du feu, contrecarrée à travers la vitre par celle du clair de lune, soulignait de bronze les traits de la mère et de l'enfant. Et alors, comme si les deux sources lumineuses des flammes de l'âtre et du clair de lune ne s'étaient conjuguées que pour tirer de l'ombre une vérité que Monge refusait d'admettre, soudain, les traits de sa naissance, évanouis aussitôt qu'apparus, remodelèrent la frimousse de l'enfant.


NdL : Pierre Magnan a quitté l'école à douze ans, je suis subjuguée par sa plume!!!!
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patrick75patrick75   12 mars 2013
L'année 1919 fut lugubre sur nos terres.
Dans les champs à travailler, on ne rencontrait que veuves en grand deuil pauvre qui se confondaient sur les lointains avec des arbres calcinés; enfants de noir vêtus; aïeuls tristes; le noeud de crêpe à la casquette, qui labouraient, bien que ce ne fût plus de leur âge, poussant exténués la charrue devant eux, n'osant plus engueuler les chevaux qu'à voix basse.
Quand ( par hasard) passait un homme jeune à portée de leur regard, ils l'observaient à la dérobée, soupçonneusement, comme s'il leur avait volé quelque chose, comme s'il n'était pas de jeu qu'il soit là.
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Charybde2Charybde2   15 avril 2016
Un jour vint où la charpente de La Burlière se trouva nue, solidement arc-boutée dans les murailles, révélée en plein soleil de toutes ses poutres blondes qui séchaient là depuis des siècles.
Séraphin l’attaqua au passe-partout. Le bois vieux de trois cents ans et coupé à la bonne lune se défendait. Sous les lames qui l’éraflaient, il faisait entendre un bruit de fer. Parfois, à force de chauffer, la lame claquait dans une poutre. Séraphin en usa une demi-douzaine dans cette lutte, mais il s’obstina. Il travaillait jusqu’à minuit, même dans l’obscurité des nuits sans lune, dans la seule compagnie du murmure de la Durance parmi les Iscles.
Des piétons qui passaient, entendaient ce bruit de scie limant plus qu’elle ne mordait la charpente de La Burlière.
Un jour vint où le dernier chevron, avec cette odeur de mélèze qui apportait ici toute la montagne, acheva de brûler dans la cour aux rouliers.
La Burlière devint plus impressionnante encore, sans toiture, désarmée de sa charpente, révélant le creux de ses greniers décapités, entre les flammes de ses quatre cyprès qui rutilaient sous le vent. On eût dit un cercueil vide mais qui attendait seulement pour se refermer qu’un corps immense y fût déposé.
Alors, Séraphin s’attaqua aux génoises. Les génoises de La Burlière, c’étaient, sous l’avancée des toits, quatre festons élégants formant une guirlande d’alvéoles destinés à l’aération des greniers à fourrage. Sous presque chaque cavité de cette ruche se mussait un nid d’hirondelles.
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FortunaFortuna   27 août 2015
Longtemps, cerné par les loirs qui fusaient en tous sens à la recherche d'un autre abri, Patrice demeura immobile, savourant l'instant qui venait de passer.
Mais il n'aurait pas dû rester si longtemps à l'ombre de La Burlière car la vie qui s'égouttait de ces décombres, tantôt par un caillou qui ricochait, tantôt par le furtif éboulement d'un débris de chaux morte, se plaignait tristement par la voix des grandes yeuses bruissantes de vent.
Cette ruine lui chuchotait son exemple funèbre, les lambeaux auxquels elle était réduite.
Patrice aux aguets l'écoutait comme s'il s'agissait de sa propre histoire.
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namelessnameless   21 juillet 2019
Ils ne s'étaient jamais dit grand-chose en douze ans de vie commune, mais du moins, l'air était calme entre eux. Chacun vaquait à son labeur, et pour le reste le profond sommeil des gens vannés suppléait à la tendresse.
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