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ISBN : 2373050137
Éditeur : Aux forges de Vulcain (25/08/2016)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 117 notes)
Résumé :
Un comptable se réfugie la journée dans ses chiffres et la nuit dans un bar où il retrouve depuis dix ans les mêmes amis. Le visage protégé par une écharpe, on ne sait rien de son passé. Pourtant, un soir, il est obligé de se dévoiler. Tous découvrent qu'il a été défiguré. L'homme commence à se raconter. Léger et aérien en apparence, ce récit devient le roman d'un homme qui se souvient et survit – vivante et poétique incarnation d'une nation qui survit aux traumatis... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (53) Voir plus Ajouter une critique
marina53
16 mars 2017
Comptable dans une entreprise, à 47 ans, j'ai pris l'habitude, après le boulot, de retrouver mes amis au bar de Lisa. J'arrive souvent le premier et Lisa, derrière le comptoir, m'accueille toujours avec le sourire. Elle allume le percolateur et me sert mon café. Arrive alors Sam, que j'ai rencontré ici par hasard, il y a dix ans. Pas un bavard, Sam. Suivra peu de temps après Thomas. Une soixantaine d'années, il n'a pas retrouvé de travail depuis qu'il a vendu sa papeterie. Il écrit un roman dont il ne parle jamais. On a pris nos habitudes ici : on boit un café, on écoute de la musique, on joue à la belote. On discute. Ce soir-là, en buvant mon café, une maladresse et le liquide brûlant s'écoule dans mon cou et vient tâcher l'écharpe que je porte à longueur d'années pour cacher ma cicatrice. Une cicatrice qui part de ma lèvre inférieure jusqu'au tréfonds de ma chemise. Cet incident marquera à jamais la suite de mon histoire. En effet, mes amis se sont rendus finalement compte qu'ils savaient peu de choses sur moi et encore moins l'origine de ma cicatrice. Les souvenirs remontent alors à la surface, notamment dès lors que je leur montre une photo jaunie de papi Pierre-Jean...
Gilles Marchand nous plonge dans les souvenirs du narrateur, un comptable qui aime compter, et qui, au fil des soirées passées chez Lisa, racontera, devant ses amis d'abord puis devant une foule oppressante et curieuse, son passé. Il relate avec émotion, finesse et délicatesse sa jeunesse passée aux côtés de son papi Pierre-Jean, un homme fantaisiste et protecteur. Un récit sensible au dénouement émouvant. Un récit entrecoupé de situations fantasques, incongrues ou plus légères comme le décès de la concierge qui occasionne un amoncellement gigantesque des poubelles, une lettre de Monsieur Panzani, des animaux qui parlent ou encore les rencontres avec la dame au chien. Des situations loufoques qui permettent de décrire intelligemment les blessures et les failles. Les personnages sont vraiment attachants, chacun avec ses blessures : Thomas et ses deux enfants qu'il n'a jamais eus, Sam qui reçoit des lettres de ses parents morts, la belle Lisa dont le narrateur est secrètement amoureux et, bien sûr, Pierre-Jean qui enveloppe d'amour et d'humour la jeunesse du narrateur.
Un roman sur l'amitié, la solitude et les blessures. Un roman à la fois léger et profond, humain, habilement construit, servi par une écriture poétique et douce.
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isabelleisapure
19 mars 2017
Certains livres nous intriguent dès les premiers mots.
Ainsi celui de Gilles Marchand qui débute par cette phrase pour le moins énigmatique : « J'ai un poème et une cicatrice ».
Pour le poème, il faudra patienter, mais de la cicatrice, on sait très vite qu'elle se cache sous l'écharpe dont le narrateur ne se sépare jamais, quelle que soit le moment de la journée ou la saison.
Au fil des pages, nous découvrons sa vie banale, son travail de comptable, sans grand intérêt, mais il faut bien vivre !
Sa seule distraction réside en rendez-vous quotidiens au café près de chez lui. Il y fréquente Lisa, la patronne, mais aussi Sam et Thomas, compagnons de café-whisky et de bavardages joyeux mais pudiques.
Depuis près de dix ans, leurs entrevues se déroulent sans accroc, jusqu'au soir où la question de l'écharpe se pose à lui.
J'ai été très réticente dans la première partie du roman, certains passages m'ont agacée et parus longuets, voire inutiles, notamment lorsque l'auteur s'attarde sur les ordures qui s'amoncellent dans le hall de l'immeuble après le décès de la concierge.
Mais, grâce à l'habileté d'une écriture précise et imagée et à un talent de conteur certain, je me suis peu à peu laissée prendre dans les mailles de cette histoire qui m'a emmenée vers un dénouement aussi bouleversant qu'inattendu.
« Une bouche sans personne » est un premier roman prometteur d'un écrivain que j'espère lire à nouveau.
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Tlivrestarts
20 septembre 2016
J'avais commencé mon aventure des 68 premières fois avec un coup de coeur, le roman de Caroline BROUE « de ce pas » en janvier dernier.
Et bien, j'aborde la rentrée littéraire de septembre dans le même registre des émotions.
Il faut dire qu'il n'y a pas de hasard. Nous avons de bonnes fées qui nous livrent des 1ers romans d'une grande richesse et nous assurent des moments de plaisir intense.
Donc, nous voilà réunis au café du coin, là où se retrouvent tous les soirs, depuis une dizaine d'années, 4 compagnons de fortune : le narrateur, comptable, Thomas, ex-papetier, Sam, et Lisa qui tient la boutique et se joint amicalement aux conversations du trio. Ils parlent de tout, de rien. Et puis un jour, une maladresse fait qu'une tasse de café est renversée sur l'écharpe du narrateur. Cet incident aurait pu passer inaperçu s'il n'y avait eu un secret lourdement porté. Cet homme dissimule en réalité une cicatrice dont il n'a jamais évoqué l'existence avec ses compagnons. Thomas, Sam et Lisa sont perturbés. Que cache leur ami sous ses écharpes ? A bien y réfléchir effectivement, ils ne l'ont jamais vu sans. Ils lui posent quelques questions et leur ami finit par sortir une photo de son portefeuille. Elle représente son grand-père. Ce n'est que le début de révélations qui vont non seulement captiver les habitués du café mais aussi, progressivement, un public toujours plus large…
Je ne vous l'ai pas caché, il s'agit pour moi d'un immense coup de coeur, de ceux qui sont parfois difficiles à présenter. Il convient d'être à la hauteur du talent de l'écrivain… malgré la pression, je me lance !
Tout d'abord, j'ai été subjuguée par la place donnée aux histoires en général. Il y a celles racontées par le grand-père tout au long de l'enfance du narrateur, de celles qui permettent d'oublier sa condition pour s'offrir de nouveaux horizons, de celles qui construisent des êtres humains.

Moi, je grandissais avec les histoires de mon grand-père. Je n'avais jamais entendu parler de Peter Pan ou de Blanche-Neige, mais je connaissais des dizaines d'autres aventures qui sortaient directement de son imaginaire. P. 129

Et puis, il y a les histoires qu'à son tour le narrateur prend l'habitude de conter dans ce bar devenu un peu sa maison. Chaque soir, il dévoile un peu plus de son passé devant un public fidèle et captivé.

J'ai l'impression que mes amis m'ont montré le petit bout d'un fil sur lequel je ne peux à présent m'empêcher de tirer, faisant tout ressurgir sans que je puisse vraiment le prévoir. Je ne le voulais pas. Je n'ai jamais parlé de moi et je sens que je suis au bord d'un précipice. Il me manque le mode d'emploi de la confession. Une fois lancé, c'est comme si mon histoire ne m'appartenait plus et, alors que je suis habituellement si secret avec mon passé, le petit groupe de spectateurs qui se crée au fond de la salle m'encourage à me livrer chaque soir davantage. P. 75

Avec ce magnifique roman, Gilles MARCHAND nous fait prendre conscience du pouvoir de l'imaginaire, tant pour le conteur lui-même que pour celles et ceux qui écoutent les histoires. Chacun en retire un bien-être lié à sa culture, son éducation, son statut dans la société, son âge…
Vous vous posez certainement la question du rôle du grand-père dans la vie de cet homme. Pourquoi est-ce lui qui raconte les histoires justement ? Nous pourrions imaginer que ça soit la mère, ou bien le père. Mais là, c'est justement toute une histoire, de celle d'une famille qui vient côtoyer celle d'un pays, cette histoire avec un grand H. Je ne vous donnerai pas d'indice parce qu'il s'agit du charme de ce roman que d'appâter pour ne dévoiler l'épisode en question que dans les toutes dernières pages et avec une force ô combien magistrale. En fait, ce roman en assure la mémoire pour qu'elle ne soit pas oubliée ni reproduite ! La citation empruntée au roman « La conscience de Zeno » d'Italo SVEVO :

Les choses que tout le monde ignore et qui ne laissent pas de traces n'existent pas.

illustre parfaitement la démarche de l'écrivain.
Ce roman aborde aussi le sujet de la différence. Vous savez, celle qui fait que les regards se retournent sur vos pas ! Il y a les regards d'adultes, mais aussi ceux des enfants. Et ceux-là, ils sont aussi violents que spontanés. Alors, quand vous allez à l'école et que vous ne côtoyez que des enfants, imaginez un peu ce qu'un individu peut endurer. Et bien, si vous ne le soupçonnez pas encore, Gilles MARCHAND nous en dresse un portrait ô combien douloureux et qui peut permettre de nous éclairer sur des comportements que l'on peut avoir, dans la vie, mine de rien, mais qui laissent des traces indélébiles dans l'esprit de ceux qui en sont victimes.

Les enfants différents sont à part. Il faut rentrer dans un moule dès le plus jeune âge. Et mon moule personnel était sacrément ébréché. P. 146

C'est aussi un roman qui aborde la solitude. Tous ces compagnons de bar partagent la même situation personnelle. Ils y viennent pour passer un bon moment, « en famille », avec les habitués, de ceux qui donnent des repères, rythment les journées.

Si on se retrouve quasiment tous les soirs depuis si longtemps, c'est qu'il y a une bonne raison. Et cette raison, c'est que nous sommes tout seuls. P. 31

Il évoque aussi l'amitié et les relations qui se tissent entre des individus. Une fois n'est pas coutume d'ailleurs, je trouve que l'image de couverture est tout à fait représentative de ces vies qui lentement se tricotent, se nourrissent les unes des autres, allez savoir sur quoi...

Oui, mais où est-ce que cela me mènerait de tout raconter ? Personne n'est obligé de faire le récit de sa vie à ses amis et j'ai toujours estimé que l'on pouvait se contenter des instants partagés ensemble. P. 24

Ces parcours de vie justement, que seraient-ils sans les souvenirs ? Il y en a de bons, et puis il y a les autres, les mauvais, souvent cachés pour prendre la dimension de secrets. Dans ce domaine, le roman de Gilles MARCHAND est haut en couleur. le narrateur ploie sous le poids d'un terrible secret.

Au fur et à mesure que les souvenirs me reviennent, je commence à comprendre ce qu'il voulait dire lorsqu'il m'a fait promettre de ne rien oublier sans y accorder trop d'importance. Il n'a jamais oublié d'où nous venions et il n'a jamais su où nous allions. Il a fait en sorte que le chemin sur lequel il m'accompagnait soit le plus heureux possible. Pour cela il fallait travestir un peu la réalité... P. 106

Ce roman aurait pu être plombant et rapidement devenir insupportable mais il n'en est rien. Tout simplement parce que Gilles MARCHAND sait aussi lui donner un peu de légèreté avec des situations loufoques comme celle des sacs d'ordures ménagères amoncelés devant la copropriété du narrateur au point de l'obliger à creuser un tunnel pour pouvoir accéder à son propre logement. J'avoue que l'affaire de la fontaine à eau au travail m'a aussi beaucoup fait rire. Il est rare de rencontrer des écrivains qui sachent dans un même roman jouer avec les 2 registres, c'est là certainement la preuve d'un immense talent.
Enfin, je voudrais saluer la qualité de la plume de cet écrivain. Je ne sais pas si j'ai encore glané autant de citations pour noircir mes petits carnets. J'ai noté des dizaines de belles phrases aux résonnances émouvantes et dont les mots sont d'une grande sensibilité. Clairement, je l'ai adorée. Vous comprendrez qu'en choisir soit rapidement devenu une torture.
Ce livre, il faut le lire, ABSOLUMENT !
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zabeth55
04 avril 2017
Quelle étrange histoire !
C'est celle d'un comptable, en apparence banal. Sa seule particularité est d'avoir toujours une écharpe quel que soit le temps.
Jusqu'à presque la fin, les chapitres sont rigoureusement identiques.
Ça commence chaque matin pour raconter la journée au travail, puis le soir venu, notre homme (on ne connaît pas son nom) se rend au café où il retrouve immuablement Sam et Thomas ses deux amis, et Lisa, la patronne.
Tout ça pourrait être monotone, mais il n'en est rien.
A la description inchangée des journées se mêlent des évènements farfelus voire parfaitement absurdes.
Petit à petit, le comptable se dévoile à ses amis et leur parle surtout beaucoup de son grand-père, un homme fantasque et tendre avec lequel il entretenait une relation très forte.
Il est difficile de définir ce livre, si ce n'est que plus on avance en lecture, plus on tombe sous le charme de l'histoire et de l'écriture.
Et la fin est totalement chargée d'émotion
Une belle réussite pour ce premier roman prometteur.
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Juin
06 novembre 2016
Un livre qui commence par " J'ai un poème et une cicatrice" ne peut qu'intriguer et l'on se dit qu'on va se régaler. Les premières pages sont réjouissantes. L'histoire d'un comptable solitaire qui a la bouche cachée par une écharpe ( dont bizarrement il fait collection). Peu à peu on découvre son groupe d'amis. Dans un bar ils se retrouvent pour parler. Il y a Lisa derrière le comptoir, Sam qui reçoit des lettres de sa mère morte ( j'ai beaucoup aimé ces passages), Thomas auteur d'un roman, qui s'invente des enfants qu'il n' a jamais eu. Et puis le narrateur, qui se bat avec les poubelles qui envahissent son immeuble , « La poubelle n’a pas été sortie. La concierge est morte il y a deux jours et personne n’ose la toucher. La poubelle, pas la concierge. « , fuit ses collègues de travail et laisse planer un doute sur ce qui se cache sous son écharpe.
Après j'ai perdu un peu le fil de l'histoire. Dommage le narrateur raconte son douloureux passé, c'est ce que j'attendais mais trop de fantaisie, trop de longueur m'ont fait perdre le fil. J'ai avalé les pages rapidement, sans réussir à enregistrer ce que je lisais. J'ai à peine aperçu les personnages improbables dont parlent la 4 ème de couverture... J'ai poursuivi ma lecture malgré tout. Et j'ai bien fait car le soufflé qui s'écroulait doucement a repris de sa superbe.
Très belle fin, inattendue pour moi. Et pour ça je n'ai pas regretté d'avoir persévéré. J'ai vu la cicatrice, j'ai entendu le poème et cela m'a touchée - même si L'Histoire est connue... -
Dommage que le roman se perde en digressions inutiles ou alors je n'ai pas su savourer cette fantaisie.
Par contre j'ai aimé l'auto-dérision du narrateur qui nous amène peu à peu vers la douloureuse vérité.

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Citations & extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
marina53marina5316 mars 2017
Un jeune couple est installé à une table au fond. Deux verres de vin posés devant eux. Ils chuchotent, comme s'ils avaient peur que l'on entende leur conversation. (…) ils doivent avoir une vingtaine d'années, un peu plus peut-être. J'ai eu une vingtaine d'années et je n'ai jamais eu l'occasion d'avoir les mains à quelques centimètres de celles d'une jeune fille. On ne m'a jamais regardé comme elle le regarde. J'ai envie de me planter devant eux et de prendre leurs mains de force, de les enlacer l'une dans l'autre en leur criant qu'ils ont de la chance, que le vie est courte, qu'il n'y a pas de temps à perdre à se tourner autour. À moins que je ne leur dise de prendre leur temps, que ce sont là sans doute les meilleurs moments : bientôt, ils n'auront plus envie de se toucher ou alors, ce sera devenu une habitude, une sorte de dû. Elle lui reprochera de ne plus la toucher, de ne plus la désirer. Lui pensera qu'elle ne le regarde plus comme elle le fait là, ce soir. Parce ce que les regards ne se commandent pas. Parce que les gestes passent, parce que lorsque c'est acquis, on n'a plus peur, parce que l'on doit s'habituer au bonheur.
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marina53marina5317 mars 2017
Le métro est rempli. Rempli de gens pressés. Pressés d'arriver et pressés les uns contre les autres. Il y en a qui sont contents, ça leur fait une présence, une bande de copains provisoire. D'autres en ont assez d'être serrés. S'ils n'en avaient pas assez d'être pressés, ils en auraient assez d'attendre. S'ils n'en avaient pas assez d'attendre, ils auraient retrouvé autre chose, parce que ça donne une contenance d'en avoir assez. Alors ils jettent des regards noirs. Parce que c'est la faute des autres : ce n'est pas eux qui sont trop nombreux puisqu'ils ne sont qu'un. Ce sont les autres. Il y a beaucoup trop d'autres.
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marina53marina5316 mars 2017
Le public n'est pas le plus important, seul importe ce que l'on a à raconter. Lorsqu'il a achevé son roman, il n'a pas couru après les lecteurs - peut-être le fera-t-il un jour-, il a écrit ce qu'il a voulu écrire sans se soucier de ce que l'on pourrait en penser. Le plus important pour lui a été de parvenir au bout de son projet, de boucler la boucle. C'est ce dont j'ai pris conscience lorsque nous avons trinqué : le récit ne se justifie que s'il arrive à son terme. L'histoire peut être belle, l'auteur peut avoir du talent, s'il n'y a pas de fin, rien de ce qu'il a écrit n'existe.
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JuinJuin05 octobre 2016
Il fait froid. C'est ce que m' a affirmé ma boulangère qui a beaucoup de conversation. "Il fait froid..." Une information abrupte comme une dépêche de l'AFP. Sûre d'elle, le front plissé, elle n' a pas jugé utile de poursuivre plus avant. Hier, elle m'avait annoncé que c'était la crise de la farine et la veille que le prix des fraises allait descendre. Elle est comme ça, ma boulangère : elle a des informations mystérieuses qu'elle divulgue au compte-goutte. Une information par jour. Libre à chacun de la développer.
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Charybde2Charybde228 septembre 2016
Il m’est arrivé de me sentir d’humeur badine, et de répondre : « Je compte quoi… et bien c’est une excellente question… » Et je pars pour la demi-heure la plus longue de la vie de mon interlocuteur. C’est assez jouissif d’observer le regard de celui qui ne comprend pas que son trait d’esprit ait pu être pris au sérieux : son expression passe de la surprise à l’ennui, puis à l’effroi lorsqu’il prend conscience que je peux faire montre d’une endurance insolente. Quand je suis dans un bon jour, je peux tenir une heure et demie sur le sujet, le secret étant de couper systématiquement la parole afin d’anéantir tout espoir de changement de conversation. Un débit non-stop appuyé de données chiffrées (ne jamais négliger les chiffres après les virgules), d’anecdotes à base de calculatrices ou de règles de trois, et la liste exhaustive des manuels dont j’estime la lecture indispensable pour devenir un bon comptable. Si ça ne suffit pas, je raconte ma journée.
Expliquer mon métier est un excellent moyen de ne plus être invité à tort et à travers. Finis les repas et les pots obligatoires sous prétexte que l’on fait plus ou moins partie de la même énorme entreprise. « Et toi tu fais quoi ici ? Je ne crois pas t’avoir déjà vu. – Je suis comptable. – Et tu comptes quoi ? » Mauvaise pioche mon bonhomme… Je suis devenu le mauvais convive, le raseur, mais j’ai gagné en tranquillité. Je suis rentré dans la boîte alors que j’avais à peine dépassé la vingtaine et à présent que ma quarantaine a déjà dépassé son mitan, j’ai acquis l’expérience nécessaire à l’obtention d’un environnement professionnel d’ascète.
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Rentrée littéraire 2016 : Une bouche sans personne Gilles Marchand
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