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EAN : 9782072891922
160 pages
Éditeur : Gallimard (02/04/2020)

Note moyenne : 2.62/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Un jour, Jim Sams, cafard au destin extraordinaire, se réveille dans le corps du Premier ministre britannique. Il sait une chose : il a une mission à accomplir. Rien ni personne ne l'arrêtera dans sa volonté de porter la « voix du peuple », le Réversalisme. Ce Projet national qui rendra sa grandeur à la Grande-Bretagne a pour but l'inversion du sens de la circulation de l'argent. Désormais, les magasins rémunèrent leurs clients pour leurs courses. Les citoyens peuve... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
motspourmots
  03 juin 2020
Face à des situations tellement absurdes et incompréhensibles, l'écrivain n'a souvent qu'une seule arme : sa plume. Et quand il s'appelle Ian McEwan, c'est un régal. Un petit bijou d'ironie et d'intelligence qui ne se prive pas de piquer là où ça fait mal, avec un humour qui aura du mal à panser les plaies d'amour-propre de ses compatriotes qu'il égratigne sans aucune pitié. Ce n'est pas vraiment un roman, plutôt une novella, un texte satirique, le cri d'un citoyen anglais qui ne reconnaît plus son pays et cherche une explication aux comportements absurdes de ses dirigeants. Dans le cerveau de Ian McEwan, tout est permis...
Tout est permis, y compris le postulat que tous ces gens qui gouvernent ne sont pas vraiment eux-mêmes. A commencer par le plus célèbre d'entre eux, le locataire du 10, Downing Street dans le corps duquel se réveille un beau matin Jim Sams, un cafard habitué des locaux de Westminster qui ne tarde pas à découvrir, une fois acclimaté à sa nouvelle enveloppe, que d'autres de ses semblables sont autour de la table du conseil des Ministres. Pas de doute, ils ont une mission à accomplir : porter "la voix du peuple". Il était temps de prendre les choses en mains face à un Premier Ministre champion du retournement de veste et du changement opportun d'opinion alors que s'affrontent deux clans : les Réversalistes et les Continualistes. Les premiers prônent l'inversion du sens de circulation de l'argent comme solution à toute crise économique : payer pour son emploi et recevoir de l'argent pour chaque achat (pour résumer rapidement), et les deux clans s'écharpent comme savent le faire les britanniques. Irréaliste ? Suicidaire d'embarquer le Royaume-Uni alors qu'aucun autre pays ne voudra suivre ? Qu'à cela ne tienne, Jim Sams possède désormais les armes pour imposer la théorie plébiscitée par le peuple lors d'un référendum que personne ne s'attendait à voir prendre cette tournure et rendre ainsi toute sa grandeur à la Grande-Bretagne (toute ressemblance avec une situation, etc, etc.).
Ian McEwan s'en donne à coeur joie en démontant avec un humour féroce tous les principes du populisme et de l'incompétence d'une classe politique essentiellement préoccupée du pouvoir ; en cela, le symbole du cafard, s'il en rappelle d'autres est extrêmement fort et caustique. Les cafards sont des insectes charognards qui peuvent même se montrer cannibales... Charmant. La théorie du Réversalisme, finement ciselée dans l'absurde est un terrain d'action jouissif pour le romancier qui peut ainsi mettre à nu tous les rouages de la politique, de ceux qui entrainent un peuple vers l'inconnu en se lavant les mains de la suite puisqu'une fois sa mission terminée, le cafard redeviendra cafard.
Un pur plaisir, il y a des moments vraiment jubilatoires comme cette façon d'analyser les tweets du président américain (toute ressemblance...) ou de présenter les différentes interventions des chercheurs et experts, plus aguerris les uns que les autres dans l'art de ne rien démontrer. Je ne sais pas si cela a bien défoulé l'auteur mais je me suis régalée de cette magistrale leçon d'ironie. Brillant, as usual !
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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culturevsnews
  21 mai 2020
Un groupe de cafards conspire pour s'emparer des corps des membres dirigeants de l'actuel gouvernement conservateur britannique afin de faire passer le "Reversalisme" - une théorie économique folle qui est destinée à symboliser Brexit et aussi, dans une moindre mesure, le socialisme marxiste. Ils le font afin de provoquer l'effondrement de la société britannique au profit de la communauté des cafards, à laquelle ils retournent à la fin, ayant réussi leur mission.
En tant que courte satire contemporaine (100 pages dans l'édition de poche, et non 112 comme on le prétend ci-dessus), c'est étonnamment faible et unidimensionnel. Les personnages ne sont guère plus que des marionnettes, dont les identités sont facilement décodées. Jim Sams, le principal cafard, doit quelque chose à Theresa May, mais il s'agit essentiellement de Boris Johnson. le conseiller spécial de Jim, Simon, est évidemment Dominic Cummings. Benoît, le seul humain dans le cabinet, est clairement Philip Hammond. le chef de l'opposition, Horace Crabbe, est Jeremy Corbyn. Jane Fish semble devoir quelque chose au député Jess Phillips. Et ainsi de suite. Mais aucun de ces personnages, à part Jim, n'a de vie intérieure. Ce sont des découpages en carton. La plupart sont propulsés par le nihilisme. En tant que satire, le livre est beaucoup moins drôle que n'importe quelle édition du magazine Private Eye.
C'est un livre pour le plus zélé des restants. le chancelier allemand demande à savoir "Pourquoi faites-vous cela ? Pourquoi, dans quel but, déchirez-vous votre nation ? La cafetière n'a pas de véritable réponse à sa sagesse pénétrante : "Parce que. C'était, en fin de compte, la seule réponse : "parce que". En arrière-plan, on entend dire que les citoyens ont changé d'avis sur le résultat du référendum et qu'ils expriment "leur inquiétude quant à ce pour quoi ils ont voté, ce qu'ils ont déclenché". Mais au final, ce sont les cafards qui l'emportent, aidés par Horace Crabbe, chef de l'opposition.
Le sens de l'ironie de McEwan est étonnamment lourd. le Premier ministre Jim Sams, nous dit-on, "savait différemment". Sa compréhension, tout comme sa vision, était limitée". Sams est un menteur en série : "Il était important de garder la face". Il n'est pas nécessaire d'aimer Boris Johnson pour trouver ce genre de satire grossière et unidimensionnelle. McEwan ne résiste pas à une blague sur Nigel Farage qui se fait verser un milkshake. C'est de l'humour paresseux, conçu pour un certain type de lecteur.
Au final, le livre ressemble à un hurlement de désespoir de la part de McEwan. Sa vision est sombre, le Parlement étant infesté par une masse bouillonnante de vrais cafards derrière ses murs et sous ses planchers. Mais sa colère contre Brexit semble avoir obscurci sa conscience d'artiste. Pour aimer la politique de ce livre (anti-Johnson mais aussi anti-Corbyn), il faut la partager. Il y a aussi le problème que McEwan réduit le grand débat sur Brexit à une seule question, l'économie. En tant que satire, il est centré sur Londres et se déroule presque entièrement à Westminster. L'humour plaira sans doute à certains lecteurs mais il y a quelque chose de grossier et d'inhumain au coeur de cette histoire et elle est peut-être aussi réactionnaire au final que les politiciens de droite dont elle se moque. Il est troublant de constater que vers la fin du livre, McEwan dépeint "un récit de harcèlement, d'intimidation, de railleries obscènes et d'attouchements inappropriés" comme une concoction cyniquement inventée pour les médias afin de détruire un homme décent. C'est une perspective étrange à représenter dans une fiction à un moment où, dans le monde réel, de plus en plus de femmes s'avancent pour faire de telles affirmations contre des hommes importants.
Lien : https://culturevsnews.com/
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
motspourmotsmotspourmots   02 juin 2020
Quand Jim eut terminé, il arpenta l'étroite mansarde en exultant. Rien n'était plus libérateur qu'une suite de mensonges bien ficelés. Voilà donc pourquoi on devenait écrivain...
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