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ISBN : 2081240920
Éditeur : Flammarion (13/09/2017)

Note moyenne : 4.09/5 (sur 11 notes)
Résumé :
Lorsque Jay Mendelsohn, âgé de 81 ans, décide de suivre le séminaire que son fils Daniel consacre à l’Odyssée d’Homère, père et fils commencent un périple intellectuel et émotionnel de grande ampleur. Croisant les thèmes de l’enfance et de la mort, de l’amour et du voyage, de la filiation et de la transmission, ce livre est le récit poignant de la redécouverte mutuelle d’un fils et d’un père.
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
michfred
  18 octobre 2017
L'Odyssée est mon livre-fétiche : lu et relu- dès que j'ai su lire, dans les Contes et Légendes d'abord, puis dans la version de Bérard, si douce à l'oreille, et enfin dans celle de Jacottet, en alexandrins magnifiques – traduit et retraduit - au lycée et , à plusieurs reprises, au cours de mes études classiques- joué et rejoué pendant presque deux ans, dans une « tournée théâtrale » et néanmoins scolaire qui fait partie de mes plus chers souvenirs– je faisais Nausicaa, lui Ulysse, une version hellénique de toi Tarzan, moi Jane… à quinze ans, ça ne s'oublie pas…
Bref, je ne vais pas vous raconter ma vie, mais l'Odyssée l'a marquée de son empreinte pleine de fantaisie et de sagesse, de ruses et de souffrances, de tours et de détours…et je n'ai pas été étonnée qu'encore une fois elle me retrouve, dans un tardif retour de boomerang…
J'avais adoré Les Disparus de Mendelsohn et, sitôt qu'elle s'est annoncée à l'horizon de la rentrée littéraire, cette « Odyssée, un père, un fils, une épopée » m'a, bien entendu, fait de l'oeil…Un vieil ami qui me connaît bien m'en a fait cadeau et la flamme s'est rallumée aussitôt ! Je viens de l'emmener dans mes bagages faire un tour sur une île –bretonne, pas grecque !- et ma lecture s'est terminée avec ce joli périple insulaire…
Pas déçue du voyage ! Quelle lecture ! J'ai ressorti mon Bérard et surtout mon petit classique Hachette orange, tout en V.O. Je suis même arrivée, de temps en temps, à lâcher Mendelsohn pour retrouver le poète grec dans le texte, picorer une expression, un hexamètre dactylique –dactyle, spondée, le rap des aèdes !- et me faire bercer par la vague vineuse tandis que l'Aurore aux doigts de rose mettait un peu de baume sur le corps d'Ulysse rejeté sur la plage de Phéacie par la colère de l'Ebranleur du Sol.
"Andra moi ennepe, Mousa, polutropov, hos mala polla plachthè , epei Troiès hierov ptoliethron eperse..."
Le livre de Daniel Mendelsohn court trois challenges à la fois : développer une analyse pointue et convaincante des subtilités de l'Odyssée qui sert de trame à un séminaire universitaire qu'il a donné en tant que professeur de lettres, à Bard College, renouer les liens avec Jay Mendelsohn, son père, un matheux exigeant et peu communicatif , plus craint qu'aimé, qui assiste chaque semaine au cours de son fils , et enfin l'emmener, à l'issue de cette session, dans une croisière qui se propose de suivre le périple d'Ulysse en Méditerrannée…
Relation philologique, pédagogique et filiale à la fois, « Une Odyssée » tisse avec une grande habileté, une vraie finesse aussi, ces trois trames ensemble : le fil de la navette, comme celle des trois Parques le fait pour la vie d'un homme, de sa naissance à sa mort, lie judicieusement le sens du livre, la quête d'une transmission et la découverte d'un père inattendu pour ce fils qui croyait être maître du périple au long cours qu'il a composé et proposé - et qui « apprend » de ses étudiants, ce qui est le propre de toute relation pédagogique, mais qui "apprend" surtout de son père jusqu'aux dernières pages du livre qu'il est train d'écrire …
C'est vrai que l'Odyssée est une épopée étrange, précédée qu'elle est par la quête de Télémaque au début, qui nous dérobe Ulysse jusqu'au chant V. Loin d'être un appendice rajouté ou superflu, la quête de Télémaque, qui n'a jamais connu son père et ne peut donc pas le « reconnaître », donne à l'Odyssée tout entière un éclairage particulier qui permet d'en délivrer l'apologue.
Qu'il s'agisse d'Ulysse pour Télémaque, ou, pour Ulysse, de Télémaque, des Phéaciens, de Circé, de Polyphème, du chien, du porcher Eumée, de la nourrice Euriclée, de Pénélope, et enfin du vieux Laërte , tout le « nostos »- retour- d'Ulysse est marqué par le processus de reconnaissance : qui suis-je ? qui es-tu ? à quoi me reconnais-tu ? es-tu bien sûr(e) qu'il s'agit de moi ? suis-je bien sûr que je puis te faire confiance, que tu m'es resté(e) fidèle ?
Pleine de tours et de détours, l'épopée de ce polutropos Odusseus – Ulysse aux mille tours- fait des retours en arrière étonnants : les récits merveilleux contés par Ulysse aux Phéaciens, l'histoire de sa blessure à la jambe, la chute de Troie narrée par les âmes des morts, etc..
Sans doute parce que, comme la connaissance de soi, comme celle des siens, récit et voyage tournent en rond , suspendus au bon vouloir des dieux - ce qui irrite particulièrement Jay qui trouve vraiment qu'Ulysse a la vie trop facile- mais surtout suspendus à l'identification – souvent douloureuse, lente, difficile- des quelques rares points fixes d'une existence, qui font, de tout retour, une suite d'épreuves mais aussi le suprême but, la plus haute félicité d'une vie. Du Bellay l'a bien dit :
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage
Et s'en est retourné plein d'usage et raison
Vivre entre ses parents le reste de son âge…
Une Odyssée est un récit plein d'échos, de relais, de liens. C'est aussi une réflexion pleine de poésie, de philosophie et de tendresse filiale.
Comme Elpénor le marin d'Ulysse avec sa rame, le vieux Jay reçoit, avec ce livre, le plus beau « sèma » qu'un fils pouvait dresser à son père.
Bouleversant et diablement intelligent.
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Bazart
  11 novembre 2017
Jay Mendelsohn, mathématicien et universitaire à la retraite à toujours regretté d'avoir abandonné l'apprentissage du Grec et du Latin en fin de lycée. C'est donc tout naturellement qu'il décide de participer, en auditeur libre, au séminaire sur l'Odyssée d'Homère dirigé par son fils Daniel.
Une fois par semaine durant six mois le vieux monsieur de quatre-vingt-un ans quitte son pavillon de banlieue, prend deux trains successifs pour étudier le voyage d'Ulysse au milieu de jeunes gens d'à peine vingt ans. « J'irais au fond et ne poserais pas de question » Tu parles ! Á peine installé, le père écoute puis participe activement, chef de l'opposition des théories universitaires, il emporte avec lui l'enthousiasme des jeunes étudiants. Á l'issu de ce séminaire, le père et le fils partirons ensemble pour une croisière en mer Egée sur les traces d'Ulysse. Daniel et Jay vivrons des moments inoubliables.
Daniel Mendelsohn, romancier et professeur de lettres classiques est persuadé que les littératures grecques et latines et ses Mythes fondateurs nous parlent de nous au XXIe siècle, avec « Une Odyssée, (soustitré un père, un fils, une épopée )» il nous le prouve à chaque page.
Grace à Laërte, Ulysse et Télémaque, l'écrivain explore et questionne le lien père-fils qui se tisse tout le long du récit d'Homère pour essayer de comprendre Jay, ce père si distant, si strict, ce père taiseux et inflexible en famille.
Durant ce séminaire il va aussi découvrir un père motivé, impliqué, parfois un peu trop, remettant en question les théories de son professeur de fils pour le plus grand plaisir des élèves sous le charme de l'octogénaire.
Mendelsohn, depuis son roman « Les Disparus » (à lire impérativement) questionne l'identité individuelle et collective. Qui suis-je, qui sommes-nous au monde ? Qui suis-je pour l'autre, mon regard sur les membres de ma famille est-il juste ? Qui sont ces inconnus que nous croyons connaitre ?
Récit érudit et intime à la fois, récit poignant, l'histoire d'une vie d'homme de la petite bourgeoisie Newyorkaise, mais aussi autofiction profonde qui impressionne par sa sincérité.
L'Odyssée c'est un retour et Daniel Mendelsohn nous conte son retour au père et c'est formidablement émouvant.
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Henri-l-oiseleur
  22 septembre 2017
Malgré les remerciements finaux que l'auteur, francophile et amateur de Proust, adresse à ses traducteurs, j'ai parfois trouvé le texte français de ce livre lourd, maladroit, embarrassé à certains endroits. Ce sera la seule réserve que j'émettrai dans cette critique, car Babelio, avec son défi à la rentrée littéraire, m'a fourni l'occasion d'une excellente lecture et de la découverte d'un écrivain américain intéressant.
Ce livre est visiblement un récit autobiographique à la première personne, mais construit et conçu d'une manière très originale : la vie du narrateur s'efface devant la biographie de son père, laquelle est réorganisée en fonction des grandes parties de l'Odyssée d'Homère. Le narrateur, professeur d'université, dirige un groupe d'études sur ce poème grec avec ses étudiants, et son père âgé vient assister aux discussions et y participer. Ses remarques sur le texte et le héros Ulysse sont des tremplins pour la mémoire du fils professeur, qui revoit son père en diverses occasions de son enfance et de son adolescence. Les étudiants ont aussi leur mot à dire dans cet échange : après tout, ils sont les principaux interlocuteurs du cours. Le livre combine donc trois dimensions : l'enseignement du fils-narrateur sur l'Odyssée, avec les réactions des étudiants, les fragments de la vie du père racontés par ce même fils, et les souvenirs d'enfance du fils. Vers la fin, il mène une enquête pour mieux connaître l'enfance et le jeune âge de son père.
Tout le talent de Mendelsohn consiste donc à coudre ensemble ces récits et témoignages disparates, et à créer entre eux de profonds effets de résonance, d'émotion et d'échos. Le lecteur a le plaisir de juger des coutures, des transitions, de voir l'habileté de l'écrivain à passer d'un plan à l'autre ; de relire l'Odyssée par le filtre d'une lecture universitaire et de jeunes étudiants américains auxquels un vieil homme s'est joint ; de découvrir les heurs et malheurs d'une relation d'un père et de son fils, plus la chronique familiale et privée de l'auteur. Ce triple plaisir, littéraire, culturel et émotionnel, naît d'un livre à la trame riche et complexe (mais les coutures sont visibles et l'on n'est jamais perdu) qui nourrit son homme sans jamais l'épuiser.
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miriam
  09 novembre 2017
L'Odyssée m'a toujours accompagnée.  Depuis mon enfance,  avec les Contes et Légendes. Malheureusement, j'ai abandonné le Grec ancien et je n'ai jamais été capable de lire Homère en VO.  Dans le livre de Mendelsohn , le père a délaissé l'étude du latin avant d'aborder Virgile....Mon meilleur souvenir de lecture de l'Odyssée : à Ithaque : assise sous un olivier, j'avais lu les passages  racontant le retour d'Ulysse.  Cet été, nous avons visité la Grotte de Calypso sur Gozo et celle de Polyphème à Himarë (Albanie) ....
Il fallait donc que je lise Mendelsohn!
Le narrateur, Dan Mendelsohn, professeur d'université, organise un séminaire autour de l'Odyssée. Son père, octogénaire, propose de le suivre.  Ils partent ensuite en croisière à la suite d'Ulysse...Une intimité d'établit entre le père, un mathématicien peu communicatif et son fils qui  le connait mal. Au cours du récit, vont se mêler intimement les deux récits, celui de l'Odyssée qui est la trame, et le récit familial qui se construit au fil du séminaire puis du voyage. 
Mendelsohn suivra scrupuleusement le plan de l'Odyssée : noté en grec PROEM (invocation) TELEMACHIE (Education) - APOLOGOI(aventures, racontée par Ulysse aux Phéaciens) - NOSTOS -(Retour)  ANAGNORISIS (Reconnaissance) - SÊMA(monument funéraire).
Le séminaire est très rigoureux, les vocables grecs sont soigneusement étudiés et traduits. La pédagogie est intéressante - classe inversée dirait-on aujourd'hui - les étudiants lisent 2 livres avant la séance, posent leur questions et continuent éventuellement la discussion par mail.
Jay, le père, joue un rôle non négligeable dans la  discussion autour du texte. Il n'aime pas Ulysse, et récuse le statut de Héros. Ulysse ou plutôt Odysseas, est pleurnichard, il ne triomphe des épreuves que grâce à l'aide des Dieux qui le sortent de pétrins dans lequel il se met lui-même par vantardise. 
La Telemachie donne le rôle principal à Télémaque, fils d'Odysseas, qui ne connaît pas son père. Athéna, l'envoie à Pylos auprès de Nestor puis à Sparte rencontrer Ménélas et Hélène. Ces voyages et ses rencontres lui servent d'instruction, il rencontre les héros de la Guerre de Troie qui lui parlent d'Odysseas, et apprend les difficultés du marriage avec le drame d'Agamemnon. On pourrait parler de roman de formation ou d'apprentissage.
Parallèlement Jay, le Père, et Daniel, le fils évoquent un voyage qui les a déjà réuni avec un retour "en cercles" . de cercles, de boucles, il sera souvent question dans ce livre. Comment naviguer très longtemps (dix ans, moins 7 ans dans la grotte de Calypso) pour parcourir la distance finalement courte entre Troie et Ithaque? En faisant de nombreux détours, des boucles, des digressions dans le récit. L'auteur suivra donc cette démarche. Comme dans le récit homérique certains épisodes sont contés à plusieurs reprises, parfois même doublés si on imagine que Circé et Calypso étaient peut être une seule et même nymphe. 
Les aventures Apologoi, retracent le périple d'Odysseas en Méditerranée. Le héros en fait le récit aux Phéaciens. Mais Ulysse est un menteur et un vantard. Quel crédit doit-on lui accorder? Autre grief de Jay à l'encontre d'Ulysse : il rentre seul, il a abandonné ses compagnons; quel chef de guerre oserait se présenter sans ses soldats au retour de la guerre? 
Nostos, le retour, est à l'origine de notre mot nostalgie. Il y seera question du retour à Ithaque, retour simultanée d'Ulysse et de Télémaque avec une histoire de chiens qui m'avait marqué autrefois. Dans la famille Mendelsohn, il y a aussi un épisode de chien enragé qui aurait marqué la personnalité de Jay. tout au long du livre, le fils reviendra à cette histoire qui lui paraît cruciale. Episode qui sera raconté selon différentes versions selon différents témoins. Tout au long du livre le professeur exercera le même esprit critique sur le texte ancien que sur le roman familial. 
Anagnorisis : Odysseas doit se faire reconnaître, Argos, le chien, Eumée, le porcher fidèle, la nourrice Eurycléia le reconnaîtront. Il en sera autrement pour Télémaque et Pénélope. Tout d'abord parce que Odysseas se cache sous l'identité d'un pince Crétois (encore les fameux mensonges crétois!) . La preuve finale est celle du lit d'Ulysse (en parallèle un lit que Jay avait bricolé pour son fils enfant). C'est aussi l'occasion d'une déclaration d'amour de Jay pour sa femme, la mère de Daniel. 
La croisière ne nous apprendra guère plus sur l'Odyssée, le séminaire est terminé, père et fils profiteront de cette occasion pour mieux se connaître. le père se révélera un personnage charmant,  apprécié en société, et même audacieux loin du mathématicien silencieux et rigide que son fils avait présenté au début de l'ouvrage. La croisière n'atteindra pas Ithaque : élégant remplacement de la visite de l'île d'Ulysse par la récitation du poème de Cavafy qui est mon poème préféré. 
Sêma : monument funéraire, monument funéraire d'Achille ou du marin Elpenor. On pressent le décès du père. le monument que son fils lui érige n'est-il pas l'ouvrage tout entier? 
Lecture passionnante, commentaire érudit, émouvante histoire d'une rencontre tardive entre un père et son fils, une Odyssée inattendue. 


Lien : http://miriampanigel.blog.le..
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topocl
  04 novembre 2017
Daniel Mendelsohn, professeur de littérature classique, héritier de générations de spécialistes de la littérature classique, entame un séminaire de première année au Bard Collège, pour un groupe de tout jeunes étudiants, naïfs et enthousiastes, sur le thème de l'Odyssée d'Homère. Une transmission intellectuelle qui reproduit celle que lui ont prodiguée ses maîtres, comme un cadeau à la génération suivante. Son père, un vieil homme dur, exigent, scientifique passionné de littérature, mort depuis – et dont la mort fait l'objet du bouleversant dernier chapitre - s'impose comme auditeur libre. Tout au fil des semaines, il va « ronchonner, pinailler et contester tout ce que je m'évertuais à leur enseigner », et le fils, quoique brillant professeur thèsé va souvent se retrouver « comme si j'avais 11 ans ». Quelques semaines après, ils vont partager une croisière thématique en Méditerranée « Sur les traces d'Ulysse », expérience qui vient couronner cette étude théorique.
On a dit que c'était un livre sur son père. Mais en fait, ça s'appelle Une odyssée, en référence à l'Odyssée d'Homère. Son père ? L'Odyssée ? Qu'importe ? N'est ce pas la même chose ? Car l'Odyssée, ne l'a t'on pas dit et répété, est un livre total, un de ces livres uniques et universels qui englobent tout, après lesquels il n'est plus besoin (possible ?) d'écrire quoi que ce soit, car tout est dit. Et cela, n'est ce pas la définition d'un être humain, unique, universel, in-reproductible ? L'analyse littéraire alterne avec le récit familial, l'un éclairant subtilement l'autre et ainsi, au fil des semaines, dans une traversée à haut risque qui le ramène au pays natal, l'Odyssée va lui donner en même temps les clés de son père et les outils pour sa propre remise en question.
Cheminant habilement, dans un acharnement érudit, entre fiction et réalité, Mendelsohn décortique, crée des liens, des correspondances, des résonances, part en digressions, réminiscences. L'Odyssée c'est la vie tout entière, à commencer par la transmission, la filiation, la fidélité, la ruse, la recherche du port d'attache et les difficultés de la vie. C'est un récit qui permet de tout comprendre, de « révéler les tendons d'Achille », un récit où le présent fait découvrir le passé (Mendelsohn appelle ça une composition circulaire) dans un miroir intellectuellement brillant et d'une incroyable émotion. On n'a plus aucun doute sur le fait que Daniel Mendelsohn a raison d'avoir consacré sa vie et son intelligence à décortiquer les textes antiques, puisqu'ils gardent cette actualité si prégnante, qu'on peut considérer ces fictions du passé comme une répétition générale de nos vies d'aujourd'hui.
Quelle audace bienvenue que d'offrir en partage ce décorticage chronologique et scrupuleux du texte ! Et quelle jubilation intellectuelle à suivre cette analyse progressive, intelligente, humaine, cette explication de texte en direct, vivante et accessible, tout à la fois rationnelle et subjective. Daniel Mendelsohn y mêle une sensibilité, au fil de la progression de sa quête, dans des détails touchants, ces relations implicites entre trois générations, des choses intimes qui se passent entre ce père et ce fils qui ne sont jamais parlé intimement et ébauchent un dialogue et une compréhension à travers la littérature.
Hommage magnifique à un texte unique et à un père unique, comme tous les pères, Une odyssée est un récit de transmission, palpitant et tendre, qui montre la littérature à l'oeuvre, indispensable, généreuse et porteuse de sens. Et si le père, Jay Mendelsohn n'en démord pas, plein d'aplomb et d'humour sous-jacent, de préférer le poème au réel, pour ma part, je dois dire que j'ai bien du mal à exprimer une préférence entre cette fiction et cette réalité, qui, étroitement entremêlées, s'unissent à lever le voile du mystère d'un homme.
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critiques presse (1)
LeMonde   20 octobre 2017
Pour son nouveau livre, qui mêle avec audace le poète antique et l’histoire familiale, l’écrivain et helléniste a relu l’« Odyssée » au prisme des relations filiales.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
BazartBazart   10 novembre 2017
Mon père détestait les signes de faiblesse, à commencer par la maladie, pour laquelle il affichait une sorte de mépris, comme si le fait d’être souffrant était une défaillance éthique plutôt que physique. Quand il nous arrivait de devoir rester à la maison parce que nous étions malades, il passait la tête par la porte de notre chambre avant de partir travailler et soupirait d’un air las et excédé, comme si cette grippe ou cette varicelle signifiait le début de quelque irréversible décadence morale.
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BazartBazart   09 novembre 2017
Mon père détestait les signes de faiblesse, à commencer par la maladie, pour laquelle il affichait une sorte de mépris, comme si le fait d’être souffrant était une défaillance éthique plutôt que physique. Quand il nous arrivait de devoir rester à la maison parce que nous étions malades, il passait la tête par la porte de notre chambre avant de partir travailler et soupirait d’un air las et excédé, comme si cette grippe ou cette varicelle signifiait le début de quelque irréversible décadence morale.
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michfredmichfred   17 octobre 2017
Quand on entend le heros de l'Iliade -poème qui célèbre le sombre éclat d'une mort précoce-expliquer au héros de l'Odyssée-poème qui célèbre avant tout l'instinct de survie- que la vie à tout prix, même comme domestique d'un paysan pauvre, est préférable à un règne glorieux sur un peuple de morts, c'est un revirement sidérant, qui en même temps a un petit côté humour noir. C'est comme si l'Iliade disait à l'Odyssée, C'est bon, tu as gagné.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   23 octobre 2017
Par un soir de janvier, il y a quelques années, juste avant le début du semestre de printemps au cours duquel je devais enseigner un séminaire de licence 1 sur l’Odyssée, mon père, chercheur scientifique à la retraite alors âgé de quatre-vingt-un ans, m’a demandé, pour des raisons que je pensais comprendre à l’époque, s’il pourrait assister à mon cours, et j’ai dit oui. Ainsi, pendant les seize semaines qui suivirent, il fit une fois par semaine le long trajet entre le pavillon de la banlieue de Long Island dans lequel j’ai grandi, une modeste maison à un étage où il vivait encore avec ma mère, et le campus en bordure de fleuve de la petite université où j’enseigne, qui s’appelle Bard College. Chaque vendredi matin à dix heures et demie, il prenait place parmi les étudiants de première année, des gamins de dix-sept ou dix-huit ans qui n’avaient pas le quart de son âge, et participait aux discussions sur ce vieux poème, une épopée où il est question de longs voyages et de longs mariages et de ce que peut signifier le mal du pays.
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   22 septembre 2017
Jenny tenait son ADN intellectuel, cette propension à la rigueur, de son père qui avait été son professeur, un certain Strauss, spécialiste de lettres classiques et de philosophie politique qui avait grandi en Allemagne et était le produit de la formation classique particulièrement intransigeante qui faisait la réputation de ce pays ; elle le tenait aussi du professeur de Strauss et de son maître avant lui, et ainsi de suite jusqu'à remonter à Friedrich August Wolf en personne, le fondateur allemand de la philologie classique. Ces chaînes de filiation entre les étudiants et leur professeurs - les Allemands, avec leur mélange unique de sentimentalisme et de respect pour l'autorité intellectuelle appellent fort justement ces mentors intellectuels "Doktorväter", des "docteurs pères" - remontent dans le temps aussi sûrement que les rameaux effilés d'un arbre généalogique, formant une lignée d'études et d'érudition, de goûts et de particularismes intellectuels, qui s'exprime, comme les vrais liens du sang, dans des ressemblances qui persistent d'une génération à l'autre.

p. 126
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