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ISBN : 2265116238
Éditeur : Fleuve Editions (14/09/2017)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 15 notes)
Résumé :
Pendant la Seconde Guerre mondiale, une peinture est volée dans le musée de Cracovie. De nos jours, à Varsovie, le gouvernement envoie une équipe de quatre personnes pour la récupérer. Ils vont aux Etats-Unis, sur l'île Sainte-Catherine, en Suède et ailleurs. Ils découvrent des secrets dont la divulgation pourrait nuire aux grandes puissances mondiales.
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Critiques, Analyses & Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
SZRAMOWO
10 septembre 2017
Dans ce roman Fleuve (ah ! ah !) Zygmunt Miłoszewski a laissé tomber le héros de sa trilogie (Les impliqués, Rage, Un fonds de vérité) le procureur Teodore Szacki qui fut pour le lecteur un guide dans l'écriture miłoszewskienne (ouf) et dans la Pologne du XXIème siècle pas tout à fait guérie de ses démons du passé.
En exergue de ce récit, une citation du roman de Kurt Vonnegut Junior Barbe Bleue, (l'autobiographie bidon de Rabo Karabekian, né en Californie en 1916, ce fils de cordonnier d'origine arménienne qui va s'infiltrer dans le milieu de l'art new-yorkais), rappelle s'il en était besoin, que la dernière histoire de Zygmunt Miloszewski est une pure fiction, et comme toutes les bonnes fictions, elle n'est jamais sans rappeler la réalité, avec en prime une once de dérision, de désespoir, de rebondissements aussi improbables qu'inespérés, et de compassion pour ces héros qui s'entredéchirent pour des chimères.
Qu'en est-il précisément ?
« Il s'appelait Roman Kłosowicz, était originaire de Poznań et l'annonce de la guerre l'avait surpris en pleine formation d'alpiniste sur la face est du mont Kościelec », dans les Tatras. Il suit les conseils de son oncle qui « lui avait ordonné, dans un télégramme catégorique, de rester sur place, persuadé qu'une station de montagne serait un lieu plus sûr que la région de Grande-Pologne, frontalière de l'Allemagne, voïvodie que n'importe quel soldat désireux de se rendre plus à l'est devait traverser. »
Hélas, la guerre ne tient guère compte des conseils d'un oncle fut-il paternel et, Hans Frank chargé par le Furher de gérer le territoire polonais rebaptise « l'hôtel des Kalatówki – exceptionnel, car niché dans une clairière au coeur des montagnes et loin du reste de la station – en Berghaus Krakau ; il l'avait farci de SS et y avait établi une résidence de luxe où il passait presque tous ses week-ends. Il restait assis sur la terrasse, à contempler le mont Kasprowy et sirotait son thé préféré, diablement corsé et servi avec une goutte de lait par Roman Kłosowicz. »
En 1944, Roman Kłosowicz se retrouve dépositaire d'un secret, chargé d'une mission qui doit changer la face du monde. Hélas, son commanditaire, Wilhem, l'homme de confiance de Hans Franck, n'a pas compris que Roman manquait de « de lucidité quant à l'absurdité de son comportement, il s'enfonçait dans la grotte, sanglotait et se répétait en boucle : Non, non, je vous en prie, non. Il essayait d'éclairer sa route à l'aide d'un briquet à essence mais l'eau qui suintait de partout l'empêchait de maintenir la flamme. »
le récit repose sur ce quiproquo et ce malentendu. Des années après la guerre, des états, des services secrets, des barbouzes, des terroristes, se mobilisent pour parvenir à percer ce secret qui a un lien avec la disparition d'un tableau pendant la guerre.(1)
L'action part dans tous les sens. J'ai parfois eu l'impression d'être dans un roman ou plutôt un film de la série des Jason Bourne tellement les scènes sont décrites avec minutie et précision et les relations entre elles inattendues et toujours pleine de surprises.
Dans ce feu d'artifice, Miłoszewski fait preuve une fois de plus de son amour, de sa connaissance et de sa grande maîtrise de l'histoire de son pays, ce qui fait de son roman, un peu plus qu'un simple roman de divertissement, ce qu'il est indéniablement, mais aussi un roman de référence. Morceaux choisis :
« Il s'était dit que c'était dommage pour tous ces gens si sympathiques. C'était dommage qu'ils soient nés dans ce pays qui n'avait jamais eu de bol. Vraiment, on avait de la peine à croire qu'ils avaient vécu ici toutes ces années en compagnie des Juifs. Les deux peuples les plus malchanceux du monde côte à côte, comme dans une putain de réserve naturelle de perdants. Si Dieu existait, son sens de l'humour manquait de finesse. »
« Timothy Beagley chercha durant quelques secondes une bonne excuse pour ne pas condamner à mort un homme avec un numéro tatoué sur l'avant-bras. Mais il n'en trouva pas. le seul fait que cet homme sût quoi chercher constituait une menace pour le nouvel ordre. La raison d'État l'exigeait. »
« le temps se gâtait, mais Jan Hauptmann s'en fichait. En haut du mont Kasprowy, il regardait les sommets dont il ne connaissait pas les noms et ça lui était bien égal. Il n'avait jamais aimé les montagnes et pourtant, son destin liait sans cesse son sort à ces tas de pierres stupides. C'est à la montagne qu'il avait rencontré sa future épouse Izabella. C'est de la montagne qu'était originaire Maciej, l'étudiant qui lui avait piqué cette dernière. C'est à la montagne que l'avait mené sa carrière de professeur de géologie, spécialiste des phénomènes karstiques. Et c'est encore à la montagne qu'il avait récemment rencontré une femme. La première depuis Izabella. À sa grande surprise, leur relation s'était transformée en flirt assez intense et l'avait entraîné sur la terrasse d'observation de ce sommet épouvantablement bondé, avec sa bière à douze zlotys et l'urinoir à deux zlotys. Il préférait encore crever de soif ou se pisser dessus que de verser de telles sommes à des voleurs. »
« — Docteur Lorentz, poursuivit le général en cessant de sourire. Quelle serait d'après vous l'oeuvre la plus importante jamais perdue par notre pays ? Elle haussa les épaules.— Tout bien considéré, nous n'avons vraiment possédé que deux tableaux en Pologne. du point de vue de l'art mondial, je veux dire. Je ne parle pas ici de la valeur sentimentale des oeuvres nationales, de tout ce fracas d'armures et de ces destriers haletants. Les deux peintures en question ont toujours été accrochées côte à côte, à Cracovie. La Dame à l'hermine de Léonard de Vinci s'y trouve toujours, tandis que le Portrait de jeune homme de Raphaël n'a laissé qu'un cadre vide. Il ne s'agit pas seulement de l'oeuvre d'art la plus importante volée à la Pologne durant la guerre, c'est tout simplement le tableau le plus important et le plus précieux jamais perdu et recherché dans le monde. Je ne crains pas de le qualifier de version masculine de la Joconde. »
« La foule sous la trappe remua, on y accrocha une échelle et un homme sortit lentement sur le toit : il ne portait qu'un slip. Hermod soupira et se promit de ne plus jamais accepter de missions qui touchaient de près ou de loin à l'un de ces étranges pays d'Europe de l'Est. de longues années devraient probablement s'écouler avant qu'un progrès de civilisation ne les prépare à du terrorisme de haut niveau. »
Le ton, et l'humour souvent cinglant n'est pas sans rappeler le style de Philipp Kerr et la gouaille de son héros Bernie Gunther.
Il est vrai, je suis un inconditionnel de Miłoszewski mais, après la trilogie des Teodore Szacki, on pouvait craindre une baisse de régime chez l'auteur, je vous rassure, il n'en est rien. Lisez Inavouable. Vous ne vous ennuierez pas. Vous apprendrez beaucoup de choses que vous ignorez. Vous rirez aussi, pleurerez parfois. Que demande le peuple des lecteurs ?
(1) Le Portrait de jeune homme est une peinture à l'huile sur bois (75 × 59 cm), datant de 1513-1514 environ, du peintre Raphaël, conservée au Musée Czartoryski de Cracovie jusqu'en 1939. La trace du tableau a été définitivement perdue en 1945.
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tynn
17 juillet 2017
Virage à 90° dans la bibliographie de Zygmunt Miloszewski, puisqu'il a mis au placard son procureur, héros récurent des précédents livres, pour s'atteler à un thriller/espionnage/historique/artistique.
Un vrai couteau suisse littéraire, ce nouvel opus.
J'ai néanmoins eu quelques inquiétudes, craignant d'être embarquée dans un scénario à la Bruce Willis dans un démarrage en fanfare sur fond de terrorisme. Et la suite s'apparente bien à du "déjà vu" cinématographique, par la constitution d'une fine équipe de barbouzes en herbe, tous experts dans leurs domaines spécifiques de compétence, dans le but de retrouver un tableau spolié durant la dernière guerre en Pologne. Pour qui aime le genre, c'est du lourd: services secrets, mercenaires, tueurs à gage, mensonges et manipulations d'États.
Quand on a fort apprécié la trilogie d'enquêtes policières de l'auteur, miroir passionnant de la société polonaise contemporaine, on peut être un peu déçu, et ce fut mon cas, dans un premier temps.
Mais pour découvrir Zygmunt Miloszewski, c'est un très honnête roman d'espionnage, nerveux, rythmé, construit à l'accéléré, aux rebondissements multiples. le ton est toujours un peu cynique avec quelques flèches bien senties vers les États Unis, et on retrouve avec amusement sa capacité d'auto dérision de l'identité polonaise.
Un bon gros pavé somme toute assez addictif, très agréable à dévorer quand on admet qu'il est complètement tiré par les cheveux!
Sélection Policier pour le Grand Prix des Lectrices de ELLE 2018
Rentrée Littéraire 2017
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Orzech
20 septembre 2017
Ces derniers temps Zygmunt Miłoszewski est sûrement l'auteur polonais le plus traduit en français. J'ai beaucoup aimé sa trilogie avec le procureur Szacki et j'ai profité de mon séjour en Pologne pour me procurer son dernier roman en version originale alors que la traduction française vient tout juste de paraître.
Dans "Inavouable" l'auteur a choisi de nous emmener dans un périlleux voyage en Europe et en Amérique même s'il n'abandonne pas complètement la province polonaise. L'intrigue autour des tableaux disparus pendant la dernière guerre est très intéressante. Je ne me suis pas ennuyée en compagnie de nos (super) héros plutôt attachants, entre les trafics des oeuvres d'art, les courses poursuites et les secrets de famille. le talent de l'auteur à nous tenir en haleine et à rendre cette lecture addictive est indéniable, son style teinté d'humour et légèrement moqueur est facilement reconnaissable.
J'avoue tout de même que certaines situations m'ont paru un peu trop rocambolesques, y compris le dénouement qui est tellement improbable que je me suis demandée pourquoi l'auteur est allé si loin. En imaginant cette fin c'est comme s'il voulait, en quelque sorte, parodier le roman d'espionnage. Malgré ces quelques reproches, je trouve ce livre plutôt distrayant et j'ai passé un très bon moment de lecture, même si le côté bougon du procureur et la morosité de la province polonaise des romans précédents m'ont un peu manqué.
Lien : http://edytalectures.blogspo..
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Yaena
21 septembre 2017
Lire Inavouable c'est comme devenir un des membres de l'équipe de mission impossible! Notre équipe de choc est composée d'une experte en arts, d'un marchand d'art, d'un militaire des forces spéciales et d'une voleuse, et leur entrée en scène donne tout de suite le ton et il n'y a pas à dire : ils ont la classe. Leur mission? Récupérer un tableau dérobé à la Pologne pendant la seconde guerre mondiale par les Nazis du moins c'est ce qui leur est annoncé...
Certes la mise en place peut paraître un peu longue, mais elle est nécessaire à la bonne compréhension de toutes les subtilités de l'histoire. Et quel régal quand les pièces du puzzle s'assemblent au fur et à mesure que l'on avance. Pas le temps de s'ennuyer, le rythme est soutenu. Les chapitres sont courts et percutants et pourtant les descriptions des lieux et des paysages sont réalistes et détaillés, c'est comme si on y était.
Le livre a d'ailleurs une dimension cinématographique très marquée (ce qui s'explique puisque l'auteur est aussi scénariste). A certains moments j'ai même eu l'impression de visualiser l'action au ralenti: l'auteur nous décrit une scène en détaillant simultanément l'action de chaque personnage.
Côté personnages pas de personnalités fades ni de caricatures. Même les personnages secondaires ont une vraie consistance. Les personnages principaux sont bien travaillés. Ils ont chacun leur personnalité et on évite les clichés. L'auteur distille tout au long du livre des détails sur leurs vies passées et lève progressivement le voile sur leurs différents traits de caractère ce qui les a rend crédibles et humains.
Espionnage, contre-espionnage, courses poursuites, thèses conspirationnistes, tueurs à gage, mensonges d'Etat, tout y est je jubile, et là paf une histoire d'amour pointe le bout de son nez et je me dis voilà qui va tout gâcher! et bien non. Pas de niaiserie ni d'histoire à l'eau de rose rien de tout cela, au contraire ça sonne juste. Et ça reste secondaire.
Il ne s'agit pas non plus d'un livre d'action de seconde zone, l'aspect historique est travaillé de même que tout ce qui concerne le milieu de l'art. L'auteur a du se documenter très sérieusement pour arriver à ce résultat et il est toujours appréciable d'acquérir quelques connaissances en profitant d'une bonne lecture. Pas de langue de bois non plus, l'auteur ne se prive pas d'égratigner au passage la politique des Etats-Unis et de se moquer de ses compatriotes. le ton est cynique, l'humour piquant. D'ailleurs il faut souligner la qualité de la traduction car l'ouvrage est bourré d'humour noir et de répliques ironiques et bien senties qui tombent à plat et n'ont aucun sens si la traduction est mauvaise.
Quant au dénouement je ne l'ai pas vu venir. C'est inattendu et plein de rebondissements.
Petit bémol, certains aspects sont parfois un peu tirés par les cheveux mais comme c'est bien fait et en cohérence avec l'ensemble ça passe.
Je ne connaissais pas cet auteur et je suis conquise. J'ai dévoré ce livre.
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supernova7
23 septembre 2017
Un auteur polonais, c'est une première pour moi et ce fut une belle surprise. Il faut également saluer Kamil Barbarski pour son excellente traduction. Entre le roman d'espionnage et le polar, « Inavouable » nous emmène sur les traces d'un tableau de Raphaël disparu après la guerre et d'un terrible secret en compagnie d'une fine équipe de Monuments Men à la sauce polonaise : une voleuse, une chercheuse, un militaire et un marchand d'art. Chacun a ses compétences propres et son expertise pour cette entreprise délicate, cela crée un cocktail détonant entre les protagonistes même s'ils se révèlent quand même caricaturaux par moments.
Ce que j'ai le plus apprécié dans ce roman est cette plongée dans le monde de l'art et des impressionnistes, l'intrigue principale est basée sur la spoliation des oeuvres d'art par l'Allemagne nazie pendant la seconde guerre mondiale et c'est un sujet que je trouve particulièrement intéressant. Sur ce point, l'auteur s'est bien documenté et ses recherches transparaissent bien dans le roman, je me suis renseignée plusieurs fois sur Internet pour en savoir plus sur le sujet. Il y a un petit bémol à ce propos, ce sont les nombreuses explications parfois un peu longues qui alourdissent le récit.
Tout au long du récit, le rythme est soutenu grâce à des chapitres courts, on passe rapidement d'une situation à l'autre, d'un personnage à l'autre et tout s'emboîte petit à petit. Cela semble assez confus au départ, l'auteur introduit beaucoup de personnages et il est difficile de s'y retrouver et de savoir qui est qui entre leurs noms et leurs prénoms. Heureusement, après ce démarrage poussif sur les deux cents premières pages avec l'installation des personnages et de l'intrigue, le livre se révèle être un vrai « page-turner » et je ne pouvais pas m'empêcher de me dire : « Allez, encore un petit chapitre ! ». Je suis restée scotchée pour connaître les prochaines péripéties des héros car, une fois le rythme trouvé, le récit ne s'essouffle plus, on va de rebondissement en rebondissement et l'action monte crescendo.
J'ai cependant été un peu déçue par la fin et la révélation du Secret que j'ai trouvé un peu tiré par les cheveux. Je pense que la trame sur le vol des tableaux se suffisait à elle-même et que certaines invraisemblances auraient pu être évitées. Il était également trop long à mon goût et trop bavard dans ses descriptions mais il reste un polar de qualité qu'on n'a pas envie de lâcher pour connaître le dénouement.
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Citations & extraits (5) Ajouter une citation
cathulucathulu16 septembre 2017
-Je trouverai bien une idée quand j y serai, dit- il à voix haute prouvant par la même occasion qu il était le digne héritier de la tradition insurrectionnelle polonaise
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YaenaYaena13 septembre 2017
La douleur après une perte est comme un costume d'épines. Au début nous ne comprenons pas ce qui se passe, nous nous débattons dedans, nous déchirons notre peau avec les piquants et tout notre corps saigne. La souffrance devient l'unique préoccupation. Peu à peu, nous apprenons que nous débattre n'a aucun sens. Nous demeurons immobiles, les plaies se referment et nous nous répétons en boucle que nous allons recouvrer la santé. A la fin, il nous faut bouger; alors, nous réalisons que la combinaison restera pour toujours et que notre épiderme est parsemé de cicatrices roses et délicates, prêtes à se rouvrir, à saigner et à faire mal au moindre remous. Nous ne pouvons pas vivre dans la combinaison comme nous vivions avant. Nous ne pouvons pas oublier la douleur et faire comme si de rien n'était.
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SZRAMOWOSZRAMOWO10 septembre 2017
Après trois heures de sommeil, le gouverneur en personne se réveilla avec la langue pâteuse et le sentiment du devoir accompli. Comme chaque matin, sa première activité fut d’arranger les rares cheveux qui lui restaient. Peignés en arrière et recouverts de brillantine, ils ressemblaient encore à quelque chose ; pointant pitoyablement dans tous les sens au réveil, ils lui donnaient des allures de personnage satirique et sombre de chez Dickens ou Andersen. Une fois coiffé, il se posta devant la fenêtre de son appartement et admira le monde blanc au-dehors. C’était beau mais ses Alpes lui manquaient.Par chance, si tout allait selon ses plans, il serait bientôt à la maison, et ses perspectives d’avenir ne le préoccupaient pas. Les Soviets l’auraient probablement fusillé sans attendre, il s’agissait après tout d’une imprévisible horde de Slaves, mais avec les Américains en Bavière, la conversation serait tout autre. Les Américains étaient des gens civilisés qui commenceraient par lui poser des questions. Or, il avait beaucoup à leur dire et énormément à leur offrir. Il possédait une carotte, mais avant tout, il disposait aussi d’un bâton à la vue duquel ils allaient se recroqueviller comme des chiens. L’une comme l’autre lui garantiraient aisément un avenir radieux. Quelque part en Amérique du Sud peut-être ? On disait que le climat était clément en Argentine. Cela vaudrait le coup d’y réchauffer ses vieux os.
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SZRAMOWOSZRAMOWO10 septembre 2017
Ce voyageur, persuadé de grimper sans cesse, avait à peine vingt et un ans et cela pouvait expliquer ses élans patriotiques. Il s’appelait Roman Kłosowicz, était originaire de Poznań et l’annonce de la guerre l’avait surpris en pleine formation d’alpiniste sur la face est du mont Kościelec, quand la nouvelle avait été hurlée par des touristes sur le sentier d’à côté. Il aurait dû rentrer à Poznań, mais l’oncle paternel qui l’élevait lui avait ordonné, dans un télégramme catégorique, de rester sur place, persuadé qu’une station de montagne serait un lieu plus sûr que la région de Grande-Pologne, frontalière de l’Allemagne, voïvodie que n’importe quel soldat désireux de se rendre plus à l’est devait traverser.Dans un premier temps, son oncle et sa tante avaient eu raison mais, à y regarder de plus près, ils s’étaient trompés. Les Allemands avaient occupé Zakopane à la vitesse de l’éclair, ils avaient posté des gardes-frontières dans tous les refuges des environs et suspendu une croix gammée en bois sur la face est du mont Mnich. Ils dirigeaient la population locale d’une main de fer pour qu’aucune idée stupide ne leur vienne en tête. Le nouveau pouvoir plaisait à certains montagnards, beaucoup moins à d’autres ; Roman, de son côté, arrondissait ses fins de mois en tant que serveur et résistait à sa manière, tentant ainsi d’aider la Pologne.Une Pologne qui, fidèle à ses habitudes, avait cessé d’exister une fois de plus. Les terres de l’Ouest, y compris Poznań, la ville natale de Roman, avaient été annexées par le Reich, les confins de l’Est étaient tombés sous le joug des Soviets, et le reste de la Pologne, dont Varsovie et Cracovie, avait été transformé en une créature étrange appelée Gouvernement général. Un certain Hans Frank en était devenu le dirigeant. Chouchou de Hitler, docteur en droit, il aimait à se présenter en tant que roi de Pologne et s’acquittait avec ferveur de sa mission de résolution définitive de la question juive, ainsi que de la résolution efficace de la question polonaise, avec pour objectif de ne laisser à court terme du peuple polonais qu’une collectivité d’esclaves obtus.Hans Frank, comme il sied à un roi de Pologne, avait pris ses quartiers dans le vieux château royal de Wawel, à Cracovie. Mais en découvrant Zakopane, situé aux pieds des montagnes, ville qui lui rappelait sa Schliersee bavaroise, il s’y était senti comme à la maison. Il avait rapidement ordonné qu’on rebaptise l’hôtel des Kalatówki – exceptionnel, car niché dans une clairière au cœur des montagnes et loin du reste de la station – en Berghaus Krakau ; il l’avait farci de SS et y avait établi une résidence de luxe où il passait presque tous ses week-ends. Il restait assis sur la terrasse, à contempler le mont Kasprowy et sirotait son thé préféré, diablement corsé et servi avec une goutte de lait par Roman Kłosowicz.En ce lendemain de Noël 1944, Roman avait effectué des allers-retours entre la cuisine et l’appartement numéro 17 du premier étage jusqu’à tard dans la nuit. Personne ne s’y amusait, personne n’y faisait la fête et, exceptionnellement, on n’y voyait même aucune putain. Roman avait vu et entendu des choses qu’il n’aurait pas dû. Mais les occupants de l’appartement sentaient déjà sur leur nuque le souffle des soldats de l’Armée rouge, stationnés non plus à des centaines, mais à des dizaines de kilomètres de Cracovie et prêts à une nouvelle offensive ; c’était donc eux le problème, pas un serveur qui en savait trop.À deux heures du matin, il tournait en rond dans sa chambrette sous les combles et n’arrivait pas à décider s’il devait se rendre chez Aniela ou si ce serait un acte précipité.À deux heures et quart, il avait pris sa décision. On était en pays occupé, on pouvait mourir à tout instant, il irait donc chez elle et c’est précisément de cet argument qu’il userait pour plaider sa cause : il était là parce qu’on pouvait mourir à chaque instant. C’est alors que la porte s’était ouverte et qu’il avait vu non pas Aniela, mais un SS gracieux qu’il connaissait de vue, l’un des prétoriens préférés de Hans Frank.Il songeait que s’il s’était rendu chez Aniela plus tôt, les Allemands l’auraient probablement retrouvé quand même mais, au moins, il n’aurait pas eu à mourir puceau.— Écoute-moi bien, car je ne vais pas me répéter, déclara l’officier allemand dans un polonais impeccable en lui tendant un objet métallique. Tu dois partir sur-le-champ et fuir en Slovaquie, trop de montagnards jouent sur les deux tableaux par ici. Cache-toi, la guerre sera finie dans quelques mois. Je n’ai aucune idée de ce qui arrivera ensuite, mais quand c’en sera terminé, tu devras remettre ceci à Karol Estreicher du gouvernement polonais en exil à Londres. Répète.
— Je devrai remettre ça à Karol Esterhaz.
— Estreicher. Répète.
— Estreicher.
— Bien. Et maintenant, dégage. Habille-toi chaudement, le temps se couvre.— Mais…
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YaenaYaena10 septembre 2017
Mais puisque l'armée existait il fallait lui donner quelque chose à faire. C'est pourquoi, au lieu de servir les concitoyens, les militaires américains servaient les intérêts particuliers du gouvernement et des enjeux politiques plus ou moins raisonnables. Ils étaient envoyés aux quatre coins de la planète pour y mourir, non pas au nom du peuple, mais au nom du fric, du pouvoir et des manigances diplomatiques.
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