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ISBN : 2370550163
Éditeur : Le Tripode (10/04/2014)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 42 notes)
Résumé :
Historien de formation, gros consommateur de littérature et de bandes dessinées depuis mon adolescence, j’ai, sur la quarantaine, traversé une drôle de crise: durant plus de cinq ans, je ne suis pratiquement arrivé à lire que des livres de linguistique, essentiellement des grammaires de langues rares et lointaines. Aujourd’hui le gros de l’orage est passé, mais je persiste à consommer nettement plus de linguistique que de romans. Je n’apprends pas ces langues: à par... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Erik35
  08 octobre 2018
COMME UN POLAR...
Chez Jean-Pierre Minaudier, la crise de la quarantaine a revêtu une forme particulière. Historien de formation, gros lecteur de romans et de BD, il n’a plus réussi, pendant cinq ans, à ouvrir autre chose que des livres de linguistique.
Il s’est mis à collectionner les grammaires de langues rares. Il en possède aujourd’hui 1 163, concernant 864 langues. Et convient aisément qu’il y a « un plaisir pervers à posséder la bibliothèque la plus snob de Paris ». Mais pas seulement :
« Une grammaire est une espèce de grand sudoku : par déductions successives, il faut rassembler les pièces d’un puzzle logique [...] Mais il y a bien plus : ma conviction profonde est qu’une grammaire, c’est avant tout du rêve et de la poésie. »
Dans « Poésie du gérondif », il compare aussi la lecture d’une grammaire à celle d’un roman policier :
« A l’issue d’une haletante démonstration dont la conclusion est que “toutes les voyelles brèves du khakha sont en réalité des schwas épenthétiques” (les garces !), le lecteur convenablement excité éprouvera une volupté proche de celle du tchékiste démasquant un nid de saboteurs hitléro-trotskystes dans une usine biélorusse en 1937. »
Avec Minaudier, on oublie la torture scolaire. On sourit de bout en bout. Pour tout vous dire, il y avait longtemps qu’un livre ne nous avait pas réjoui à ce point !
On apprend notamment que :
- le !xoon (langue parlée en Namibie et au Botswana) aligne au moins 117 consonnes ;
- les mots les plus longs se trouvent dans les langues esquimaudes (« en voici un, de taille raisonnable pour la langue concernée : “Tuktusiuqatiqarumalauqpuq”, qui veut dire en inuit : “Il désira avoir un compagnon de chasse au caribou.” ») ;
- à l’inverse, on trouve majoritairement des mots d’une seule syllabe dans de nombreuses langues d’Asie du Sud-Est et en goemai (langue du Nigéria) ;
- Géronimo s’appelait Go Khla Yeh en apache, Sitting Bull se dit Thathanka Iyothanka en Iakota et le vrai nom de Chief Joseph, en nez-percé, était tout simplement Hinmahtooyahlatkekht.
A peine remis de ces découvertes, contaminé par l’enthousiasme communicatif de l’auteur pour « l’odorante fleur du langage », on découvre encore que :
- certaines langues ne distinguent pas le genre, « comme le mandarin, le japonais, le turc, le basque, l’estonien » ;
- en bilua (langue des îles Salomon), en kurde et en cèmuhi (langue de Nouvelle-Calédonie), c’est le féminin qui l’emporte ;
« dans la plupart des langues afroasiatiques [...], faire passer un nom au féminin sert à indiquer que la chose dont on parle est de petite taille, alors qu’en nama, une langue khoïsane de Namibie, c’est exactement le contraire » ;
- certaines langues d’Amazonie « possèdent la catégorie du passé non seulement pour les verbes, mais aussi pour les noms » : un élément permet d’indiquer que « l’être ou l’objet désigné est mort, abîmé ou inutilisable ».
Etonnant, non ? La diversité des grammaires reflète celle des systèmes de pensée et des visions du monde. De ce livre, on sort donc vacciné contre tout penchant universaliste et uniformisateur. Avec un petit défi pour la route :
« Voici comment on dit “J’ai vu un animal de ce type”, en kalam, une langue papoue de Nouvelle-Guinée orientale : Knm nb nnnk. Toute personne capable de prononcer cette phrase gagnera une chaussette d’archiduchesse séchée sur une souche sèche. » (En réalité, l'auteur donne la "solution" à cette lecture pour nous autres impossible un peu plus avant dans ce bref mais généreux et jovial petit bouquin.
Et que vive encore pour longtemps cette incroyable diversité pour laquelle l'auteur nous rappelle qu'elle est autant de manière de voir, de comprendre et d'appréhender le monde qui nous entoure.
Sans jamais tomber dans le catastrophisme de bon aloi - Jean-Pierre Minaudier rappelle que, de tout temps, des langues sont nées, ont vécu, on finit par mourir ; qu'à certaines époques, sous certains régimes, dans certains empires, ces morts se sont accélérées, que ce sont là des mouvements assez naturels et que l'énorme différence avec les temps jadis c'est que depuis un peu plus d'un siècle, tout cela est répertorié, étudié, enregistré, et ce qui passait inaperçu hier est bien visible aujourd'hui -, l'auteur nous en rappelle les richesses, les surprises, pour tout dire le passionnant intérêt.
Sans être aussi pointu, précis, historique ni scientifique que les ouvrages même vulgarisateurs d'une Henriette Walter ou d'un Claude Hagège, pour n'en citer que deux, c'est peu de dire qu'avec ce petit opus d'un amateur linguiste parfaitement assumé et revendiqué, on se laisse complètement embarquer vers des ailleurs aussi imprévus que parfaitement poétiques. Et on en redemande !
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MarianneL
  26 mars 2014
«En un mot, ce livre chantera la poésie de la grammaire. Car il est des êtres dans la vie desquels cet art occupe la place de la lune pour Hugo, de la mer pour Valéry, de Lou pour Guillaume et de Verlaine pour Rimbaud ; enfin il en est au moins un et il se trouve que c'est moi.»
Autodidacte de la linguistique et acheteur et obsessionnel des livres traitant du sujet, Jean-Pierre Minaudier possède à ce jour 1163 ouvrages de linguistique concernant 864 langues, qu'il dévore « comme d'autres dévorent des romans policiers ». Et cet amoureux de la culture et passionné par la découverte de l'autre s'y nourrit de son amour pour les langues parlées, aux antipodes de la rigidité des normes et des règles de grammaire dont nous fûmes nourris sur les bancs de l'école.
Il faut accepter dans cette lecture de voguer entre les genres, et de vagabonder soi-même, de prendre ce que l'on peut saisir dans l'érudition phénoménale de Jean-Pierre Minaudier. Alors on prend le livre, on le pose, on le reprend avec étonnement et un plaisir grandissant, d'abord avec la découverte de la poésie des noms des langues, du basque au kilikilibamba, de leurs sonorités et de leurs migrations. Puis s'ouvre la partie la plus passionnante du livre, la partie proprement linguistique où l'on découvre ce qui nous apparaît comme des bizarreries ou des objets fascinants, témoignages de l'inépuisable variété de l'esprit humain et de la multiplicité des visions du monde – avec par exemple la découverte des «impressifs, très utilisés notamment en japonais, des sortes d'adverbes inexistants chez nous et qui servent à donner une coloration particulière à une phrase - comme « butu-butu » qui évoque un grommellement ou « nyoro-nyoro » les contorsions d'un serpent.

«… dans une grammaire, les exemples présentent le charme de n'avoir pas été arrangés en fonction d'une progression, d'une démonstration : le charme de l'imprévu et de la variété, le charme du corail. Leur désordre aussi radical que possible, puisqu'ils sont rangés non en fonction de leur sens, mais des leçons grammaticales qu'on peut en tirer, produit sur le lecteur bien disposé le même effet poétique qu'une classification des animaux selon Borges, et parfois il se dégage de cette anarchie quelque chose comme un mystérieux sens global, fait d'allusions et de sensations confuses plus que de démonstrations, d'affirmations et de structures – telles ces taches au dos d'un jaguar ou un prisonnier délirant déchiffre l'écriture d'un dieu dans une autre nouvelle de Borges
En vagabondant dans la «Poésie du gérondif», on refoule l'ennui mortel du Bescherelle pour aimer à son tour les langues comme des êtres vivants. On en ressort émerveillé par «la diversité radicale, la poétique et féconde anarchie des langues réelles», «fruit de millénaires d'élaboration collective et pour l'essentiel inconsciente», que Jean-Pierre Minaudier nous fait toucher du doigt avec beaucoup d'humour et de subtilité.
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Apoapo
  04 décembre 2016
Tout est dit dans le sous-titre : « Vagabondages linguistiques d'un passionné de peuples et de mots ».
Cet ouvrage est une sorte de catalogue de collection : de « la bibliothèque la plus snob de Paris », composée de livres de linguistique et de grammaires de presque neuf cents langues, avec une prédilection marquée pour celles qui sont exotiques et transocéaniques, insulaires et isolées, amazoniennes, sibériennes ou désertiques, éloignées et les plus dissemblables des indo-européennes que tout le monde connaît (!), de préférence au seuil de l'extinction, en somme : « pratiquées "dans le cul de l'ours" (selon une jolie expression estonienne) »...
Comment communiquer les trésors de jouissance que recèlent de tels volumes, souvent réputés arides ? D'abord en précisant ce qui intéresse dans la grammaire :
« Ce n'est donc pas sur la grammaire en tant que norme, guide et carcan que ces pages vont se pencher, mais sur la mise en système par un linguiste d'une expérience réelle de parole collective, sans souci d'en fixer l'usage : je m'intéresse à la grammaire de ce qui se parle, non à la grammaire de ce qu'il faut parler. » (p. 18)
… et dans leur multiplicité :
« Pour moi, l'intérêt de l'existence de six mille systèmes linguistiques différents dans cet improbable recoin de la galaxie où il nous est donné de faire trois petits tours réside essentiellement dans cette diversité de visions du monde ; deux linguistes américains du début du XXe siècle ont formulé la même idée sous la forme d'une hypothèse célèbre qui porte leurs noms : l'hypothèse Sapir-Whorf. » (p. 57)
Il en découle, naturellement, une certaine approche ethnographique ou ethnologique, qui n'ignore ni ce qu'il y a de précieux dans la variété des cultures et dans la diversité des peuples, ni leur localisation et leurs migrations. Les présupposés éthiques (et esthétiques) de cette approche peuvent être synthétisés ci-dessous :
« La diversité des langues, dont la lecture de chaque grammaire révèle une facette inédite, remet en cause non seulement la grammaire universelle des chomskyens, mais tous les universalismes, qui ne sont généralement que des occidentalocentrismes, des provincialismes aveuglés par l'arrogance et l'ignorance de l'autre. L'inépuisable variété des manières de mettre le réel en mots renvoie à leur profonde inexistence intellectuelle tous les cornichons persuadés que la seule manière digne d'intérêt de penser et d'exprimer le monde est celle en vigueur dans leur village natal, et ignorant ou méprisant tout ce qu'ils ne distinguent pas du haut de leur clocher : philosophes qui confondent les préjugés de leur siècle et de leur société avec des universels intemporels, littéraires figés dans un dialogue millénaire avec une tradition "classique" prise pour le centre du monde parce qu'elle se trouve être à l'origine de notre patois, nationalistes assez obtus pour oublier que la richesse des nations réside dans leur pluralité » (p. 65)
Dès la moitié du livre, l'émerveillement qui découle de cette variété est décliné dans une foultitude d'instances grammaticales – et aussi en partie phonétiques et lexicales – choisies parmi les plus inattendues, rares, dépaysantes vis-à-vis de nos propres modes de conceptualiser et d'exprimer le réel. L'isolement des langues tend parfois à complexifier les grammaires, mais pas toujours ; la relative pauvreté lexicale de certaines est parfois compensée par leur « obésité » grammaticale, ou vice versa, mais pas nécessairement. On récusera en tout cas une quelconque hiérarchisation ethnocentriste des systèmes qui possèdent tous une complexité et une aptitude ou inaptitude à la communication absolument comparables.
Retiendra-t-on la notion d'ergativité, le pluriel affectif du basque, les 117 ou 126 consonnes du !xoon du Botswana, les impressifs japonais, les modes verbaux à suffixes évidentiels des langues finno-ougriennes, le trill bilabial (« brbrbrbrbrbr ») valant comme consonne, ou les cas appliqués aux conjugaisons verbales plutôt qu'aux déclinaisons nominales ? Peut-être plutôt l'usage hypertrophié revendiqué des notes de bas de page, au nombre mystique de cent, presque une liturgie doublée d'un article de foi, au sein desquelles les références aux éditions DE GRUYTER – MOUTON, en majuscules et en gras s'il vous plaît, font l'objet d'actions de grâce et d'imploration de bénédictions divines, comme si l'auteur attendait de cette maison quelque bienfait secret... ; ou bien les cent trente et une citations en autant de langues différentes, campées verticalement au-dessus du nombre des pages concernées, véritables hiéroglyphes dont le mystère est dévoilé en fin d'ouvrage ; dans tous les cas, on ne saurait oublier l'incessant humour de l'auteur, ou plutôt la furieuse gaieté de cette drôle d'érudition qui se transmet à un lecteur souvent enjoué, parfois pouffant...
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nilebeh
  05 mars 2018
Passant devant les Éditions du Tripode, lors d'un Salon du livre à Paris, je me suis laissée tenter par l'achat de ce livre dont j'avais entendu parler. L'étude des langues fait partie de mon quotidien, de façon personnelle mais aussi conjugale puisque depuis quelques décennies je partage la vie d'un linguiste chevronné et reconnu. J'espérais donc un travail intéressant, utile, enrichissant, et qui - de surcroît - m'amènerait à cette « poésie » annoncée par le titre.
Quelle déception ! Malgré l'évident travail fourni par l'auteur, je ne trouve qu'un fatras d'évocations succinctes de langues venues de tous les horizons, avec, quand même, un fil conducteur mais si ténu qu'on le perd très vite. Je trouve une accumulation superficielle d'observations ponctuelles sur des langues, un certain nombre d'enfonçages de portes ouvertes (Ah ! la notion de genre en français!!) et, de temps à autre, une remarque intéressante qui mériterait qu'on la retienne.
Manifestement, l'auteur s'amuse à ce procédé, mêle un humour assez condescendant à son propos mais, franchement, n'apporte pas grand-chose d'essentiel. On a surtout l'impression qu'il se fait plaisir !
Il vaut tout de même mieux avoir quelques connaissances en linguistique pour lire cet ouvrage, quoi qu'en disent critiques et lecteurs de sites consacrés aux livres. Faute de quoi, on risque de s ‘ennuyer ferme, voire de décrocher rapidement. Sans compter qu'on n'aura aucun point de vue à opposer aux fortes considérations de l'auteur, spécialiste de basque et d'estonien , notamment sur les “ vrais ” linguistes tels Chomsky (avec sa recherche de métalangue universelle) qu'il traite un peu par-dessous la jambe...
Bon, on peut s'amuser aux noms tarabiscotés de langues à peu près inconnues, rire des tentatives difficiles de classification des langues, sourire aux imprononçables phonèmes, s'intéresser à certains morceaux de phrases qui évoquent un vécu local. Il n'en reste pas moins que ce livre, rédigé par un collectionneur émérite de “ grammaires ”, relève essentiellement du catalogue, demande une lecture double à chaque page puisqu'il est l'adepte du culte de la “ note de bas de page ”, parfois plus volumineuse que le texte lui-même. On aurait aimé , pour pouvoir dire qu'il s'agit là d'un essai de vulgarisation, un corpus plus riche, retraçant des éléments de vie quotidienne, des remarques sue les sociétés citées, voire des photos, des cartes ( la carte à peine esquissée de l'expansion des langues austronésiennes n'apporte pas grand-chose), que sais-je! de quoi nourrir l'appétit à peine stimulé par un apéritif très frustrant! Monsieur le professeur, bref, on vous aurait aimé plus didactique, plus convainquant!
Vous avez des comptes à régler avec l'espéranto et ses défenseurs (je viens de lire une réaction outrée d'un espérantiste!), avec certains linguistes reconnus tandis que vous en vantez d'autres fort peu prisés dans le milieu (je ne ferai pas le plaisir de les citer!). Quant à la bibliographie, limitée à douze spécialistes, comment ne pas la trouver bien insuffisante?
Les notes de bas de pages sont nettement plus intéressantes que le texte lui-même. Quant aux phrases citées le long des pages, elles m'auraient bien plu si elles avaient restitué des proverbes, par exemple, (je n'en trouve qu'un) en lieu et place de phrases usuelles.
Et si on avait pu appeler France Cloarec-Heiss de son vrai prénom, au lieu de Florence (joli, mais ce n'est pas elle, on se connaît depuis longtemps!)...
Et, une question : pourquoi diable faut-il écrire, de nombreuses fois et en caractères gras avec police grandissime : les éditions DE GRUYTER- MOUTON ? Est-ce le fruit d'un pari ? Ou comme sur les stades, la promotion du sponsor ? Juste une rigolade de plus ?
Enfin, ce qui manque à ce livre, c'est la bande-son ! On aimerait entendre les clics, le sifflement, le « trill bilabial » valant consonne etc. mais là, j'en demande peut-être beaucoup !
Au final, donc, une curiosité, sans plus.
Tout de même, un grand merci à J-P Minaudier pour sa traduction de l'estonien du livre « L'homme qui savait la langue des serpents » d'Andrus Kivirähk, livre que j'avais adoré.
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peache
  05 septembre 2014
Mont Dore, Nouvelle Calédonie, le 30 août 2014
Monsieur
Foin de minauderies, il n'est point dans ma nature d'accepter les injures gratuites et injustifiées de la part de quidams impudents, qu'il fussent bêta ou lambda voire pensent être l'alpha et l'oméga de la culture.
Hors donc, je viens ici vous entretenir de vos propos, parus à la page 19 de votre livre " La Poésie du Gérondif". En cette oeuvre qui se veut spirituelle - et l'est parfois, il m'en faut convenir - vous expliquez au lecteur vos affections grammaticales, ce qui pourrait être signe de grande culture . Mais, car, vous remarquerez que si je vous ai ci-avant décerné quelque fleur, il y a un mais, de quel droit, de quel esprit saugrenu faites vous état en qualifiant, sans pudeur, ni même le plus élémentaire respect pour son travail titanesque, M. Zamenhof de grotesque et de hideux, voire de producteur de patois latin dégénéré.
Pour votre gouverne, si tant est que vous acceptiez un avis différent du vôtre, je vous informe, à toutes fins utiles, que l'Espéranto, bien plus que le lituanien ou le danois, est parlé , lu et écrit par une dizaine de millions de personnes, dans tous les pays du monde, de la Chine au Nunavut, en passant par les Philippines, Zanzibar, Andorre et même la France .
A moins que vous ne considériez Jules Verne, Umberto Eco, Élisée Reclus, ou votre collègue enseignant et grammairien André Cherpillod , et tant d'autres génies, comme d'aimables hurluberlus voire de doux dingues, vous ne pourrez que reconnaître que votre qualification de l'Espéranto - permettez à mon indignation de me répéter - de hideux et de grotesque, n'est pas la plus brillante idée qui ait germé dans votre grammatical esprit.
J'admets, et, si vous avez le moindre petit souffle de bonne foi, vous serez bien obligé d'admettre aussi, que la grammaire de l'Espéranto permet d'apprendre cette langue sans difficulté. Et son but n'était et n'est toujours pas de torturer les neurones des vrais gens, (ceux qui ne font pas de bruit littéraire mais permettent vraiment au monde de continuer à fonctionner ) mais seulement de les aider à communiquer pacifiquement.
Et permettrait de fort substantielles économies, par exemple au parlement Européen, où quelques espérantistes suffiraient pour remplacer efficacement les très onéreux bataillons d'interprètes et de traducteurs qui sont hélas indispensables pour que les parlementaires des 28 états membres puissent presque s'entendre.
Je ne professe qu'un très relatif intérêt pour les plus ou moins tortueuses circonvolutions des diverses grammaires dont vous vous délectez. Mais j'ai été élevé dans le respect des opinions des autres, et je ne me permettrais pas de prétendre que vos propos démontrent la moindre hideur ou la plus petite bouffonnerie. Quoi que...
Par contre, je m'élève, et s'élèvent aussi tous les Espérantophones du monde contre votre insultante appréciation de ce qu'ils considèrent comme un moyen de communication, de compréhension et par conséquent de paix.
Mais il faut bien admettre que tous les tyrans et tyranneaux, de hitler à staline, en passant par mussolini, batista, franco et tant d'autres monstres ( sans majuscule, ces nobles lettres n'allant qu'à ceux qui les méritent ) ont poursuivi, condamné et même exterminé de nombreux espérantistes, car ils craignaient la propagation de leurs idées pacifistes.
Loin de moi l'idée de vous assimiler à ces dégâts collatéraux de l'humanité, mais j'en aurais presque eu la tentation lors de ma première lecture.
Vous souhaitant bonne réception et une meilleure acceptation des idées de vos contemporains, je vous salue d'un simple mais distant
Cordialement.
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critiques presse (4)
LeSoir   21 juillet 2014
Le prof d’histoire s’aventure dans les langues du monde entier, avec humour.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Bibliobs   07 juillet 2014
Jean-Pierre Minaudier a lu et épluché 1186 grammaires concernant 878 langues. Dans son merveilleux livre "Poésie du gérondif", il explique pourquoi.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Culturebox   04 juillet 2014
Jean-Pierre Minaudier est un amateur de langues comme il en existe peu. Dans son livre "Poésie du gérondif", il raconte l'origine de sa passion, comment il a appris des langues comme l'estonien ou le basque et comment il regarde l'évolution des langues tant outre-mer que dans le vaste monde
Lire la critique sur le site : Culturebox
Liberation   02 juillet 2014
Jean-Pierre Minaudier défend la dimension poétique d’une matière souvent jugée rébarbative, en pourchassant les langues du monde entier.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   06 octobre 2018
Mais bien sûr, pour y avoir accès, encore faut-il accepter de s’intéresser à la grammaire... Je voudrais tenter, lourde tâche, de la débarrasser de son image bien établie de pensum et d'instrument de torture scolaire ; je voudrais la dépouiller de sécheresse et d'ennui qu'elle traîne dans les générations traumatisées, à juste titre, par des indigestions de déclinaisons grecques et latines sans lien avec nulle expérience réelle de communication (ni même beaucoup de contact avec une culture différente, lorsque l’enseignant ne sait pas s'y prendre ou n'y croit plus), ou encore par la dictature de la grammaire normative du français, l'une des plus académiques, raides et intolérantes d'occident. À vrai dire, ces générations sont en voie de disparition car, du fait de cette image désastreuse, on ne fait plus guère de grammaire, même française, dans le système scolaire français ; mais la répulsion demeure, d'autant que Bescherelle sévit toujours, indispensable comme les dentistes mais presque aussi ennuyeux qu'une réunion de copropriété (j'ai l'intime et ferme conviction que l'enfer est une très longue réunion de copropriété).
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Erik35Erik35   11 octobre 2018
Bien sûr, l'essentiel est ailleurs : il réside dans l'intérêt des structures linguistiques elles-mêmes. Car toute langue recèle une vision du monde. S'il est possible, comme le soutiennent Noam Chomsky et son école, qu'il existe une grammaire universelle, c'est à dire ds règles communes à toutes les langues, il n'en reste pas moins que, de l'une à l'autre, elle s'inscrit dans des formes très variées qui découpent le réel très différemment, provoquant dans l'esprit des locuteurs des associations distinctes dont la combinaison finit, au total, par dessiner plusieurs images du monde.
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Erik35Erik35   17 octobre 2018
De même, dans certaines langues la qualité d'un texte littéraire, la richesse et la beauté d'un style reposent en bonne partie sur l'emploi d'un vocabulaire étendu, et dans d'autres, sur l'emploi d'une large gamme de moyens grammaticaux : autant dire qu'un texte traduit d'une langue du premier type dans une langue du second, ou le contraire, risque d'avoir l'air plat, puisque la langue d'arrivée ne dispose pas des mêmes ressources que la langue de départ, ce qui ne veut pas dire qu'elle en a moins. Pour que le résultat de son travail soit lisible, le traducteur doit donc s'atteler à restyler le texte dans la langue d'arrivée, selon le génie de celle-ci : toute traduction est un acte de *création littéraire, et pour réussir il est vital d'avoir un sens aigu de la langue dans laquelle on traduit.

[* en italique dans le texte]
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tiri_noirettiri_noiret   31 mai 2018
Mais il y a bien plus: ma conviction profonde est qu’une grammaire c’est avant tout du rêve et de la poésie - je répète pour le dernier rang qui bavarde: une grammaire, c’est avant tout du rêve et de la poésie. Et ce à tous les niveaux: dans les introductions ethnographiques, dans les anecdotes qui parfois émaillent le texte; dans le contenu des exemples; mais surtout dans la structure même de la langue étudiée, car chaque idiome a sa propre manière de passer du réel au discours, donc porte un regard différent sur le monde. Toute grammaire a sa logique propre, souvent inattendue, et aussi ses incohérences; ses métaphores, ses rapprochements parfois surprenants de formes et de sons, ses courts-circuits, ses pesanteurs, ses fulgurances, bref, sa poétique, même lorsque nul Goethe, nul Supervielle, nul Gongora ne l’a retravaillée. Cette poétique spontanée, fruit de millénaires d’élaboration collective et pour l’essentiel inconsciente m'émerveille autant que l'autre, et elle est infiniment plus méconnue.
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Erik35Erik35   15 octobre 2018
On voit par là que toute traduction parfaite est impossible, parce que traduire impose des changements structurels et qu'à changer de langue on change de vision du monde : c'est pourquoi la diversité des langues est une des richesses fondamentales de l'humanité, et leur étude, l'un des plus grands plaisirs intellectuels et poétiques qui puisse se concevoir.
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Videos de Jean-Pierre Minaudier (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Pierre Minaudier
Jean-Pierre Minaudier - Poésie du gérondif .Jean-Pierre Minaudier vous présente son ouvrage "Poésie du gérondif, vagabondages linguistiques d'un passionné de peuples et de mots" aux éditions le Tripode. http://www.mollat.com/livres/minaudier-jean-pierre-poesie-gerondif-vagabondages-linguistiques-passionne-peuples-mots-9782370550163.html Notes de Musique : Trans Atlantic Rage/Balogh: ANDREAS N°16 ? Parallel Worlds ? Compilation Fraction ? 2013 (Fraction Studio). Free Music Archive.
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