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ISBN : 2070367746
Éditeur : Gallimard (18/02/2000)

Note moyenne : 3.49/5 (sur 148 notes)
Résumé :
Dona Prouhèze : Qu'ai-je voulu que te donner la joie ! Ne rien garder ! Etre entièrement cette suavité ! Cesser d'être moi-même pour que tu aies tout ! Là où il y a le plus de joie, comment croire que je suis absente ? Là où il y a le plus de joie, c'est là qu'il y a le plus Prouhèze ! Je veux être avec toi dans le principe ! Je veux épouser ta cause ! Je veux apprendre avec Dieu à ne rien réserver, à être cette chose toute bonne et toute donnée qui ne réserve rien ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
5Arabella
  25 décembre 2018
C'est au Danemark en 1919 que Claudel a eu la première idée de ce qu'allait devenir le soulier de satin. Au départ, il devait s'agir d'un « petit drame espagnol », qui devait même servir de prologue à Protée. Mais petit à petit, le petit drame s'étoffe progressivement, jusqu'à devenir lors de son achèvement en 1924 la pièce que l'on connaît à la longueur exceptionnelle. La pièce ne sera publiée en entier qu'en 1928, et ne connaîtra la scène qu'en 1943, dans une version abrégée, à la Comédie Française, dans la mise en scène de Jean-Louis Barrault. Ce dernier aura pendant de nombreuses années une sorte d'exclusivité sur la pièce, dont il donnera des versions différentes, sur différentes scènes. Mais c'est Antoine Vitez qui donnera ce qui ressemble à la première véritable intégrale de l'oeuvre en 1987, au festival d'Avignon. le spectacle durait plus de 10 heures...Un grand voyage et une grande aventure. On s'est un peu plus habitué maintenant à des pièces très longues, mais à l'époque c'était complètement hors normes. Depuis, d'autres metteurs en scène se sont attaqué à l'oeuvre, dont Olivier Py. Manoel de Oliveira en a fait une adaptation cinématographique, condensée en 7 heures.
Oeuvre de toutes les démesures, oeuvre somme, le soulier de satin compte des adeptes convaincus, comme des détracteurs acharnés. Sacha Guitry aurait ironisé à la sortie de la première représentation « Heureusement qu'il n'y avait pas la paire ».
La pièce est composée de quatre journées, et se déroule sur des dizaines d'années, entre l'Espagne, l'Afrique, l'Amérique...L'auteur situe l'action « à la fin du XVIe siècle, à moins que ce ne soit le commencement du XVIIe siècle ». Certains événements historiques sont évoqués (l'invincible Armada, la bataille de Lépante…) mais plutôt comme une sorte d'arrière fond, des situations archétypales, qui font sens pour le spectateur, plus qu'ils ne renvoient à un contexte historique précis, certains d'ailleurs sont trop éloignés dans le temps pour avoir pu se dérouler pendant la pièce. Les deux rois d'Espagne qui se succèdent dans la pièce ne sont même pas nommés, ce sont des rois, tout simplement. Claudel ne vise aucune exactitude ni vraisemblance historique, nous sommes dans un espace-temps où tout est possible, où tout est à la disposition de l'imaginaire de l'auteur et du spectateur.
L'intrigue principale de la pièce concerne l'amour impossible de Dona Prouhèze et Don Rodrigue. Elle est mariée au vieux Don Pélage qui l'envoie en Afrique, lui est nommé vice-roi des Indes par le roi, et doit partir aux Amériques. Une lettre arrivée avec dix ans de retard rendra leur union définitivement impossible. Elle mourra sans qu'il la sauve, il finira mutilé, misérable. Mais l'essentiel est l'union spirituelle, que la séparation ici-bas magnifie. En dehors de ce couple, nous ferons connaissance avec des dizaines de personnages, rois, pêcheurs, bandits, européens, africains, asiatiques...Qui chacun auront leur scène, avant de disparaître.
Foisonnante, chatoyante, jouant sur tous les registres, la pièce est un immense patchwork dans lequel chaque pièce a sa place, la seule possible. Les commentaires évoquent les influences de Shakespeare et du théâtre espagnol du siècle d'or, pour le côté baroque, la façon de mélanger le sérieux et le rire, le lyrique et le comique, la mort et la farce. Sans oublier le découpage en journées, pratiqué en Espagne. J'aurais envie d'y enjoindre la tragi-comédie, pratiquée dans le théâtre français du début du XVIIe siècle, même si je ne sais pas à quel point Claudel pouvait la connaître, mais dans le théâtre français, c'est ce qui s'en rapproche un peu. Comme un certain théâtre romantique, dont celui de Victor Hugo. Cromwell, dans sa démesure n'est pas sans évoquer la démesure du Soulier de satin. La représentation n'est au fond qu'une façon possible de l'existence du texte, même par réellement nécessaire. La phrase claudélienne se déroule, coule, et engloutit le lecteur-spectateur-auditeur, comme la phrase proustienne se déroule, coule et engloutit...Le mot, l'image, la réalité intime de l'auteur emporte le spectateur dans un monde de sensations, de ressentis, d'affects, subjectif et de ce fait irrévocable.
C'est une expérience inoubliable.
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myker
  01 décembre 2012
Polyphonie et drame intime : quand le silence est chargé de sons.
Cette pièce est un formidable opéra tout en mouvement, couleurs et sensations, sur lequel l'angoisse et la souffrance de la séparation n'apparaissent qu'en ombre portée, dans des dialogues d'un lyrisme et d'une beauté inégalables. Par ces voix tissées d'où s'élève un chant fiévreux vers le créateur, c'est l'univers entier, dans toute sa diversité, qui est invoqué tout au long de ces quatre journées comme autant de moments et d'aspects de la vie, pour tourner autour de cette histoire très personnelle, qui est également un long apprentissage du silence et de l'acceptation. Une grande oeuvre.
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Henri-l-oiseleur
  19 décembre 2015
Je n'ai eu aucun mal à lire "Le soulier de satin" : il m'a suffi d'aller le voir au théâtre dans la mise en scène d'Olivier Py, et après onze heures de représentation, une bonne nuit de sommeil et le retour chez soi, dans ma province, j'ai ouvert le livre et une semaine durant, j'ai revu la pièce page à page dans mon esprit, comme je lisais les mots et les versets de Claudel. La poésie, qui réclame, dit-on, de la lenteur et de la rumination, s'harmonise parfaitement avec le jeu scénique qui exige du rythme et une certaine rapidité ; l'enchantement de la langue et du style est constant. Claudel, après tout, n'a fait que retrouver les habitudes de ces auteurs d'opéras baroques vénitiens, dont les représentations duraient une journée entière : il instaure dans sa pièce, ou plutôt il restaure, une relation autre entre le lecteur et l'oeuvre d'art.
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stcyr04
  25 août 2012
Le Soulier de Satin est une pièce de théâtre remarquable, réputée injouable – pensez, 500 pages en collection Folio et plus de 11 heures pour une exécution “complète”! Mise en scène difficile en raison de sa longueur donc, mais aussi de par la multiplicité, la variété et l'incongruité des personnages, et enfin par les indications scéniques parfois fort déroutantes voire farfelues. Foin des sacro-saintes règles du théâtre, des unités de temps et de lieu!
Résumons. L'action se passe a cheval entre le XVIème et le XVIIème siècle au temps de l'Invincible Armada et des conquistadores. le thème principal et l'amour impossible et contrarié entre Dona Prouhèze et le capitaine Don Rodrigue et pour localiser l'intrigue nous reprendrons les parole de Paul Claudel : « La scène de ce drame est le monde ».
Cette pièce m'est apparu mémorable de par l'originalité et l'audace dans sa conception, par sa relative complexité et son humour diffus et par le souffle poétique qui transparait dans ses pages.
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arcade_d
  15 juin 2017
Comment ressort-on d'une telle lecture après une telle vision (Olivier Pi en 2009) :
Re-vivifié
Ré-enchanté
Ré-généré
La pièce puis sa lecture m'a fait le même effet généreusement dévastateur du film de Clint Eastwood, sur la Route de Madison.
Des larmes qui abondante coulent juste à l'évocation du sacrifice intime, aimant et totale de Dona Prouhèze ! Une histoire d'amour rare !
Certains politiques devraient boire à cette source pour comprendre ce qu'est la "bienveillance" !
Espérer le bonheur de l'autre comme l'autre souhaite l'atteindre !
Écrire de mots, les poser les un a côté des autres pour en faire des phrases, enchaîner ces phrases pour en faire une histoire, Claudel le fait !
… Mais il se produit quelque chose, autre chose de plus qui va au-delà de nos 4 dimensions, tout à coup je me sens nettoyer au plus profond de mon âme !
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
stcyr04stcyr04   23 août 2012
DONA PROUHEZE

Quel est donc cet appel irrésistible?

DON CAMILLE

Dites-moi que vous ne l’avez pas ressenti vous-même?
Les moucherons ne sont pas plus faits pour résister à cette extase de la lumière, quand elle pompe la nuit,
Que les cœurs humains à cet appel du feu capable de les consumer. L’appel de l’Afrique!
La terre ne serait point ce qu’elle est si elle n’avait ce carreau de feu sur le ventre, ce cancer rongeur, ce rayon qui lui dévore le foie, ce trépied attisé par le souffle des océans, cet antre fumant, ce fourneau où vient ce dégraisser l’ordure de toutes les respirations animales!
Nous ne sommes pas toutes choses entre nos quatre murs.
Vous avez beau tout fermer, vous avez beau vous arranger entre vous, vous ne pouvez pas exclure cette plus grande part de l’humanité dont vous avez convenu de vous passer et pour laquelle le Christ aussi cependant est mort.
Ce souffle sur vous qui fait frémir vos feuillages et battre vos jalousies, c’est l’Afrique qui l’appelle en proie à son éternel supplice!
D’autres explorent la mer, et moi, pourquoi ne m’enfoncerais-je pas aussi loin qu’il est possible d’aller, vers cette autre frontière de l’Espagne, le feu!

DONA PROUHEZE

Les capitaines que le Roi envoie vers ces Indes nouvelles ne travaillent pas pour eux, mais pour leur maître.

DON CAMILLE

Je n’ai pas besoin de penser tout le temps au Roi d’Espagne, n’est-il pas là partout où il y a un de ses sujets? Tant mieux pour lui que je pénètre où son nom ne peut passer.
Moi, ce n’est pas un monde nouveau qu’on m’a donné pour le pétrir à ma fantaisie,
C’est un livre vivant que j’ai à étudier et le commandement que je désire ne s’acquiert que part la science.
Un Alcoran dont les lignes sont faites de ce rang de palmiers là-bas, de ces villes nacrées sur le bord de l’horizon comme un titre,
Et les lettres, de ces foules dans l’ombre des rues étroites aux yeux de braise, de ces formes empaquetées qui ne peuvent sortir une main sans qu'elle devienne de l’or.
Comme les Hollandais vivent de la mer, ainsi ces peuples à la frontière même de l’humanité (non parce que la terre cesse mais parce que le feu commence) de l’exploitation de ces rives au delà du lac ardent.
C’est là que je me taillerai un domaine pour moi, une insolente petite place pour moi seul entre les deux mondes.
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chloe-nelsonchloe-nelson   23 décembre 2014
Je n'épouserai personne ! C'est dans la prison de Londres que je me suis aperçue que j'avais une âme, une âme vivante et qui n'était pas faite pour vivre dans une prison.
J'ai juré que jamais plus je ne me laisserais mettre dans une prison.
J'ai juré que jamais je ne supporterais un gros corps d'homme entre le soleil et moi !
Je ne veux pas vivre dans la pâte !
Je veux quelqu'un qui m'aide et non qui m'engloutisse !
On vit, avec vous ! Je vis, avec vous, depuis deux jours ! vous ne me demandez rien, vous êtes comme la musique qui ne vous demande rien mais qui d'emblée, vous enlève et vous met d'accord avec elle.
Dès que vous êtes là, il y a de la musique, je me livre avec ardeur, confiance et mesure, comme entre les bras d'un puissant danseur, je sens que je fournis à votre esprit ce qu'il voulait ! Vous êtes là et aussitôt je suis forte et gaie, je me sens toute brillante et toute sonore !
C'est comme un coup de trompette qui vous nettoie, comme une fanfare guerrière qui ranime l'esprit abattu et le remplit de courage et de feu !
Et en même temps nous sommes libres tous les deux ! Je n'ai aucun droit sur vous et vous aucun sur moi. C'est charmant ! Nous sommes ensemble tant que durera la musique.
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stcyr04stcyr04   24 août 2012
La joie d’un être est-elle pas dans sa perfection? et si notre perfection est d’être nous-mêmes, cette personne exactement que le destin nous a donnée à remplir,
D’où vient cette profonde exultation comme le prisonnier qui dans le mur entend la sape au travail qui le désagrège, quand le trait de la mort dans notre côté s’est enfoncé en vibrant?
Ainsi la vue de cet ange pour moi qui fut comme le trait de la mort! Ah! cela prend du temps de mourir et la vie la plus longue n’est pas de trop pour apprendre à correspondre à ce patient appel!
Une blessure à mon côté comme la flamme peu à peu qui tire toute l’huile de la lampe!
Et si la perfection de l’œil n’est pas dans sa propre géométrie mais dans la lumière qu’il voit et chaque objet qu’il montre
Et la perfection de la main non pas dans ses doigt mais dans l’ouvrage qu’elle génère,
Pourquoi aussi la perfection de notre être et de notre noyau substantiel serait-elle toujours associée à l’opacité et à la résistance,
Et non pas l’adoration et le désir et la préférence d’autre chose et de livrer sa lie pour de l’or et de céder son temps pour l’éternité et de présenter à la transparence et de se fendre enfin et de s’ouvrir enfin dans un état de dissolution ineffable?
De ce déliement, de cette délivrance mystique nous savons que nous sommes par nous-mêmes incapables et de là ce pouvoir sur nous de la femme pareil à celui de la Grâce.
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stcyr04stcyr04   23 août 2012
Qu’importe le désordre, et la douleur d’aujourd’hui puisqu’elle est le commencement d’autre chose, puisque
Demain existe , puisque la vie continue, cette démolition avec nous des immenses réserves de la création,
Puisque la main de Dieu n’a pas cessé son mouvement qui écrit avec nous sur l’éternité en lignes courtes ou longues,
Jusqu’aux virgules, jusqu’au point le plus imperceptible,
Ce livre qui n’aura son sens que quand il sera fini.
C’est ainsi que par l’art du poète une image aux dernières lignes vient réveiller l’idée qui sommeillait aux premières, revivifier maintes figures à moitié faites qui attendaient l’appel.
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stcyr04stcyr04   23 août 2012
Qu’est-ce que cette femme que vous aimez? Au dehors cette bouche peinte comme avec un pinceau, ces yeux plus beaux que s’ils étaient des boules de verre, ces membres exactement cousus et ajustés?
Mais au dedans c’est le chagrin des démons; le ver, le feu, le vampire attaché à notre substance! La matière de l’homme qui lui est entièrement soutirée et il ne reste plus qu’une forme brisée et détendue comme un corpuscule de cricri, horreur!
Ne suis-je pas dans la dépendance de Votre Seigneurie? que de fois ne l’ai-je suppliée de songer au salut de son âme et de la mienne?
Que seront dans cent ans ces cent livres de chair femelle auxquelles votre âme s’est amalgamée comme avec un crochet?
Un peu d’ordure et de poussière, des os!
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