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Michel Arnaud (Traducteur)
ISBN : 2070315010
Éditeur : Gallimard (22/04/2004)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 166 notes)
Résumé :
En ltalie d'abord, où il provoqua un vrai débat national, puis dans tous les autres pays du monde où il fut traduit, le livre d'Elsa Morante fut immédiatement accueilli comme une des œuvres majeures du XX° siècle : un pendant de Guerre et Paix.

Dans ce roman, conçu et rédigé en trois ans (entre 1971 et 1974), Elsa Morante désirait exprimer son expérience personnelle de la vie « à l'intérieur de l'Histoire », dans un langage qui fût universel et access... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
Allantvers
  23 avril 2016
Il est rare que je m'offre le luxe d'une relecture, tant sont nombreux les livres à découvrir et rare le temps pour le faire, mais « la Storia » m'avait laissé une impression si profonde que je n'ai pas résisté à l'envie de la redécouvrir quelques vingt ans plus tard.
La « Storia » : c'est bien l'Histoire le sujet de ce texte magnifique, l'Histoire âpre et cruelle de l'éternelle domination des uns au profit des autres, de l'infini recommencement de la manipulation violente des faibles par les forts, mais aussi de la lutte acharnée, dérisoire et sublime des millions d'instincts de vie contre la pulsion de mort.
La storia dans cette « Storia » nous emmène plus précisément dans l'Italie de la seconde guerre mondiale où Ida, une veuve timorée, juive par sa mère, mal armée pour le monde brutal dans lequel elle se retrouve ballottée, mais dont l'instinct maternel surpuissant sera le moteur de son instinct de survie, donne naissance à la suite d'un viol par un soldat allemand à l'une des créatures les plus éclatantes de bonheur et de joie de vivre que la littérature nous ait offert, le petit Useppe. Ensemble, ils traverseront tant bien que mal les années de guerre, dont les horreurs finiront pourtant par s'imprégner irrémédiablement dans le regard immense, joyeux et innocent d'Useppe…
« Useppe ! Useppe ! » C'est ce cri récurrent dans le livre, ce cri apeuré de la protectrice Ida appelant son petit qui m'était resté dans la tête depuis toutes ces années et m'a donné envie de le rouvrir et de retrouver ces deux personnages inoubliables, tout poignant que soit le récit. Autour d'eux, le petit peuple de Rome vivace et endurant, Nino le fils aîné d'Ida, bouillonnant d'une jeunesse façonnée par la guerre et fou d'amour pour son petit frère, mais encore la figure lugubre et désespérée de David Segré, partisan, anarchiste, juif en rupture avec ses origines bourgeoises, tous apportent une chair juteuse et amère à la storia d'Ida et Useppe.
La « Storia » est un très grand livre, dont a d'ailleurs été tiré un beau film avec Claudia Cardinale, que je recommande à tous les amateurs d'histoire dans l'Histoire, n'ayant pas peur de regarder en face la mort se mêler à la luxuriance de la vie, ni de vider une boite de mouchoirs.
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Sachenka
  05 janvier 2017
Fascisme. Nazisme. Totalitarisme. Shoah. Tant qu'à y être, pourquoi pas aussi communisme. L'auteure aurait bien pu remonter le temps et écrire sur les guerres napoléoniennes, celles de religion, le régime des tsars jusqu'à l'empire des césars. Que des horreurs, tout ça ! Et du pareil au même. C'est ça qu'Elsa Morante a voulu nous raconter mais, évidemment, de l'extérieur, car sa protagoniste, Iduzza Ramundo, n'a pas fait la guerre. C'est la guerre qui est venue à elle. Ida n'est qu'une pauvre enseignante, native du sud de l'Italie et qui a suivi son mari dans la capitale, Rome. Il est mort assez tôt, lui laissant un enfant à sa charge, Nino, mais jeune femme s'était toujours bien débrouillée. Puis la Seconde Guerre mondiale a éclaté, entrainant l'Italie dans son sillon. Et Ida.
Dernier fait important que j'ai oublié de mentionner : Iduzza Ramundo est à moitié juive par sa mère. Vous me voyez venir?
La Storia est un roman coup de poing, une bombe littéraire, et je suis surpris qu'on n'en parle pas plus. Quoiqu'il en soi, il est découpé en fonction des années : 1941, 1942, 1943… Vous voyez. Chacun de ces découpages commence par une description des principaux évènements qui se sont produits en Italie, en Europe et dans le monde. Vous l'aurez compris, la guerre y occupe une grande place.
Le récit commence en 1941 alors qu'Ida est abordée par un soldat allemand en permission et elle se fait violer. Assez brutal comme entrée en matière mais, tout compte fait, assez approprié au propos de l'auteure. de cet acte nait un garçon qu'elle nomme Useppe. Ce petit être fragile sera sa nouvelle raison de vivre et elle passera le roman à le protéger, même jusqu'à son dernier ressort.
On suit le quotidien d'Ida à travers ces années folles. Au début de la guerre, Rome est un havre de paix, les troupes allemandes et italiennes ne font que passer pour se rendre en Afrique ou sur d'autres champs de bataille. Loin, très loin. Mais voilà que le front se déplace, les Alliés prennent position au sud de l'Italie, puis en dehors des murs de Rome. La situation devient précaire, les nazis ripostent en emenant les juifs, Ida a peur. Elle doit se réfugier dans des quartiers mal famés. Son fils Nino se lie avec des résistants italiens, aux idées révolutionnaires et socialistes, plus rien ne va plus. Même quand Rome est prise et que les combats se déplacent au nord, la situation ne s'améliore pas, on manque de tout, on crève de faim. Je vous fais grace des intrigues secondaires.
Quand la Seconde guerre mondiale se termine, on pourrait dire «Ouf, Ida et ses fils l'ont échappé belle!» Mais non, les horreurs continuent. Les Italiens s'entredéchirent, les paysans et les ouvriers agricoles en veulent aux propriétaires terriens, des assassinats se multiplient, la mafia s'en mêle, les socialistes veulent renverser le pouvoir, etc. Quelques rares survivants de la Shoah reviennent mais avec des histoires affreuses à raconter. Décidément, ce monde est terrible. Dans cet enchevêtrement de représailles de toutes sortes, Ida perd son fils ainé Nino. Sa vie ne sera jamais plus la même. D'autant plus que la prospérité n'est pas encore revenue, on vit toujours de rations, etc. Mais le pire reste à venir pour cette pauvre femme esseulée. J'ai été complètement retourné quand elle s'est mise à crier «Useppe ! Useppe!» J'ai surement fait un cauchemar ou deux à ce sujet...
Qu'est-ce qu'on doit retenir de la Storia ? L'Histoire peut n'être qu'un «interminable assassinat». Assez terrible, n'est-ce pas ? Mais certains diront qu'Elsa Morante a visé juste. D'autant plus que cette histoire aurait pu se passer en Allemagne, en Russie ou en Chine, le propos demeure : es innocents seront toujours les victimes. Moi, jl'ai trouvé ce roman profondément émouvant. À vous de juger, si vous vous sentez le courage d'affronter ce pavé de près de mille pages dans le format de poche.
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tolbiac
  31 mars 2013
Oulala. Que trois critiques? Combien d'entre-nous a eu la chance de tomber sur ce livre?
La storia ; c'est de l'Bombe. C'est le cuir d'une époque déchiré par les yeux d'une femme. C'est les misérables à la sauce italienne. C'est la grande histoire dans la petite. C'est l'histoire d'un destin.
Un petit bout de femme, Iduzza (diminutif de Ida) dans le maelström de la guerre, tente de survivre à Rome, avec son fils Useppe.
La Storia ; c'est la folie des hommes décortiqués par Elsa Morante.
La Storia ; Elle cri, pleure, fait trembler, fait froid dans le dos ; La Storia.
La Storia ; C'est la vie d'une saison en enfer entre les mains de l'amour.
J'avais lu le Christ c'est arrêté à Eboli ( et non pas à Ebola, quoique là… Il a du faire demi-tour) de Carlo Levi ( entre parenthèse un tout petit petit ouistiti qui mérite d'être dévoré cru), qui déjà m'avait plongé dans cet Italie sans italique. Dans ce décor derrière les épaules de Musso-Lit-Ni, dans ce décor qui nie le monde ; on est happé. Parce tout est là, dit, avec les non-dits. On entend la voix des sans-voix, on boit avec ceux qui ne boivent rien d'autres que la poussière de l'histoire. On suit cette mère, cet amour de femme, on est là, entre 1940 et 1947, on plonge dans cette période dantesque et on hésite, on marche d'un pas peu assuré, puis on espère, on croit, on se bat, on entend l'armée allemande passer, les fascistes danser, on sent la résistance se lever. On est là et Ida nous porte à bout de bras…
Elsa Morante a écrit là, une oeuvre majeur du long et éphémère XX siècle.
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Liseronpipou
  27 août 2017
J'ai découvert fortuitement un fabuleux trésor de la littérature italienne.
Comme un certain nombre de membres de Babelio, j'ai lu et apprécié « L'amie prodigieuse » d'Elena Ferrante. Piquée de curiosité, j'ai cherché sur internet s'il existait des ouvrages méconnus de cette auteure à me mettre sous la dent. A l'occasion de cette recherche j'ai appris que le pseudonyme de Mme Ferrante était directement inspiré d'une certaine Elsa Morante
Elsa Morante ? Je ne connais pas. Personne n'étant parfait, je me pardonne rapidement ce flagrant délit d'ignorance et j'étudie les différents ouvrages de l'écrivaine. « La Storia » retient plus particulièrement mon attention malgré un résumé assez rédhibitoire où j'ai lu les termes de « seconde guerre mondiale », « viol », « bâtard » et « juif » dans la même phrase. Je me dis qu'à coup sûr l'histoire se termine en camp de concentration. Ah non, elle se termine en 1947, il y a donc de l'espoir. J'achète ? Je n'achète pas ? Il y a presque mille pages, quand même ! Allez, je le prends. En plus, il y a Claudia Cardinale sur la couverture, si vraiment je n'arrive pas au bout du livre je regarderai le film !
Est-ce que je dois vous dire que j'ai bien fait ?
Venons-en aux faits. En 1941, Ida est une institutrice vivant et enseignant à Rome. Veuve, elle est mère d'un jeune homme d'une quinzaine d'années prénommé Antonio, dit Nino. Sa vie est rythmée par sa classe et le train-train quotidien. Une existence sans joie particulière ni amis, Ida étant un personnage plutôt morne, timide et assez peureux.
Un jour, en rentrant chez elle, un jeune soldat allemand ivre la suit et la viole dans son propre lit. Neuf mois plus tard nait un petit être innocent et fragile, Giuseppe, surnommé par la suite Useppe. A partir de ce jour, Ida ne vivra plus que pour protéger son petit garçon contre le monde hostile qui frappe à sa porte. Plus seule que jamais, elle devra fuir et changer d'abri à plusieurs reprises, terrorisée à l'idée que la police italienne vienne les arrêter, elle et son bébé, à cause de son ascendance juive. Puis, la guerre terminée, sa lutte pour protéger de son enfant prendra d'autres formes.
Elsa Morante mêle ici la grande histoire à la petite d'une manière magistrale. Chaque chapitre correspond à une année et s'ouvre sur un résumé laconique et froid des derniers événements mondiaux, sorte de rapport militaire ennuyeux, puis le cours de la vie d'Ida et de son si attachant petit bonhomme reprend avec ardeur à l'intérieur du chapitre. En choisissant de prendre pour personnage principal un tout petit garçon aussi chétif qu'un chaton, qui subit impuissant les événements les plus horribles, Elsa Morante dénonce de la façon la plus poignante possible les monstruosités de la guerre, cet « interminable assassinat ».Ce livre est une critique des gouvernants qui décident de la guerre en scellant le destin de millions d'anonymes sans autre forme de procès. Une véritable ode au pacifisme qui donne la parole aux oubliés.
Notons également quelques passages mettant en scène des personnages, notamment David Segré, aux idées révolutionnaires ou utopistes, façon pour l'auteur de profiter d'une fenêtre pour promouvoir ses propres convictions politiques. Des thèses quelquefois surannées aujourd'hui, d'autres encore très actuelles mais dans tous les cas, je comprends pourquoi le livre a été taxé de subversif à l'époque de sa parution ! Petite citation pour illustrer mon propos : « Il s'employa à démontrer : que ce fameux système institué éternellement et universellement de la domination, etc., reste toujours collé par définition à la fortune, qu'elle soit de propriété privée ou d'État… Et que par définition il est raciste… Et que par définition il doit se produire, s'user et se reproduire à travers les oppressions, les agressions, les invasions et les guerres variées… il ne peut pas sortir de ce cycle… Et que les prétendues « révolutions » ne peuvent être entendues qu'au sens astronomique de ce mot qui signifie : mouvement des corps autour d'un centre de gravité. Lequel centre de gravité, toujours le même, est ici : le Pouvoir. Toujours un seul : le POUVOIR… » (p. 813)
C'est aussi, et à mes yeux il s'agit là de l'essence même du livre, ce qui m'a marqué le plus profondément, un cri d'amour saisissant d'une mère pour son enfant, qu'un instinct animal entraîne à lutter avec acharnement pour la survie de son fils. le drame d'Ida est de voir son petit garçon dépérir à cause du rationnement, du manque de soins médicaux, de l'ennui et de l'angoisse permanente dans laquelle il doit grandir sans rien pouvoir faire pour l'empêcher. La lecture en devient un crève-coeur, un véritable bouleversement. Au fur et à mesure que les pages se tournent, nous comprenons qu'Elsa Morante est de nature pessimiste : elle fait dire à un de ses personnages en parlant à Useppe : « Vous êtes si différents que vous n'avez même pas l'air d'être frères. Mais vous vous ressemblez pour une chose : le bonheur. Ce sont deux bonheurs différents : le sien, c'est le bonheur d'exister. Et le tien, c'est le bonheur… de… de tout. Toi, tu es l'être le plus heureux du monde. Toujours, toutes les fois que je t'ai vu, j'ai pensé cela, dès les premiers jours où j'ai fait ta connaissance […] Toi, tu es trop gentil pour ce monde, tu n'es pas d'ici. Comme on dit : le bonheur n'est pas de ce monde. » Et l'auteure va s'acharner sur le petit Useppe pour prouver que le bonheur est forcément pollué par le monde extérieur, jusqu'à la redoutée et épouvantable implosion.
Je suis étonnée de voir si peu d'avis sur ce livre sur Babelio (seulement 16, avec ma p'tite contribution) et j'espère pouvoir convaincre quelques lecteurs de se lancer car il est des livres qui vous marquent profondément. Ils sont rares, mais celui-ci en fait partie.
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Meps
  04 septembre 2015
Belle histoire que cette Storia à l'italienne. Une façon originale de raconter l'Histoire en alternant quelques chronologies commentées courtes et lapidaires et le récit du quotidien d'une famille durant ces années troublées.
Ce qui m'a touché c'est la totale empathie de l'auteur pour l'ensemble de ses personnages. On ressent en même temps qu'elle leurs émotions, même quand elle évoque certains individus pas forcément admirables. L'utilisation parcimonieuse d'un je narratif, qui semble être témoin de l'histoire sans y participer, renforce sans doute cette impression.
Certains trouveront peut-être que l'exercice amène quelques longueurs... Sans doute mais ces longueurs ont parfois des accents proustiens aux qualités littéraires indéniables.
J'ai été plus circonspect sur certaines tirades politiques. J'admire et partage plutôt l'engagement de l'auteur mais j'ai parfois eu l'impression de personnages pris en otages pour exprimer certaines théories de l'époque... Mais malgré tout ces passages restent maîtrisés et ironisent même souvent sur cette pensée, laissant le lecteur libre de ses opinions.
Si ce lecteur reste prisonnier, ce ne sera que du souvenir d'Useppe, Ida, Ninarriedu ou Bella, que les années auront bien du mal à effacer.
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Citations & extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   29 décembre 2016
1- Le mot fascisme est de frappe récente, mais il correspond à un système social de décrépitude préhistorique, absolument rudimentaire et, même, moins évolué que celui en usage chez les anthropoïdes (comme peut le confirmer quiconque a des notions de zoologie) ; 2- Ce système est fondé, en effet, sur la domination par la violence de ceux qui sont sans défense (peuples, classes ou individus) par ceux qui disposent des moyens d’exercer la violence ; 3- En réalité, depuis les origines primitives, universellement et tout au long de l’Histoire de l’humanité, il ne subsiste pas d’autre moyen que celui-ci. Récemment, on a donné le nom de fascisme ou de nazisme à certaines de ses manifestations extrêmes d’ignonomie, de démence et d’imbécillité, propres à la dégénérescence bourgeoise : mais le système en tant que tel est en activité toujours et partout (sous des apparences et des noms différents, voire contradictoires…), toujours et partout depuis le début de l’Histoire de l’humanité.
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SachenkaSachenka   31 décembre 2016
«... car, en somme, l'Histoire toute entière est celle de fascisme plus ou moins larvé... dans la Grèce de Périclès... et dans la Rome des Césars et des Papes... et dans la steppe des Huns... et dans l'Empire aztèque... et dans l'Amérique des pionniers... et dans l'Italie du Risorgimento... et dans la Russie des Tsars et des Soviets... toujours et partout ceux qui sont libres et les esclaves... les riches et les pauvres... les acheteurs et ceux qui sont vendus... les supérieurs et les inférieurs... les chefs et le troupeau... Le système ne change jamais... il s'appelait religion, droit divin, gloire, honneur, esprit, avenir... rien que des pseudonymes... rien que des masques... Mais avec l'ère industrielle, certains masques ne tiennent plus... le système montre les dents, et tous les jours il imprime dans la chair des masses son vrai nom et son vrai titre... et ce n'est pas pour rien que, dans son vocabulaire, l'humanité est appelée MASSE, ce qui veut dire matière inerte... Et ainsi, nous y voilà maintenant... cette pauvre matière de servitude et de travail devient une masse à exterminer et à désintégrer... [...]»
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PilingPiling   20 juillet 2008
incipit :
Un jour de janvier de l'an 1941, un soldat allemand, jouissant d'un après-midi de liberté, se trouvait seul, en train de flâner dans le quartier de San Lorenzo, à Rome. Il était environ deux heures de l'après-midi, et à cette heure-là, comme d'habitude, peu d egens circulaient dans les rues. Aucun des passants, d'ailleurs, ne regardait le soldat, car les Allemands, bien que camarades des Italiens dans la présente guerre mondiale, n'étaient pas populaires dans certaines périphéries prolétaires. Et ce soldat ne se distinguait pas des autres de la même série : grand, blond, avec l'habituel comportement de fanatisme disciplinaire et avec, en particulier dans la position de son calot, une correspondante expression provocante.

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SachenkaSachenka   21 décembre 2016
Mussolini et Hitler, à leur manière, étaient rêveurs ; mais c'est ici que se manifeste leur diversité native. La vision onirique du «chef» italien (correspondant à l'envie matérielle de vie qui était la sienne) était un festival de théâtre où, au milieu des étendards et des triomphes, petite fripouille communarde, il jouait le rôle de certaines fripouilles de l'Antiquité béatifiées (les césars, les augustes...) au-dessusd'une foule vivante ravalée au rang humiliant de pantins. Alors que l'autre, par contre (qu'infectait un vice monotone de nécrophilie et de monstrueuses terreurs), était la proie semi-consciente d'un rêve encore informe où toute créature vivante (y compris lui-même) était un objet à torturer et dégradée jusqu'à la putréfaction. Et où finalement - lors du Grand Finale - toutes les populations de la terre (y compris la population allemande) pourrissaient en amoncellements désordonnés de cadavres.
On sait que la fabrique des rêves enterre souvent ces fondations dans les débris de la veille ou du passé.
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SachenkaSachenka   18 décembre 2016
Pour dire la vérité, la seule chose que, d'instinct, [le soldat allemand] était en train de chercher en ce moment par les rues de Rome, c'était un bordel. Non tant par une envie urgente et irrésistible que, plutôt, parce qu'il se sentait trop seul ; et il lui semblait que c'était uniquement dans un corps de femme, en se noyant dans ce nid chaud et amical, qu'il se sentirait moins seul.
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