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Michel Arnaud (Traducteur)
ISBN : 2070315010
Éditeur : Gallimard (22/04/2004)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 158 notes)
Résumé :
En ltalie d'abord, où il provoqua un vrai débat national, puis dans tous les autres pays du monde où il fut traduit, le livre d'Elsa Morante fut immédiatement accueilli comme une des œuvres majeures du XX° siècle : un pendant de Guerre et Paix.

Dans ce roman, conçu et rédigé en trois ans (entre 1971 et 1974), Elsa Morante désirait exprimer son expérience personnelle de la vie « à l'intérieur de l'Histoire », dans un langage qui fût universel et access... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Allantvers
23 avril 2016
Il est rare que je m'offre le luxe d'une relecture, tant sont nombreux les livres à découvrir et rare le temps pour le faire, mais « la Storia » m'avait laissé une impression si profonde que je n'ai pas résisté à l'envie de la redécouvrir quelques vingt ans plus tard.
La « Storia » : c'est bien l'Histoire le sujet de ce texte magnifique, l'Histoire âpre et cruelle de l'éternelle domination des uns au profit des autres, de l'infini recommencement de la manipulation violente des faibles par les forts, mais aussi de la lutte acharnée, dérisoire et sublime des millions d'instincts de vie contre la pulsion de mort.
La storia dans cette « Storia » nous emmène plus précisément dans l'Italie de la seconde guerre mondiale où Ida, une veuve timorée, juive par sa mère, mal armée pour le monde brutal dans lequel elle se retrouve ballottée, mais dont l'instinct maternel surpuissant sera le moteur de son instinct de survie, donne naissance à la suite d'un viol par un soldat allemand à l'une des créatures les plus éclatantes de bonheur et de joie de vivre que la littérature nous ait offert, le petit Useppe. Ensemble, ils traverseront tant bien que mal les années de guerre, dont les horreurs finiront pourtant par s'imprégner irrémédiablement dans le regard immense, joyeux et innocent d'Useppe…
« Useppe ! Useppe ! » C'est ce cri récurrent dans le livre, ce cri apeuré de la protectrice Ida appelant son petit qui m'était resté dans la tête depuis toutes ces années et m'a donné envie de le rouvrir et de retrouver ces deux personnages inoubliables, tout poignant que soit le récit. Autour d'eux, le petit peuple de Rome vivace et endurant, Nino le fils aîné d'Ida, bouillonnant d'une jeunesse façonnée par la guerre et fou d'amour pour son petit frère, mais encore la figure lugubre et désespérée de David Segré, partisan, anarchiste, juif en rupture avec ses origines bourgeoises, tous apportent une chair juteuse et amère à la storia d'Ida et Useppe.
La « Storia » est un très grand livre, dont a d'ailleurs été tiré un beau film avec Claudia Cardinale, que je recommande à tous les amateurs d'histoire dans l'Histoire, n'ayant pas peur de regarder en face la mort se mêler à la luxuriance de la vie, ni de vider une boite de mouchoirs.
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Sachenka
05 janvier 2017
Fascisme. Nazisme. Totalitarisme. Shoah. Tant qu'à y être, pourquoi pas aussi communisme. L'auteure aurait bien pu remonter le temps et écrire sur les guerres napoléoniennes, celles de religion, le régime des tsars jusqu'à l'empire des césars. Que des horreurs, tout ça ! Et du pareil au même. C'est ça qu'Elsa Morante a voulu nous raconter mais, évidemment, de l'extérieur, car sa protagoniste, Iduzza Ramundo, n'a pas fait la guerre. C'est la guerre qui est venue à elle. Ida n'est qu'une pauvre enseignante, native du sud de l'Italie et qui a suivi son mari dans la capitale, Rome. Il est mort assez tôt, lui laissant un enfant à sa charge, Nino, mais jeune femme s'était toujours bien débrouillée. Puis la Seconde Guerre mondiale a éclaté, entrainant l'Italie dans son sillon. Et Ida.
Dernier fait important que j'ai oublié de mentionner : Iduzza Ramundo est à moitié juive par sa mère. Vous me voyez venir?
La Storia est un roman coup de poing, une bombe littéraire, et je suis surpris qu'on n'en parle pas plus. Quoiqu'il en soi, il est découpé en fonction des années : 1941, 1942, 1943… Vous voyez. Chacun de ces découpages commence par une description des principaux évènements qui se sont produits en Italie, en Europe et dans le monde. Vous l'aurez compris, la guerre y occupe une grande place.
Le récit commence en 1941 alors qu'Ida est abordée par un soldat allemand en permission et elle se fait violer. Assez brutal comme entrée en matière mais, tout compte fait, assez approprié au propos de l'auteure. de cet acte nait un garçon qu'elle nomme Useppe. Ce petit être fragile sera sa nouvelle raison de vivre et elle passera le roman à le protéger, même jusqu'à son dernier ressort.
On suit le quotidien d'Ida à travers ces années folles. Au début de la guerre, Rome est un havre de paix, les troupes allemandes et italiennes ne font que passer pour se rendre en Afrique ou sur d'autres champs de bataille. Loin, très loin. Mais voilà que le front se déplace, les Alliés prennent position au sud de l'Italie, puis en dehors des murs de Rome. La situation devient précaire, les nazis ripostent en emenant les juifs, Ida a peur. Elle doit se réfugier dans des quartiers mal famés. Son fils Nino se lie avec des résistants italiens, aux idées révolutionnaires et socialistes, plus rien ne va plus. Même quand Rome est prise et que les combats se déplacent au nord, la situation ne s'améliore pas, on manque de tout, on crève de faim. Je vous fais grace des intrigues secondaires.
Quand la Seconde guerre mondiale se termine, on pourrait dire «Ouf, Ida et ses fils l'ont échappé belle!» Mais non, les horreurs continuent. Les Italiens s'entredéchirent, les paysans et les ouvriers agricoles en veulent aux propriétaires terriens, des assassinats se multiplient, la mafia s'en mêle, les socialistes veulent renverser le pouvoir, etc. Quelques rares survivants de la Shoah reviennent mais avec des histoires affreuses à raconter. Décidément, ce monde est terrible. Dans cet enchevêtrement de représailles de toutes sortes, Ida perd son fils ainé Nino. Sa vie ne sera jamais plus la même. D'autant plus que la prospérité n'est pas encore revenue, on vit toujours de rations, etc. Mais le pire reste à venir pour cette pauvre femme esseulée. J'ai été complètement retourné quand elle s'est mise à crier «Useppe ! Useppe!» J'ai surement fait un cauchemar ou deux à ce sujet...
Qu'est-ce qu'on doit retenir de la Storia ? L'Histoire peut n'être qu'un «interminable assassinat». Assez terrible, n'est-ce pas ? Mais certains diront qu'Elsa Morante a visé juste. D'autant plus que cette histoire aurait pu se passer en Allemagne, en Russie ou en Chine, le propos demeure : es innocents seront toujours les victimes. Moi, jl'ai trouvé ce roman profondément émouvant. À vous de juger, si vous vous sentez le courage d'affronter ce pavé de près de mille pages dans le format de poche.
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tolbiac
31 mars 2013
Oulala. Que trois critiques? Combien d'entre-nous a eu la chance de tomber sur ce livre?
La storia ; c'est de l'Bombe. C'est le cuir d'une époque déchiré par les yeux d'une femme. C'est les misérables à la sauce italienne. C'est la grande histoire dans la petite. C'est l'histoire d'un destin.
Un petit bout de femme, Iduzza (diminutif de Ida) dans le maelström de la guerre, tente de survivre à Rome, avec son fils Useppe.
La Storia ; c'est la folie des hommes décortiqués par Elsa Morante.
La Storia ; Elle cri, pleure, fait trembler, fait froid dans le dos ; La Storia.
La Storia ; C'est la vie d'une saison en enfer entre les mains de l'amour.
J'avais lu le Christ c'est arrêté à Eboli ( et non pas à Ebola, quoique là… Il a du faire demi-tour) de Carlo Levi ( entre parenthèse un tout petit petit ouistiti qui mérite d'être dévoré cru), qui déjà m'avait plongé dans cet Italie sans italique. Dans ce décor derrière les épaules de Musso-Lit-Ni, dans ce décor qui nie le monde ; on est happé. Parce tout est là, dit, avec les non-dits. On entend la voix des sans-voix, on boit avec ceux qui ne boivent rien d'autres que la poussière de l'histoire. On suit cette mère, cet amour de femme, on est là, entre 1940 et 1947, on plonge dans cette période dantesque et on hésite, on marche d'un pas peu assuré, puis on espère, on croit, on se bat, on entend l'armée allemande passer, les fascistes danser, on sent la résistance se lever. On est là et Ida nous porte à bout de bras…
Elsa Morante a écrit là, une oeuvre majeur du long et éphémère XX siècle.
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Meps
04 septembre 2015
Belle histoire que cette Storia à l'italienne. Une façon originale de raconter l'Histoire en alternant quelques chronologies commentées courtes et lapidaires et le récit du quotidien d'une famille durant ces années troublées.
Ce qui m'a touché c'est la totale empathie de l'auteur pour l'ensemble de ses personnages. On ressent en même temps qu'elle leurs émotions, même quand elle évoque certains individus pas forcément admirables. L'utilisation parcimonieuse d'un je narratif, qui semble être témoin de l'histoire sans y participer, renforce sans doute cette impression.
Certains trouveront peut-être que l'exercice amène quelques longueurs... Sans doute mais ces longueurs ont parfois des accents proustiens aux qualités littéraires indéniables.
J'ai été plus circonspect sur certaines tirades politiques. J'admire et partage plutôt l'engagement de l'auteur mais j'ai parfois eu l'impression de personnages pris en otages pour exprimer certaines théories de l'époque... Mais malgré tout ces passages restent maîtrisés et ironisent même souvent sur cette pensée, laissant le lecteur libre de ses opinions.
Si ce lecteur reste prisonnier, ce ne sera que du souvenir d'Useppe, Ida, Ninarriedu ou Bella, que les années auront bien du mal à effacer.
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louisef
13 novembre 2014
C'est de la grande littérature, avec une histoire et des personnages qui vous emportent.
L'histoire se passe principalement pendant la deuxième guerre mondiale. Chaque chapitre représente une année de la guerre (hormis le premier et le dernier qui s'étalent sur plusieurs années.). Les chapitres débutent par un résumé des faits historiques. C'est un véritable coup de génie de l'auteur car le lecteur a vraiment l'impression qu'elle a extrait ses personnages de la masse des millions de gens qui ont tant souffert. Et le contraste entre les faits décrits froidement par les historiens et le vécu des petites gens est violent.
Ida, l'héroïne principale est une jeune veuve, craintive. Elle est la fragilité incarnée et vit dans la peur. Depuis qu'elle est enfant on lui a toujours dit qu'elle devait cacher sa judaïcité et qu'un jour quelque chose de terrible arriverait pour les juifs. Ce temps est venu!
Ida a perdu son mari et élève seule leur fils Nino. C'est un ado rebelle qui s'oppose souvent à sa mère. Il a abandonné l'école et commet des petits larcins.
Un jour alors qu'elle revient de son travail, elle est institutrice; elle se fait violer par un soldat allemand ivre. de ce crime naît un enfant Useppe.
Ce petit bout de femme va tout faire pour sauver sa famille dans l'Italie en guerre. C'est un roman fleuve ou chaque personnage est porteur de violence, de bravoure, de joies, de peines. C'est foisonnant, incroyablement riche. Il y a tout dans la Storia, l'horreur de la guerre, la déportation des juifs, les traitements inhumains, les scènes de la vie quotidienne pour survivre. Mais c'est avant tout un immense roman d'amour. L'amour inconditionnel d'une mère pour son petit garçon, l'amour d'un grand frère pour son petit frère sans oublier la chienne Bella!
J'ai adoré!!!!! Ça devrait être une lecture obligatoire.
La lecture de cette Storia m'a provoqué un vrai choc émotionnel. Il y a des passages atroces, intenses que je ne risque pas d'oublier. L'un des romans les plus marquants sur cette période.

Lien : http://secretelouise.eklablo..
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Citations & extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka29 décembre 2016
1- Le mot fascisme est de frappe récente, mais il correspond à un système social de décrépitude préhistorique, absolument rudimentaire et, même, moins évolué que celui en usage chez les anthropoïdes (comme peut le confirmer quiconque a des notions de zoologie) ; 2- Ce système est fondé, en effet, sur la domination par la violence de ceux qui sont sans défense (peuples, classes ou individus) par ceux qui disposent des moyens d’exercer la violence ; 3- En réalité, depuis les origines primitives, universellement et tout au long de l’Histoire de l’humanité, il ne subsiste pas d’autre moyen que celui-ci. Récemment, on a donné le nom de fascisme ou de nazisme à certaines de ses manifestations extrêmes d’ignonomie, de démence et d’imbécillité, propres à la dégénérescence bourgeoise : mais le système en tant que tel est en activité toujours et partout (sous des apparences et des noms différents, voire contradictoires…), toujours et partout depuis le début de l’Histoire de l’humanité.
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SachenkaSachenka31 décembre 2016
«... car, en somme, l'Histoire toute entière est celle de fascisme plus ou moins larvé... dans la Grèce de Périclès... et dans la Rome des Césars et des Papes... et dans la steppe des Huns... et dans l'Empire aztèque... et dans l'Amérique des pionniers... et dans l'Italie du Risorgimento... et dans la Russie des Tsars et des Soviets... toujours et partout ceux qui sont libres et les esclaves... les riches et les pauvres... les acheteurs et ceux qui sont vendus... les supérieurs et les inférieurs... les chefs et le troupeau... Le système ne change jamais... il s'appelait religion, droit divin, gloire, honneur, esprit, avenir... rien que des pseudonymes... rien que des masques... Mais avec l'ère industrielle, certains masques ne tiennent plus... le système montre les dents, et tous les jours il imprime dans la chair des masses son vrai nom et son vrai titre... et ce n'est pas pour rien que, dans son vocabulaire, l'humanité est appelée MASSE, ce qui veut dire matière inerte... Et ainsi, nous y voilà maintenant... cette pauvre matière de servitude et de travail devient une masse à exterminer et à désintégrer... [...]»
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PilingPiling20 juillet 2008
incipit :
Un jour de janvier de l'an 1941, un soldat allemand, jouissant d'un après-midi de liberté, se trouvait seul, en train de flâner dans le quartier de San Lorenzo, à Rome. Il était environ deux heures de l'après-midi, et à cette heure-là, comme d'habitude, peu d egens circulaient dans les rues. Aucun des passants, d'ailleurs, ne regardait le soldat, car les Allemands, bien que camarades des Italiens dans la présente guerre mondiale, n'étaient pas populaires dans certaines périphéries prolétaires. Et ce soldat ne se distinguait pas des autres de la même série : grand, blond, avec l'habituel comportement de fanatisme disciplinaire et avec, en particulier dans la position de son calot, une correspondante expression provocante.

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SachenkaSachenka21 décembre 2016
Mussolini et Hitler, à leur manière, étaient rêveurs ; mais c'est ici que se manifeste leur diversité native. La vision onirique du «chef» italien (correspondant à l'envie matérielle de vie qui était la sienne) était un festival de théâtre où, au milieu des étendards et des triomphes, petite fripouille communarde, il jouait le rôle de certaines fripouilles de l'Antiquité béatifiées (les césars, les augustes...) au-dessusd'une foule vivante ravalée au rang humiliant de pantins. Alors que l'autre, par contre (qu'infectait un vice monotone de nécrophilie et de monstrueuses terreurs), était la proie semi-consciente d'un rêve encore informe où toute créature vivante (y compris lui-même) était un objet à torturer et dégradée jusqu'à la putréfaction. Et où finalement - lors du Grand Finale - toutes les populations de la terre (y compris la population allemande) pourrissaient en amoncellements désordonnés de cadavres.
On sait que la fabrique des rêves enterre souvent ces fondations dans les débris de la veille ou du passé.
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SachenkaSachenka18 décembre 2016
Pour dire la vérité, la seule chose que, d'instinct, [le soldat allemand] était en train de chercher en ce moment par les rues de Rome, c'était un bordel. Non tant par une envie urgente et irrésistible que, plutôt, parce qu'il se sentait trop seul ; et il lui semblait que c'était uniquement dans un corps de femme, en se noyant dans ce nid chaud et amical, qu'il se sentirait moins seul.
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