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EAN : 9782020062800
252 pages
Éditeur : Seuil (01/10/1982)

Note moyenne : 3.4/5 (sur 30 notes)
Résumé :
Une rumeur délirante (la disparition de jeunes filles dans les salons d'essayage de commerçants juifs) s'est répandue en 1969 dans la ville apparemment la plus équilibrée de France : Orléans. E. Morin et une équipe de chercheurs ont mené l'enquête. Pourquoi Orléans? Pourquoi Les juifs ? Comment et pourquoi se propage un bruit ? Est-ce parce qu'il véhicule en lui un mythe ? Quel est le sens de ce mythe ?
Plus largement : un antisémitisme latent s'éveille-t-il ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Luniver
  14 mars 2013
En 1969, une rumeur se propage dans la ville d'Orléans : des jeunes filles seraient droguées dans des salons d'essayage de commerçants juifs pour être vendues comme prostituées dans des réseaux de traite des Blanches. La rumeur prend une telle ampleur qu'un week-end, des attroupements se forment devant les magasins incriminés pour dissuader les clients potentiels d'entrer. Les commerçants reçoivent des coups de téléphone haineux ou se font apostropher dans des lieux publics.
Difficile d'imaginer comment toute une population d'une ville moderne et « équilibrée » puisse se laisser prendre par une telle histoire. le récit de base est déjà boiteux (les policiers auraient sauvé une jeune fille, mais laisseraient curieusement les coupables en liberté), mais des histoires encore plus délirantes apparaissent (les filles sont évacuées par des réseaux souterrains, puis par sous-marins).
Edgar Morin a mené l'enquête peu après les faits, et dégage trois conditions de propagation de cette rumeur : selon les théories freudiennes, la situation est source de fantasme (nudité dans des lieux semi-publics, fantasme du viol) ; les boutiques concernées vendaient des vêtements modernes : source de craintes, de promesses liées à l'émancipation de la femme ; et la présence d' »agents doubles » en la personne des juifs, qui étaient trop biens assimilés pour être tout à fait honnêtes (les commerçants « typés » (accent prononcé, peau mate, …) n'ont pas été visés). Les poncifs habituels (immoralité, prêts à tout pour l'argent,...) fournissent les mobiles.
Il constate également qu'une fois cette rumeur détruite, une multitude d'autres ont fait leur apparition : on a peut-être exagéré mais « il n'y a pas de fumée sans feu » ; complots fascistes ; complots de commerçants jaloux ; voire même complots de la part des commerçants juifs eux-même pour se faire de la publicité et se victimiser. La boucle est bouclée !
On peut regretter qu'Edgar Morin ne donne pas beaucoup de réponses. Il décrit seulement les faits qui se sont passés à Orléans, mais le besoin d'une théorie plus générale qui pourrait expliquer toutes les rumeurs ou décrypter les mécanismes se fait sentir. Pour quelle(s) raison(s) les gens transforment systématiquement leurs sources en « la mère d'une amie a parlé au policier qui ... », « la cousine de ma voisine le tient de l'infirmière qui a constaté... » ? Pourquoi ce décalage entre les croyances (les commerçants véreux) et les faits (on continue à fréquenter la boutique, mais accompagné, personne n'appelle la police) ? Malheureusement ces questions n'auront pas de réponses, ce qui rend ce livre au final assez décevant.
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Prudence
  10 mai 2020
L'histoire derrière le livre est un incontournable en psychologie, sociologie et psychologie sociale, inévitable lorsqu'on étudie ces sujets. le livre fait partie des ouvrages de référence: ceux dans les bibliographies de cours, ceux sur lesquels les profs s'appuient, mais que presque personne ne lit. En règle générale, je suis très déçue par ces livres parce qu'on m'a déjà présenté le contenu le plus intéressant et qu'ils sont datés.
Ça n'a pas manqué, le livre est daté, l'analyse occulte de nombreux pans d'analyses possibles, certains concepts et termes sont plus que douteux ("fantasmes", "poésie" "hystériques", "métastases"... le mot "viol" n'est jamais prononcé alors qu'il s'agit d'une rumeur sur des enlèvements dans un but de prostitution forcée), on sent que le sexisme ambiant a marqué l'analyse de la rumeur par les hommes et les femmes qui l'ont étudiée. Cependant, le fait de le sentir est vraiment intéressant car cela peut nous rappeler que nous n'étudions les autres êtres humains qu'à travers nos propres prismes déformants.
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ValdeMontparnasse
  25 mai 2019
Incontournable.
Pour comprendre les mécanismes de toute rumeur, avec des exemples (traite des blanches dans les cabines d'essayage, Perrier, Nestlé "tueur d'enfants" etc...).
J'ai été touchée de très près par la rumeur d'Orléans quand j'habitais Angers, dans les années 80, je me souviens encore très bien de la force et du pouvoir de ce "mythe".
Ce livre est très actuel, notamment pour mieux comprendre et prendre du recul avec les "fake news" d'aujourd'hui.
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frandj
  01 août 2017
J'ai retrouvé cet ouvrage lu il y a cinquante ans. Je ne l'ai pas relu, mais aujourd'hui je me souviens assez bien du sujet et de mes impressions sur ce livre.
En 1969, on a prétendu à Orléans que des jeunes filles avaient été kidnappées dans des magasins de fringues - tenus par des commerçants israélites - dans le cadre d'un réseau de traite des Blanches. Cette rumeur, quoique non fondée sur des faits avérés, créa pendant un certain temps un climat très délétère dans cette ville provinciale. Peu de temps après, Edgar Morin a tenté d'analyser cette étrange rumeur en tant que phénomène psychologique et sociologique. Dans son essai, l'auteur a détaillé les circonstances et les éléments qui ont favorisé l'expansion de ces absurdités.
Pourtant, à l'époque, je n'avais pas été très satisfait de son analyse, qui m'avait laissé un peu sur ma faim. La compréhension d'un tel phénomène reste pourtant capitale. Aujourd’hui, la propagation des fausses nouvelles a changé de forme. Mais l’impact des "fake news", dans les médias et surtout les réseaux sociaux, est énorme…
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vincentf
  27 juillet 2019
Etudier la rumeur n'est pas simple, parce que la rumeur se tapit dans l'ombre, qu'elle se cache et ne se révèle au grand jour qu'une fois qu'elle a accompli son méfait. En 1969, à Orléans, on raconte d'étranges histoires mêlant traite des blanches et commerçants juifs, et voilà que soudain le vieil antisémitisme que l'on croyait éteint avec la guerre, renaît. Comment et pourquoi ? Une équipe de sociologues se rend sur place pour essayer de comprendre. Ils arrivent un peu comme la pluie après les moissons, trop tard pour ne pas être confrontés au refoulement qui opère dès que l'émotion collective retombe. Ils parviennent néanmoins à établir quelques faits : la rumeur est née des milieux féminins adolescents et est longtemps restée cantonnée aux femmes, mais c'est quand les hommes s'en emparent qu'elle atteint son apogée qu'elle prend un tour politique – l'antisémitisme ne s'exprimant que sur le tard – et qu'elle nécessite un démenti des autorités, que d'aucuns accusent de complicité. La rumeur petit à petit s'essouffle. Beaucoup disent ne jamais y avoir vraiment cru, puis ajoutent qu'il n'y a pas de fumée sans feu. La bête s'est rendormie. On croit l'avoir tuée. Elle n'est qu'en arrêt maladie. Elle renaîtra presque à l'identique ailleurs, à Amiens, dans d'autres villes de province à cheval entre modernité et archaïsme et aujourd'hui elle est prête à bondir à chaque coin de la toile, sous des formes multiples et sans qu'on puisse clairement en trouver les auteurs, car la rumeur se nourrit des fantasmes et des peurs pour créer des mythes que les anti-mythes, qui sont eux-mêmes des mythes, ne parviennent qu'à transformer mais jamais à anéantir. La rumeur d'Orléans est universelle. D'ailleurs, on signale que dans certaines boutiques branchées, il se trame des crimes bien plus ignobles que ce que l'on veut bien nous dire. Je le tiens de source sûre, un témoin direct l'a affirmé à la belle-soeur du cousin par alliance de la collègue de bureau de ma tante.
Lien : https://www.lie-tes-ratures...
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
LuniverLuniver   14 mars 2013
La force du mythe, c'est donc qu'il s'appuie apparemment sur la vérification la plus rigoureuse que l'on peut exiger, celle du témoignage direct qu'apporte et confirme une personne de confiance.
Et ainsi, le mythe se transmet, appuyé dès lors sur un système de preuve fait pour convaincre le sceptique. Mais même, à ce moment, il présente des caractères hystériques constants :

1. Même très éloigné de ses origines, la rumeur continue à s'appuyer sur un témoignage premier quasi direct, c'est-à-dire que chaque transmetteur connaît une parente... amie... voisine en relation directe et intime avec l'infirmière... femme de policier... parente de la disparue. C'est-à-dire que le processus hystérique de formation du mythe se répète à chaque transmission. Chaque nouvelle transmettrice, en somme, supprime le maillon nouveau et reconstitue la chaîne à deux-trois maillons.

2. Ce témoignage à deux-trois maillons, bien qu'extrêmement proche, est toujours assez éloigné pour éviter tout contact direct entre la personne qui porte le mythe et, non seulement avec la disparue-droguée, mais même avec la femme du policier, l'infirmière, la parente de la disparue. C'est-à-dire qu'inconsciemment toute porteuse du mythe s'arrange pour ne pas avoir à vérifier directement l'information.

3. À ceci, il faut ajouter la très remarquable absence de souci de vérifier soit auprès de la police, soit auprès de toute autre source décisive.

4. La non-arrestation des coupables, pourtant pris en flagrant délit, ne perturbe aucunement la conscience dans les premières étapes de la rumeur. Ce n'est que lorsque celle-ci déborde largement dans les milieux adultes qu'il y a, non vérification, mais addendum rationaliseur délirant pour expliquer que les commerçants soient, non seulement en liberté, mais libres de continuer leur trafic : on dit qu'ils ont acheté les policiers. Du coup le mythe devient à la fois plus frénétique et plus fragile.

5. De même enfin, on ne peut que s'étonner de la très faible frayeur, jusqu'au 30-31 mai, provoquée par un danger aussi radical et prétendu aussi répugnant. Plutôt que de presser la police de faire son devoir, plutôt que d'alerter les autorités, les jeunes filles auto-mythifiées se bornent à dire « je n'irai plus » ou continuent à y aller, accompagnée d'une amie.

Ainsi, le processus hystérique accompagne continûment la rumeur, il la constitue, la solidifie constamment, refoulant tout ce qui pourrait être vérification décisive, refoulant même tout ce qui pourrait faire cesser la traite des Blanches, c'est-à-dire tout ce qui pourrait faire cesser la rumeur.
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LuniverLuniver   14 mars 2013
Ce choix [du juif] est apparemment absurde dans le sens où rien jusqu'alors n'avait pu laisser supposer la moindre connexion entre des juifs et la traite des Blanches. Mais il devient cohérent dans la mesure où le juif colle exactement à l'être double qu'exige le mythe pour s'incarner ; il est faiblement ou récemment enraciné dans la ville, et son commerce est relativement nouveau ; certes, ce commerçant, souvent jeune, n'est pas comme les vieux juifs qui ont un drôle d'accent, dont on voit qu'ils ne sont pas de « chez nous » : il ressemble à tout le monde, il n'a même pas ce fameux nez qui permet de « les » reconnaître. C'est précisément ce qui en fait un être à double visage : il ressemble à tout le monde et il est autre, il est juif, c'est-à-dire qu'il dissimule sa mystérieuse, son inquiétante différence. De plus, il est déjà un peu suspect ; non pas de la suspicion diffuse qui plane sur les juifs, mais d'un soupçon local sur ces boutiques qui, parties de rien, sont devenues en quelques années très prospères[...]
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PrudencePrudence   10 mai 2020
Bien avant la rumeur, les femmes traditionalistes d'Orléans, avec répulsion, et les mères de façon attentive et inquiète, considéraient qu'effectivement les nouveaux magasin comme Dorphée étaient les centres de propagation du nouveau virus de la modernité, et que les nouvelles toilettes portaient en elles la dangereuse émancipation de la jeune fille.
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PrudencePrudence   10 mai 2020
Le juif avait pour bouclier l'intellectuel de gauche et le militant révolutionnaire. Voir s'il n'a pas perdu à demi ce bouclier depuis le conflit israélo-arabe.
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PrudencePrudence   10 mai 2020
Dès le départ enfin, le mythe dégage une poésie fabuleuse, avec la drogue, la piqûre hypnotique, l'enlèvement, le voyage exotique, la prostitution, et en même temps donne à cette poésie la plausibilité d'un fait-divers, la crédibilité des témoignages et reportages parus dans la presse.
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