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Corinne Atlan (Traducteur)
ISBN : 2877306380
Éditeur : Editions Philippe Picquier (26/02/2003)

Note moyenne : 3.58/5 (sur 282 notes)
Résumé :
Kenji, un jeune Japonais de vingt ans, gagne sa vie en guidant des touristes dans le célèbre quartier louche de Kabukichô, à Tôkyô. C'est en compagnie de Frank, un client américain, qu'il parcourt durant trois nuits les lieux de plaisir de Shinjuku : trois nuits de terreur auprès d'un meurtrier inquiétant avec qui il joue au chat et à la souris. Ce roman court et percutant laisse une sorte d'amertume, un goût métallique pareil à celui du sang qui imprègne ces pages ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
Iansougourmer
  07 mars 2013
Quand j'ouvre un roman de Murakami Ryû, je m'attends toujours à lire un récit haletant, étrange et dérangeant. Miso soup n'a pas fait exception à cette attente et je me suis retrouvé plongé dans un roman à l'action et à la noirceur enivrantes.
Kenji gagne sa vie en faisant office de guide pour étrangers dans le quartier louche consacré au sexe de Kabukichô. Il plonge dans trois nuits d'horreur lorsqu'il doit accompagner Frank, qui se révèle un tueur en série psychopathe près à jouer avec les nerfs et la vie de Kenji...
Murakami signe là un roman fort, qui marque le lecteur.
La construction du personnage de Frank est extrêmement bien réussie. Loin d'être le stéréotype du tueur froid et calculateur, Frank conserve tout le long du récit une large part de mystère qui ne manque pas d'intriguer le lecteur. En dépit de son aspect physique des plus banals, Frank possède une personnalité dérangeante et déroutante. Parfois, ce meurtrier semble presque amical ou semble avoir un aspect loufoque mais tout un coup Frank se fige et devient glaçant. Murakami parvient à nous restituer parfaitement la logique interne de Frank, pour qui tuer est soit un jeu distrayant soit une sorte de mission qu'on lui aurait assignée, et qui masque son passé par le mensonge et le déni. Frank semble avoir des difficultés à éprouver des sentiments normaux ( il souffre peut être d'une forme d'autisme) : il ne rit jamais, n'a aucune compassion et reste insensible aux autres quelques soient les circonstances. Cepandant ce qui glace le plus chez Frank est son mépris absolu pour autri, ce à quoi il associe son manque de compassion. On a l'impression que Frank se comporte en prédateur qui tue ses proies sans compassion et avec condescendance pour leur faiblesse, excepté que Frank est ici un prédateur malsain, pour qui tuer est un jeu, de plus en plus distrayant au fur et à mesure que les souffrances de la victime augmentent. L'auteur nous dépeint donc une personnalité des plus complexes qui évolue dans une folie destructrice assez effrayante.
Toutefois, ce qui fait le plus froid dans le dos reste la manière dont Drank joue avec le jeune Wkenji et l'impuissance de celui-ci à s'extirper de l'enfer où il est entraîné. Tout le long de ce roman, on ne départit pas du sentiment que Frank joue avec la vie de Kenji, et que si ce dernier l'épargne, c'est uniquement parce que le guide lui est utile dans sa déambulation sanglante. le pire est la manière dont le tueur en série traite Kenji : il s'ingénie à le mettre mal à aise, à faire planer les menaces sur Kenji pour le terrifier, et tient véritablement Kenji en son pouvoir : par une manipulation perverse Frank parvient à entretenir une part de sympathie envers lui dans l'esprit de Kenji, et le laisse sans volonté, Kenji n'ayant aucun courage pour s'opposer à Frank ou le quitter. Ce jeu du chat et de la souris laisse le lecteur dans un suspense insoutenable, et on tourne chaque page de ce livre en se demandant quel funeste destin Kenji va connaître aux mains de Frank.
L'autre aspect interrassant de ce livre est celui de l'exploration par l'auteur des bas fonds de Tokyo et de la critique que l'auteur fait à cette occasion de la société japonaise. À travers ce livre Murakami Ryû dépeint une société japonaise gangrénée par la solitude où les personnes n'ont plus de rapports sociaux et s'abîment dans la recherche vaine et toujours plus décadente des plaisirs du sexe. Les femmes vendent leur corps pour des plaisirs matériels et les individus, entrainés dans la société de consommation à outrance, consomment le sexe comme une marchandise normale. Kabukichô est la description d'un Japon qui a perdu son âme, les maisons closes remplaçant les demeures traditionnelles et les japonnais préfèrant les mauvaises imitations de la pop rock occidentale à leurs traditions. L'auteur fait la critique de ce Japon sans âme ou les individus, à l'instar de Kenji, sous une apparente liberté, se retrouvent piègés dans la dégénérescence du Japon actuel qui ne promet que déclin et amertume.
De plus, ce livre peut ce lire pour le seul style de l'écrivain, si particulier et très aboutit dans ce roman qui est très bien construit. L'écriture de Murakami, dense, ne nous laisse aucun répit et contribue largement à créer chez le lecteur un malaise profond. La description très fine du caractère des personnages est fascinante, car loin d'expliquer les réactions de ceux ci, elle renforce le malaise du lecteur face au comportement tout à fit anormal de Frank qui du point de vue de celui-ci prend une apparence de rationalité et de normalité. À cela s'ajoute l'atmosphère du récit ; l'auteur a parfaitement su restituer l'univers particulier de Kabukichô avec toutes les activités et les personnages que l'on peut y rencontrer. Il faut aussi mentionner le talent de Murakmi à alterner des scènes d'action violentes à des moments calmes de dialogues et de réflexion entrecoupés de digression qui peuvent paraître saugrenues mais qui contribuent finalement à l'ambiance générale du récit. de ce fait, pas un moment ne semble superflu et on tourne les pages de ce livre sans aucune lassitude.
Au final, un roman sombre et captivant. Ce livre ne laissera personne indifférent.
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Altervorace
  09 octobre 2012
Le roman de Murakimi est d'une fluidité très agréable, cela tient sans doute à sa publication sous forme de feuilleton. le récit commence lentement pour s'accélérer au fil des pages avant d'exploser dans des apothéoses sanglantes et fascinantes. Je ne me suis pas ennuyée et les 280 pages ont défilé à une allure folle. Nous avons donc Kenji, qui guide les touristes étrangers dans les quartiers louches de Tokyo. Tout commence avec un nouveau client, Franck, qui va se révéler être un tueur terrifiant. A cause de cet aspect, les meurtres en série et une violence brutale, j'ai lu de nombreuses critiques qui comparaient Miso Soup à American Psycho de Bret Easton Ellis. J'ai retrouvé deux points communs : la présence d'un serial killer et un discours terrifiant sur la société contemporaine. La mise en parallèle paraît donc intéressante au premier abord mais elle perd rapidement de sa pertinence si on va au fond des choses. Déjà Franck, le monstre, n'est pas le personnage principal du roman. Tout tourne autours de Kenji. C'est par lui que la barbarie est filtrée pour nous être montrée. de plus, contrairement à Patrick Bateman, Franck ne parvient pas à cacher complètement sa monstruosité. Dés le départ, le héros sent qu'il cache des choses, qu'il ment. de même, lorsque les personnages se rendent dans des bars, Franck ne passe jamais inaperçu et pas seulement parce que c'est un gaijin -un étranger-. Enfin, l'intérêt dans le roman de Murakimi réside -pour moi- dans les rapports entre le meurtrier et son guide japonais. Au fil des courts chapitres, nous devenons Kenji. Comme lui, nous sommes fascinés par Franck et nous nous retrouvons dans le rôle de la biche prise dans la lumière des phares d'une voiture, incapable de bouger et de fuir le récit. La relation entre les personnages est troublante, Kenji semble être quelqu'un de normal, un peu terne mais plutôt sain, mais sa banalité sera complètement assujettie au psychopathe. Pas par peur -celle-ci, bien que présente, semble trop faible pour expliquer l'immobilisme de Kenji- mais plutôt par mollesse. C'est cette inaction qui semble être l'élément le plus barbare de cette histoire. A cause de cela, de la violence et de l'atmosphère glaciale du récit, on se sent vite oppressé par l'ambiance malsaine. Oui, Miso Soup nous donne la nausée mais pas forcément à cause des scènes crues de meurtres. Des scènes presque anodines parviennent à nous perturber et dès les premiers dialogues entre Kenji et son client, le malaise s'installe. En cela, l'écriture de l'auteur est magnifique.
Concernant la réflexion sur la société japonaise contenue dans le roman, elle n'est pas complexe ni très subtile. Tout le récit tend vers un seul constat : l'effondrement de la civilisation moderne. La postface de l'auteur, intéressante, confirme cette dimension.
Tu l'auras compris ami lecteur, Miso Soup prend place dans mes coups de coeur. Bien entendu, la violence du roman rend ce dernier difficile et je ne le conseille pas aux âmes sensibles. Mais si tu n'as pas de problème avec les récits sanglants et malsains, je ne peux que te dire de te précipiter sur ce bouquin. Une découverte fascinante.
Merci Ryù Murakimi
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le_Bison
  09 février 2012
Vous cherchez un endroit de plaisir, un lieu de débauche pour assouvir tous vos fantasmes, pour satisfaire toutes vos envies lubriques et perverses, Kenji est là pour vous conduire dans la capitale japonaise et les quartiers chauds de Kabukichô. Bars à hôtesses, bar à hôtes, bars pour voyeurs, strip-tease, massages sexuels, services directs à l'hôtel, clubs sado-maso, établissements pour gays ou lesbiennes : tous les coins de vice de la capitale lui sont connus et leurs portes lui sont grandes ouvertes.
Miso Soup pourrait être un catalogue des lieux touristiques à visiter pour tout gaijin cherchant à découvrir les « spécialités nocturnes locales » de Tokyo, voulant se fondre et se perdre parmi ses quartiers populaires illuminés. Mais ce roman est surtout l'occasion pour son auteur, Ryû Murakami, d'exprimer son dégoût et son incompréhension face à la destinée de son pays. Cette jeunesse nippone, toujours plus solitaire, toujours plus perdue dans un monde de plus en plus virtuel, semble avoir atteint un point de non retour. Il n'y a plus d'espoir, plus d'envie pour cette jeunesse qui se prostitue simplement pour avoir de nouvelles fringues à la mode ou le dernier téléphone portable « Hello Kitty ». Un constat d'échec ressort de cette lecture : la prostitution des lycéennes est devenue courante dans son pays, la violence accrue des actes, des sentiments semble passer totalement inaperçue comme si toute la population avait démissionné, avait abdiqué face à ce surplus de dépravation à la limite de l'inhumanité.
Sous les néons incandescents des « lingerie pub » et les entrées glauques des love-hotels, entre les prostituées étrangères et les rabatteurs africains des show-bars, Kenji navigue dans cette vie nocturne pour « satisfaire » ses clients libidineux et débauchés. D'ailleurs, pour ces fêtes de fin d'année, son client, un certain « Franck », est un américain qui sous son air plutôt timide et sans grand entrain, genre représentant de commerce bonimenteur, la soirée semble ressembler aux précédentes : un client classique, en somme... Mais est-ce que justement derrière cet homme froid et mythomane ne se cacherait pas un terrible tueur en série...
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kuroineko
  02 février 2013
"Miso Soup" ou "American Psycho" sauce wasabi!
Kenji, jeune Tôkyôite, occupe la profession de guide touristique du milieu underground de la capitale. Il entraîne ses clients de bars à hôtesses à lingerie pub et salon de massage, bref le fin du fin de l'initiation à la vie nocturne de quartiers comme le Kabukicho. Ici, il guide un certain Franck, Américain de prime abord réservé, mais aux surprenantes facettes.
Comme à son habitude, Murakami Ryû se sert de son intrigue et de ses personnages pour dénoncer les dérives et les excès de la société consumériste japonaise. Son argumentation gicle à grands coups d'hémoglobine et il faut s'accrocher sur certains passages pour les lire sans les sauter.
Le récit m'a souvent mise mal à l'aise par sa violence, ses effusions sanglantes et son désespoir profond. Pour paraphraser Oscar Wilde, dans les romans de Murakami Ryû, tous les hommes sont dans le caniveau mais nulle trace d'étoile en revanche! Elles ont disparu sous les lumières criardes et agressives des néons fluorescents et autres spots. Ne restent, malgré ces lumières artificielles, que les ténèbres froides d'une société déshumanisée et dansant au bord de l'abîme.
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jrm30
  27 juillet 2018
Pour se faire de l'argent, Kenji 20 ans, sert de guide pour les touristes étrangers dans les célèbres quartiers Luxurieux de Tokyo.
Un américain qui se fait appeler Frank, achète les services de Kenji, mais très rapidement ce dernier trouve son client assez bizarre et peu rassurant.
Cette même période les journaux locaux parlent de meurtres assez glauques dans les environs, ce qui rend notre guide de plus en plus parano envers Frank, dont l'attitude et le comportement ne font qu'enrichir les soupçons.
Pour les amateurs de Thriller Psychologique, je peux que vous recommander de le lire.
Pour ma part, le transport au Japon ainsi que l'intimité d'un tueur ont bien eu prise, et se démarque de tout ce que j'ai lu (Chattam, Thilliez, Giebel etc...)
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Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
IansougourmerIansougourmer   28 février 2013
La frontière entre la normalité et la folie devenait floue. Je ne savais plus ce qui était bien, ce qui était mal. C'était angoissant mais en même temps je ressentais une sorte d'étrange sentiment de libération inconnu jusqu'alors. Je me sentais enveloppé d'une sorte de gelée visqueuse où se fondaient les limites de moi et autrui, où je n'avais plus besoin de penser à toutes ces choses compliquées dont la vie était remplie.
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IansougourmerIansougourmer   21 février 2013
Le fait est que j'ai beau écrire roman sur roman, je n'arrive pas à suivre la réalité de l'effondrement de la société japonaise. " le roman est une traduction. " la littérature consiste à traduire les cris et les chuchotements de ceux qui suffoquent, privés de mots. Mais l'effondrement de la société japonaise ces dernières années est par trop frappant ; qui plus est, immanquablement drapé de " fâcheux accidents ", il se situe à un niveau extrêmement bas, sans rapport aucun avec la religion, la pensée, la philosophie ou l'histoire de notre pays.

Murakami Ryû, postface (1997)
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IansougourmerIansougourmer   20 février 2013
En écrivant ce roman, je me suis senti dans la position de celui qui se voit confier le soin de traiter seul les ordures. Une dégénérescence terrible est en cours, et elle ne contient pas la moindre graine d'épanouissement. J'ai l'impression d'observer des organismes vivants en train de mourir lentement à l'intérieur d'une pièce asseptisée.
Tout cela m'écoeure déjà, mais je suis persuadé que, loin de s'arrêter, la décadence ne fera que s'accélérer tandis que se renforceront des phénomène es d'ordre réactionnaire et régressif.

Murakami Ryû, postface
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Clio1989Clio1989   18 décembre 2016
[...] les gens qui ont l'esprit sain présentent tous un certain degré de confusion et de contradiction, au contraire ceux qui affirment dur comme fer qu'ils adorent telle chose et détestent telle autre sont les plus dangereux, on ne sait jamais de quel côté va pencher la balance, l'état normal est un état d'hésitation et de souffrance, c'est comme ça que tout le monde vit.
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art-bsurdeart-bsurde   10 septembre 2013
La haine, l'intention de nuire, naît d'émotions négatives nommées chagrin, solitude, rage. Elle naît d'un gouffre béant qu'on sent à l'intérieur de soi, comme si on nous avait pris quelque chose d'important, comme si on nous avait découpé un bout de chair avec un couteau. Ce n'est pas que je sentais des dispositions au sadisme ou à la cruauté chez Frank. Il n'avait pas l'image d'un tueur en série. Ce que je sentais, chez lui, c'était ce gouffre béant. N'importe quoi pouvait sortir de ce gouffre. Ça arrive à tout le monde une ou deux fois dans la vie, d'avoir envie de tuer quelqu'un. Mais quelque chose nous freine. Les mauvaises intentions nées d'un gouffre béant en soi restent au fond de ce gouffre, et on ne tarde pas à les oublier ou à les sublimer par l'ardeur au travail, ou autre chose. Chez Frank, c'était différent. Je ne savais pas si c'était un meurtrier ou non, mais j'étais sûr qu'il avait ce gouffre au fond de lui. C'est ça qui le poussait à mentir.
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