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Myriam Anissimov (Préfacier, etc.)
EAN : 9782070336760
576 pages
Éditeur : Gallimard (16/03/2006)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.13/5 (sur 1026 notes)
Résumé :
Écrit dans le feu de l'Histoire, Suite française dépeint presque en direct l'exode de juin 1940, qui brassa dans un désordre tragique des familles françaises de toute sorte, des plus huppées aux plus modestes. Avec bonheur, Irène Némirovsky traque les innombrables petites lâchetés et les fragiles élans de solidarité d'une population en déroute. Cocottes larguées par leur amant, grands bourgeois dégoûtés par la populace, blessés abandonnés dans des fermes engorgent l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (153) Voir plus Ajouter une critique
Gwen21
  06 septembre 2018
Sans doute le roman le plus humain que j'ai lu sur la Seconde Guerre Mondiale, d'autant plus poignant lorsqu'on remet en perspective les conditions de sa rédaction, puis de son édition tardive 62 ans plus tard, couronnée par le Prix Renaudot 2004.
Il y a peu de destins qui m'émeuvent autant que celui d'Irène Némirovsky. Prenez seulement deux minutes pour consulter sa fiche Wikipedia, et vous comprendrez à quel point l'on peut être ému à la lecture des "Feux de l'automne" et de "Suite française", ce dernier restant inachevé car conçu comme une série dont seuls les deux premiers tomes ont eu le temps d'être écrits.
C'est pourquoi en ouvrant "Suite française", vous découvrez deux romans pour le prix d'un : "Tempête en juin" et "Dolce", ce dernier ayant récemment fait l'objet d'une adaptation cinématographique avec Michelle Williams, Matthias Schoenaerts et Kristin Scott Thomas en têtes d'affiche. Mais vous limiter au film serait une grave erreur tant le roman est davantage dense. D'autant que "Tempête en juin" est un riche témoignage, quasi journalistique, de la débâcle ayant suivi l'entrée de l'armée allemande dans Paris, et entraîné un exode sans précédent de la population civile française. D'ailleurs, hasard ou hommage discret, au moment où l'on redécouvrait "Suite française" en librairie sortait le film "Bon voyage" de Jean-Paul Rappeneau mettant en scène un scénario proche de "Tempête en juin".
"Suite française" est peut-être le cinquième ou le sixième roman d'Irène Némirovsky que je lis et au-delà de sa parfaite maîtrise de la langue (elle maîtrisait sept langues et écrivait en français) et de son talent de narratrice, je reste surtout touchée par la grande humanité qui transparaît derrière chacun de ses personnages, qu'il occupe le premier plan ou non.
Avec quel oeil critique et ironique l'auteur scrute-t-elle les événements qui l'entourent ? Réfugiée avec son mari et ses deux filles dans un petit village du Morvan, en Bourgogne, vivant journellement dans l'insécurité et le manque de liberté, Irène relate ce qu'elle a elle-même vécu, et ce qu'elle vivra jusqu'à son arrestation en 1942 et sa déportation à Auschwitz où elle sera assassinée parmi tant d'autres.
Ce roman est un coup de coeur ; et s'il y a bien un auteur que je voudrais voir pleinement reconnu et lu à travers les générations, c'est bien elle, la courageuse et talentueuse Irène Némirovsky, morte avant quarante ans, victime de l'inhumanité des hommes. C'est le plus bel hommage que l'on puisse lui rendre.

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enjie77
  13 janvier 2020

C'est à la lecture d'un échange entre Michfred et Migdal que je me suis décidée à lire « Suite Française » d'Irène Némirovsky.
Ce livre vaut aussi par sa préface qui est rédigée par Myriam Anissimov. Elle permet de mettre en lumière les motivations d'Irène que l'on retrouve dans tous ses écrits. Myriam Anissimov a écrit, aussi, de très belles pages sur notre Romain Gary national.
La première chose qui frappe dès le début de la lecture, c'est le français impeccable dans lequel sont rédigés les deux récits qui composent cet ouvrage. le premier « Tempête en juin » et le second « Dolce ». Je ne peux m'empêcher de songer à la plume poétique d'Andréï Makine. Décidément, nos écrivains russes francophiles sont très souvent les garants de la langue de Molière. Il est vrai qu'en Russie, la littérature est essentielle.
Irène est née en 1903 à Kiev dans une famille aisée de la bourgeoisie juive. En 1918, sa famille décide de fuir la révolution qui s'accompagne de pogroms pour s'installer en France en 1919. Elle y rencontre Michel Epstein qu'elle épouse en 1926 et dont elle aura deux filles.
Devant les évènements dramatiques qui se profilent à l'horizon des années 30, le couple demande la nationalité française en 1938 qui leur sera refusée : ce qui de toute façon n'aurait pas changer grand-chose quant à leur avenir. C'est à Issy-l'Evèque, un petit village du Morvan, où le couple et leurs deux filles se sont réfugiés qu'Irène griffonnent ses carnets peut-être par devoir de mémoire où tout simplement pour exorciser ses angoisses ! Ecrire devient un réflexe de survie lorsque les illusions se sont évaporées.
Si vous voulez suivre en direct l'exode de juin 40, alors n'hésitez pas, c'est saisissant ! Irène Némirovsky rapporte avec l'exactitude de celle qui l'a vécue, à travers une fiction, ces instants terribles où des millions de personnes se sont retrouvées jetées sur les routes de France, fuyant à la fois l'envahisseur allemand mais aussi les bombardements. C'est justement ce qui fait la grande valeur de ce récit inachevé, écrit en 1942, juste avant qu'elle ne soit arrêtée par la Gestapo et déportée à Auschwitz. C'est un reportage en direct qui braque l'objectif sur quelques familles et leurs individualités. L'auteure trace avec précision leur lâcheté, leur héroïsme, le désordre ambiant, la peur, le mépris, la collaboration mais aussi quelquefois la solidarité ! le portrait d'une France en perdition !
En lisant « Suite Française » aujourd'hui, on y retrouve un peu du scénario actuel du « Village français » mais aussi du « Silence de la Mer » de Vercors. le roman de Vercors a été lui aussi écrit en 1941 mais publié en 1942 dans la clandestinité et édité par Edmond Charlot. (Les Richesses de Kaouther Adimi).
Avant d'être lui-même déporté, Michel Epstein, le mari d'Irène, a confié le manuscrit à leurs filles, Denise 13 ans et Elisabeth 5 ans, soigneusement conservé dans une valise avec instruction d'y veiller précieusement. Les deux enfants se sont cachées sans jamais abandonner cette fameuse valise qu'elles n'ont pas osé ouvrir tant que les cicatrices ne s'étaient pas estompées. Denise n'imaginait pas l'importance de ces écrits. C'est en voulant les confier à l'Institut de la Mémoire, en 1975, et en les dactylographiant à l'aide d'une loupe, qu'elle va prendre la mesure du document qui est sous ses yeux. Il faut l'insistance des Editions Denoël pour qu'enfin paraisse ce témoignage écrit sur le vif.
Le 8 novembre 2004, Irène connaît le succès à titre posthume et « Suite Française » reçoit le Prix Renaudot.
Je tenais à rendre hommage à ces quelques écrivains comme Stefan Zweig, Sandor Maraï et Irène Némirowsky que je qualifierai de « gardiens de la mémoire » et qui ont eu cette idée géniale d'écrivain d'annoter sur leurs carnets tous les grands et petits détails du quotidien alors que le monde autour d'eux s'écroulait.
« Mon Dieu ! Que me fait ce pays ? Puisqu'il me rejette, considérons le froidement, regardons le perdre son honneur et sa vie. Et les autres que me sont-ils ? Les empires meurent. Rien n'a d'importance. Si on le regarde d'un point de vue mystique ou d'un point de vue personnel, c'est tout un. Durcissons-nous le coeur. Attendons ». Irène Némirowsky
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LiliGalipette
  21 novembre 2012
Juin 1940 : les Parisiens fuient en masse la capitale bombardée par les Allemands. Il y a la famille Péricand, l'écrivain Gabriel Corte et sa maîtresse Florence, Jeanne et Maurice Michaud et bien d'autres qui s'élancent vers les provinces. « Ainsi, pendant un naufrage, toutes les classes se retrouvent sur le pont. » (p. 40) Quitter Paris, quitter sa vie, c'est éreintant : que faut-il prendre ? Les objets de première nécessité ou plutôt les souvenirs ? Ou plutôt les valeurs et les biens précieux ? Comment être sûr que tout restera en place avant un éventuel retour ? À pied, en voiture, en charrette ou en train, chacun fait son chemin comme il le peut. « Cette multitude misérable n'avait plus rien d'humain ; elle ressemblait à un troupeau en déroute, une singulière uniformité s'étendait sur eux. » (p. 95) Parfois pris dans un convoi mitraillé ou arrêtés en rase campagne sans essence, les fuyards sont tous égaux dans la peur qui, sous la poussée allemande, les pousse sur les routes et qui les expulse de Paris.
Il y a la faim, il y a la peur, il y a l'incertitude. La générosité est soudain un bien qui se vend très cher : chacun vit pour soi dans l'exode et la débâcle. Devant la même menace et l'imminente défaite française, comment préserver la dignité et les apparences ? Et pourquoi ? Alors que certains s'accrochent à leur luxe et à leurs privilèges, la mort fauche à grandes brassées. « En un mot, que les catastrophes passent et qu'il faut tâcher de ne pas passer avant elles, voilà tout. Donc d'abord vivre : Primum vivere. Au jour le jour. Durer, attendre, espérer. » (p. 269) Et les morts ne traînent pas : certaines sont absurdes, d'autres sont hideuses.
Dans la deuxième partie, l'exode a laissé place à l'occupation. Lucile Angellier et sa belle-mère sont contraintes d'accueillir Bruno von Falk dans leur grande demeure. Il en va de même pour Madeleine et Benoît Labarie dans leur ferme. Quelle attitude les Français doivent-ils adopter avec les occupants ? Faut-il composer ? « On a été battus, n'est-ce pas ? On n'a qu'à filer doux. » (p. 452) Faut-il les défier et les mépriser ? « La force prime le droit. » (p. 330) Ou faut-il les accueillir les bras, voire les draps, grands ouverts ? « On nous complique assez l'existence avec les guerres et tout le tremblement. Entre un homme et une femme, ça ne joue pas, tout ça. » (p. 399) Chacun voit l'ennemi à sa porte et choisit son camp. Les occupants, sous leurs terribles habits verts, sont pourtant très courtois. « Il met des gants blancs pour exercer ses droits de conquête. » (p. 374) Mais personne n'oublie que la guerre gronde ailleurs en Europe. « En temps de guerre, aucun de nous n'espère mourir dans un lit. » (p. 359) du point de vue de Lucile, à laquelle la seconde partie s'attache particulièrement, la question est simple : est-il possible d'aimer l'ennemi ?
Ce roman est inachevé : l'auteure a été arrêtée, déportée et exécutée en 1942. Il manque clairement un pan à ce tableau en trois volets. Lire les notes finales, premières ébauches de la main de l'auteure est éclairant, mais j'ai préféré ne pas poursuivre ma lecture et m'en tenir à l'oeuvre partiellement achevée. Il y a quelques destins croisés entre les familles. le texte est surprenant et suit presque au jour le jour l'exode et l'occupation. La guerre est vue de l'intérieur, mais loin des tranchées et sans héros. Les petites résistances ou les premières collaborations n'ont aucun éclat : finalement, le quotidien reste le même, la banalité est juste légèrement ébranlée par quelques coups de canon. Cette Suite française est un roman poignant, au style percutant. Irène Nemirovsky a très largement son prix Renaudot posthume en 2004.
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indira95
  29 mai 2015
Cocottes en goguette éparpillées aux quatre vents, bourgeois ventripotents et égoïstes suffocant loin de leur cher Paris, rombières bourgeoises affublées de familles nombreuses, petit peuple traînant ses guêtres le long des routes, tout ce beau monde projeté au coeur du chaos que fut l'exode au printemps 1940, reprend vie à travers la plume d'Irène Némirovsky. Par le prisme de son regard sans concession, scrutateur et intransigeant, l'auteur qui connut également cet épisode douloureux, nous livre à chaud cette expérience traumatisante pour des millions de Français jetés sur les routes. Cela est d'autant plus remarquable qu'elle l'a écrit dans une quasi immédiateté (à peine 2 ans plus tard) et relève le défi d'y apporter un certain recul (bien qu'on y perçoive, à travers sa prose incisive, une critique à peine voilée des excès de comportements engendrés par cet épisode). Suite française se voulait comme une peinture sans concession de cette France occupée, une saga débutant avec l'exode et l'arrivée imminente des Allemands et poursuivant avec le quotidien d'une poignée de Français sous le joug nazi, les uns lâches et collabos, les autres entamant la résistance. Malheureusement Irène Némirovsky sera arrêtée puis déportée avant d'avoir pu finir son oeuvre. C'est sa fille Denise Epstein qui cachera les 2 premiers tomes du roman et finira pas les faire publier 60 ans plus tard. Ma lecture de cette oeuvre fut d'autant plus teintée d'émotions quand on sait qu'Irène Némirovsky ne reviendra jamais des camps.
Le deuxième tome de Suite française – Dolce - (celui qui a été adapté au cinéma récemment) s'intéresse à la vie d'une poignée de villageois d'un patelin paumé du centre de la France. Il esquisse une idée d'un quotidien, quasiment un huit clos, au contact de l'ennemi qui prend une place importante au coeur de leurs intimités. Plus calme que la première partie dont le rythme est à l‘image de l'émotion et de la houle induites par l'Exode, Dolce, plus intime, se lit posément, disséquant avec précision et acuité le ressenti des personnages aux prises avec l'occupant allemand et comment au final on s'accommode de tout dès lors qu'une routine s'installe.
Témoignage d'une période sombre et trouble des premières années de l'Occupation, Suite française est un ouvrage qui se lit à la fois comme un roman, un reportage et un testament. Pour avoir lu d'autres romans d'Irène Némirovsky, j'ai trouvé que Suite française concentrait l'essence même du talent de cette femme de lettres remarquable. Poignant par la portée de ce roman et son destin, acerbe par le regard porté sur cette période, Suite française ne peut vous laisser indifférents.
Lien : http://livreetcompagnie.over..
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palamede
  16 août 2016
Juin 1940, la France qui a peur se jette sur les routes pour échapper à l'Allemand. Les nantis comme les plus modestes fuient dans une confusion pathétique. En chemin, ceux qui espèrent un peu de confort déchantent.
Cela ressemble à une déroute, il y a les bombardements, les morts, la faim, l'avenir incertain pour les réfugiés à qui on refuse même un verre d'eau, alors que les autres pillent des maisons. Le temps est au désordre et à la lâcheté, rarement à la solidarité.
Après l'exode, l'occupation : dans un village bourguignon, à l'heure allemande certains trouvent l'occupant jeune et pas si effrayant que cela. La question qui divise et déchaîne les passions est de savoir s'il faut le détester ou composer avec lui.
Dans ce manuscrit, qu'Irène Némirovsky n'a pu finir, déportée et assassinée par les Allemands, on assiste « en direct » à des moments dramatiques de l'histoire française. Avec l’œil acéré qui est le sien, l'auteure y décrit, avec un réalisme confondant, les lâchetés, les compromissions, les questionnements, mais aussi la solidarité d'une population face à l'ennemi.
Un texte distancié et historique d'autant plus remarquable qu'Irène Némirosky l'a écrit alors qu'elle se savait en grand danger.
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Citations et extraits (169) Voir plus Ajouter une citation
biancafbiancaf   01 juillet 2020
C'était un soir léger et doré, sans un souffle de vent, sans chaleur excessive, la fin d'une journée divine, une ombre s'étendait sur les champs et chemins, comme une aile... Une faible odeur de fraise venait du bois proche. On la percevait par instants dans l'air alourdi par les vapeurs de pétrole et de fumée. Les voitures avançaient de deus tour de roue et se trouvèrent sur un pont. Des femmes lavaient leur linge dans la rivière. L'horreur et l'étrangeté étaient rendues plus sensibles par ces images de paix. Un moulin faisait tourner sa roue très loin de là.

«Chez Irène Némirovsky l'exode de juin 1940 est sublimé par la beauté de l'écriture. Ce déferlement épouvantable devient presque beau et tolérable grâce à la magie des mots».
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JoohJooh   04 juillet 2015
Qu'ils aillent où ils veulent; moi, je ferai ce que je voudrai. Je veux être libre. Je demande moins la liberté extérieure, celle de voyager, de quitter cette maison (quoique ce serait un bonheur inimaginable !), que d'être libre intérieurement, choisir ma direction à moi, m'y tenir, ne pas suivre l'essaim. Je hais cet esprit communautaire dont on nous rabat les oreilles. Les Allemands, les Français, les gaullistes s'entendent tous sur un point: il faut vivre, penser, aimer avec les autres, en fonction d'un État, d'un pays, d'un parti. Oh, mon Dieu ! je ne veux pas ! Je suis une pauvre femme inutile; je ne ne sais rien mais je veux être libre ! Des esclaves nous devenons, pensa-t-elle encore; la guerre nous envoie ici ou là, nous prive de bien-être, nous enlève le pain de la bouche; qu'on me laisse au moins le droit de juger mon destin, de me moquer de lui, de le braver, de lui échapper si je peux. Un esclave ? Cela vaut mieux qu'un chien qui se croit libre quand il trotte derrière son maître. Ils ne sont même pas conscients de leur esclavage, (...) et moi je leur ressemblerais si la pitié, la solidarité, "l'esprit de la ruche" me forçaient à repousser le bonheur.
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JoohJooh   29 juin 2015
Où allait le monde ? Que serait l'esprit de demain ? Ou bien les gens ne penseraient plus qu'à manger et il n'y aurait plus de place pour l'art, ou bien un nouvel idéal ? Cynique et las, il pensa: "Une nouvelle mode !" Mais lui, Corte, était trop vieux pour s'adapter à des goûts nouveaux. Il avait déjà en 1920 renouvelé sa manière. Une troisième fois, ce serait impossible. Il s'essoufflait à le suivre, ce monde qui allait renaître. Ah ! qui pourrait prévoir la forme qu'il prendrait au sortir de cette dure matrice de la guerre de 1940, comme d'un moule d'airain, il allait sortir géant ou contrefait (ou les deux), cet univers dont on percevait les premiers soubresauts. C'était terrible de se pencher sur lui, de le regarder... et de ne rien y comprendre. Car il ne comprenait rien. Il pensa à son roman, à ce manuscrit sauvé du feu, des bombes, et qui reposait sur une chaise. Il éprouva un intense découragement. Les passions qu'il décrivait, ses états d'âme, ses scrupules, cette histoire d'une génération, la sienne, tout cela était vieux, inutile, périmé. Il dit avec désespoir: périmé !
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JoohJooh   23 juin 2015
Les bottes... Ce bruit de bottes... Cela passera. L'occupation finira. Ce sera la paix, la paix bénie. La guerre et le désastre de 1940 ne seront plus qu'un souvenir, une page d'histoire, des noms de batailles et de traités que les écoliers ânonneront dans les lycées, mais moi, aussi longtemps que je vivrai, je me rappellerai ce bruit sourd et régulier des bottes martelant le plancher.
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horlinehorline   01 décembre 2008
Ceux qui l'entouraient, sa famille, ses amis, éveillaient en lui un sentiment de honte et de fureur. Il les avait vus sur la route ceux-là et leurs pareils, il se rappelait les voitures pleines d'officiers qui fuyaient avec leurs belles malles jaunes et leurs femmes peintes, les fonctionnaires qui abandonnaient leurs postes, les politiciens qui dans la panique semaient sur la route des pièces secrètes, les dossiers, les jeunes filles qui après avoir pleuré comme il convenait le jour de l'Armistice se consolaient à présent avec les allemands. "Et dire que personne ne le saura, qu'il y aura autour de ça une telle conspiration de mensonges que l'on en fera encore une page glorieuse de l'Histoire de France. On se battra sur les flancs pour trouver des actes de dévouement, d'héroïsme. Bon Dieu ! ce que j'ai vu, moi ! Les portes closes où l'on frappait en vain pour obtenir un verre d'eau, et ces réfugiés qui pillaient les maisons ; partout, de haut en bas, le désordre, la lâcheté, la vanité, l'ignorance ! Ah ! Nous sommes beaux !"
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