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Myriam Anissimov (Préfacier, etc.)
ISBN : 207033676X
Éditeur : Gallimard (16/03/2006)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.16/5 (sur 744 notes)
Résumé :
Écrit dans le feu de l'Histoire, Suite française dépeint presque en direct l'exode de juin 1940, qui brassa dans un désordre tragique des familles françaises de toute sorte, des plus huppées aux plus modestes. Avec bonheur, Irène Némirovsky traque les innombrables petites lâchetés et les fragiles élans de solidarité d'une population en déroute. Cocottes larguées par leur amant, grands bourgeois dégoûtés par la populace, blessés abandonnés dans des fermes engorgent l... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (102) Voir plus Ajouter une critique
LiliGalipette
21 novembre 2012
Juin 1940 : les Parisiens fuient en masse la capitale bombardée par les Allemands. Il y a la famille Péricand, l'écrivain Gabriel Corte et sa maîtresse Florence, Jeanne et Maurice Michaud et bien d'autres qui s'élancent vers les provinces. « Ainsi, pendant un naufrage, toutes les classes se retrouvent sur le pont. » (p. 40) Quitter Paris, quitter sa vie, c'est éreintant : que faut-il prendre ? Les objets de première nécessité ou plutôt les souvenirs ? Ou plutôt les valeurs et les biens précieux ? Comment être sûr que tout restera en place avant un éventuel retour ? À pied, en voiture, en charrette ou en train, chacun fait son chemin comme il le peut. « Cette multitude misérable n'avait plus rien d'humain ; elle ressemblait à un troupeau en déroute, une singulière uniformité s'étendait sur eux. » (p. 95) Parfois pris dans un convoi mitraillé ou arrêtés en rase campagne sans essence, les fuyards sont tous égaux dans la peur qui, sous la poussée allemande, les pousse sur les routes et qui les expulse de Paris.
Il y a la faim, il y a la peur, il y a l'incertitude. La générosité est soudain un bien qui se vend très cher : chacun vit pour soi dans l'exode et la débâcle. Devant la même menace et l'imminente défaite française, comment préserver la dignité et les apparences ? Et pourquoi ? Alors que certains s'accrochent à leur luxe et à leurs privilèges, la mort fauche à grandes brassées. « En un mot, que les catastrophes passent et qu'il faut tâcher de ne pas passer avant elles, voilà tout. Donc d'abord vivre : Primum vivere. Au jour le jour. Durer, attendre, espérer. » (p. 269) Et les morts ne traînent pas : certaines sont absurdes, d'autres sont hideuses.
Dans la deuxième partie, l'exode a laissé place à l'occupation. Lucile Angellier et sa belle-mère sont contraintes d'accueillir Bruno von Falk dans leur grande demeure. Il en va de même pour Madeleine et Benoît Labarie dans leur ferme. Quelle attitude les Français doivent-ils adopter avec les occupants ? Faut-il composer ? « On a été battus, n'est-ce pas ? On n'a qu'à filer doux. » (p. 452) Faut-il les défier et les mépriser ? « La force prime le droit. » (p. 330) Ou faut-il les accueillir les bras, voire les draps, grands ouverts ? « On nous complique assez l'existence avec les guerres et tout le tremblement. Entre un homme et une femme, ça ne joue pas, tout ça. » (p. 399) Chacun voit l'ennemi à sa porte et choisit son camp. Les occupants, sous leurs terribles habits verts, sont pourtant très courtois. « Il met des gants blancs pour exercer ses droits de conquête. » (p. 374) Mais personne n'oublie que la guerre gronde ailleurs en Europe. « En temps de guerre, aucun de nous n'espère mourir dans un lit. » (p. 359) du point de vue de Lucile, à laquelle la seconde partie s'attache particulièrement, la question est simple : est-il possible d'aimer l'ennemi ?
Ce roman est inachevé : l'auteure a été arrêtée, déportée et exécutée en 1942. Il manque clairement un pan à ce tableau en trois volets. Lire les notes finales, premières ébauches de la main de l'auteure est éclairant, mais j'ai préféré ne pas poursuivre ma lecture et m'en tenir à l'oeuvre partiellement achevée. Il y a quelques destins croisés entre les familles. le texte est surprenant et suit presque au jour le jour l'exode et l'occupation. La guerre est vue de l'intérieur, mais loin des tranchées et sans héros. Les petites résistances ou les premières collaborations n'ont aucun éclat : finalement, le quotidien reste le même, la banalité est juste légèrement ébranlée par quelques coups de canon. Cette Suite française est un roman poignant, au style percutant. Irène Nemirovsky a très largement son prix Renaudot posthume en 2004.
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indira95
29 mai 2015
Cocottes en goguette éparpillées aux quatre vents, bourgeois ventripotents et égoïstes suffocant loin de leur cher Paris, rombières bourgeoises affublées de familles nombreuses, petit peuple traînant ses guêtres le long des routes, tout ce beau monde projeté au coeur du chaos que fut l'exode au printemps 1940, reprend vie à travers la plume d'Irène Némirovsky. Par le prisme de son regard sans concession, scrutateur et intransigeant, l'auteur qui connut également cet épisode douloureux, nous livre à chaud cette expérience traumatisante pour des millions de Français jetés sur les routes. Cela est d'autant plus remarquable qu'elle l'a écrit dans une quasi immédiateté (à peine 2 ans plus tard) et relève le défi d'y apporter un certain recul (bien qu'on y perçoive, à travers sa prose incisive, une critique à peine voilée des excès de comportements engendrés par cet épisode). Suite française se voulait comme une peinture sans concession de cette France occupée, une saga débutant avec l'exode et l'arrivée imminente des Allemands et poursuivant avec le quotidien d'une poignée de Français sous le joug nazi, les uns lâches et collabos, les autres entamant la résistance. Malheureusement Irène Némirovsky sera arrêtée puis déportée avant d'avoir pu finir son oeuvre. C'est sa fille Denise Epstein qui cachera les 2 premiers tomes du roman et finira pas les faire publier 60 ans plus tard. Ma lecture de cette oeuvre fut d'autant plus teintée d'émotions quand on sait qu'Irène Némirovsky ne reviendra jamais des camps.
Le deuxième tome de Suite française – Dolce - (celui qui a été adapté au cinéma récemment) s'intéresse à la vie d'une poignée de villageois d'un patelin paumé du centre de la France. Il esquisse une idée d'un quotidien, quasiment un huit clos, au contact de l'ennemi qui prend une place importante au coeur de leurs intimités. Plus calme que la première partie dont le rythme est à l‘image de l'émotion et de la houle induites par l'Exode, Dolce, plus intime, se lit posément, disséquant avec précision et acuité le ressenti des personnages aux prises avec l'occupant allemand et comment au final on s'accommode de tout dès lors qu'une routine s'installe.
Témoignage d'une période sombre et trouble des premières années de l'Occupation, Suite française est un ouvrage qui se lit à la fois comme un roman, un reportage et un testament. Pour avoir lu d'autres romans d'Irène Némirovsky, j'ai trouvé que Suite française concentrait l'essence même du talent de cette femme de lettres remarquable. Poignant par la portée de ce roman et son destin, acerbe par le regard porté sur cette période, Suite française ne peut vous laisser indifférents.
Lien : http://livreetcompagnie.over..
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palamede
16 août 2016
Juin 1940, la France qui a peur se jette sur les routes pour échapper à l'Allemand. Les nantis comme les plus modestes fuient dans une confusion pathétique. En chemin, ceux qui espèrent un peu de confort déchantent.
Cela ressemble à une déroute, il y a les bombardements, les morts, la faim, l'avenir incertain pour les réfugiés à qui on refuse même un verre d'eau, alors que les autres pillent des maisons. Le temps est au désordre et à la lâcheté, rarement à la solidarité.
Après l'exode, l'occupation : dans un village bourguignon, à l'heure allemande certains trouvent l'occupant jeune et pas si effrayant que cela. La question qui divise et déchaîne les passions est de savoir s'il faut le détester ou composer avec lui.
Dans ce manuscrit, qu'Irène Némirovsky n'a pu finir, déportée et assassinée par les Allemands, on assiste « en direct » à des moments dramatiques de l'histoire française. Avec l’œil acéré qui est le sien, l'auteure y décrit, avec un réalisme confondant, les lâchetés, les compromissions, les questionnements, mais aussi la solidarité d'une population face à l'ennemi.
Un texte distancié et historique d'autant plus remarquable qu'Irène Némirosky l'a écrit alors qu'elle se savait en grand danger.
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Myriam3
14 juillet 2016
Début de l'Occupation:
d'un côté, c'est l'exode, la peur des bombardements, les rues et les immeubles de Paris désertés et la foule qui parcourt les routes quand les trains ne circulent plus. Ebahissement de ceux qui marchent et espèrent encore, pour les plus aisés, être bientôt accueillis dans un hôtel luxueux ou pouvoir s'offrir de bons restaurants pour soulager leur exil, mais sur la route, tout a déjà été vendu, pillé, mangé, occupé, et il ne reste plus qu'à marcher encore, dormir à la belle étoile, se contenter d'un bout de pain.
Les ponts sont bombardés, l'incompréhension et la peur règnent.
D'un autre côté, les villages occupés par les Allemands, les chevaux réquisitionnés ainsi que les chambres libres qu'un Bruno, Willy ou Siegfried viendra loger pour quelques mois. Mais l'hiver ne dure pas éternellement, la haine non plus, et avec la végétation qui refleurit, le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles, l'abondance des vergers, les villageois - d'abord les jeunes filles et les enfants, puis, peu à peu, les commerçants, les vieilles - commencent à apprécier ces jeunes Allemands à peine âgés de vingt ans, polis et courtois avec qui ils partagent plus d'une bouteille de vin et de photos de famille.
Les deux portraits de l'Occupation allemande que trace Irène Némirovsky sont d'un pur réalisme, l'un présentant un versant cynique et l'autre optimiste des relations humaines en tant de guerre. les saisons qui passent, indifférentes au malheur qui s'abat sur le pays, déroulent le temps et les évènements, le retour après l'exode, les blessures de guerre. Il est assez incroyable de penser que ce long texte ait pu être écrit au moment même de l'occupation tout en ayant un regard déjà si distancié, objectif et sans haine.
Quelle maîtrise et quel sang-froid quand on sait qu'Irène a été déportée en 1942 et connaissait les risques qu'elle courait en tant que juive de confession. On comprend, dans les notes annexes, qu'elle écrit pour les générations futures un roman qu'elle veut intemporel. On y apprend aussi qu'elle voulait aborder le communisme et la résistance, ce qu'elle n'a pas eu le temps de faire.
Si nulle part n'est évoqué le sort de la population juive persécutée et des déportations, le regard d'étrangère que porte Irène sur ces évènements offre un portrait intime et profond de la population française, on pénètre dans leurs maisons et leur famille, leurs sentiments ambigus envers ses envahisseurs qui pourraient être leur fils ou mari.
On ne saura pas ce qu'il adviendra de ces jeunes soldats allemands, roses et souriants, qui prendront un soir la route pour la Russie, mais les notes nous en apprend un peu plus sur le sort que l'auteure réservait aux autres personnages.
En dehors du récit, l'histoire de ce manuscrit enfermé pendant plus de trente ans dans cette lourde valise que les deux fillettes d'Irène Némirovsky ont traînée partout avec elles jusqu'à la fin de la guerre est tout simplement époustouflante, et bouleversante.
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Missbouquin
08 juillet 2012
Dernier écho d'une grande écrivaine de l'entre-deux-guerres. Dans la première partie (Tempête en juin), Irène Némirovsky raconte principalement la fin de la guerre (en 1939) et l'exode des Français vers le Sud, fuyant l'avancée des Allemands. Dans la seconde partie, (Dolce), articulé au premier tout en faisant intervenir des personnages différents, elle reprend le début de l'accommodation des Français à l'Occupation, et l'installation des Allemands, à travers l'histoire d'un petit village.
Du fait de sa déportation en 1942, elle n'évoque pas la Résistance (elle devait être traitée brievement dans la troisième partie du roman, juste ébauchée). Aux quatrième et cinquième romans, Irène Némirovsky a donné les titres de Batailles et La Paix, et y a ajouté des points d'interrogation. On ne peut donc juger que sur la moitié d'un roman. En lisant les brouillons de ce qu'elle projetait d'évoquer ensuite, je m'aperçois que ces deux premières parties ne faisaient que poser les différents protagonistes et qu'ils devaient davantage entrer en contact dans les suivantes. Mais les jalons posés nous permettent tout de même d'imaginer la suite …
En fait, les deux récits sont davantage centrés sur les réactions et la psychologie des Français à cette époque. Elle nous dépeint fidèlement l'ambiance de l'Exode et de l'Occupation. Les faits historiques occupent peu de place, et nous complétons nous-mêmes les trous ou les faits non évoqués.
“On sait que l'être humain est complexe, multiple, divisé, à surprises, mais il faut un temps de guerre ou de grands bouleversements pour le voir. C'est le plus passionnant et le plus terrible spectacle [...]; le plus terrible parce que le plus vrai; on ne peut se flatter de connaître la mer sans l'avoir vue dans la tempête comme dans le calme. Celui-là seul connaît les hommes et les femmes qui les a observés en un temps comme celui-ci.”
Par les circonstances extraordinaires qui entourent la rédaction de ce roman et sa publication (oeuvre posthume publiée en 2004 aux éditions Denoël, il reçoit le prix Renaudot la même année.), ce n'est pas un énième ouvrage sur la Seconde guerre mondiale puisque c'est un des premiers et que cette idée magnifie la lecture, d'une certaine façon. de plus, il n'est pas écrit par un simple témoin, qui retranscrirait plus ou moins ce qu'il voit, mais par un écrivain qui a l'oeil pour critiquer les comportements humains, décelant les lâchetés, les trahisons, les peurs de chacun dans l'aventure terrifiante que fut l'Exode.
‘Les événements graves, heureux ou malheureux ne changent pas l'âme d'un homme mais ils la précisent, comme un coup de vent en balayant les feuilles mortes révèle la forme d'un arbre.”
En même temps, il a valeur de documentaire fantastique, un regard sans concessions portée sur la France. Mais déjà elle prévoit :
“Et dire que personne ne le saura, qu'il y aura autour de ça une telle conspiration de mensonges que l'on en fera encore une page glorieuse de l'Histoire de France. On se battra sur les flancs pour trouver des actes de dévouement, d'héroïsme. Bon Dieu ! ce que j'ai vu, moi ! Les portes closes où l'on frappait en vain pour obtenir un verre d'eau, et ces réfugiés qui pillaient les maisons ; partout, de haut en bas, le désordre, la lâcheté, la vanité, l'ignorance ! Ah ! Nous sommes beaux !”
Les écrivains n'ont-ils pas tous un don de voyance ?
Cette histoire inachevée, reflet de l'Histoire en train de se faire, regard extrêmement lucide sur la société, a quelque chose de très émouvant, comme quelque chose auquel on ne peut rien faire, mais que l'on ne peut que regretter, encore et encore, à la lecture de ces belles pages.
Un roman qui donne envie de découvrir le reste de son oeuvre.
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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Citations & extraits (117) Voir plus Ajouter une citation
JoohJooh04 juillet 2015
Qu'ils aillent où ils veulent; moi, je ferai ce que je voudrai. Je veux être libre. Je demande moins la liberté extérieure, celle de voyager, de quitter cette maison (quoique ce serait un bonheur inimaginable !), que d'être libre intérieurement, choisir ma direction à moi, m'y tenir, ne pas suivre l'essaim. Je hais cet esprit communautaire dont on nous rabat les oreilles. Les Allemands, les Français, les gaullistes s'entendent tous sur un point: il faut vivre, penser, aimer avec les autres, en fonction d'un État, d'un pays, d'un parti. Oh, mon Dieu ! je ne veux pas ! Je suis une pauvre femme inutile; je ne ne sais rien mais je veux être libre ! Des esclaves nous devenons, pensa-t-elle encore; la guerre nous envoie ici ou là, nous prive de bien-être, nous enlève le pain de la bouche; qu'on me laisse au moins le droit de juger mon destin, de me moquer de lui, de le braver, de lui échapper si je peux. Un esclave ? Cela vaut mieux qu'un chien qui se croit libre quand il trotte derrière son maître. Ils ne sont même pas conscients de leur esclavage, (...) et moi je leur ressemblerais si la pitié, la solidarité, "l'esprit de la ruche" me forçaient à repousser le bonheur.
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JoohJooh29 juin 2015
Où allait le monde ? Que serait l'esprit de demain ? Ou bien les gens ne penseraient plus qu'à manger et il n'y aurait plus de place pour l'art, ou bien un nouvel idéal ? Cynique et las, il pensa: "Une nouvelle mode !" Mais lui, Corte, était trop vieux pour s'adapter à des goûts nouveaux. Il avait déjà en 1920 renouvelé sa manière. Une troisième fois, ce serait impossible. Il s'essoufflait à le suivre, ce monde qui allait renaître. Ah ! qui pourrait prévoir la forme qu'il prendrait au sortir de cette dure matrice de la guerre de 1940, comme d'un moule d'airain, il allait sortir géant ou contrefait (ou les deux), cet univers dont on percevait les premiers soubresauts. C'était terrible de se pencher sur lui, de le regarder... et de ne rien y comprendre. Car il ne comprenait rien. Il pensa à son roman, à ce manuscrit sauvé du feu, des bombes, et qui reposait sur une chaise. Il éprouva un intense découragement. Les passions qu'il décrivait, ses états d'âme, ses scrupules, cette histoire d'une génération, la sienne, tout cela était vieux, inutile, périmé. Il dit avec désespoir: périmé !
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horlinehorline01 décembre 2008
Ceux qui l'entouraient, sa famille, ses amis, éveillaient en lui un sentiment de honte et de fureur. Il les avait vus sur la route ceux-là et leurs pareils, il se rappelait les voitures pleines d'officiers qui fuyaient avec leurs belles malles jaunes et leurs femmes peintes, les fonctionnaires qui abandonnaient leurs postes, les politiciens qui dans la panique semaient sur la route des pièces secrètes, les dossiers, les jeunes filles qui après avoir pleuré comme il convenait le jour de l'Armistice se consolaient à présent avec les allemands. "Et dire que personne ne le saura, qu'il y aura autour de ça une telle conspiration de mensonges que l'on en fera encore une page glorieuse de l'Histoire de France. On se battra sur les flancs pour trouver des actes de dévouement, d'héroïsme. Bon Dieu ! ce que j'ai vu, moi ! Les portes closes où l'on frappait en vain pour obtenir un verre d'eau, et ces réfugiés qui pillaient les maisons ; partout, de haut en bas, le désordre, la lâcheté, la vanité, l'ignorance ! Ah ! Nous sommes beaux !"
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JoohJooh23 juin 2015
Les bottes... Ce bruit de bottes... Cela passera. L'occupation finira. Ce sera la paix, la paix bénie. La guerre et le désastre de 1940 ne seront plus qu'un souvenir, une page d'histoire, des noms de batailles et de traités que les écoliers ânonneront dans les lycées, mais moi, aussi longtemps que je vivrai, je me rappellerai ce bruit sourd et régulier des bottes martelant le plancher.
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JoohJooh21 juin 2015
Après tout, ces grandes migrations humaines semblaient commandées par des lois naturelles, songeait-il. Sans doute des déplacements périodiques considérables de masse étaient nécessaires aux peuples comme la transhumance l'est aux troupeaux. Il y trouvait un curieux réconfort. Ces gens autour de lui croyaient que le sort s'acharnait particulièrement sur eux, sur leur misérable génération; mais lui, il se souvenait que les exodes avaient eu lieu de tout temps.
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