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EAN : 9782072493447
208 pages
Éditeur : Gallimard (20/06/2013)

Note moyenne : 3.68/5 (sur 129 notes)
Résumé :
Dans un hameau du centre de la France, au début des années 1930, un vieil homme se souvient. Après avoir beaucoup voyagé dans sa jeunesse, Silvio se tient à l'écart, observant la comédie humaine des campagnes, le cours tranquille des vies paysannes brusquement secoué par la mort et les passions amoureuses.
Devant lui, François et Hélène Érard racontent leur première et fugitive rencontre, le mariage d'Hélène avec un vieux et riche propriétaire, son veuvage, s... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
sabine59
  23 février 2020
Voilà encore un (court) roman de l'auteure sauvé par sa fille, que son mari n'a eu le temps et le courage sans doute de dactylographier qu'en partie car Irène Némirovsky s' est fait arrêter juste après l' avoir écrit, en 1942...
Encore une fois, je suis admirative du style précis, souvent acerbe, toujours prenant de l'auteure.
L' histoire aussi est intrigante: à la façon d' une énigme en cachant d'autres, comme des poupées gigognes, un récit à la première personne nous est fait par un témoin proche des événements racontés.
L'action se situe dans le Morvan, région que l'auteure a bien connue car elle y a recherché une nounou pour ses filles. L'atmosphère paysanne est superbement rendue, entre non-dits et rancunes larvées, rudesse du quotidien et désir d'autre chose dans les jeunes esprits...
Justement, ce sont de jeunes couples qui sont au coeur des secrets, des chairs qui ont la fièvre..." Je ne puis pas changer mon corps, éteindre ce feu qui brûle dans mon sang", écrivait-elle déjà dans " le vin de solitude ". Mais le vieux couple qui sert de modèle a lui aussi des fautes à se reprocher, de même que l'oncle âgé , le narrateur ...
le ton est, comme souvent, désabusé, mais tellement juste, quand il s'agit de révéler les faiblesses humaines, la complexité des relations familiales et conjugales...
On ne peut que regretter le destin tragique de l'auteure si prolifique déjà. Que de belles oeuvres elle nous aurait offertes encore!
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rabanne
  06 mai 2020
C'est la belle critique de mon amie Sabine59 qui m'a donné envie de renouer avec l'auteure, dont j'avais déjà apprécié trois ouvrages.
En pleine campagne niévroise, dans les années 30, le vieux "cousin Silvio" n'aspire plus qu'à profiter de jours paisibles dans sa maison, après avoir vécu de folles et trépidantes années. Il observe à son tour la fougue de la jeunesse, devenant malgré lui le témoin de ses égarements, de ses joies et de ses drames...
C'est donc une fresque sociale qui nous est contée là, une véritable comédie humaine où se joue l'intimité des sentiments, à travers : la ruralité, le mariage, la place de la femme, la passion, l'adultère, les remords, les regrets, la rumeur, les secrets, les souvenirs...
Un récit dense mais rapidement lu (208 pages), d'une profondeur psychologique universelle, d'une sensibilité et d'une langueur prégnantes. le rythme m'a paru parfois irrégulier, mais je me suis laissée simplement porter.
Une fois encore, j'ai trouvé la plume littéraire de l'auteure délectable, lucide et émouvante.
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berni_29
  11 juillet 2020
Chaleur du sang, d'Irène Némirovsky, est un court mais intense roman. Intense par la fulgurance des trajectoires, par les destins qui se heurtent, par les drames qui sous-tendent les vies, par les profondeurs abyssales de l'âme humaine.
Nous entrons dans ce récit et nous cheminons dans les pages au côté du cousin Silvio, au crépuscule de sa vie. Nous sommes dans les années trente, dans la campagne nivernaise.
Les personnages de ce récit semblent être destinés à des existences ordinaires, tranquilles, mornes, mais les silhouettes furtives qui traversent la campagne où se déroule l'histoire, sont peut-être déjà couturées de désirs brûlants.
Il faut se méfier des eaux tranquilles du bonheur qui sommeillent dans la fausse quiétude des familles.
Les pages brusquement deviennent des braises entre les doigts.
Le corps peut brûler, mais il n'est rien sans ce coeur qu'on croyait armé pour la fidélité et qui contre toute attente brusquement trébuche.
Ici les pages de ce récit sont incandescentes.
Ce roman est mon premier pas vers l'oeuvre de cette auteure dont je n'ignorais cependant pas l'étonnante et bouleversante histoire. Irène Némirovsky, j'ai découvert qu'elle était née à Kiev, une ville qui m'est chère et que son prénom était en fait Iryna, un prénom qui m'est tout aussi cher... Je me rappelle avoir arpenté il y a quatre ans le magnifique jardin botanique près de la rue Pouchkine où elle vécut durant son enfance.
Ce livre fut son dernier ouvrage écrit avant d'être arrêtée en 1942 par la Gestapo dans le Morvan où elle résidait, puis envoyée à Auschwitz où elle mourut du typhus.
J'ai été étonné par la densité qui tient dans les quelques pages de ce roman. Au premier abord, tout semble relever d'une chronique rurale et familiale classique, elle pourrait se passer dans la Bretagne que je connais un peu ou bien ailleurs en France, n'importe où en province, je crois reconnaître ou deviner des traits de vie qui auraient pu être familiers de ce que mes grands-parents ont vécus et que ma grand-mère me racontait de cette époque, la rudesse paysanne, la dureté du quotidien, la solidarité et en même temps la méfiance du voisinage, l'avarice, les fêtes, les mariages, les naissances, les deuils...
C'est un monde façonné de silence. Les gens sont taiseux. Derrière les non-dits, on imagine aisément qu'il y a autre chose. Mais bientôt ce sont des voix intérieures qui nous happent dans leur intimité. Viennent les secrets, les rumeurs, les chemins de traverse, les égarements, les joies et les douleurs... Vient le bruit des sens tapi dans l'ombre des paysages.
Comme c'est beau parfois de se perdre en chemin, comme c'est dangereux aussi, semble nous dire Irène Némirovsky.
Au début, nous avançons un peu à tâtons au travers du propos du narrateur, Silvio, qui se confie à nous, une intrigue se forge, se construit et c'est la force du récit, des voiles tombent peu à peu, comme des rideaux qui se déchirent. Les regrets et les remords viennent mettre des cailloux dans les chaussures. Les secrets viennent à nous comme des bulles remontant à la surface de l'onde, démontrant qu'il y a de la vie en dessous.
L'écriture d'Irène Némirovsky est à la fois concise et ciselée dans une justesse qui met à jour des sentiments pris dans la nasse des coeurs. C'est une écriture qui peut paraître froide au premier abord, presque acerbe et désabusée. Mais elle pose le décor et la complexité des fils qui tiennent et animent les personnages emplis de désirs et voulant brusquement et à toutes forces sortir d'une photo de famille parfois trop lisse.
L'intrigue presque policière est ici un prétexte. J'ai aimé les mots d'Irène Némirovsky pour dire à la fois l'émotion et la pulsion, les choses du coeur et du corps. Parfois il est impossible de distinguer l'un de l'autre, comme deux amants dont l'étreinte est fusionnelle. C'est une écriture que je trouve incroyablement émouvante. Il me tarde de cheminer dans le reste de l'oeuvre de cette écrivaine.
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Fortuna
  15 mars 2017
Nous sommes au début des années 30, dans le centre de la France, à l'arrivée des premiers froids automnaux. Sylvestre - alias Silvio - vit paisiblement ses dernières années dans une masure de paysans, au fond des bois, seul mais paisible, après une existence qu'on devine bien agitée. Il y reçoit parfois ses cousins, Hélène et François, vieux couple uni et leurs enfants. L'aînée, Colette, est sur le point de se marier avec un brave garçon du village. Hélène se voit déjà grand-mère...C'est le juste aboutissement d'une vie tranquille, honnête et heureuse.
Le mariage est célébré, le jeune couple s'installe au domaine du Moulin neuf. le travail ne manque pas et un nouveau-né vient bientôt combler les jeunes mariés. Mais quelques mois plus tard, la mort brutale et inexpliquée du mari va faire remonter à la surface des souvenirs de passions oubliées à la saveur brûlante...
Irène Némirovsky nous dépeint avec beaucoup de talent des moeurs paysannes pas si paisibles, des secrets enfouis d'un commun accord dans le silence des demeures, le poids des années, celui des mensonges, le labeur des jours et ces brusques déchirures du quotidien où les êtres semblent obéir à d'autres lois que celles dictées par la raison ou les traditions...Un très beau texte, une écriture poétique, une interrogation pertinente sur la limite de nos lois humaines...
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mariech
  01 avril 2012
Irène Némirosky a une écriture d'une grande finesse , ici , nous sommes dans un petit village français dans les années 30 , l'auteur nous décrit une histoire de secrets de famille .
J'aime beaucoup cet auteur , j'ai lu précedemment David Golberg et le magnifique ' Suite française ' .
Pour les lecteurs ( lectrices intéréssés ) , il y a un article bouleversant sur la vie d' Irène Némirosky , elle est en effet d'origine juive et se croyait à l'abri des persécutions en temps qu'écrivain française , malheureusement , elle a été arrêtée en 1942 et est morte à Auschwitz peu de temps après , l'article sur Wikipédia donne les détails sur l a ' survie ' du livre après sa mort .
Moi qui aime les histoires vraies , j'ai été bouleversée .
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Citations et extraits (40) Voir plus Ajouter une citation
CarosandCarosand   01 mai 2016
Je ressemble à un faune : un vieux faune vraiment, qui ne court plus les nymphes, qui se cache au coin de son feu. Et comment décrire les plaisirs que j'y trouve ? Je jouis de choses simples et qui sont à ma portée : un bon repas, un bon vin, ce carnet où je me procure, en y griffonnant, une joie sarcastique et secrète ; par-dessus tout la divine solitude. Que me faut-il de plus ? Mais, à vingt ans, comme je brûlais !...Comment s'allume en nous ce feu ? Il dévore tout, en quelques mois, en quelques années, en quelques heures parfois, puis s'éteint. Après, vous pouvez dénombrer ses ravages. Vous vous trouvez lié à une femme que vous n'aimez plus, ou, comme moi, vous êtes ruiné, ou, né pour être épicier, vous avez voulu vous faire peintre à Paris et vous finissez vos jours à l'hôpital. Qui n'a pas eu sa vie étrangement déformée et courbée par ce feu dans un sens contraire à sa nature profonde ? Si bien que nous sommes tous plus ou moins semblables à ces branches qui brûlent dans ma cheminée et que les flammes tordent comme elles veulent.

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berni_29berni_29   07 juillet 2020
- Pourquoi vous appelle-t-on Silvio, mon cousin ? demande Colette.
Je réponds :
- Une belle dame qui a été amoureuse de moi et qui trouvait que je ressemblais à un gondolier, car j'avais en ce temps-là, il y a trente ans, les moustaches en crocs et les cheveux noirs, a transformé ainsi mon prénom de Sylvestre.
- Mais non, c'est à un faune que vous ressemblez, dit Colette, avec votre grand front, votre nez retroussé, vos oreilles pointues, vos yeux qui rient. Sylvestre, l'homme des bois. Cela vous va très bien.
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rabannerabanne   06 mai 2020
Voici, je voudrais la décrire. Je ne peux pas. Sans doute, dès le début, je l’ai regardée de trop près comme tout ce que l’on convoite ; connaissez-vous la forme et la couleur du fruit que vous portez à vos dents ? Les femmes que l’on a aimées, comme je l’ai aimée, il semble que dès le premier jour on les ait vues à la distance d’un baiser.
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rabannerabanne   06 mai 2020
La nuit vient… alors ? on ne peut appeler cela la nuit : l’azur du jour se trouble, et verdit, et toutes les couleurs graduellement se retirent du monde visible, ne laissant qu’une nuance intermédiaire entre le gris de perle et le gris de fer. Mais tous les contours sont d’une parfaite netteté ; le puits, les cerisiers, le petit mur bas, la forêt et la tête du chat qui joue à mes pieds et mord mon sabot. C’est l’heure où la bonne rentre chez elle ; elle allume la lampe dans la cuisine, et cette lumière fait entrer instantanément toutes choses dans une nuit profonde.
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manU17manU17   29 juin 2015
- Ah mon ami, devant tel ou tel événement de votre vie pensez-vous quelquefois à l'instant dont il est sorti, au germe qui lui a donné naissance ? Je ne sais comment dire... Imaginez un champ au moment des semailles, tout ce qui tient dans un grain de blé, les futures récoltes... Eh bien dans la vie, c'est exactement pareil. L'instant où j'ai vu François pour la première fois, où nous nous sommes regardés, tout ce que cet instant contenait...c'est terrible, c'est fou, ça donne le vertige !...
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