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EAN : 9782350874197
544 pages
Editions Héloïse d'Ormesson (17/08/2017)
  Existe en édition audio
4.16/5   404 notes
Résumé :
Robert Desnos a vécu mille vies - écrivain, critique de cinéma, chroniqueur radio, résistant de la première heure -, sans jamais se départir de sa soif de liberté et d'amour. Pour révéler cette vie, aussi héroïque qu'engagée, Gaëlle Nohant a épousé les pas du poète, des Halles à Montparnasse, non sans quelques détours, à Cuba ou à Belle-Ile. Comme si elle avait écouté les battements de son coeur dans l'atelier de la rue Blomet, suivi les séances de spiritisme duran... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (161) Voir plus Ajouter une critique
4,16

sur 404 notes
Malgré l'attrait de lever le voile de mon ignorance concernant le poète chanté par Ferrat, reprenant les textes d'Aragon

« Je pense à toi Desnos, qui partit de Compiègne,
comme un soir en rêvant , tu nous en fis récit,
accomplir jusqu'au bout ta propre prophétie,
là-bas où le destin de notre siècle saigne »

malgré l'intérêt pour la plume magistrale de Gaëlle Nohant, j'avoue avoir eu des craintes pendant les 100 premières pages. C'est encore une fois mon inculture qui en est responsable, car il est difficile de s'accrocher à un récit quand ni les noms, ni les lieux ne sont évocateurs. Bien sûr j'ai entendu parler d'André Breton, mais bien d'autres célébrités croisées dans ces pages, et qui arpentent des rues inconnues étaient pour moi juste des noms plaqués au sein des phrases.

Heureusement la persévérance paie, et lorsque l'Histoire est venue hanter l'histoire, c'est avec un grand bonheur que j'ai pu combler mes lacunes et peut-être un peu mieux comprendre qui fût Robert Desnos. Et de revivre en mots cette période troublée qui va du Front populaire, à la libération des camps de la mort (avec un peu d'effroi aussi, si on ose établir un parallèle avec l'actualité de ce début de 21è siècle). Il est étonnant de constater à quel point les proches de Robert Desnos, sont aussi entrés dans la légende (Jean-Louis Barreau, Antonin Artaud, Prévert…)

C'est superbement écrit, très documenté, et l'on perçoit l'implication profonde de l'auteur pour restituer la biographie du poète en un hommage vibrant.
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« Légende d'un dormeur éveillé » : qu'il est beau ce titre ! Je l'avais retenu à la fois pour la contradiction entre ces deux termes – dormeur et éveillé - et son côté esthétique. Mon intérêt s'était ensuite porté sur Desnos dont j'ignorais la biographie. Après avoir rédigé mon billet sur le Bureau d'Eclaircissement des Destins de Gaëlle Nohant, @Sabine59 m'a incitée à me diriger vers ce très beau récit sur Desnos et je l'en remercie sincèrement.

J'ai tout de suite senti, dès les premières pages, l'attraction que l'auteure ressentait pour Desnos. Je ne crois pas m'avancer en présageant qu'elle a écrit là son plus beau livre. Elle s'est laissée guidée par l'attachement qu'elle a ressenti très jeune pour ce poète. de surcroit, son écriture est en parfaite symbiose avec le récit, elle lui sied comme un gant de velours. Elle a choisi la forme romanesque pour permettre au plus grand nombre d'entrer dans la vie de Desnos et c'est une réussite. Ce livre est traversé par un souffle épique dans un style étourdissant, au lyrisme enchanteur.

Je ne peux qu'apprécier le texte, ignorant l'histoire en détail du poète, je ne peux porter un jugement critique sur le fond mais j'ai été fascinée par la beauté et la sensibilité qui émane de la forme : « qu'importe le flacon pourvu qu'on est l'ivresse ».

Si l'auteure s'est autorisée la forme romanesque, elle ne s'est pas écartée des sentiers tracés par Anne Egger et sa biographie sur les surréalistes ni de la somme de ses sources d'inspiration qui sont impressionnantes. Portée par sa passion pour le poète, elle a travaillé son récit après avoir étudié longuement les écrits, les documentaires. Elle a eu l'ingénieuse idée de semer de jolis extraits de poèmes qui viennent agrémenter à bon escient, les chapitres. Elle dépose des petits cailloux que l'on prend plaisir à savourer, comme pour laisser une trace indélébile dans nos mémoires de lecteur.

Alors je me suis laissée téléporter par ce récit étourdissant, dans les années vingt, dans ce Paris du 4ème arrondissement que je connais bien, où j'ai suivi Desnos et Alejo Carpentier, ou bien à la Coupole ou La Rotonde. J'ai partagé la table et le vin des surréalistes, totalement envoûtée par les dialogues enflammés. Je me suis fait un film portée par l'écriture visuelle de l'auteure, une véritable plongée dans ce monde de la nuit où j'ai pu croire entendre la voix éraillée des chanteuses de jazz. J'ai accompagné Desnos et Crevel dans leurs tourments amoureux, terminé la nuit dans la clarté lunaire d'une boîte à Montparnasse, ressenti leurs souffrances comme celle de Crevel, que de détresse en lui ! Quant à Robert, l'auteure nous invite à sonder le mystère de son univers, poète, conteur, journaliste curieux de tout, généreux, amoureux fou de la dispendieuse Youki aux sautes d'humeur éprouvants, se désespérant d'amour pour Yvonne Georges ce qui lui faisait écrire « Je ne serai jamais bien aimé ». Question : mais le voudrait-il, que ferait-il d'une existence lisse ? Excommunié par le sectaire André Breton, Robert qui n'autorise personne à lui dicter sa conduite, l'affronte avec férocité. Ils sont impitoyables l'un envers l'autre. « La nuit surréaliste s'éloigne dans une poussière d'étoiles mortes et d'amis disparus ».

Je reconnais que je commençais à m'essouffler, lassée des querelles entre surréalistes lorsque le récit a pris une nouvelle tournure. Les années trente voient le jour et avec elle, apparaît un climat de tensions délétères dont l'origine s'appuie sur la crise de vingt neuf, annonçant les évènements et les manifestations du Front Populaire, l'antisémitisme, engendrant ainsi de vifs affrontements dans les rues de Paris.

Des discussions passionnées enflamment le 45, rue Blomet, réunissant indépendamment des uns et des autres, et les dissidents « surréalistes » et les amies et amis fauchés comme les blés, toujours sur le fil ténu des sentiers les plus malaisés de cette vie de Bohème. On y croise Aragon, Prévert, Man Ray, Henri Jeanson, Eluard, Soupault, Cocteau, Théodore Fraenkel, André Masson et tant d'autres. Entre les sommeils hypnotiques, les dialogues féroces, les restes de nuits vécues dans la brume des opiacées, il règne une effervescence intellectuelle qui donne naissance à des talents dont nous avons hérités des écrits aujourd'hui. C'est un récit époustouflant qui nous emporte dans ce 20ème siècle si tourmenté, si éruptif, si brûlant et glacial à la fois, si monstrueux. La menace totalitaire est partout. Des amis disparaissent, les périls s'accumulent, Desnos abandonne ses positions pacifistes pour entrer en résistance. Il s'expose de plus en plus jusqu'à son arrestation par la Gestapo.

Je suis admirative du travail accompli par Gaëlle Nohant, elle aurait pu trébucher tant la narration demande une construction minutieuse, ne tolérant aucun écart dans la chronologie et l'exactitude historique. C'est un pavé de cinq cent trente pages qui relate le courage d'un homme, un passionné, qui affrontera le nazisme et qui y laissera la vie !

Ce serait un sacrilège de ne pas évoquer la dernière partie du livre où l'auteure laisse Youki (Lucie Badoud) s'exprimer à travers les pages de son journal. S'il n'y avait qu'une partie de ce récit à lire, à mes yeux, c'eut été celle-ci. C'est très beau, sensible, émouvant, poignant. L'auteure a su, sans conteste, se substituer à cette femme qui tente d'obtenir, par tous les moyens des nouvelles de son compagnon, Robert, cette Reine de la nuit qui fut un temps, estimait qu'aucune personne n'était en droit de prétendre à l'exclusivité d'un amour, elle qui regrette aujourd'hui, ses attitudes d'hier.

« J'ai rêvé tellement fort de toi, J'ai tellement marché, tellement parlé, Tellement aimé ton ombre, Qu'il ne me reste plus rien de toi. Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres, D'être cent fois plus ombre que l'ombre, D'être l'ombre qui viendra et reviendra dans ta vie ensoleillée ».


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Il parait " qu'en vieillissant les hommes pleurent". Comme je suis une vraie éponge, je m'imprègne, j'absorbe tout ce que je vois, entends et bien sur lis, et à la fin mes glandes lacrymales s'ouvrent.
Comment rester insensible à l'écriture de Gaëlle Nohant et à la " Légende d'un dormeur éveillé" qu'était Robert Desnos.
La vie du poète comme si vous y étiez, et quelle vie.
Tout commence en 1927, premier acte de résistance et de désobéissance face à un André Breton plutôt autoritaire, et son exclusion du mouvement surréaliste.
Comment décrire le Paris des années folles de Desnos ? le monde artistique semble s'être donné rendez-vous à Paris pour oublier la boucherie que fût 14-18. Prévert, Aragon, Eluard, Fujita, Hemingway….
La vie bohème de Montparnasse où l'alcool et le jazz coulent à flots. On dort peu, on se refait un monde plus poétique.
En 1936 l'assassinat de Garcia Lorca par la milice franquiste va réveiller Robert et ses ami(e)s à la dure réalité de l'époque, rien n'est jamais gagné surtout pas la liberté.
" Légende d'un dormeur éveillé" m'a permit de découvrir un autre univers, car on apprend beaucoup avec ce roman.
Il est difficile de parler de Robert Desnos sans évoquer Youki, madame Fujita. Celle qui fût sa muse, sa sirène, sa femme fatale.
" J'ai rêvé tellement fort de toi
J'ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu'il ne me reste plus rien de toi"..
Vous l'aurez compris ce livre de Gaëlle Nohant " Légende d'un dormeur éveillé" est une merveille de douceur.
" Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête,
ça n'existe pas, ça n'existe pas
Une fourmi trainant un char
plein de pingouins et de canards,
ça n'existe pas, ça n'existe
une fourmi parlant Français, Latin et Javanais
ça n'existe pas, ça n'existe pas
Eh ! pourquoi pas".

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Superbe, scintillant, libre ! Un roman magnifique pour ma première lecture de 2018 !

Gaëlle Nohant m'a comblé dans la découverte de cet homme que je ne connaissais pas. Uniquement par le nom de l'auteur de la poésie "La fourmi" que j'ai apprise à l'école primaire et qui est toujours ancrée dans ma tête largement 30 ans plus tard.

Gaëlle Nohant est née la même année que moi (1973) c'est sans doute par ce biais de cette poésie animalière que Robert Desnos est rentré dans sa vie.

Si l'entrée dans ce livre fût un peu difficile à la base je me suis très vite laissée guider par l'auteure et Robert Desnos dans le Paris des années 30.

On en croise des célébrités, c'est un véritable foisonnement culturel. On se promène dans le Paris d'avant guerre dans le Paris de la nuit, dans le Paris des ateliers d'artistes des bars et autres cabarets .

Il y a un brassage joyeux et parfois mondain la nuit dans Paris.

Robert Desnos participe de ce mélange joyeux et se construit en poésie.

Gaëlle Nohant est tombée amoureuse de ce poète, j'en suis persuadée !

L'auteur nous permet vraiment de découvrir cet homme dans cette période foisonnante et troublée nous plongeant ainsi au coeur de l'histoire dans un milieu particulier.

La seconde guerre mondiale va mettre à mal toutes les belles libertés prônées par les artistes de tout horizons.

Au nom de la liberté et fort de ses intimes convictions d'égalité entre les hommes Robert Desnos s'engagera dans la Résistance. Il en paiera le prix fort et sera déporté, il mourra le 8 juin 1945 à Terezin.

La quatrième partie de ce livre est un véritable condensé émotionnel. Gaëlle Nohant prends dans cette partie la parole de Youki la principale muse et amour de Robert Desnos. Comme si l'horreur vécue par le poète ne pouvait pas engendrer de mots et pourtant le poète lui trouvera refuge dans la poésie.

Gaëlle Nohant dit : "Écrire ce roman tenait du numéro de funambule, il fallait demeurer sur le fil ténu de la fiction tout en demeurant la plus fidèle possible à la vérité de l'histoire et des vies de tous les protagonistes. Inventer entre les clous, remplir les blancs, rejoindre la vérité par le biais de la fiction, ou en tout cas une vérité possible. Ce Robert Desnos est le mien, il ne saurait se substituer au vrai ni en épuiser le richesse, mais je veux croire qu'il lui ressemble."

et bien moi je dis Bravo, je trouve votre numéro de funambule absolument réussi.
Il m'a permis de rencontrer un homme bon et un poète généreux et libre qui a toute mon admiration.

Avec respect pour cette homme vous avez su lui redonner la parole, le refaire vivre auprès de vos lecteurs. Un portrait magnifique et scintillant !

" Légende d'un dormeur éveillé " est un livre qui restera en moi longtemps.
J'ai fait là une très belle rencontre avec cet homme,
ce poète doué pour vivre et pour aimer
que vous m'avez fait aimer à mon tour.
Un homme éperdu de liberté, d'amour et d'amitié.
Un poète qui fait danser les mots pour couvrir les maux !
Un homme bon et généreux.

Merci Gaëlle Nohant, oui sincèrement merci pour cette belle rencontre.


Lien : https://imagimots.blogspot.f..
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Voici une biographie romancée, engagée, bien construite, parfaitement documentée et travaillée, riche d'énergie, de la vie tumultueuse --il a vécu mille vies---sans jamais se départir de sa soif de liberté ---- de Robert-Desnos, parsemée de ses plus beaux vers.
Je tiens à dire que j'ai eu beaucoup de difficultés à entrer dans ce livre--- un peu trop scolaire --au début ...(plus une panne internet inopportune pour poster pendant plusieurs jours.)

Ce récit offre à notre curiosité une plongée magistrale ressentie et re- transcrite par l'auteur de telle façon que l'on a l'impression qu'elle a vécu à l'époque !
Nous nous immergeons au coeur de la création artistique avec une longue liste d'artistes qui, parfois, se détestent , de Montmartre à Montparnasse ..
Notamment Andre-Breton, engoncé dans ses convictions politiques, qui entend "régenter" les surréalistes ..
Il attaque Robert-Desnos d'une façon cinglante : il aurait renié le surréalisme et serait "vendu" à la presse Bourgeoise pour les articles qu'il publie .

Petit à petit Robert- Desnos s'éloigne du groupe surréaliste et rejoint Queneau, Jacques Prevert , Masson et Bataille aux Deux- Magots .



Ce foisonnement intellectuel, cette brillance sont parfois - souvent - gâchés -par un flot d'alcool et de paradis artificiels - opium et autres addictions .
Puis on revit la période amicale, créatrice , lumineuse entre des artistes créant un monde bien à eux, pur , dégagé et éloigné des contingences tels que J.L Barrault et sa Madeleine, que le mime passionne, Man-Ray, Antonin-Artaud, l'écorché vif, Alejo Charpentier ........

Las! Les batailles surréalistes ont fait long feu!
La troisième partie, -la plus intéressante - conte avec justesse, profondeur, lucidité cruelle , la montée des périls dans un Paris qui grelotte, immobile sous son vernis de gel ;

Comment résister , combattre dans cette France cynique , celle des arrangements et trafics sous le Maréchal ?
Sous tutelle et domination Allemande ?
Je n'en dirai pas plus ........
"Les robes légères des femmes bruissent d'une liberté clandestine ";
"Si au moins, je n'écris pas ce que je pense, je pense à tout ce que j'écris ".........
Sauf à écrire mon admiration pour la belle prose poétique , envoûtante de l'auteur .
A l'aide d'une plume talentueuse les personnages prennent vie et créent un tableau fascinant, chaleureux et vivant de cette époque ! Une atmosphère !
Un hommage fort rendu à un grand poéte attachant et sensible , mort en déportation, aux convictions fortes , aux amours fantasques, surtout pour Youki, sa muse, l'époustouflante, frivole et volage, femme amoureuse......
Cet homme , Libre- tour à tour - écrivain, chroniqueur radio,poéte, critique de cinéma, résistant de la première heure -.
Ceci n'est pas une biographie linéaire ni sage , plutôt un hymne à la création , aux passions, à la culture -à la politique et à l'histoire (, la petite et la Grande) . La fin douloureuse , poignante, très forte en émotions , réussie , sous forme de journal de Youki , nous transforme en "rêveurs éveillés ."
J'avais lu en 2015 "La-part-des-flammes " avec bonheur, du même auteur .
"C'est un matin souffreteux qui tousse entre les nuages et respire sous un couvercle de brume ..."
Attention, 520 pages !
Ce n'est que mon avis, bien sûr !
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critiques presse (1)
Culturebox
13 décembre 2017
Sur fond de tornade artistique et politique qui balaya toute la première moitié du XXe siècle, ce fabuleux portrait d'un grand poète est un coup de maître.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (157) Voir plus Ajouter une citation
Paris 1941

Henri (Jeanson) n'a plus le droit de travailler pour la presse ou le cinéma mais il a suffisamment d'amis pour continuer à écrire des dialogues de film. Robert coécrit avec lui ceux du long métrage "Le pavillon brûle" . Leurs noms n'apparaîtront pas au générique. Robert est devenu persona non grata. Ses prises de position lui ont valu un entretien avec Georges Suarez :
- Je prends le risque de vous garder, Desnos, mais à dater de ce jour, la majorité de vos papiers sera anonyme. Vous avez irrité des gens haut placés. Je vous autorise encore à signer la chronique disques et quelques critiques littéraires mais il va falloir mettre beaucoup d'eau dans votre vin.
- Ca tombe bien, le vin est rationné, observe Robert.

page 295
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Madrid - Federico Garcia Lorca et Robert Desnos

Le "duende" (elfe, lutin) ne m'a fait grâce d'aucune douleur, j'ai senti le froid geler mes veines et raidir mes muscles. J'ai vu ma mort en face, Robert. La poésie a déchiré le voile et me l'a montrée comme une répétition.

Pablo Neruda hésite avant de traduire ces mots qui le remuent.

- Chaque vers que j'écris est un dialogue avec ma mort, répond Robert. Ma poésie me révèle ce que je ne veux pas voir ou que j'ignore, le présent et l'avenir. Parfois il faut des années pour que ces prophéties s'éclairent. Elle m'avait annoncé notre rencontre. Elle m'a répété que mon temps était court jusqu'à ce que je l'entende. C'est un secret effrayant, mais je crois qu'il m'aide à être heureux.

page 224
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15 mai 1944 - page 453 - Journal de Youki qui assiste au départ de Desnos vers Auschwitz depuis Compiègne


Les images de votre départ continuent à me hanter : le pont, les mitraillettes braquées sur vous, et ce moment où tu t'es retourné dans ta course pour lancer ce cri qui me déchire encore : "Youki! Au revoir Youki, à bientôt!
La phrase du Nosferatu de Murnau tourne dans ma tête : "Passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre."
Elle me réveille la nuit, jette un voile sur les belles journées, les jardins débordants de fleurs, les garçons en bras de chemise, les parades amoureuses des chats.
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- Quand je vois ce qui se passe dans le monde, poursuit Federico ( Garcia Lorca) avec gravité, je me demande pourquoi j'écris, à quoi ça sert. Une pièce de théâtre n'arrête pas les balles, un poème ne retient pas le bras d'un assassin. Pourtant le travail est une forme de protestation. En tant que tel, il a un sens. Alors je continue à écrire.
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" J'ai rêvé tellement fort de toi,
J'ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu'il ne me reste plus rien de toi.
Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres
D'être cent fois plus ombre que l'ombre
D'être l'ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée ...."
Écrit en 1926 par "Robert Desnos" pour " La Mystérieuse ".
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