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Michèle Valencia (Traducteur)
EAN : 9782264048561
240 pages
Éditeur : 10-18 (05/11/2009)
3.97/5   545 notes
Résumé :
Entre l'Inde et l'Écosse, des années 1930 à nos jours, l'histoire déchirante d'une femme enfermée, rejetée de la société et oubliée des siens.

Un roman d'une beauté troublante, où s'entremêlent des voix aussi profondes qu'élégantes pour évoquer le poids des conventions sociales et la complexité des liens familiaux, de l'amour à la trahison.

A Édimbourg, l'asile de Cauldstone ferme ses portes. Après soixante ans d'enfermement, Esme Lenn... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (147) Voir plus Ajouter une critique
3,97

sur 545 notes

cascasimir
  11 avril 2021
" Faites moi oublier
Tout ce que j'ai été
Inventez mon passé
Donnez sens à la nuit"

Iris a reçu un appel de l'asile de Cauldstone et vient voir Esme, la petite soeur de sa grand-mère Kitty. Par curiosité... Pourquoi n'a-t-elle jamais entendu parler d'Esme?
-Ne regardez pas les infirmières, je vous en supplie. Elles vont croire que je vous fais peur et m'enfermer de nouveau.
Je suis ici depuis 61 ans, 5 mois et 4 jours, psalmodie Esme d'une voix claire et saccadée "...

"Inventez le soleil
Et L'Aurore apaisée
Non, je n'ai pas sommeil
Êtes-vous mon amie?"

Kitty a pris une décision grave. Parce que l'asile va fermer ses portes et que le nouveau foyer est pire, la jeune femme va garder Esme, le temps de trouver une autre solution...
- Non, elle n'est pas folle. Un peu déboussolée, à cause de son enfermement, raconte Iris.

-J'avais 16 ans, quand on m'a enfermée ici. Iris ressemble à ma mère... Mais, je lui fais peur!
Elle ne comprend pas que Kitty, (sa grand-mère) ne voulait plus d'une soeur comme moi. Moins conformiste et qui refusait le mariage. Elle était jalouse que son beau Jamie me préfère...
Ma mère et mon père ont préféré se débarrasser de moi...

A l'époque, un homme pouvait faire interner une épouse ou une enfant...indocile!
- Papa, hurle Esme, s'il te plaît ! Ne me laisse pas ici, s'il te plait! Je serais sage, je te le promets.

J'étais une jeune fille de 16 ans, libre et je voulais faire des études, aller à l'Université. Pas me marier et ma propre mère avait honte de moi...
J'étais une adolescente, je suis...

"Il faut que je m'étende
Et que je dorme un peu
Il faudrait que je tente
De nettoyer mes yeux"
J.Louis Aubert, Isolement.
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Eve-Yeshe
  01 juin 2014
On fait la connaissance d'Esme à l'intérieur d'un hôpital psychiatrique. Elle est assise dans la salle commune et essaie d'échapper à ce qui se passe autour d'elle en se concentrant sur un souvenir d'autrefois : deux jeunes filles à un bal, l'une est habillée d'une robe rouge qui ne lui va pas et a perdu ses gants : « c'est là que tout commence ».
D'autres images reviennent par bribes. Il suffit qu'elle se concentre sur sa respiration.
Puis une jeune femme, Iris, entre en scène. Elle tient une boutique de vêtements et vient de recevoir une lettre d'un établissement psychiatrique qui doit fermer ses portes. La lettre concerne une certaine Euphémia Lennox dont Iris n'a jamais entendu parler.
Iris décide de se rendre à l'établissement en question et apprend qu'Euphémia, qui préfère qu'on l'appelle Esme a été internée pour « troubles dépressifs » et qu'elle est ici depuis soixante ans et qu'elle est la soeur de sa grand-mère paternelle. Or personne : sa grand-mère, sa mère, son père ne lui a jamais parlé d'elle.
Le temps presse l'infirmier veut qu'Iris place sa grand-tante dans une maison de retraite avant la fermeture de l'établissement. Elle va passer un moment avec Esme et la trouve plutôt lucide, ce qui la laisse perplexe. le jour où Iris va chercher Esme pour la conduire à la maison de retraite, elle ne peut se résoudre à l'y laisser car elle est encore plus sordide. Iris ramène Esme dans son appartement qui était jadis la maison de sa grand-mère Kitty et que celle-ci a fait aménager en appartement.
Elle a le week-end pour tenter de trouver une solution, de discuter avec son demi-frère Alex. En entrant dans la maison, Edme reconnaît certaines choses, certaines pièces puisqu'elle y a vécu.
Les souvenirs vont remonter peu à peu, des liens se créer entre Iris et Esme, tandis qu'un troisième personnage entre en scène : la soeur d'Esme, Kitty qui est dans une maison de retraite pour patients souffrant d'Alzheimer.
Lorsqu'Esme est enfant, la famille vit en Inde, dans la bonne société colonialiste. Esme et Kitty, sa grande soeur jouent ensemble et semblent bien s'entendre. Puis un premier drame arrive, alors qu'elle est âgée de quatre ans environ, son petit frère tombe malade et un soir alors que tout le monde est sorti, Esme se lève, inquiète car il a de la fièvre.
Ses parents la trouveront à leur retour, prostrée, elle tient le bébé mort dans ses bras et le serre si fort qu'on a du mal à le lui arracher. La mère s'effondre, son fils est mort. Il sera désormais interdit de parler de cet enfant, or Esme est petite, elle a besoin de parler de son petit frère et on commence à la punir car elle enfreint la loi édictée par sa mère, et ne peut que se réfugier dans la rêverie.

Ce que j'en pense :
Ce roman est une véritable splendeur. L'histoire est magnifique car c'est celle d'Esme qui est le personnage central, enfermée pendant soixante ans dans un asile psychiatrique pour que sa famille ne la voie plus à tel point qu'elle finit par oublier son existence.
Esme est différente depuis l'enfance et cela dérange tout le monde. Elle est plus sensible que les autres, donc elle a besoin de s'exprimer et elle dérange la famille bourgeoise type de l'époque.
A la mort de son petit frère, en interdisant d'en parler, on nie sa souffrance pour protéger sa mère, tuant son innocence, sa spontanéité. Puis la famille décide de rentrer en Ecosse car c'est devenu trop difficile de vivre en Inde après ce drame. Bien sûr, le climat n'est plus le même, l'Ecosse c'est la pluie, les vêtements chauds, les manteaux et c'est aussi l'entrée en scène de la grand-mère maternelle d'Esme, le parfait tableau de la mégère. Elle n'a qu'un seul but : que ses petites-filles trouvent un mari de préférence riche. On les habille en petites filles modèles qu'on exhibe, ce qui plaît beaucoup à Kitty bien sûr, mais qu'Esme juge ennuyeux et stupide.
Elle préfère les livres et voudrait continuer ses études mais cela déclenche un tollé : il est inadmissible qu'une fille travaille, elle doit tenir une maison, broder, recevoir…
L'histoire nous et amenée tout doucement, l'auteure liant les souvenirs qui reviennent à Esme avec les lieux qu'elle découvre : quand elle entre dans l'appartement d'Iris et reconnaît son ancienne maison, puis au bord de la plage où elle demande à Iris de l'emmener, il y a si longtemps qu'elle n'a pas vu la mer. Là aussi vont remonter des instants de la vie d'avant, des moments avec sa soeur qui cherche un mari à tout prix.
Au retour de la plage, aussi, alors qu'elle partage un moment en écoutant de la musique, Esme se souvient qu'elle jouait très bien du piano et comme elle a l'impression de déranger Iris, elle se concentre à nouveau pour faire remonter des moments d'autrefois.
Maggie O'Farrell entretient suspens et rebondissements en dévoilant peu à peu les souffrances endurées par Esme : le viol et ses conséquences (il faut lire le livre !!). En fait, à l'époque, on enfermait à l'asile les personnes qui ne respectaient pas les règles de la bienséance, il fallait peu de choses, alors quand une jeune femme sensible subit des traumatismes violents au lieu de l'écouter on l'enferme. L'auteure nous décrit de façon très percutante le monde de la psychiatrie de l'époque.
Maggie O'Farrell a bien étudié la personnalité de chacun de ses personnages , leur lâcheté, leurs bassesses, leurs méchancetés, comment une famille arrive à détruire une enfant au nom des valeurs de la bonne société, lui interdisant d'extérioriser sa peine, lui prenant tout ce qu'elle a, jusqu'à la dépouiller de sa propre identité, et pour finir l'oubliant durant plus de soixante ans dans un asile.
Et en racontant les deux époques en parallèle, elle permet de les comparer, et met en lumière le côté libéré des contraintes et des tabous de la génération actuelle par les personnages d'Iris et Alex, qui sont décomplexés et bien plus ouverts. On voit toute l'évolution de la société sur près d'un siècle.
Maggie O'FARRELL ne sombre jamais dans le pathos, elle reste toujours dans la sobriété et c'est ce qui fait de livre, inspiré de faits réels, un vrai bijou.
Une auteure qui a vraiment émergé il y a une dizaine d'années et qu'il faut continuer à suivre de près.
Note : 9,25/10

Lien : http://eveyeshe.canalblog.co..
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nameless
  15 juin 2017
La fermeture définitive de l'hôpital psychiatrique de Cauldstone près d'Edimbourg nécessite la remise en liberté expéditive de ses ultimes patients. Parmi eux, Esme Lennox, âgée de 75 ans, internée dans l'établissement depuis 60 ans. Au cours de ces longues décennies, personne ne lui a rendu visite, pris de ses nouvelles ou sollicité sa sortie. Elle a été déposée puis oubliée, alors qu'elle n'avait que 16 ans. La seule trace familiale survivante figurant dans son dossier désigne Iris comme sa tutrice.

Iris est une jeune femme qui vit et travaille à Edimbourg, entretient une relation amoureuse avec Luke, un homme marié, et fusionnelle avec Alex qu'elle présente comme son frère. Iris découvre en deux coups de fil et un courrier, l'existence d'Esme, qui serait sa grand-tante, donc la soeur de sa grand-mère, censée être fille unique. Malgré la surprise, Iris ne se dérobe pas face à l'écrasante responsabilité de prendre en charge celle qui est une inconnue pour elle, peut-être dangereuse puisque folle. Pour quels motifs, la vie d'Esme lui a-t-elle été confisquée ? Pourquoi a-t-elle été gommée de l'histoire familiale, comme si elle n'avait jamais existé ?

Maggie O'Farrell réalise un roman à la beauté à la fois magnétique et effrayante, à la construction sensible et fragile comme le sont les souvenirs d'Esme, broyés par sa captivité, ou ceux de Kitty, sa soeur, aux prises avec Alzheimer dans une maison spécialisée. Au gré des réminiscences fugitives des deux femmes, des recherches effectuées par Iris, se dessine peu à peu le tableau d'une famille aisée, dont le père occupait un poste important dans l'Inde colonisée des années 30. L'auteure décrit à petites touches délicates, le poids des conventions, le carcan éducatif, l'hypocrisie sociale, les drames familiaux vécus, les secrets, les événements traumatiques subis par Esme, qui ont finalement abouti à la réclusion de celle qui était surnommée la farfelue.

L'auteure nous parle d'un temps, pas si lointain, où il suffisait à un homme de détenir un papier signé par un médecin pour faire interner sa femme ou sa fille indocile ; où ce que voulait ou refusait une jeune fille pour accomplir sa vie, n'entrait pas en ligne de compte ; où il n'était pas question qu'elle fasse des études ou travaille pour vivre ; où toute tentative d'expression personnelle était reçue comme une agression et donc réprimée. Un roman bouleversant qui permet de comprendre comment rendre l'autre fou.
Consentez – et vous êtes sain d'esprit -
Contestez – et aussitôt vous êtes dangereux -
Et mis aux fers -
Emily Dickinson, exergue de L'étrange disparition d'Esme Lennox
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karmax211
  15 janvier 2021
Avertissement : ne vous attendez pas à un avis consensuel et laudateur...
Le préambule étant posé, j'ai d'abord envie de dire : ah la famille et ses secrets ou ah les secrets de famille, quelle aubaine pour les auteurs !
La famille n'est-elle pas en effet "le totem sacré et tabou " de nos bonnes vieilles sociétés "religiosantes" ( un néologisme qui sent la naphtaline).
Et tout en écrivant ces mots, je pense à " La Familia Grande " de Camille Kouchner ainsi qu'au bouquin de David Cooper - Mort de la famille -, que j'avais lu dans les années 70... Une mine intarissable, disais-je...
Lorsque j'ai entrepris la lecture de l'ouvrage de Maggie O'Farrell, m'est revenue ou s'est imposée la fable - Les porcs épics - de Schopenhauer.
Vous savez, cette bande de hérissons qui, cernés par l'hiver, le froid, la neige et la bise essaient de se tenir côte à côte la nuit pour se réchauffer et pouvoir dormir. Mais leurs piquants les blessent et c'est la débandade. Ce n'est qu'au prix de plusieurs tentatives qu'ils parviendront après mille précautions et en abaissant leurs piquants à se rapprocher et à trouver enfin le sommeil.
Belle allégorie, non ?
Donc l'auteure nous conte l'histoire d'une famille, des années trente jusqu'à nos jours, une famille bourgeoise où le paraître tient lieu d'être ( un bon vieux cliché ), et où il ne fait pas bon être "un vilain petit canard". Esme, soeur cadette de Kitty, est le vilain petit canard en question. Elle est libre comme Max, vous me suivez ? Et cette liberté, elle va la payer cher, ou plutôt sa famille va la lui faire payer au prix fort de 61 années d'internement dans un asile psychiatrique... pour "trois fois rien".
Six décennies plus tard, alors qu'elle a disparu de tous les écrans radars qui sont censés témoigner que les vivants vivent, l'asile ferme ( enfin ! ) et Esme se retrouve en transit entre cette prison pour aliénés et une maison de retraite "normale" où elle pourra finir ses jours comme n'importe quel citoyen lambda... transition soudaine, brutale et peu cohérente (?).
Pour ce faire, l'administration fait appel à sa seule parente connue, sa petite-nièce Iris, laquelle n'a jamais entendu parler de l'existence ( et pour cause ) de la vieille dame emmurée depuis plus de soixante ans dans cette oubliette "intemporelle".
Où et à quoi va mener cette rencontre improbable ?
Alors là on pense qu'effectivement, il fut un temps où la bonne comme la moins bonne société pouvait se débarrasser de ses filles, pour toutes sortes de raisons.
Il y eut d'abord les couvents... on songe à Diderot et à - La religieuse -, puis leur succédèrent les asiles, et là on peut se référer à - le bal des folles - de Victoria Mas ou à - La salle de bal - de Anna Hope ( ce ne sont que quelques exemples ).
Et donc, des années 30 jusqu'à la fin des années 50, on peut concevoir, en tirant beaucoup sur l'écheveau de l'Histoire, qu'un tel internement (abusif)ait pu perdurer... mais il faut vraiment tirer beaucoup sur l'écheveau !
Mais lorsqu'on se réfère aux progrès de la psychiatrie à partir des années 60... aux différentes révolutions ( presque partout dans le monde dit libre ) qui ont changé le regard de la société sur cette discipline et ses institutions, il est inenvisageable d'imaginer une seconde qu'une jeune femme ( elle a un dossier psychiatrique très "maigre" ) ait pu passer au travers de trois ou quatre générations de praticiens, sans qu'aucun d'entre eux ne comprenne qu'il avait affaire à une machination familiale machiavélique...
Et que dire des différentes administrations auxquelles ces établissements sont soumis, des services sociaux... et des lois ?
Bref, vous l'avez compris... ce Château d'If hors du temps transposé à Édimbourg où Nessie serait le baromètre de la normalité psychologique des Écossais... je n'y ai pas cru !
Si j'ajoute à cela l'Alzheimer alternatif de Kitty... il y aurait vraiment des raisons de perdre la sienne...
J'ai pourtant apprécié la structure narrative, utilisant intelligemment la 3ème personne du singulier, la simultanéité d'un récit au présent et au passé et les insertions "rupture(s)" de la voix "conscience de Kitty.
Mais hélas, trop de répétitions viennent gâcher un style qui est pourtant plein des qualités d'une plume de talent... 7 fois "balayer du regard ou des yeux" en 232 pages... autant de fois l'emploi du verbe "ciller", plusieurs fois " se carrer dans son fauteuil" ou le verbe "dépiauter". Etc etc...
Conclusion : une intrigue bien ficelée si on aime les rouleaux de ficelle. Une histoire attachante si l'on ne s'attache pas trop à la réalité.
Je ne déconseille pas ce livre qui ne m'a pas convaincu.
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Gwen21
  15 février 2017
Si vous pensiez avoir fait le tour des romans traitant de secrets de famille, je vous encourage à revoir votre jugement.
Le mystère qui entoure Esme Lennox, vieille femme qui a passé plus de soixante ans dans un asile d'aliénés, n'est pas un petit mystère à deux balles ; dense, compact, glaçant, il semble déterminé à garder tous ses secrets.
Indes anglaises, dans l'entre-deux-guerres.
Deux jeunes soeurs, Kathleen et Euphemia grandissent heureuses.
Édimbourg, à la même période.
A l'adolescence, les caractères des fillettes rapatriées dans cette bonne vieille Europe se développent, mettant en lumière des tempéraments différents. Si la première se fond volontiers dans le moule mondain de la petite fille modèle et se prépare placidement à la "chasse au mari", la seconde, fantasque et volontaire, s'ennuie à périr aux bals et aux thés et contraste par son attitude avec les attentes d'une société guindée.
Édimbourg, de nos jours.
Iris, jeune femme sans attaches sentimentales et indépendante, gère une friperie. Masquant ses failles sous une apparence décomplexée et décontractée, elle se trouve du jour au lendemain confrontée à des responsabilités qui la dépassent en la personne de sa grand-tante, Esme Lennox, dont elle n'a jamais soupçonné l'existence.
Je n'en dis pas plus, j'ai volontairement lancé un hameçon, à chacun de voir s'il veut mordre. En ce qui me concerne, je n'ai aucun regret de m'être jetée à l'eau. Une fois la construction un peu éparpillée du roman apprivoisée, j'ai pleinement apprécié ce voyage au coeur des secrets d'une famille pas si bien-comme-il-faut que cela. Une fois commencée, difficile de lâcher cette fiction, récit d'une vie volée, et peuplée de personnages très attachants.

Challenge Petit Bac 2016 - 2017
Challenge MULTI-DÉFIS 2017
Challenge ABC 2016 - 2017
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Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
HundredDreamsHundredDreams   16 juillet 2021
Euphemia (= Esme) fronce les sourcils. Toutes deux s'examinent. Iris se rend compte qu'elle s'attendait à une personne fragile ou infirme, une minuscule vieillarde, une sorcière de conte de fées . Mais cette femme est grande, avec un visage anguleux et des yeux pénétrants. Son expression est un peu hautaine, malicieuse aussi, avec des sourcils haussés. Bien qu'elle doive avoir plus de soixante-dix ans, elle a un côté puéril incongru. Ses cheveux sont retenus d'un côté avec une barrette, et sa robe à fleurs, froncée à la taille, n'est pas une robe de vieille dame.
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HundredDreamsHundredDreams   16 juillet 2021
Elle ne supportait pas l'idée que, dans quelques mois, elle serait bloquée dans cette maison, sans raison d'en sortir, surveillée toute la journée par sa mère et sa grand-mère. Kitty partirait bientôt en emportant sa dentelle et ses rubans. Il n'y aurait aucun moyen de s'échapper, aucun soulagement à attendre de ces murs, de cette pièce, de cette famille, jusqu'à son mariage, sort peut-être pire encore.
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fanfan50fanfan50   17 octobre 2014
... tu vas déchirer ta robe, et maman sera en colère, lui ai-je dit, mais elle s'en fichait. Esme ne se souciait jamais de ce genre de chose. Et c'est bien ce qui est arrivé, elle a déchiré sa robe et, quand nous sommes revenues, maman s'est fâchée contre nous deux. Elle m'a dit : tu es responsable, parce qu'on ne peut pas compter sur Esme, et il faudra la confier à Mme MacPherson la prochaine fois. Mme Mac, comme elle préférait qu'on l'appelle, m'avait taillé la robe que je portais ce soir-là, une robe d'une splendeur incroyable, qui avait nécessité trois essayages car, d'après maman, il fallait que tout soit parfait. De l'organdi blanc souligné de grège. J'étais terrifiée à l'idée que le houx déchire le tissu, si bien que c'était Esme qui le tenait en marchant avec précaution sur le sol gelé, parce que nos semelles étaient fines. Sa robe était étrange ; elle ne voulait pas entendre parler d'organdi, elle voulait du rouge, du cramoisi, disait-elle. Du velours. Plantée devant la cheminée, elle a déclaré à Mme Mac : je veux une robe en velours cramoisi...
... non, a répondu ma mère, assise sur le canapé. Tu es la petite-fille d'un avocat, pas une entraîneuse de bar. C'était elle qui payait, alors Esme a dû se contenter d'une sorte de taffetas bordeaux. Lie-de-vin, d'après Mme Mac, ce qui, je crois, lui donnait l'impression...
... le vin dans des carafes en cristal taillé sur la table, derrière le canapé. Un cadeau de mariage d'un oncle. Au début, je les aimais bien, mais les épousseter, c'était la croix et la bannière, si vous me pardonnez l'expression. Pour nettoyer les creux, il fallait se servir d'une petite brosse, une vieille brosse à dents assouplie par exemple. J'aurais bien aimé en être débarrassée, qu'on les offre à un membre plus jeune de la famille, disons en cadeau de mariage, elles feraient un bel effet, mais il aimait les voit là. Il buvait un verre au dîner, un seul, deux le samedi soir, et je devais emplir le verre à moitié pour que le vin puisse respirer, comme il disait, et moi, je rétorquais : je n'ai jamais entendu de telles bêtises, le vin ne peut pas respirer, imbécile, le dernier mot tout bas, bien sûr, parce que ça ne se fait pas de...
... et maman disait qu'elle devait lui couper les cheveux, pas plus bas que le menton. Mais, pour Esme, il n'en était pas question. Maman a sorti une jatte du placard de la cuisine, et Esme n'a rien trouvé de mieux à faire que la lui arracher et la jeter par terre. Mes cheveux sont à moi, hurlait-elle, c'est à moi de décider. Bon. Maman était tellement furieuse qu'elle en est restée muette.
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Eve-YesheEve-Yeshe   03 juin 2014
Sa spécialité. Se rendre absente au monde, se faire disparaitre. Mesdames et Messieurs, regardez bien. Surtout, il importe d’être immobile. Le simple fait de respirer peut leur rappeler votre présence, donc, des respirations très courtes, très superficielles. Juste de quoi rester en vie. Pas plus. Ensuite, il faut s’imaginer tout en longueur. C’est le plus difficile. Penses que tu es mince, étirée, transparents, à force d’avoir été malaxée. Concentre-toi. Concentre-toi vraiment. Il faut atteindre un état où ton être, le quelque chose qui fait de toi ce que tu es et te rend bien visible, en trois dimensions dans une pièce, peut s’envoler de ton crâne, jusqu’au moment où, mesdames et messieurs, ce stade sera dépassé… P 94
+ Lire la suite
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latinalatina   29 août 2011
"Pose ton livre, Esme, lui avait dit sa mère. Tu as assez lu pour ce soir."
Elle en était incapable, car les personnages et le lieu de l'action la captivaient. Soudain, voilà que son père se tenait devant elle, lui arrachait le livre, le fermait sans marquer la page. "Fais ce que dit ta mère, pour l'amour de Dieu", disait-il.
Elle se redressa, la rage bouillonnant en elle, et, au lieu de demander : "S'il te plaît, rends-moi mon livre", elle lâcha : "Je veux continuer l'école".
Ce n'était pas prévu. Elle savait que le moment était mal choisi pour aborder ce sujet, que la discussion ne servirait à rien, mais ce désir était aigu en elle, et elle n'avait pas pu s'en empêcher. Les mots avaient jailli de leur cachette. Sans son livre, ses mains se sentaient curieuses et inutiles, et le besoin de continuer l'école s'était exprimé par sa bouche à son insu.
Un silence s'empara de la pièce.(...)
"Non, répondit son père.
- S'il te plaît". Esme se leva, s'étreignant les mains pour les empêcher de trembler. "Mlle Murray dit que je pourrais obtenir une bourse et ensuite, peut-être, tenter l'université et...
- Ca ne servirait à rien, trancha son père en se rasseyant dans son fauteuil. Pas question que mes filles travaillent pour vivre."
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