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Rauda Jamis (Traducteur)Claude Fell (Éditeur scientifique)
ISBN : 2742700110
Éditeur : Actes Sud (16/03/1993)

Note moyenne : 3.47/5 (sur 33 notes)
Résumé :

En soixante pages d'une pudeur et d'une discrétion exemplaires, Elena Poniatowska évoque ici la dévastation provoquée dans la vie d'Angelina Beloff par le départ de son amant, le peintre mexicain Diego Rivera. Dans ce récit épistolaire à une voix, c'est l'autre voix, celle de l'absent, qui par son silence donne à la solitude d'Angelina les dimensions du tragique. Ce petit joyau romanesque, quoique d'une essence... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Pecosa
  07 septembre 2013
Un classique du roman épistolaire, 12 lettres d'amour adressées à Diego Rivera par sa compagne, la peintre russe Angelina Petrovna Belova. C'est en lisant la biographie consacrée au Mexicain par Bertram-David Wolfe qu'Elena Poniatowska prend connaissance d'une lettre datée de juillet 1922 dans laquelle une femme abandonnée souffre du silence de Rivera et lui demande une dernière fois de ces nouvelles. La "princesse rouge" s'attelle dès lors à l'élaboration d'un long monologue en rédigeant onze lettres fictives envoyées de Paris par une Angelina désespérée. "Je t'aime, Diego, à l'instant je sens une douleur presque insupportable dans la poitrine. Dans la rue il m'est arrivé la même chose, le souvenir de toi me frappe et je ne peux plus marcher, cela me fait si mal que je dois m'appuyer contre un mur."
Belova a consacré sa vie à aimer d'un amour impossible un artiste égoïste obsédé par la création artistique. En lisant Cher Diego, Quiela t'embrasse, on pense à Lettre d'une inconnue de Zweig, et pourtant cette passion n'était pas fictive. Arrivée à Paris pour exercer son art, elle rencontre Rivera en 1910, met sa carrière entre parenthèses, se consacre à leur fils Miguel Angel qui décède rapidement. Les années parisiennes sont matériellement difficiles, la première guerre mondiale semant à l'arrière son lot de contraintes et de privations. De plus Rivera vit une liaison avec une autre peintre russe Marie Vorobev Stebelska avec laquelle il aura une fille. Rappelé au Mexique par Jose Vasconcelos pour peindre la Révolution, Rivera s'y rend seul pour des raisons économiques et ne lui donnera plus jamais de nouvelles, se contentant de lui faire parvenir de l'argent de temps en temps. Angelina reste seule à Paris, dans l'attente d'un mot, d'un geste.
Solitude, abandon, douleur de la perte d'un enfant, obsession amoureuse, mais aussi vie culturelle bouillonnante et création artistique transparaissent au fil des pages. Un portrait terrifiant de Diego Rivera se dessine, un ogre génial et écrasant , uniquement passionné par sa peinture: "(...) malgré ton silence que j'attribue à un excès de travail, au changement, aux projets en route, aux longues discussions que tu suscites à la tombée du soir; je t'imagine autour d'une table, échangeant des idées, secouant les esprits, les obligeant à penser, les enflammant avec ta passion, les irritant aussi, puis explosant toi-même de colère de la même façon que tu explosas lorsque je t'appris que j'étais enceinte vociférant, menaçant de te jeter du septième étage, devenant fou et me criant, tout en ouvrant les deux volets: "Si cet enfant me dérange, je le jetterai par la fenêtre."
En s'appuyant sur le travail de Wolfe, Elena Poniatowska qui excelle dans les portraits de femmes (Tinisima, Leonora...) a tiré de l'oubli cette passion dévastatrice qui occulta le travail de Angelina Beloff. Celle qui fut influencée par Cezanne et Matisse vit son oeuvre reléguée au second plan, loin derrière son mariage malheureux avec Rivera. Cher Diego, Quiela t'embrasse dit si bien la douleur de l'amour non partagé que Beloff est devenue le symbole de toutes les épouses d'artistes phagocytées par leur géniaux compagnons.
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Commenter  J’apprécie          5010
palamede
  18 décembre 2016
Pauvre Angelina, Diego est reparti au Mexique et ne répond pas à ses lettres. Parfois, il lui envoie de l'argent pour vivre, mais aussi, comble de chagrin, pour son ancienne maîtresse dont il a une fille. Ce sont des années de souffrance à attendre en vain que son grand amour lui dise de le rejoindre, et qui ne la reconnaît pas, quand leurs chemins se croisent.
Elena Poniatowska raconte, sous forme épistolaire, l'histoire d'amour et de misère entre le peintre mexicain Diego Rivera et le peintre russe Angelina Beloff. Une rencontre qui s'est faite à Paris dans les années 10 et a abouti à un mariage qui a duré dix ans. Dix années de bonheur, de vaches maigres et de douleur. Diego était volage et fantasque, Angelina trop sérieuse, trop amoureuse.
Ces lettres fictives traduisent toute la détresse d'Angelina qui, après le départ de Diego, doit affronter seule une vie misérable, privée de l'essentiel. Angelina qui pleure un enfant mort et un amant qui lui impose son silence, le silence. Car elle ne confie à personne son dénuement matériel et affectif, même si elle travaille et rencontre quelquefois ses amis célèbres.
Un petit livre d'une force inouïe et d'une grande beauté qui rend hommage à une femme émouvante, une artiste malheureuse mais pas résignée devant l'absence d'un Diego Rivera, égocentrique, excessif et magistral.
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zabeth55
  07 novembre 2014
C'est un court mais magnifique roman épistolaire.
Elena Poniatowska prête sa plume à Angelina Beloff qui, de Paris, envoie des lettres à son mari, le célèbre peintre mexicain Diego Rivera, reparti dans son pays.
Mais ces lettres restent sans réponses.
Elles crient la passion totale, dévorante et désespérée.
Au fil des mois, ni la colère, ni la solitude, ni l'incompréhension de ce silence, ne ternissent cet amour inconditionnel.
L'écriture est très belle, l'histoire d'amour bouleversante.
En réalité, Angelina Beloff ne croisera son mari au Mexique que bien des années plus tard, mais il ne la reconnaîtra pas. Etre temps elle aura continué sa carrière personnelle de peintre et lui se sera remarié.
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Marti94
  30 avril 2018
Avec ce recueil de lettres fictives publiées en 1978, Elena Poniatowska retrace la vie d'Angelina Beloff, peintre d'origine russe, vivant à Montparnasse dans le Paris des années 20. Il faut dire qu'elle a réellement partagé sa vie avec le peintre mexicain Diego Rivera avant que ce dernier ne retourne au Mexique où il aura d'autres femmes dont Frida Kalho.
Avec ce joli titre "Cher Diego, Quiela t'embrasse", on comprend tout de suite qu'il s'agit de correspondances. Mais ces lettres sont à sens unique. Ce sont celles d'une femme qui écrit à l'homme qu'elle aime, son mari Diego parti au Mexique avec qui elle a eu un enfant et qui ne lui répondra pas. On perçoit tout de suite son sentiment d'abandon très joliment exprimé. Cependant rapidement elle évoque sa condition de femme en disant « après tout sans toi je suis bien peu de chose ». Elle exprime ensuite sa dépendance et ça je n'ai pas du tout aimé. Dire qu'elle n'existe qu'à travers son amour à lui, c'est se réduire à un objet.
Et puis dans son malheur on apprend qu'elle aussi est peintre. Dans ces lettres, elle va raconter son travail malgré la souffrance de la perte ou plutôt des pertes, celle de son enfant et celle de son amour. Malgré des moments de lucidité, elle dit vouloir faire n'importe quoi pour le retrouver y comprit se soumettre à cet homme décrit comme coléreux et caractériel. C'est sans doute sa passion pour la peinture qui va lui permettre des années plus tard à se libérer de ce carcan.
Bien que la soumission de cette femme à un homme ingrat soit un peu agaçante, ces vraies fausses lettres sont une façon originale de faire la biographie romancée d'Angelina Beloff.
Lu en avril 2018
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calisson73
  18 octobre 2014
Le monologue épistolaire d'une femme abandonnée. La pauvre Angela passe par toutes les phases, espoir, déni, jalousie, désespoir. C'est très beau et c'est criant de vérité.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
palamedepalamede   18 décembre 2016
Je t'aime, Diego, à l'instant je sens une douleur presque insupportable dans la poitrine. Dans la rue il m'est arrivé la même chose, le souvenir de toi me frappe et je ne peux plus marcher, cela me fait si mal que je dois m'appuyer contre un mur. L'autre jour un gendarme s'est approché de moi : " Madame vous êtes malade ? "
J'ai hoché la tête d'un côté, de l'autre, j'allais lui répondre que c'était l'amour, tu vois, je suis russe, je suis sentimentale et je suis femme, mais j'ai pensé que mon accent me trahirait et les fonctionnaires français n'aiment pas les étrangers. Je poursuivis donc mon chemin, je le poursuis tous les jours, je sors du lit et je pense que chaque pas que je fais me rapproche de toi, que les mois - oh ! combien nombreux - de ton installation passeront vite, que tu m'enverras bientôt chercher pour que je sois toujours à tes côtés.
Je te couvre de baisers,

Ta Quiela
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PiatkaPiatka   22 septembre 2014
Je ne vivais qu'en fonction de la peinture ; je voyais tout sous la forme d'un dessin, le tournoiement d'une jupe sur le trottoir, les mains rugueuses d'un ouvrier mangeant non loin de moi, le pain, la bouteille de vin, les reflets auburn dans la chevelure d'une femme, les feuilles, les ramages du premier arbre. Par exemple, je ne m'arrêtais jamais à regarder un enfant dans la rue pour l'enfant en soi. Je le voyais déjà comme un tracé sur le papier ; je devais capter avec exactitude la pureté du menton, l'arrondi de la petite tête, le nez presque toujours minuscule, la bouche douce, jamais immobile.
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PiatkaPiatka   23 septembre 2014
Toi, tu soulèves des tourbillons sur ton passage et je me souviens d'une fois où Zadkine m'avait demandé : "Il est saoul ?" Ton ivresse venait de tes images, des mots, des couleurs ; tu parlais et nous t'écoutions tous, incrédules ; pour moi, tu étais un tourbillon en chair et en os, et, en plus de l'extase dans laquelle je tombais en ta présence, auprès de toi le monde m'appartenait un peu. L'autre jour, Elie Faure m'a dit que depuis que tu es parti une source de légendes d'un monde surnaturel s'était tarie et que nous autres Européens avions besoin de cette mythologie nouvelle, parce que, en Europe, la poésie, la fantaisie, l'intelligence sensitive et le dynamisme de l'esprit était morts.

A propos de Diego Rivera
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calisson73calisson73   18 octobre 2014
Pas une ligne de toi et le froid ne recule pas dans sa tentative de nous congeler
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Marti94Marti94   30 avril 2018
Réussir mon indépendance économique a été l'une de mes plus grandes sources de satisfaction et je suis fière d'avoir été l'une des femmes à l'avant-garde de ma génération.
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Vidéo de Elena Poniatowska
Elena Poniatowska .Librairie El Salón del libro 21 rue des Fossés Saint-Jacques Paris 5e www.salondellibro.fr
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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