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EAN : 9791097417437
Éditeur : Viviane Hamy (05/09/2019)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 178 notes)
Résumé :
« Un jour, dans mille ans, un archéologue explorera ton refuge. Il comprendra que l’ouvrage militaire a été recyclé en ermitage. Et s’il lui vient l’idée de gratter sous la peinture ou la chaux, il exhumera des fresques colorées intitulées La Vie de David Claessens en sept tableaux. Je les connais par cœur, ils sont gravés à tout jamais dans ma médiocre mémoire, je peux vous les décrire, si vous voulez faire travailler votre imaginaire :

L’enfant prod... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (96) Voir plus Ajouter une critique
Cancie
  16 septembre 2019
Le roman débute dans une basilique genevoise où un dernier hommage va être rendu au chef d'orchestre de l'OSR (Orchestre de la Suisse romande), à la renommée internationale. Sa fille Ariane Claessens, pianiste émérite, contrairement à ce qu'on attend d'elle, ne va pas entamer la marche funèbre traditionnelle en mémoire de son père, mais le concerto pour violon N°1 Opus 77 de Chostakovitch, Opus qui va rythmer la vie de cette famille et également le roman, avec ses cinq mouvements : Nocturne, Scherzo, Passacaille, Cadence et Burlesque.
C'est elle la narratrice et elle va nous conter l'histoire de ces Claessens, cette (sa) famille qui a la musique dans le sang. À travers ses souvenirs, elle nous fait vivre la rencontre de ses parents. Comment Claessens, nommé ainsi tout au long du roman, alors pianiste, de passage à Tel-Aviv pour y donner le concerto pour piano de Tchaïkovski, rencontre la classe d'art lyrique de l'Académie de musique et va remarquer cette jeune soprano, au vibrato exceptionnel : Yaël. Ils vont tomber follement amoureux.
Claessens deviendra rapidement un chef d'orchestre réputé. Si sa fille, la belle Ariane est reconnue également dans le monde entier pour ses talents de pianiste, c'est David son frère aîné, jeune violoniste très prometteur qui lors du prestigieux concours "Reine Elisabeth" pouvant lancer sa carrière, va commettre l'inimaginable. C'est cet évènement et cette rupture qui vont être la trame de ce roman.
L'auteur a su ménager de belle manière un suspense autour de ce fait et lorsqu'il va le décrire, en nous faisant revivre cette finale où David doit interpréter cet OPus 77 de Chostakovitch sous la direction de son père, c'est vraiment un moment magnifique et sublime que j'ai vécu sans pour autant être une mélomane avertie. J'ai été bouleversée par la manière dont Alexis Ragougneau a su faire passer un souffle de beauté et nous faire vibrer en totale harmonie avec ce musicien. Avoir entrelacé la vie de Chostakovitch, ce compositeur, jouet de Staline "écartelé entre la terreur et la répression" et l'interprétation de son Opus 77 par David m'a fait ressentir de façon éblouissante et véridique cette musique.
Ce livre où la tension est palpable du début à la fin tient à la fois du roman noir, du roman psychologique et du roman d'amour, amour tellement pur entre le frère et la soeur : "nous étions là, David et moi, comme toujours, comme depuis l'enfance, nous protégeant mutuellement de l'orage. le frère et la soeur, yeux fermés, blottis l'un contre l'autre, jouant avec les notes comme avec la pluie martelant le toit de notre refuge secret, de notre grotte." C'est aussi un livre sur l'incommunicabilité entre les êtres et tous ces sentiments sont rendus très justement, très finement et souvent avec beaucoup de sensualité. de fort belles pages d'ailleurs décrivent les mains et leur pouvoir, des passages émouvants sur le toucher.
Si, dans Opus 77, l'auteur excelle à nous faire partager son amour pour la musique classique, il n'hésite pas à écrire : " Dans le monde de la musique classique, il y a ceux qu'on appelle les connaisseurs. Si l'on veut faire carrière, il est indispensable de les caresser dans le sens du poil. Ce sont eux qui décident du sort des solistes en déterminant ce qui relève du bon et du mauvais goût. "
Si je n'ai pas été conquise dès le début, cela n'a pas tardé car l'intensité va crescendo et j'ai vite été happée, bousculée pour finir conquise par ce roman puissant et intense.
Un roman de la rentrée littéraire que je recommande chaleureusement et je remercie vivement les éditions Viviane Hamy et Masse critique de Babelio pour me l'avoir fait découvrir !

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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Kirzy
  05 septembre 2019
°°° Rentrée littéraire 2019 #15 °°°
Dans la famille « Dévorés par la musique », je demande :
- le père, Claessens, chef d'orchestre international, un monstre boursouflé de narcissisme et despote familial
- la mère, Yael, soprano jadis brillante et solaire, désormais décrépite et à moitié folle
- le fils, David, violoniste absolu fuyant prématurément la vie, reclus en ermite dans un bunker
- la fille, Ariane, pianiste star, flamboyante narratrice qui va dénouer sous nos yeux souvent stupéfaits l'écheveau familial telle l'héroïne grecque éponyme dans le labyrinthe du Minotaure
C'est elle qui nous fait plonger dans le psychodrame familial dès le premier chapitre, une première littéralement scotchante qui m'a happée sans préliminaires : une basilique genevoise, l'enterrement du père, une assistance recueillie qui attend qu'Ariane entame la marche funèbre traditionnelle, la stupéfaction lorsque ce sont les notes du concerto de Chostakovitch pour violon qui s'élèvent de son piano.
Ce fameux Opus 77 est en fait la clé, la pierre angulaire pour comprendre cette famille, ses excès de passion qui l'ont détruite, ses comportements obsessionnels qui confinent à la folie, ses actes terribles car irréversibles.
On assiste alors à une véritable mise à nu des Claessens, orchestrée brillamment à travers la voix sans filtre d'Ariane. C'est d'une telle crudité, d'une telle violence que cela laisse souvent le lecteur abasourdi. Comme un combat total pour dominer l'autre avec au coeur, la filiation et plus précisément la relation père-fils. Dans ce chaos des sentiments, le personnage d'Ariane apparaît vite comme exceptionnel, celui d'une femme dont la puissance se déploie à la fois en tant qu'artiste, soeur et fille. Fascinante.
Entre la richesse de l'histoire et celle des personnages, ce roman avait tout pour me séduire. La force de l'écriture d'Alexis Ragougneau a fini de m'emballer, une écriture qui a de la personnalité et du souffle, les mots claquent, sidèrent le lecteur à mesure que les souvenirs d'Ariane remontent et que le passé s'écorche. D'autant plus que l'auteur a choisi une composition de haute volée, le récit étant rythmé par les 5 mouvements du concerto qui forment autant de chapitres ( nocturne – scherzo – passacaille – cadence – burlesque ). Chacun traduit l'émotion qui traverse le récit à ce moment-là, comme une dramaturgie révélée crescendo, celle de l'individu face au rouleau compresseur de la famille et plus généralement des attentes de la société.
Nul besoin d'être musicien ou même mélomane pour apprécier ce roman, même si dans mon cas, ce magnifique m'a donné une envie furieuse de découvrir l'opus 77 de Chostakovitch. Ce que j'ai fait. Je n'en applaudi que d'autant plus la virtuosité de cet écrivain.
Une lecture qui reste et vit en mois plusieurs semaines après l'avoir achevée.
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Jeanfrancoislemoine
  19 septembre 2019
Je voudrais tout d'abord adresser un très , très grand merci à Babelio et aux éditions Viviane Hamy pour l'envoi de ce superbe roman dans le cadre d'une masse critique privilégiée.
Alors , premier point : c'est l'un des plus beaux romans que j'ai découverts en cette rentrée littéraire et , plus précisément, l'un des plus " émouvants " de ceux que j'ai lus cette année ( 107 à ce jour.... )
Bon , ça c'est fait , c'est pour mon ressenti émotionnel.
Deuxième point : la musique . Ça fait un peu peur , non , quand on n'est pas mélomane, de se lancer dans un ouvrage où la musique classique va résonner, sublime et intransigeante , du début à la fin , être la seule préoccupation de la famille Claessens .Rassurez - vous , je suis ignare en ce domaine et , pourtant , je me suis littéralement " envolé " sur un " tapis volant " de notes sublimes ....J'ai plané .
Troisième point , lisez les dernières phrases et portez votre regard sur cette superbe et intrigante jaquette ...Un oeil plein d'un je ne sais quoi de mystère , d'inquiétude, de questionnement , une dissimulation DERRIERE un instrument ...
Dernier point , j'ai lu plusieurs romans de monsieur Ragougneau et il s'avère que je les ai bien aimés...En matière de lectures , la fidélité à un auteur , ça compte ...
Oui , très bien , très bien tout ça mais de quoi est-il question ?.....Oui , j'y viens , j'y viens , deux minutes....
Dire que ça commence bien , c'est à voir car tout débute dans une basilique où l'on célèbre...les obsèques du grand , trés grand chef d'orchestre Claessens . C'est sa fille , Ariane , qui va lui rendre hommage en interprétant l'Opus 77 de Chostakovitch , à la plus grande surprise de l'assistance , vous verrez pourquoi .Vous ne connaissez pas l'Opus 77 ?ouah !!! La culture , alors ? Ben , pour tout vous dire , moi non plus mais on en apprend des choses au cours de ce roman , on y apprend notamment que ce compositeur et son concerto rythment la vie des Claessens ...Les Claessens . Celui qui git dans le cercueil, c'est lui , le père , un chef extraordinaire . Respecté , c'est certain , aimé , à voir . Il y a la narratrice , Ariane , la fille ,pianiste de talent , star des salles les plus célèbres au monde , jolie rousse au visage fermé , celle qui va tout nous dévoiler . Yael , l'épouse , dont les pensées ont quitté le monde et David , violoniste , sans doute le plus doué de tous , David dont l'oeil vous regarde sur la jaquette....
Une belle famille , liée par l'amour de la musique , le succès , la gloire .....Enfin , c'est ce qu'on dit ....car ce n'est pas si simple et , en tout cas ,trop long à vous expliquer là , maintenant , le soleil brille et je sors me promener ...Et vous ? Ben j'en ai dit assez non... Pour en savoir plus , c'est votre problème, vous n'avez qu'à vous lancer dans cette lecture . Vous verrez , je suis certain qu'à la fin , vous serez conquis et conquises et vous vous direz que je ne vous ai vraiment , mais vraiment pas donné une punition , au contraire .
Un coup de coeur pour moi et , à lire les critiques des ami(e)s babeliotes , un coup de coeur partagé.
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migdal
  27 octobre 2019
J'avais été bouleversé, en 2015, par l'ouvrage de Hélios Azoulay « L'Enfer aussi a son orchestre. La musique dans les camps » qui rappelait comment la musique avait rapproché et opposé les déportés et leurs gardiens dans l'univers concentrationnaire et qui révélait que Viktor Ullmann avait écrit une oeuvre posthume en hommage à Jeanne d'Arc.
J'ai retrouvé cette même émotion en lisant les pages qu'Alexis Ragougneau consacre au Concerto pour violon n°1 en La mineur opus 77 composé par Dmitri Chostakovitch en 1948, époque stalinienne, et créé en 1955 par l'orchestre de Léningrad et David Oïstrakh violoniste.
Et j'ai vécu ici aux cotés de la famille Claessens l'enfer d'une vie carcérale provoquée par le délire paternel qu'un orgueil diabolique conduit au harcèlement psychologique qui détruira la mère, internera David, le fils traumatisé, et fera d'Ariane « le plus complexe, le plus indéchiffrable, le plus parfait automate créé de main d'homme. »
Obsédé par le réel, passionné par le beau, je suis émerveillé par ce véritable chef d'oeuvre écrit par un écrivain que j'ai eu la chance de rencontrer lors d'une récente séance de dédicace et dont je suis en train le lire les autres publications aussi variées que passionnantes.
Evénement littéraire de cette rentrée, Opus 77 permet de faire un saisissant parallèle avec ce que subissent des sportifs, des mannequins, des artistes, « fils de » célébrités (ou de ratés), qui, devenus des marionnettes, dans les mains de leurs géniteurs, sont détruits par l'obsession parentale et le fric et les drogues qui polluent ces univers artificiels encensés par les médias « people ».
Cri d'alerte contre tous les asservissements ce roman magnifique est à lire par chaque éducateur.
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Cannetille
  16 septembre 2019
Merci à Babelio et aux Editions Viviane Hamy pour leur confiance.

Lors de la messe de funérailles du célèbre chef d'orchestre Claessens, sa fille, la narratrice, elle-même pianiste de renommée internationale, entame au piano la très difficile pièce pour violon et orchestre de Chostakovitch : Opus 77. Tous ceux qui comptent dans le monde de la musique classique sont réunis, comme pour un dernier spectacle où chacun s'observe, se jauge, guettant l'éloge ou la critique, prêt à basculer en un instant du sourire au coup de griffe. Tous, sauf David Claessens, le fils, violoniste prodige en son temps, devenu fils et musicien prodigues, en raison, d'une part de dévastateurs secrets de famille, d'autre part, de l'intransigeance de son art et de son indifférence aux conventions du Ghota musical.

Pendant qu'elle joue, Ariane Claessens se remémore : son enfance avec son frère David dans cette famille vouée à la musique, l'exigeant apprentissage du piano pour l'une, du violon pour l'autre, leur relation complexe à leur père, la lente destruction de leur mère, chanteuse lyrique peu à peu réduite au silence… Et surtout la griserie et les pièges de la dévorante célébrité, la pression et la peur de faillir, les règles d'un microcosme qui ne tolère aucune déviance à ses normes, une compétition impitoyable et sans fin où le talent ne peut percer et durer qu'avec la reconnaissance de la profession.

Tout le récit s'articule autour de cet Opus 77, composé par un Chostakovitch victime du totalitarisme soviétique, oeuvre dramatique et dissonante, véritable cri de rébellion contre la censure et l'oppression : « Jamais peut-être musique n'a davantage symbolisé le combat de la lumière face aux forces obscures. »

Car c'est précisément à ce combat entre ombre et lumière, qu'après y avoir vu leurs parents s'y brûler les ailes, se retrouvent confrontés le frère et la soeur. Ariane réussit à mener sa carrière, en choisissant la conformité et en murant ses états d'âme au plus profond d'elle-même, devenant « le plus complexe, le plus indéchiffrable, le plus parfait automate jamais créé de main d'homme ». David, dont le talent est tout à fait exceptionnel, mais parce qu'il fait fi des us et des avis de ses alter egos, s'exclut, s'isole et s'immole.

A travers cet excellent livre qui sait maintenir l'intérêt du lecteur de bout en bout, résonne toute la question de la liberté individuelle et artistique dans notre société, où les stratégies mercantiles, mais aussi la contrainte croissante du politiquement correct, finissent par lisser et formater la création.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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critiques presse (3)
Actualitte   22 juin 2020
Une famille « classique » , parents et enfants, mais malgré tout pas tout-à-fait comme les autres. Les secrets vont éclore au grand jour, le long de cet Opus 77 signé Alexis Ragougneau.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LePoint   06 novembre 2019
Alexis Ragougneau pose toutes les pièces au dossier familial, révélées l'une après l'autre, puis entremêle savamment les temps, les faits, les réflexions, de telle sorte qu'Opus 77 a cette allure d'une course contre la montre, au tempo à la fois haletant et inquiétant. En commençant la lecture, prévoyez le panneau « Ne pas déranger ».
Lire la critique sur le site : LePoint
Actualitte   18 octobre 2019
Alexis Ragougneau nous offre avec ce roman au ton très juste une immersion dans un milieu mystérieux, qui porte aux nues autant qu’il détruit, qui expose autant qu’il isole.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (115) Voir plus Ajouter une citation
migdalmigdal   13 octobre 2019
Et nous repartirons pour un tour, le frère et la sœur, le violoniste et la pianiste. Nous rejouerons Tzigane de Ravel. Et à nouveau les gens crieront Encore ! Nous serons, à nous deux, la voix de Dieu sur terre.

Il y a ce mot allemand, plus que la perfection, plus que la satiété, plus que la plénitude : Vollkommenheit, quand tout est achevé.

J'en ai maintenant fini avec l’Opus 77. Dans l’église, le silence est total. Je me tiens droite. Je vous regarde tous en face.

Demain je ferai accorder le piano des Tranchées.

La semaine prochaine je jouerai à Vienne. Et puis je partirai faire cette tournée en Chine. Il n'y aura pas une seule fausse note.

Je suis le plus complexe, le plus indéchiffrable, le plus parfait automate jamais créé de main d'homme.
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GerstelGerstel   30 octobre 2019
EXTRAITS
P29 Tu n’aimes pas parler juste après avoir joué. (C’est entre multiples choses, ce qui nous rapproche, le grand frère et la petite sœur, cette attitude quasi mutique, pendant bien une demi-heure, dont personne n’arrive à nous tirer) Notre silence fait de nous des complices, depuis l’enfance, depuis la nuit des temps. La ville peut être mise à feu et à sang, les deux Claessens auront toujours ce reflexe partagé, ce temps de latence avant de commencer, ce temps de résonnance après avoir fini de jouer, qui met le monde à distance, qui fait de notre fratrie une cité à part entière, aux frontières étroitement contrôlées, aux accès difficiles. Entre ces deux silences, à l’intérieur, nous bâtissons une forteresse de notes infranchissable, imprenable, pourtant si belle à écouter de l’extérieur.
P 49 Un jour peut être aurai-je cette sagesse, cette maturité d’entrer sur scène ma partition à la main, de la poser sous mes yeux, sur le piano, et de jouer libérée, au moins de cette trouille-là, de cette imbécile course à l’apparence – le virtuose joue par cœur car le virtuose a une mémoire d’ordinateur.
P 82 Je comprenais aussi dans quelle terrible solitude j’avais laissé Claessens. J’avais été la dernière à partir, achevant, le jour de mon départ, la désagrégation de notre curieux quatuor, cette drôle de famille que mon père avait tenté de bâtir en parallèle de sa propre carrière.
P 85 Hypothèse de départ, hypothèse de colère : tu n’existes qu’à travers ton conflit au père. Si l’on t’enlève cette colonne vertébrale, tu t’effondres comme une poupée de chiffon. Sans cette opposition frontale, consciente ou non, née d’une course enfantine sur la scène de Victoria Hall, tu n’es qu’un petit-bourgeois paumé, un gosse de riche foncièrement transparent.
P 99 Tous au niveau où nous sommes nous affichons une technique en béton. La différence se fait plus tant au niveau du talent, mais dans notre capacité d’attirer l’attention. Il faut faire preuve d’une originalité bien calculée. Ni trop ni pas assez. Le détail physique ou vestimentaire qui change tout, qui rend populaire, qui fait acheter les disques. Bien sûr les femmes sont condamnées à afficher une beauté ravageuse, sinon ce n’est pas la peine de mettre un pied sur scène. Et en même temps vous trouverez toujours quelqu’un parmi la meute des connaisseurs pour vous dézinguer en coulisses, précisément parce que vous êtes trop belle pour être une véritable artiste.
P 119 Et puis les violoniste vivent et voyagent avec leur instrument ; il fait office de doudou dans les moments difficiles, les plages de dépression ; le violon est le meilleur ami du violoniste, sa boussole, sa part d’enfance aussi, il ne s’en sépare pour ainsi dire jamais ; l’étui qui le protège est une véritable maison miniature, il recèle un tas de souvenirs, de photos, de porte-bonheur qu’il fait bon regarder ou toucher à quelques minutes du concert, quand le stress est si fort qu’il donne envie de vomir. Le pianiste, lui, n’a guère de possibilité de voyager avec le paquebot qui lui sert d’instrument.
P 206 Mais David ne participe pas à la même bataille il n’est pas là pour gagner une compétition. C’est son existence d’homme, le passage de l’adolescence à l’âge adulte, qui se joue ; et s’il faut lui en trouver un, c’est bien ce monsieur, au frac noir, celui qui dirige l’orchestre dans un instant, qui fait office de rival.
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migdalmigdal   10 octobre 2019
Je n’ai jamais vu faire usage de cette technique ailleurs, dans aucun conservatoire ni aucune master class. Aucun autre professeur ne demande à l'élève d'abandonner son instrument pour le fixer droit dans les yeux, dans le silence le plus complet, le temps d'une cigarette de supermarché. Personne n'a jamais fait cela ni en France ni en Suisse.
Plus tard, je comprendrai que cela lui reste de sa jeunesse en URSS. Une technique fort efficace. Là bas on n'en usait pas seulement sur les musiciens.
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migdalmigdal   10 octobre 2019
La vérité est que l'on perd à tous les coups. Se plier au jeu de l'image et de l'exposition médiatique, c'est se consumer dans la lumière, s'égarer, ne plus reconnaître son visage dans le miroir. Refuser les règles, c'est se condamner à la quête solitaire, à l'errance, à l'épuisement ; à force de s'en vouloir d'être passé à côté du succès, on finit par s'assécher, se ratatiner, vieillir avant l'heure.

Enfant, adolescente, je n'en avais guère conscience. J'étais tout à la joie de jouer, de progresser. Le simple contact de mes doigts sur le clavier me procurait la jouissance. Je pressais les touches et la succession de sons sans cesse renouvelés m'emplissait d'un bonheur intense.

J’ai compris à seize ans. J’ai compris à Bruxelles devant le spectacle de mon frère. Toutes les voies sont fatales, il n'y a que des chemins de mort. Désormais femme — et désormais soliste internationale -, je sais. Pourtant, chaque soir ou presque, je monte sur scène ; chaque soir ou presque, je me carbonise un peu plus. C'est plus fort que moi. Nous appellerons cela : l'irrépressible appel de la musique.
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CancieCancie   17 septembre 2019
Nous étions là, David et moi, comme toujours, comme depuis l'enfance, nous protégeant mutuellement de l'orage. Le frère et la sœur, yeux fermés, blottis l'un contre l'autre, jouant avec les notes comme avec la pluie martelant le toit de notre refuge secret, de notre grotte. Sur scène comme ailleurs, tant que nous serions ensemble nous resterions en vie, et la musique continuerait de circuler dans nos veines.
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Vidéo de Alexis Ragougneau
Lors de sa venue en rencontre aux Curiosités de Dialogues, Hannelore Cayre nous a confié 3 conseils de lecture... Opus 77 d'Alexis Ragougneau https://www.librairiedialogues.fr/livre/15590306-opus-77-alexis-ragougneau-viviane-hamy Avant que j'oublie d'Anne Pauly https://www.librairiedialogues.fr/livre/15516548-avant-que-j-oublie-anne-pauly-verdier La Grève d'Ayn Rand https://www.librairiedialogues.fr/livre/10968251-la-greve-atlas-shrugged-format-poche--ayn-rand-les-belles-lettres
Bonnes lectures !
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