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ISBN : 9791025604304
Éditeur : Editions Thélème (17/01/2019)
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Note moyenne : 3.94/5 (sur 154 notes)
Résumé :
Sasseneire est un pâturage de haute montagne que les gens du village délaissent depuis vingt ans à cause d'une histoire pas très claire dont tremblent encore les vieux. Mais faut-il perdre tant de bonne herbe par crainte d'un prétendu mauvais sort, alors que la commune est pauvre ? Le clan des jeunes finit par l'emporter : en été, le troupeau monte à l'alpage, à 2 300 mètres d'altitude, sous la garde du maître fromager, son neveu, quatre hommes et un jeune garçon. T... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
mesrives
  23 octobre 2017
Les belles nuits d'été étoilées sont terminées, dommage, cela aurait été l'occasion de vous imaginer dans un endroit retiré, à l'extérieur par exemple, autour d'un feu de camp ou , simplement allongé dans le foin d'un fenil à la lueur d'une lanterne pour découvrir La Grande Peur dans la montagne de Ramuz (1848-1947), l'histoire d'une petite communauté montagnarde qui, malgré les avis des anciens, décident de réhabiliter un alpage sur lequel plane une malédiction.
J'ai lu ce livre il y a déjà plusieurs mois et, j'avais été vraiment saisie par l'atmosphère, l'ambiance qui s'en dégage, ce glissement irrémédiable vers une grande frousse incontrôlable !
Depuis, j'ai eu l'occasion de séjourner dans la vallée du Ferrand, à Besse en Oisans, et là j'ai encore mieux ressenti la force de ce livre, les mots de Ramuz faisaient échos dans ma tête, tourbillonnaient.
Mon premier séjour dans les Alpes, dans le parc des Ecrins ! Une découverte. Et là, j'ai bien compris ce que voulait signifier Ramuz, la puissance des éléments, du minéral restent et resteront toujours indomptables même si l'homme a su au fil des années, des siècles, s'en approcher et l'utiliser.
Mais revenons au texte de Ramuz, nous sommes au mois de mai, et les troupeaux doivent monter aux alpages pour goûter une herbe plus grasse. Cette année ce sera le pâturage de Sasseneire : « Ce pâturage de Sasseneire est à deux mille trois cent mètres ; il est de beaucoup le plus élevé de ceux que possède la commune, c'est-à dire trois autres, mais qui sont sur les côtés de la vallée, tandis que Sasseneire est dans le fond, sous le glacier. Il arrive qu'à ces hauteurs-là il y ait encore, au mois de juin, des deux, des trois pieds de neige dans les parties mal exposées. »
Donc un décor grandiose, teinté de gris car le minéral y règne, la sente qui y mène est semée d'embûches, de dangers pour les protagonistes qui s'élèvent vers ses hauteurs. Ils franchissent successivement les différents paliers pour arriver au chalet faisant fi des gorges, abrupts, à-pics, éboulis , coulées de neige et du bruit assourdissant du torrent.
Qui dit hauteur dit lumière… mais pas avec Ramuz : le glacier personnifié menace de son ombre
ceux qui se sont installés là en contre-bas pour l'été, dans le chalet qu'il a fallu restauré pour l'occasion.
Et peut-être bien que les vieux avaient raison !
Les amulettes ou prières pourront ils repousser le malin avant que la folie ne s'installe ?
La communauté restée au village est pendu aux nouvelles du haut qu'un messager apporte faisant le lien entre les deux mondes, car pour eux ceux du bas, le temps est encore à la joie.
J'ai dévoré ce court récit et je me suis régalée.
Le lecteur participe au quotidien de cette communauté avec ses conflits, ses fêtes, ses drames, ses superstitions et assiste impuissant à la montée de la psychose collective. L'intrusion du fantastique, du fantasmagorique, la tension grandissante rendent palpable la menace qui plane sur les hommes.
Un récit qui monte crescendo.
Grâce à l'écriture de Ramuz qui interpelle le lecteur, le prend à partie , comme si nous l'avions devant nous, La grande peur dans la montagne devient aussi la nôtre, une histoire qu'on aimerait bien écouter.
Une belle rencontre : je n'avais rien lu de Ramuz et j'ai été séduite.
Ah les réveils au son des sonnailles, nostalgique, me direz-vous ? Non, mais j'ai pas fini de penser à cette montagne grandiose et aux bergers, qui aujourd'hui les occupent toujours, que ce soit dans les Alpes, les Pyrénées ou autres massifs montagneux. Je leurs tire ma révérence et dit bravo à monsieur Ramuz !
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michfred
  29 juillet 2018
Les Dix petits Nègres de cette bonne vieille Agatha peuvent aller se rhabiller.. devant les Sept petits Pâtres de  Charles- Ferdinand!
Du grand Ramuz,  et cette fois une oeuvre plutôt connue,  en France, du grand écrivain suisse.
Depuis 20 ans, une malédiction plane sur Sasseneire, on n'y mène plus les bêtes, pour les estives, et les hommes n'y vont plus...trop de noirs souvenirs...et pourtant l'herbe y est si belle...
Mais l'appât du gain l'emporte, et le président du village-le maire suisse- y envoie sept  hommes:
le maître du troupeau et son neveu
un muletier qui fera le ravitaillement,
un petit gars à tout faire -en Aubrac, on dirait le roule et, en mer, le mousse-, 
un étrange individu, mi-clochard, mi-filou appelé Clou,
un jeune amoureux séparé à grand tourment de sa mie, qui y va pour se faire un pécule de mariage,
et un vieux rescapé de l'expédition précédente qui veut bien y retourner, lui, puisqu'il a survécu et qu'il a "le papier", un gri-gri sensé le protéger des mauvais sorts..
Sept, le chiffre fatidique!
C'est bien une sorte de conte, fantastique et inquiétant, que Ramuz, de sa belle langue étrange et travaillée, se met en demeure de nous conter..
Et nous sommes suspendus à sa plume.
Silences des grands prés sous le ciel, craquements de pas mystérieux sur le toit de bardeaux,  disparitions successives , violentes ou pernicieuses,  épidémie et folles galopades des bêtes malades et apeurées dans la nuit noire.
Escalade dangereuse des séracs, pierriers traîtres , ponts fragiles et embuscades fratricides- le village qui les a envoyés au casse-pipe traite bientôt les pâtres des estives en vrais pestiférés...
Le Malin - qui d'autre pourrait ourdir une telle calamité ? - aura-t-il le dernier mot?
A lire en apnée,  dans une borie ou un chalet, un soir d'orage.
Altitude obligatoire ! 
Frissons garantis.
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HORUSFONCK
  19 juin 2018
Une vraie bonne surprise!
Grâce au catalogue fourni en oeuvres numérique de la Bibliothèque Romande, je viens de découvrir la prose puissante et tourmentée de Charles-Ferdinand Ramuz.
L' écrivain heurte ses mots, triture ses phrase, les retourne, les répète...et captive le lecteur dans ce récit hallucinant de malheur et de fatalité.
Cette écriture riche et presque chaotique, dans laquelle le randonneur littéraire avance avec précaution pour n'en rien perdre, a pu prêter à controverse? Cependant, le livre refermé et qui me tourne encore dans la tête m'amène à ne voir dans cette façon qu'a eu l' auteur d'exprimer cette histoire, que la seule possible et la plus appropriée.
Une belle eau, comme celle du torrent, donc, que cette écriture comme à peine domptée d'un auteur dont je lirai les autres oeuvres.
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Myriam3
  26 août 2018
Quelque chose se passe dans la montagne au-dessus du village qu'on a longtemps voulu taire. Il y a vingt ans, dans les pâturages de la montagne, des hommes sont morts, d'autres ont disparu, une malédiction rôde.
Puis le temps a passé. Ceux qui n'étaient pas nés à l'époque n'y croient pas, à ces histoires. le village a besoin de ces pâturages en hauteur et à part quelques anciens, encore effrayés par des légendes, tout le monde vote pour y retourner, là-haut.
Une équipe de six hommes se prépare, on rassemble les moutons, on se dit au revoir, à dans trois mois, on se met un talisman autour du cou, pour se protéger de ce qui se passe là-haut, on pense à l'argent gagné qui permettra de se marier et de s'installer avec un beau lit tout neuf, une armoire, le nécessaire pour être heureux quand on est un jeune couple.
Là-haut, dans la montagne, le ciel n'en finit pas de changer, posant ses ombres sur les vallées et les chemins. Des pierres roulent, des flancs s'éboulent, résonnant tout autour du refuge et au-delà des pâturages. Les brebis sont gagnées par La Maladie.
La force de ce roman, c'est l'écriture de Ramuz, que je découvre ici: la force de ces descriptions tout d'abord, mais aussi ce style répétitif, volontairement maladroit par instant, jouant avec les temps verbaux et les changements de focales. Qui est donc ce "on" qui revient constamment, qui observe et qui rôde tout autour de nos personnages?
Ramuz est un grand auteur suisse qui m'était inconnu avant de voir son nom circuler régulièrement chez quelques Babéliotes: un belle découverte!
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PhilippeCastellain
  02 février 2017
J'aime marcher seul dans la montagne. Et je connais cette peur irrationnelle et étrange qui vous envahie parfois au plus profond d'un bosquet. Autours de soi, il n'y a que la nature. La vue ne porte pas loin. On entend un murmure de bruissements, de craquements. On ne sait pas de quoi on a peur. Et ce n'en est que plus terrifiant.
Je connais aussi le monde des paysans de la montagne – ou ce qu'il en reste. Il est là-bas des sujets dont on ne parle pas, et qui défient la science. Des évocations. Des sous-entendus. Des phrases inachevées. J'ai fait des études scientifiques. Mais je sais que l'esprit humain est un monde inconnu.
Et ce sont bien ces sentiments-là auxquels Ramuz fait référence, et qui sont au coeur de ‘La grande peur dans la montagne'. L'un de ses deux livres emblématiques, avec ‘Derborance'. Dans une vallée des Alpes, la place commence à manquer dans les alpages. Mais il en reste un grand, vide car il a été abandonné il y a plusieurs années. Des choses étranges s'y sont produites. Des hommes sont morts. Plus personne ne veut y retourner. Mais le maire ne croit pas à tout cela. Il y a de l'herbe pour ses bêtes, c'est tout ce qu'il sait. Il trouve quelques volontaires...
Ramuz est l'écrivain de la paysannerie des Alpes, comme Giono est celui des plaines et des hauts-plateaux. Il décrit un monde qu'il connait, qu'il aime. La vie est dure. La montagne est belle. Comme l'a si bien dit mon ami Transat au cours d'une discussion le style de Ramuz est « râpeux, lent, ‘taiseux' ». Il s'accorde parfaitement à ses récits, au monde et aux paysages qu'il décrit.
Dans nos villes sans arbres et nos campagnes bien aménagées, il est facile d'avoir des certitudes. Mais quand on est seul au milieu de la montagne et qu'il n'y a plus trace de présence humaine, on les sent s'évaporer comme de l'eau au soleil…
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
nelly76nelly76   17 janvier 2019
On n'ose pas trop leur parler du pâturage, parce qu'ils n'en parlent pas eux-mêmes. Ils n'y sont d'ailleurs jamais retournés .Les nouvelles qu'on a eues ont été apportées plus tard par des personnes du pays --on veut dire par ces gens qui courent les glaciers pour leur plaisir avec des piolets et des cordes;c'est par eux qu'on a su plus tard que le pâturage avait disparu.
Plus trace d'herbe ,plus trace de chalet .Tout avait été recouvert par les pierres.
Et jamais plus ,depuis ce temps - là ,on n'a entendu là-haut le bruit des sonnailles;c'est que la montagne a ses idées à elle, c'est que la montagne a ses volontés.
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nelly76nelly76   14 janvier 2019
Le président parlait toujours.
La séance du Conseil Général, qui avait commencé à 7 heures du soir ,durait encore à dix heures.
Le président disait:
《 c'est des histoires.On n'a jamais très bien su ce qui s'était passé là-haut, et il y a vingt ans de ça,et c'est vieux.Le plus clair de la chose à mon avis c'est que voilà vingt ans qu'on laisse perdre ainsi de la belle herbe,de quoi nourrir septante bêtes tout l'été ; alors si vous pensez que la commune est assez riche pour se payer ce luxe ,dites-le ;mais moi,je ne le pense pas ,et c'est moi qui suis responsable.....》
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cardabellecardabelle   14 janvier 2019
[...]
c'est que la montagne a ses idées à elle ,
c'est que la montagne a ses volontés .
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dourvachdourvach   25 octobre 2014
De son côté, il s'était mis en route ; c'était à son tour à lui de se remettre en route, pendant que la petite musique venait toujours, mais elle venait à présent pour lui entre les pins, dans se pensées, bougeant doucement derrière leurs troncs rouges, et par terre aussi c'était tout rouge, à cause des aiguilles tombées sur lesquelles Victorine glissait.
Pendant que la petite musique venait, et la petite musique venait d'en haut à leur rencontre, entre les pins ; tandis que Victorine glissait, parce qu'elle n'avait pas de clous à ses souliers.

(C. F. RAMUZ, "La Grande Peur dans la montagne", 1926)
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moraviamoravia   29 mai 2016
N'empêche que c'est le dernier soir qu'on a passé ici, et un peu plus tard ils ont pu voir qui avait raison d'eux ou de moi. Il leur a bien fallu entendre.
Ils s'étaient mis assis, puis les voilà qui se tournent du côté du mur, ils se cachent la figure sous leur couverture ; ils se font tout petits, ils se roulent en boule dans la paille et sous les couvertures ; moi j'écoute.
On marchait sur le toit.
Je dis : " Hein ? eh bien, la corde ? " mais voilà qu'à ce moment on saute en bas du toit. J'arrive comme on allait entrer. J'ai eu juste le temps de donner dans la porte un coup d'épaule au moment où elle s'ouvrait, et puis je l'ai calée dans le bas avec le pied, seulement il m'a fallu la tenir jusqu'au matin, et j'ai été seul à la tenir jusqu'au matin ; et tout était tranquille de nouveau quand le matin a été là ; mais, pour tout l'or du monde, on n'aurait pas pu nous faire rester une heure de plus ici. On est redescendus avec le troupeau le jour même.
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Videos de Charles Ferdinand Ramuz (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Charles Ferdinand Ramuz
Lecture d'un extrait du roman poétique Passage du poète (1923) de Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947).
Après avoir apporté une nouvelle manière de vivre ensemble, une osmose entre l'homme et le monde, Besson, le vannier, quitte le lieu qu'il venait de rejoindre, et s'efface dans la nuit.
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