AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 207036870X
Éditeur : Gallimard (18/01/1972)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 238 notes)
Résumé :
"Ivich regardait à ses pieds d'un air fermé.
- Il doit m'arriver quelque chose.
- Je sais, dit Mathieu, votre ligne de vie est brisée. Mais vous m'avez dit que vous n'y croyiez pas vraiment.
- Non, je n'y crois pas vraiment... Et puis il y a aussi que je ne peux pas imaginer mon avenir. Il est barré.
Elle se tut et Mathieu la regarda en silence. Sans avenir... Tout à coup il eut un mauvais goût dans la bouche et il sut qu'il tenait à ... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Tempuslegendae
  23 novembre 2012
«Les chemins de la liberté» est une oeuvre qui se présente en fait comme une somme romanesque. En effet, si vous avez eu le plaisir de lire «la Nausée», vous redoublerez d'un plaisir de même intensité pour la lecture de ce qui a attrait à la liberté, et dont le thème pourrait s'intituler: «Le malheur, c'est que nous sommes libres». Tout simplement, «la Nausée» aurait bel et bien une suite.
L'âge de raison est un récit créatif décrit «dans la bonace trompeuse» des années 30, où un cercle restreint de quelques vies individuelles «bien cloisonnées» s'attirent et se fuient en l'espace de quelques jours. Pour préserver une liberté devenue sans objet, Mathieu Delarue, professeur de philosophie, refuse de s'engager avec Marcelle, enceinte de lui; il traverse le tout Paris pour réunir la somme nécessaire à l'avortement de son amie. le récit est bien ficelé, construit à la méthode d'une pièce de théâtre des boulevards, obéissant à une unité d'action, de lieu, d'idée; tout est minutieusement calculé.
Quant au «Sursis», roman achevé en 1944, on y découvre l'effervescence de l'Histoire dans un univers individualiste et ordonné, à l'aube grise de cette seconde guerre, où l'invasion de la Tchécoslovaquie, la mobilisation décrétée en France et les accords de Munich prennent forme. La technique d'écriture est différente: accélération, morcellement du temps, notion d'espace et d'intrigue constituent autant d'ingrédients qui font tourbillonner l'histoire; nous y trouvons même des acteurs de l'Âge de raison, mêlés à une foule de héros célèbres et anonymes. Suit «La mort dans l'âme», récit publié cinq ans plus tard dans lequel on peut vivre en même temps que Mathieu Delarue, l'épisode époustouflant de la débâcle de son régiment ainsi que bon nombre d'évènements qui ne méritent pas, à mon sens, d'être trop rapidement décrits dans un commentaire.
Il faut profiter de lire cette oeuvre inégalable de Jean-Paul SARTRE. Pourquoi?
Nous ne sommes malheureusement pas sans savoir qu'au début des années 50, au moment précis des «Mots», l'écrivain se trouve en pleine période d'autocritique (forme de syndrome dépressif pour un homme de lettres) et de rejet de la littérature. C'est à ce moment là qu'il entreprend son autobiographie.
S'agissait-il d'une lumière de révélations ou pas, en tout cas, c'est bien à cette période-là qu'il écrivait: «Jeté dans l'atmosphère de l'action, j'ai soudain vu clair dans l'espèce de névrose qui dominait toute mon oeuvre antérieure.»
Il y a un peu plus de trente ans que «la pape de l'existentialisme» décédait. Après VOLTAIRE et HUGO, SARTRE fut aussi un maître à penser, un créateur, un vulgarisateur.
Je pense qu'il aurait eu sa place en plein siècle des Lumières; c'était plus fort que moi, mais çà il fallait que je le dise.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          192
PiertyM
  27 septembre 2018
Simplement un grand roman! Tout part de si petites choses, pour ne pas dire des histoires aux allures banales, pour nous conduire vers des analyses existentielles plus pertinentes. Un travail de main de maitre, une structure bien ficelée, des histoires qui nous retracent l'ambiguïté de la première moitié du XXe Siècle, des personnages secoués autant par les monstres qui leur sont intérieurs qu'extérieurs en ce sens qu'ils sont en quête avant tout d'un sens à leur existence pour pouvoir affronter les péripéties de l'existence elle-même. Un beau roman exploitant plusieurs thèmes comme l'avortement, l'homosexualité, mais le plus fondamental est la liberté, une question épineuse, de sorte qu'on part d'une liberté individuelle vers une liberté collective. Mais, plus la société évoluerait, plus la liberté serait une préoccupation plus intérieure à l'homme. Je me suis régalée de l'art narratif que j'ai trouvé bien structuré!
Commenter  J’apprécie          250
henrimesquida
  22 mars 2019
Mathieu est professeur de philosophie. Son amie, Marcelle, est enceinte : un accident. Chacun s'active à trouver des solutions pour un avortement à un prix raisonnable et dans de relatives bonnes conditions. Sarah, qui a de l'expérience, se propose comme intermédiaire. En fait, en plus des raisons théoriques qui portent Mathieu à refuser l'engagement du mariage, il est lassé de Marcelle ; en outre, il est attiré par Ivich, la soeur de l'un de ses anciens élèves, Boris. Après maintes tergiversations, Mathieu finit par voler de l'argent à Lola, la maîtresse de Boris. Daniel, un ami homosexuel de Marcelle comprenant qu'elle a envie de garder l'enfant, se propose de l'épouser. Mathieu se prend à les envier. Eux, au moins, se sont engagés, ont décidé d'un acte devant lequel ils ne peuvent reculer. Lui, « il n'avait jamais pu se prendre complètement à un amour, à un plaisir, il n'avait jamais été vraiment malheureux : il lui semblait toujours qu'il était ailleurs, qu'il n'était pas encore né tout à fait. » Il a « l'âge de raison », et pourtant, il se sent incapable de « commettre » un acte : « Moi, tout ce que je fais, je le fais pour rien ; on dirait qu'on me vole les suites de mes actes ; tout se passe comme si je pouvais toujours reprendre mes coups. Je ne sais pas ce que je donnerais pour faire un acte irrémédiable. »
La liberté, c'est le choix. Mais choisir, c'est s'engager. le choix est ainsi un entre-deux entre liberté et engagement, auquel je ne puis échapper. Même si je ne choisis rien, je choisis de ne pas choisir, je m'engage, certes à rien, mais j'y suis tout de même, malgré tout. Engagé, me voici donc moins libre que je ne l'étais avant que de choisir. Il m'a fallu décider et cette décision fît d'une infinité de possibles un fait, un seul, effaçant tout ce qui aurait pu être. Il y a également l'importance du choix, laquelle est fonction de l'intensité de ce que sera l'engagement à venir. Je puis très bien avoir une idée de sa mesure avant le choix, et ainsi en amont peser le poids d'une décision en suspens. Mais cela n'est pas toujours vrai. Et puis il y a toujours de l'imprévisible, même en toute connaissance de causes. Intensité et imprévisibilité sont ainsi deux dimensions inhérentes à tout choix dont la variabilité n'appartient à personne. Mathieu, le héros de Sartre, lui qui veut être libre à tout prix, en refusant notamment ce dont il est le créateur, se trouve enserré dans ces dimensions. Mathieu pourtant décide et cherche activement les moyens de sa décision, les trouve d'ailleurs, mais le résultat n'est pas celui qu'il attendait, d'où dans un premier temps le sentiment d'être spolié des conséquences de ses actes. Imprévisibilité donc. Puis vient un temps où Mathieu prend conscience d'un vide, du peu d'intensité de ses décisions : « Mais tout ce que je fais, je le fais pour rien ; on dirait qu'on me vole les suites de mes actes ; tout se passe comme si je pouvais reprendre mes coups. Je ne sais pas ce que je donnerais pour faire un acte irrémédiable. » de tous les personnages du roman, Mathieu est celui qui revendique le plus d'être libre, mais il est aussi celui qui se perd le plus. Ou plutôt il devient très peu. La liberté, c'est choisir, c'est s'engager, mais c'est également devenir. Mathieu pourtant choisit, donc s'engage, mais il reste ce qu'il est. On peut ainsi très bien devenir ce que l'on est déjà, comme Mathieu.
L'Age de raison continue de transmettre, comme une maladie, une succession de petites morts physiques et contagieuses, l'état de crise morale de ses personnages. Tonalité : pessimisme énergique. Beaucoup de dialogues, de misères, d'analyses, de nervosité empêchée. Les héros se regardent agir tandis qu'ils agissent. Ils se méfient des autres, d'eux-mêmes. Ils se font des crasses, des provocations. Ils s'envient, se détestent, s'aiment de travers. Ils ont des lâchetés, des élans ricanants, réprimés. Leur amour-propre est contagieux, pénible, cassant. C'est le bal morne des gestes perdus et des occasions manquées : une panoplie dont il faut se débarrasser.
Les dernières phrases de l'Age de raison méritent davantage encore d'être citées. Nous sommes trois ans avant. Mathieu croit que sa vie d'homme libre est foutue et Sartre conclut pour lui : «Déjà des morales éprouvées lui proposaient discrètement leurs services : il y avait l'épicurisme désabusé, l'indulgence souriante, la résignation, l'esprit de sérieux, le stoïcisme, tout ce qui permet de déguster, minute par minute, en connaisseur, une vie ratée.» Ce petit inventaire n'a guère vieilli : on voit depuis trente ans se multiplier à la télé, à la radio, dans la presse et l'espace public, les figures de moralisant éprouvé. Elles vantent l'éthique, la vie bonne, l'humanisme sans peine, les droits de l'homme et l'indignation en toutes et lointaines situations, dans la plus confortable abstraction. Elles apparaissent, naturellement, sous les masques de vies réussies. Cette prépondérance en dit long sur l'état d'entretien des chemins de la liberté.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          31
pyrouette
  10 mai 2012
Très belle histoire basée sur la liberté. J'ai suivi avec un grand intérêt ce groupe de jeunes gens se posant des questions sur l'avortement, l'homosexualité, l'estime ou la haine de soi. La liberté et le désir des femmes, à cette époque (1938), sont secondaires, du moins selon l'auteur. On le ressent fortement dans le livre où tout est concentré sur la liberté individuelle et existentielle des hommes, sur leur vie, ratée ou pas…L'égoïsme et l'égocentrisme règnent et dirigent l'histoire en maîtres, de quoi se poser des questions en tant que lecteur et de relativiser face à l'individualisme de notre société actuelle. A lire ou relire !

Lien : http://pyrouette.canalblog.c..
Commenter  J’apprécie          200
chartel
  21 novembre 2008
Si je ne suis pas émerveillé par Sartre, je dois reconnaître qu'il avait un certain don pour la construction narrative. J'apprécie également son envie de philosopher qu'il ne dissimule nullement. Cela rend son propos encore plus marquant. le roman emboîte plusieurs récits de vie d'une manière tout à fait judicieuse. Mais quel intellectuel! Cet homme devait penser en permanence. Penser, penser et encore penser, à tout moment de la journée, dans n'importe quelle situation.
Les critiques de son époque le considéraient plus comme un romancier que comme un philosophe, mais il était, comme Albert Camus, les deux à la fois. Et avec quel génie.
Le personnage central de l'oeuvre doit être un double de l'auteur. Il analyse tout ce qu'il fait, tout ce qu'il voit et ébauche des théories philosophiques, dont la célèbre théorie existentialiste.
Commenter  J’apprécie          70
Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
volubilaevolubilae   25 avril 2017
Du vide. Le corps se remet en marche en traînant des pieds, lourd et chaud avec des frissons, des brûlures de colère, à la gorge, à l'estomac. Mais plus personne ne l'habite. Les rues se sont vidées comme par un trou d'évier; quelque chose qui les remplissait encore tout à l'heure s'est englouti. Les choses sont demeurées là, intactes, mais leur gerbe est défaite, elles pendent du ciel comme d'énormes stalactites, elles montent de terre comme d'absurdes menhirs . Toutes leurs petites sollicitations coutumières, leurs menus chants de cigale, se sont dissipés dans les airs, elles se taisent. Il y avait naguère un avenir d'homme qui se jetait contre elles et qu'elles réfléchissaient en un éparpillements de tentations diverses. L'avenir est mort.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
pyrouettepyrouette   03 mai 2012
Ce n'est pas un but, c'est un moyen. C'est pour te libérer de toi-même ; te regarder, te juger : c'est ton attitude préférée. Quand tu te regardes, tu te figures que tu n'es pas ce que tu regardes, que tu n'es rien. Au fond, c'est ça ton idéal : n'être rien.
Commenter  J’apprécie          190
chartelchartel   14 septembre 2007
Autour de lui, c’était pareil : il y avait des gens qui n’existaient pas du tout, des buées, et puis il y en avait d’autres qui existaient un peu trop. Le barman, par exemple. Tout à l’heure il fumait une cigarette, vague et poétique comme un liseron ; à présent il s’était réveillé, il était un peu trop barman, il secouait le shaker, l’ouvrait, faisait couler une mousse jaune dans des verres avec des gestes d’une précision légèrement superflue : il jouait au barman. (…) Peut-être qu’on ne peut pas faire autrement, peut-être qu’il faut choisir : n’être rien ou jouer ce qu’on est
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
pyrouettepyrouette   02 mai 2012
Des larmes d'adulte, c'était une catastrophe mystique, quelque chose comme les pleurs que Dieu verse sur la méchanceté de l'homme.
Commenter  J’apprécie          220
pyrouettepyrouette   29 avril 2012
Tu as une telle frousse d'être ta propre dupe que tu refuserais la pus belle aventure du monde plutôt que de risquer de te mentir.
Commenter  J’apprécie          170
Videos de Jean-Paul Sartre (187) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Paul Sartre
Amélie Nothomb, morte ? Elle ne se souvient de rien. Voici pourtant qu?une dénommée Plectrude lui annonce la sinistre nouvelle. Elle lui révèle également qu?une identité posthume est attribuée à chacun au terme d?une cérémonie. L?un ira au paradis des cinéastes et l?autre au paradis des boulangers, par exemple. L?éternité est moins longue lorsqu?on échange autour d?une passion commune... Amélie s?attend donc à retrouver Stendhal et Virginia Woolf au paradis des écrivains. Stupeur ! Elle se retrouve au paradis des philosophes, aux côtés de Platon et de Nietzsche ! S?agit-il d?une erreur ? En faisant appel de cette décision, Amélie va subir un drôle de Jugement dernier au cours duquel viendront témoigner les illustres gloires de la philosophie, depuis Spinoza jusqu?à Sartre.
Écrit « à la manière » d?Amélie Nothomb, ce conte philosophique de Marianne Chaillan est un voyage aussi drôle que méditatif qui invite le lecteur à découvrir autrement l??uvre de la romancière mondialement célèbre.
https://www.albin-michel.fr/ouvrages/ainsi-philosophait-amelie-nothomb-9782226397140
+ Lire la suite
autres livres classés : existentialismeVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

L'oeuvre littéraire et théâtrale de Jean-Paul Sartre

Dans Huis Clos, l'enfer c'est...

Les oeufs
Les autres
La guerre
Les voisins

8 questions
292 lecteurs ont répondu
Thème : Jean-Paul SartreCréer un quiz sur ce livre