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ISBN : 2072722942
Éditeur : Gallimard (09/03/2017)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 2052 notes)
Résumé :
Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.
À travers la description précise du jeune ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (664) Voir plus Ajouter une critique
nameless
18 août 2016
La lecture de Chanson douce m'a occasionné un choc, que ma mémoire de lectrice n'est pas près d'oublier, je remercie donc en préalable Gallimard et Babelio, sans qui cette secousse littéraire n'aurait pas eu lieu.
La scène inaugurale décrit un tableau aussi horrible qu'irréparable digne des meilleurs scénarios de films d'horreur, en totale contradiction avec le titre du roman qui laisse présager une paisible histoire. Dans les chapitres suivants, Leïla Slimani dévoile l'implacable chronologie des événements qui ont abouti à cet épilogue.
Tout a commencé lorsque Myriam, avocate, habituée à défendre des assassins et donc censée bien les connaître, décide de travailler à nouveau après avoir consacré quelques années à l'éducation de Mila et Adam, ses enfants. Paul, son mari, et elle-même, recrutent une nounou pour s'occuper des bambins. C'est ainsi que Louise entre dans leur appartement et dans leur vie. Jeune femme effacée, veuve, en difficulté financière, Louise révèle rapidement des talents de fée du logis dignes d'une nounou irréelle, telle une Mary Poppins jaillie d'un livre pour enfants. Ménage, cuisine, bouquets, rangement, entretien du linge, jeux et sorties avec Mila et Adam, histoires et berceuses, rien n'échappe à sa perfection. Chaque jour elle devient davantage nécessaire au bien-être familial, tandis que Myriam et Paul veillent scrupuleusement, en “bons” patrons qu'ils veulent être, à garder la bonne distance avec elle, à ne pas l'humilier.
Il serait dommage de déflorer davantage l'intrigue et gâcher ainsi le plaisir de la découverte des futurs lecteurs de Chanson douce qui est à sa manière, un roman à suspense. C'est la raison pour laquelle, je préfère parler du style de Leïla Slimani, singulier et brillant, sous son apparente simplicité parfaitement travaillée. Avec beaucoup de talent, elle instille dans son récit l'inéluctabilité du drame, à doses homéopathiques, ajoute habilement quelques granules dans chaque page sous la forme de menus faits quotidiens, alourdit lentement la menace qui plane, blanche, indicible, sulfureuse. Sans jamais porter de jugement sur ses personnages, elle utilise une écriture sobre, aussi neutre que l'est un rapport d'autopsie, totalement adaptée à cette autopsie d'une catastrophe annoncée. Elégants et sensibles, les mots sont agréablement assemblés pour former des images émouvantes, teintées d'une poésie mélancolique qui accentue le rythme lancinant du roman. Avec économie, sans verbiage, sans effet spectaculaire, elle restitue des émotions fortes et nuancées, d'une petite voix douce qui murmure à l'oreille du lecteur une berceuse, ou un conte enfantin.
Chanson douce contient aussi une subtile analyse des modes de vie actuels. Tout au long du roman, Leïla Slimani, évoque avec pudeur et tendresse à travers les difficultés de leur vie journalière, le sort de ces petites gens, souvent immigrées, souvent sans papiers, toujours démunies, ces fantômes urbains qui vivent dans un monde parallèle et vendent leurs compétences domestiques et maternelles, et offrent quelques mots d'amour et d'affection, en baoulé, dioula, arabe, hindi, filipino, russe, aux marmots que leur confient des couples économiquement dominants, pris dans le tourbillon de carrières qui les prive de temps.
Je souhaite beaucoup de succès à Leïla Slimani, parce qu'elle le vaut bien. Et pourquoi pas le Goncourt ?
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michfred
09 novembre 2016
Tout a été dit déjà sur le livre de Leïla Slimani, et j'arrive après la bagarre- après le carnage plutôt.
Je viens de le lire d'une traite, ce matin, pour ne pas penser à ces lendemains- gueule-de- bois des élections américaines ni à ces autres lendemains gueule-de-bois bien français qui nous attendent dans quelques mois…
Je dois dire que le remède est souverain : j'ai été emportée par ce thriller terrible dont les premières pages, atroces, nous disent d'emblée à quoi il faut nous attendre. Sans rien enlever, pour autant, à la terrible fascination d'un récit dépouillé, factuel, ni à la pertinence de l' analyse impitoyable du lent processus de désagrégation et d'entropie qui fait de Louise, nounou trop parfaite, une folle infanticide .
Le récit de Leïla Slimani, en effet, démonte brillamment le mécanisme d'une impitoyable aliénation sociale, morale, sentimentale et psychique qui transforme une pauvre créature sans amour en machine à tuer.
Ce qui, à chaud, me frappe plus que tout, est l'importance que prend, dans cette folie dévastatrice, le manque douloureux, béant, d'un « quelque part où aller ». Une citation en exergue de Dostoïevski indique déjà cette piste : « Car il faut que tout homme puisse aller quelque part ».
Toute femme aussi.
Sans lieu à elle- c'est-à-dire sans lieu conforme à ce qu'elle est, Louise, vraie maniaque d'ordre, de propreté, de confort- qu'elle dispense si bien et si miraculeusement dans son lieu de travail- est vouée à l'inexistence ou à la vie machinale des bêtes et des fous.
C'est pourquoi la vue de l'homme qui défèque sans vergogne dans la rue, devant la porte de son misérable appartement où la douche pourrie s'est effondrée, la renvoie à une vision terrible de son propre avenir.
Si elle perd son travail, si la famille qu'elle a investie, charmée, circonvenue, ne refait pas un autre bébé pour l'occuper, s'ils ne l'emmènent pas en vacances dans cette île- mirage de Sifnios où elle rêve de trouver asile, si la voisine de ses patrons ne lui permet pas de gagner quelques sous supplémentaires pour payer les dettes qui l'accablent, Louise sait qu'elle ira grossir la cohorte des sans domicile fixe, des clochards et des fous qu'elle voit errer dans les rues de Paris.
Et quand cette menace se précise, elle bascule dans la folie meurtrière.
Le crime est atroce.
Les « patrons » , Myriam et Paul, sont pitoyables mais pas vraiment coupables : dévorés par leur travail, ils ont tout délégué à Louise, lui ont tout abandonné : enfants, maison, repas, loisirs, intimité…Elle semble avoir tous les pouvoirs, cependant il leur reste un terrible privilège: la congédier. Ils se sentent gênés d'avoir cette toute-puissance sur l' existence fragile et dévouée de celle qui est devenue une sorte d'esclave domestique consentante. Pire encore : ces jeunes bobos se sentent culpabilisés de trouver leur parfaite nounou, cette « pauvre Louise » taillable et corvéable à merci, petit à petit , envahissante, malsaine et secrétant un malaise diffus sur lequel ils ne mettent un nom que quand tout est trop tard.
Un livre sans parti pris, sans pathos, sans jugement qui donne à voir et à toucher du doigt non pas le processus d'une maladie mentale- même si Louise, comme on l'apprend a souffert autrefois de dépression grave, de « mélancolie délirante » et s'est fait interner- mais le processus d'une aliénation sociale, qui condamne la femme surtout si elle est fragile, pauvre, seule et mère célibataire et si elle se frotte à un monde qui n'est pas le sien : « Paul et Myriam ferment sur elle des portes qu'elle voudrait défoncer. Elle n'a qu'une envie : faire monde avec eux, trouver sa place, s'y loger, creuser une niche, un terrier, un coin chaud. »
Rectifions l'aphorisme de Blaise Pascal : tout le malheur des hommes est de ne pouvoir avoir une chambre où demeurer tranquille.
Tout le malheur des femmes comme Louise est de ne pas avoir quelque part où aller.Et tout le malheur qu'elle déchaîne vient de ce que personne ne l'ait compris ou vu à temps.
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Kittiwake
19 octobre 2016
C'est clair, d'entrée de jeu, Leila Slimani ne ménage pas son lecteur. La scène inaugurale est sordide et fait froid dans le dos ( on comprend l'angoisse suscitée chez les mères qui confient leurs enfants, même à des « perles » pour pouvoir se consacrer à leur travail).
Et la suite n'est pas faite pour rassurer : la relation qui s'installe entre Paul, Myriam et Louise n'a au départ rien d'inquiétant. Bien au contraire, les parents comblés par la qualité des services de cette femme si dévouée , si prévenante, voient d'un oeil bienveillant les bénéfices mesurables sur leur vie quotidienne : ils ont embauché la baby-sitter parfaite, une fée qui met de l'ordre dans leur vie , une Mary Poppins, une nounou de rêve .
C'est compliqué d'être patron, de trouver la bonne distance, de faire preuve de gratitude sans humilier , et d'autorité sans blesser . C'est le coeur de l'intrigue, le problème de la place prise (ou abandonnée par facilité à la jeune femme dont on ne connaît pas l'intimité, le passé, les galères)
Même les enfants y ont trouvé leur compte, jusqu'à ce que la situation échappe à tout le monde.
Les faits divers n'arrivent pas précédés de tambours et trompettes, et c'est tellement habituel que des proches soient abasourdis par les exactions de tel ou tel criminel, qui était un voisin si poli, si discret, jamais d'histoire.....et c'est aussi ce qui intensifie l'angoisse, plus dense et sournoise que dans un polar qui traite d'une enquête autour d'un tueur en série : celui-là , on le voit venir, il est l'incarnation du mal, les rôles sont distribués, il est sans doute plus facile à repérer et il ne viendrait à l'idée de personne de l'embaucher pour lui confier ce que l'on a de plus cher au monde! . Mais ici, les victimes comme le criminel sont tellement banals, tellement ordinaires que la suspicion n'a plus de support déviant pour canaliser les craintes.
Mine de rien, c'est aussi un état des lieux de la parentalité, des contraintes inhérentes aux doubles vies que vivent les jeunes parents tiraillés entre la réussite professionnelle et les exigences d'une vie familiale. Il n'y a pas de choix à faire, mais il n'en reste pas moins que ce n'est pas simple tous les jours.
Je n'ai pas complètement adhéré à cette histoire, peut-être parce que les motivations et le déroulement des faits qui amènent au drame ne me paraissent pas si clairs et qu'il reste une part non élucidée du passé de la meurtrière, qui empêchent de comprendre ce qui s'est réellement passé. C'est sans doute volontaire de la part de l'auteur, mais ça m'a laissé une impression d'inachevé.
Chanson douce, mais bien amère que celle que nous chante l'auteur.

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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Renod
18 septembre 2016
Le roman s'ouvre sur cette phrase terrible : « le bébé est mort. » Une mère se tient en état de choc devant les petits corps meurtris de ses deux enfants. Elle pousse un long hurlement qui déchire la quiétude de cet après-midi du mois de mai. Quiconque perçoit ce cri animal comprend instinctivement qu'un drame est arrivé. Il y a un troisième corps dans l'appartement, celui de la nourrice qui a tenté de mettre fin à ses jours. Leïla Slimani reconstitue les événements qui ont mené cette tragédie. Elle raconte l'histoire ordinaire d'un couple de jeunes Parisiens nommés Paul et Myriam. A la naissance de son second enfant, Myriam a une opportunité professionnelle. Elle doit trouver en urgence une nourrice ; tâche qui s'annonce compliquée à Paris. Le couple reçoit la candidature de Louise. C'est une femme d'une cinquantaine d'année à l'allure stricte qui attire la sympathie des enfants et la confiance des parents. Tout se passe bien et Louise prend de plus en plus d'initiatives. Elle range, fait le ménage e prépare le dîner. Elle s'impose comme le pilier de la famille. Mais Paul et Myriam vont bientôt s'inquiéter de quelques signes alarmants.
Leïla Slimani nous parle de ces jeunes parents accaparés par leurs carrières qui délèguent facilement l'éducation de leurs enfants à une employée. Toujours débordés et pressés, ils renoncent à leur rôle de pères ou de mères au quotidien. Dans ce récit, Louise, la « super nanny », comble le vide laissé par les parents et renforce peu à peu son emprise sur cette famille. Elle remplit ainsi ses propres carences affectives. L'auteure nous montre aussi comment le couple, devenu employeur, va parfois avoir des mots humiliants pour leur salariée. Elle a pris une place au sein du noyau familial mais elle en reste étrangère. C'est une personne indispensable dont la présence n'est que temporaire. La psychologie des personnages est décrite avec pertinence. La tension est permanente. le lecteur secoué par un incipit poignant est ensuite captivé par un suspense qui ne faiblit jamais. Il suit avec intérêt la folie grandissante de Louise. « Chanson douce » est un drame psychologique dérangeant car parfaitement réaliste.
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Annette55
25 novembre 2016
Tout à déjà été dit sur ce livre, mais tant pis.....
Un ouvrage féroce lu d'une traite ou presque, fascinant, glaçant, terrifiant à la fois, qui s'ouvre sur un cri affreux: celui d'une mére...
Le premier chapitre dégoupille une grenade en révèlant d'emblée l'assassinat de deux enfants et la tentative de suicide de leur nounou " qui n'a pas su mourir ".
L'Asphyxiant huit clos familial raconte l'histoire d'un couple --peu exploré à ma connaissance --dans la littérature, un couple ambigu, complexe que forment une baby-sitter et une mère
Quand Louise apparaît , visage comme "une mer paisible", blonde, menue, fine, presque transparente, efficace "fée du logis", la mére Myriam , avocate parisienne passionnée par son métier est d'emblée conquise.
Entre les deux femmes l'alchimie est immédiate " comme un coup de foudre amoureux".
Louise console, soude peu à peu les fantasmes de famille idéale : des enfants calmes et bien peignés, un ménage tenu au cordeau, le dîner préparé avec soin sinon avec amour..une perle rare......
Louise apprivoise impeccablement ce petit monde au fil des mois, tisse sa toile maléfique......
L'auteur décrit puissamment sa solitude et son impassibilité étrange, sourde, inquiétante , sa façon subtile de se rendre indispensable et de s'infiltrer, efficace, hypnotique, au sein du foyer.
Derrière les apparences policées se cachent les différences sociales, les préjugés, la relation asymétrique entre deux femmes qui, d'un bout à l'autre de l'échelle sociale se jalousent,même inconsciemment et s'observent à distance...des notes discordantes discrètes apparaissent ....
Le délire implacable de Louise ferme peu à peu toutes les portes...
Chanson douce est t-il un thriller ? Non , plutôt une fable tragique.
L'écriture est puissante, froide, contenue, nerveuse, comme tirée au cordeau, excluant toute sentimentalité .
L'efficacité romanesque est telle que le lecteur est tenu en haleine d'un bout à l'autre, c'est la force magistrale de cette manipulation, cette nounou à l'âme pourrissante qui vampirise l'espace familial jusqu'au drame ultime .....
L'auteur tire les fils de cette tragédie avec une maîtrise incroyable, sans affect;On en ressort sonné.
Cet ouvrage ressemble à une claque glaçante et terrifiante sur la maternité et l'aliénation domestique à l'ère de l'émancipation des femmes !
Âpre, violent, puissant ,magistral !
Un ouvrage que j'ai hésité à lire ,ma libraire me l'ayant déconseillé ......


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Les critiques presse (11)
Actualitte02 décembre 2016
Très juste à dépeindre l’impossible spontanéité des relations entre le couple et la nourrice, Leïla Slimani, observatrice hors-pair, laisse s’immiscer, de manière progressive, un malaise de plus en plus envahissant.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaPresse16 novembre 2016
Chanson douce est un livre efficace, écrit au scalpel, par une jeune auteure qui représente une nouvelle mouvance d'écrivaines françaises complètement ancrées dans la réalité d'aujourd'hui. Un prix mérité.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LesEchos03 novembre 2016
On pense au roman de Delphine de Vigan « D'après une histoire vraie », pour l'art de la manipulation, ou au film de Claude Chabrol « La Cérémonie », pour les relations de classe entre les employeurs et les domestiques.
Lire la critique sur le site : LesEchos
LePoint12 octobre 2016
Leïla Slimani va terroriser tous les parents qui travaillent et font appel à une nounou.
Lire la critique sur le site : LePoint
LeFigaro07 octobre 2016
Leïla SlimanI est, littérairement, une Lilith des Mille et Une Nuits.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Bibliobs29 septembre 2016
«Chanson douce» est un remake ultra-contemporain des «Bonnes» de Genet. Comme son modèle, il appuie exactement là où ça fait mal.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Lexpress28 septembre 2016
Quelle claque! Avec ce second roman, Leïla Slimani entre sans préambule dans le classement des meilleurs livres de l'année.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Culturebox26 septembre 2016
Une écriture incisive et une capacité étonnante à nous emmener en terrain miné, à percer des coffres mentaux mal cadenassés (...) On sort secoué et admiratif.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Telerama16 septembre 2016
Leïla Slimani exclut toute sentimentalité. Elle nous tient en haleine, maîtrisant cette Chanson douce qui glisse inéluctablement de la comptine pour bien dormir à l'âpre description de scène de crime.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress06 septembre 2016
Leïla Slimani orchestre avec beaucoup de maîtrise un drame implacable porté par une baby-sitter (presque) parfaite.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LePoint19 août 2016
Une réussite et une confirmation que Leïla Slimani est une écrivaine de talent.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations & extraits (286) Voir plus Ajouter une citation
ninosairosseninosairosse20 septembre 2017
Arrivée au coin de sa rue, pourtant déserte, elle sent qu'on l'observe. Elle se retourne, mais il n'y a personne. Puis, dans la pénombre, entre deux voitures, elle aperçoit un homme, accroupi. Elle voit ses deux cuisses nues, ses mains énormes posées sur ses genoux. Une main tient un journal. Il la regarde. Il n'a l'air ni hostile ni gêné. Elle recule, prise d'une atroce nausée. Elle a envie de hurler, de prendre quelqu'un à témoin. Un homme chie dans sa rue, sous son nez. Un homme qui apparemment n'a même plus honte et doit avoir l'habitude de faire ses besoins sans pudeur et sans dignité.
p152
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marina53marina5307 décembre 2016
Les squares, les après-midi d'hiver. Le crachin balaie les feuilles mortes. Le gravier glacé colle aux genoux des petits. Sur les bancs, dans les allées discrètes, on croise ceux dont le monde ne veut plus. Ils fuient les appartements exigus, les salons tristes, les fauteuils creusés par l'inactivité et l'ennui. Ils préfèrent grelotter en plein air, le dos rond, les bras croisés. A 16 heures, les journées oisives paraissent interminables. C'est au milieu de l'après-midi que l'on perçoit le temps gâché, que l'on s'inquiète de la soirée à venir. A cette heure, on a honte de ne servir à rien.
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KrisPyKrisPy17 août 2016
Dans le frigidaire de Myriam, il y a des boites. De toutes petites boites, posées les unes sur les autres. Il y a des bols, recouverts de papier aluminium. Sur les étagères en plastique, on trouve de petits morceaux de citron, un bout défraichi de concombre, un quart d'oignon dont l'odeur envahit la cuisine dès qu'on ouvre la porte du frigo. Un morceau de fromage, dont il ne reste que la croûte. Dans les boîtes, Myriam trouve quelques petits pois qui ont perdu leur rondeur et leur vert éclatant. Trois pâtes. Une cuillerée de de bouillie. Une effiloché de dinde qui ne nourrirait pas un moineau mais que Louise a pris le soin de ranger.
C'est, pour Paul et Myriam, un sujet de plaisanteries. Cette lubie de Louise, cette phobie de jeter la nourriture, commence par les faire rire. La nounou racle les boites de conserve, elle fait lécher les pots de yaourt aux enfants. Ses employeurs trouvent cela ridicule et touchant.
Paul se moque de Myriam quand elle descend, en pleine nuit, les poubelles qui contiennent des restes non consommés ou un jouet de Mila qu'ils n'ont pas le courage de réparer. "Tu as peur de te faire gronder par Louise, reconnais-le !" et il la poursuit dans la cage d'escalier en riant.
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seshat123seshat12328 février 2017
Myriam en a parlé à Paul et elle a été déçue de sa réaction. Il a haussé les épaules. « Mais je ne savais pas que tu avais envie de travailler. » Ça l’a mise terriblement en colère, plus qu’elle n’aurait dû. La conversation s ’est vite envenimée. Elle l’a traité d’égoïste, il a qualifié son comportement d’inconséquent. « Tu vas travailler, je veux bien mais comment on fait pour les enfants?» Il ricanait, tournant d’un coup en ridicule ses ambitions à elle, lui donnant encore plus l’impression qu’elle était bel et bien enfermée dans cet appartement.

Une fois calmés, ils ont patiemment étudié les options. On était fin janvier : ce n’était même pas la peine d’espérer trouver une place dans une crèche ou une halte-garderie.

Ils ne connaissaient personne à la mairie. Et si elle se remettait à travailler, ils seraient dans la tranche de salaire la plus vicieuse: trop riches pour accéder en urgence à une aide et trop pauvres pour que l’embauche d’une nounou ne représente pas un sacrifice. C’est finalement la solution qu’ils ont choisie, après que Paul a affirmé: «En comptant les heures supplémentaires, la nounou et toi vous gagnerez à peu près la même chose. Mais enfin, si tu penses que ça peut t’épanouir... » Elle a gardé de cet échange un goût amer. Elle en a voulu à Paul.
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seshat123seshat12303 mars 2017
Quelques jours auparavant, alors que Myriam discutait de ses recherches avec son amie Emma, celle-ci s’est plainte de la femme qui gardait ses garçons. « La nounou a deux fils ici, du coup elle ne peut jamais rester plus tard ou faire des baby-sittings. Ce n’est vraiment pas pratique. Penses-y quand tu feras tes entretiens. Si elle a des enfants, il vaut mieux qu’ils soient au pays. » Myriam avait remercié pour le conseil. Mais, en réalité, le discours d’Emma l’avait gênée. Si un employeur avait parlé d’elle ou d’une autre de leurs amies de cette manière, elles auraient hurlé à la discrimination. Elle trouvait terrible l’idée d’évincer une femme parce qu’elle a des enfants. Elle préfère ne pas soulever le sujet avec Paul. Son mari est comme Emma. Un pragmatique, qui place sa famille et sa carrière avant tout.
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Videos de Leïla Slimani (44) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Leïla Slimani
Lauréate du prix Goncourt 2016 avec son ouvrage « Sexe et mensonges : La vie sexuelle au Maroc », Leïla Slimani nous explique ce qui l'a motivé à rédiger cette oeuvre.
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