AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres

Daniel Struve (Traducteur)
EAN : 9782070304073
128 pages
Gallimard (01/01/2004)
3.47/5   192 notes
Résumé :
Lors d'une promenade autour d'un ancien palais impérial, le sanctuaire de Minase, le narrateur rencontre un homme étrange. Est-ce un fantôme, un esprit qui hante les lieux ? Celui-ci lui offre du saké et lui raconte l'histoire de la belle O-Yû, perverse et inaccessible..
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (45) Voir plus Ajouter une critique
3,47

sur 192 notes

mh17
  18 mars 2022
J'ai beaucoup aimé explorer cette nouvelle du maître Tanizaki. Elle a été écrite en 1932 en même temps qu' Eloge de l'ombre auquel elle fait écho. A cette époque Tanizaki s'est retiré à Osaka et travaille également à la traduction en japonais moderne du Dit du Genji. La première partie de la nouvelle pleine de références littéraires et historiques ainsi que sa structure complexe peuvent dérouter à première vue mais laissez-vous guider par le narrateur-auteur et très vite, vous verrez, vous serez comme absorbé dans son riche imaginaire poétique.
Dans la première partie l'auteur-narrateur nous emmène dans une promenade automnale autour du sanctuaire de Minase dans la région d'Okamoto, sur les traces de l'empereur Gotoba (XIIIe siècle). Celui-ci y fit édifier un palais, y donna des fêtes somptueuses. Cet empereur était aussi poète et termina sa vie en exil. Il composa en particulier ce poème mélancolique :
« Je regarde dans le lointain
Le pied des montagnes est enveloppé de brume
Rivière Minase !
Pourquoi avoir préféré les soirs d'automne ? »
Le narrateur cherche le lieu précis où l'empereur méditait et cherche aussi à retrouver l'émotion nostalgique exacte que l'empereur éprouvait alors 700 ans avant lui. Il cherche la montagne arrondie, douce, embrumée à l'ombre de la lune. Il cherche à se fondre dans la solitude du soir dans la fine brume qui flotte au-dessus de l'eau et qui semble de loin lui faire signe. Cette rêverie mémorielle lui fait oublier l'heure. Il suit alors le conseil d'un marchand de nouilles. Il emprunte un bac, s'étonnant qu'il en existe encore, qui le mène sur un banc de sable couvert de roseaux au milieu du fleuve. Là avant d'embarquer sur un second bac le conduisant vers la rive opposée, il sort son carnet à dessin et boit quelques verres d'alcool. Une lumière bleutée enveloppe le fleuve. Il chantonne, pense aux courtisanes qui se frayaient un passage dans les roseaux pour se vendre aux marchands. Que sont-elles devenues ? Ont-elles été obligées de se sacrifier par compassion pour Amina ? le narrateur sent alors une présence derrière lui. Un homme est accroupi dans les roseaux. Il est d'Osaka. Ils se mettent à discuter, s'accordent sur tout, boivent beaucoup de saké et se mettent à chantonner des airs du Nô. le narrateur confie qu'il songe aux fantômes des courtisanes du passé et l'inconnu était justement en train de songer « aux fantômes d'un passé disparu ». Depuis l'enfance, il a été plus ou moins contraint d'assister aux fêtes de la lune. En fait son père venait guetter à travers d'épaisses feuilles de roseaux une jeune femme joueuse de koto à la voix raffinée. Chaque année la scène se répétait, sous la lune bleutée.
Le narrateur s'efface tel le waki enivré de saké dans le théâtre No. L''inconnu aux roseaux comme le shite du Nô nous raconte alors l'histoire du père. Il y a bien longtemps, ce père aima O_Yu, une jeune veuve de vingt-trois ans et mère d'un petit garçon. Elle avait été élevée comme une princesse et régnait sur la maison de ses beaux-parents. Ceux-ci lui laissaient beaucoup de liberté afin qu'elle ne se remarie jamais ce qui aurait privé l'enfant d'héritage. Shinnosuké (le père de l'inconnu) issu de la bourgeoisie rêvait depuis longtemps d'épouser une beauté aristocratique à la peau laiteuse. Au théâtre où il la rencontra il fut sous le charme de cette poupée de cour. Mais comment contourner l'obstacle des beaux-parents ? Grâce à l'entremise d'une tante, l'idée s'imposa alors d'épouser la jeune soeur O-shizu. Ainsi Shinnosuké resterait très proche de l'aînée…Je ne vous en dirai pas plus sur ce très tanizakien ménage à trois plein de perversité et de calculs sournois.
Le destin de la belle O-Yu rappellera celui de l'empereur mais aussi celui des courtisanes, la douleur de l'empereur celle du père de l'inconnu aux roseaux. Au fait ce coupeur de roseaux ne serait-il pas un fantôme qui se fond dans le clair de lune ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          3825
sandrine57
  28 mai 2017
Enclin à la rêverie et à la nostalgie depuis qu'il approche de la cinquantaine, le narrateur part se promener au sanctuaire de Minase qui s'élève sur l'emplacement du palais impérial de l'empereur Gotoba. le lieu n'a rien d'exceptionnel a priori mais il est chargé d'Histoire et le promeneur se remémore des vers, des haïkus, des extraits d'oeuvres anciennes. La nature environnante, la proximité du fleuve Yodo sont propices à la contemplation de la pleine lune du huitième mois. Aussi s'attarde-t-il pour admirer l'astre, au milieu du fleuve, sur un banc de sable où il s'imagine revenu à l'époque où les geishas, rivalisant de beauté, voyageaient en bateau pour le plaisir des riches riverains. Soudain sa solitude est troublée par un homme surgi des roseaux qui lui propose du saké et une histoire. L'histoire d'amour de son père et de la belle et inaccessible O-Yû. Un amour impossible car O-Yû étant veuve et mère, la tradition rendait impossible un remariage. C'est donc avec O-Shizu, la soeur d'O-Yû, qu'il finit par se marier. Un mariage non consommé, un triangle amoureux, chaste et respectueux, dominé par O-Yû, gracieuse certes, mais aussi égoïste, narcissique, capricieuse, un brin perverse.
Au rythme lent du marcheur, Junichirô Tanizaki nous convie dans le sanctuaire de Minase pour une promenade entre passé et présent, rêve et réalité. Après la mise en jambe tout en douceur dans le lieu saint et près des vestiges du palais impérial, accompagné par la musique des poèmes anciens, le lecteur flâne à la rencontre d'un conteur pour une douce échappée dans les temps anciens. A cette époque, la famille et les traditions pesaient sur les couples et l'amour n'avait pas forcément voix au chapitre. Enfant choyée par une famille en pâmoison devant sa beauté, O-Yû a été traitée pareillement dans sa belle-famille, toujours soucieuse de lui plaire et de la contenter. Habituée à voir tous ses voeux exaucés, la jeune fille se complaît dans un état de satisfaction permanente et se soucie finalement peu de son entourage. Elle accepte avec naturel le sacrifice de sa soeur et de l'homme qui l'aime. Il est question ici d'amour courtois, de chasteté, de désir bridé, de jeux sensuels, de caresses interrompues par le sens de l'honneur. Bien sûr, cette histoire d'amour finira, mais les sentiments de l'homme ne s'éteindront jamais. Longtemps encore après la rupture, il rôdera près de chez O-Yû, à chaque pleine lune du huitième mois, pour revoir encore une fois sa cruelle bien-aimée...
Une nouvelle poétique, onirique et langoureuse inspirée d'un conte populaire et servie par la plume sensuelle et délicate d'un auteur qui excelle à décrire un Japon idéal, fantasmé et révolu.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          410
Malaura
  19 décembre 2011
Un beau soir de septembre, le narrateur se décide à une promenade méditative et poétique au sanctuaire de Minase, lieux où s'élevait jadis un ancien palais impérial. La beauté chaleureuse de ces lieux porteurs d'un passé majestueux, évoque au marcheur solitaire des réminiscences d'oeuvres traditionnelles, de poèmes anciens, de haïkus consacrés, ainsi que le désir de contempler la lune sur les rives toutes proches du fleuve Yodo.
Sa solitude est pourtant troublée par l'apparition d'un homme, surgi de derrière les roseaux tel un esprit des eaux.
Celui-ci, après lui avoir offert quelques verres de saké, entreprend de lui faire le récit des amours contrariés de son père avec la belle et distinguée O-Yû. A l'époque, la tradition nippone ne permettant pas à O-Yû, jeune veuve avec un enfant, de se remarier,
le père du conteur s'était résolu à épouser O-Shizu, la soeur cadette d'O-Yû, afin de rester proche de celle qu'il avait épousée dans le secret de son coeur. Une curieuse relation triangulaire, fondée sur la chasteté, s'était alors établie entre O-Yû et le couple, chacun sacrifiant sa vie par amour et par respect pour les deux autres.
A la fin de cette étrange confession, la silhouette de l'inconnu se fond dans le clair de lune, laissant planer comme l'ombre d'un doute sur la réalité de cette rencontre…
Dans ce court roman inspiré d'un vieux conte japonais, Tanizaki prend tout son temps pour camper son décor.
Posément, graduellement, l'auteur japonais crée une atmosphère tout en délicatesse, établit une ambiance douce, éthérée, qui vous happe et vous enivre comme ces coupelles de saké offrant une légère ivresse, un trouble nimbé de bien-être.
Par un lent, long et beau préambule, paisible promenade au bord d'un fleuve un soir de pleine lune, le lecteur sera peu à peu conduit au coeur du récit.
Le promeneur solitaire accompagné d'un lecteur serein, se laissent tout d'abord envahir par la beauté calme des lieux, baignés de douce mélancolie, sorte d'attente contemplative nimbée de poésie nippone, de haïkus, d'histoires traditionnelles.
Puis, avec cette magie que confèrent les bords brumeux d'un fleuve seulement éclairé par l'astre lunaire, l'apparition du deuxième personnage, surgi d'entre les roseaux, ouvre la voie à un autre récit tout aussi délicat et raffiné, l'histoire d'un amour impossible.
Dans la narration de ce récit, l'auteur japonais révèle l'étendue de son érudition des us et coutumes de la tradition nippone et des arts traditionnels (instruments de musique, poésie, oeuvres anciennes).
Apparaît alors un monde où le raffinement et l'élégance le disputent aux devoirs et contraintes imposés par des codes sociaux extrêmement restrictifs.
Le grand auteur japonais, au demeurant souvent bridé par la censure dans d'autres ouvrages, compose ici un tableau d'une exquise subtilité, traduisant à la fois la soumission et le respect aux règles ancestrales, et le rapport triangulaire ambigu et sensuel des personnages.
Ainsi, dans un style imagé, auréolé d'une poésie claire et mélodieuse, il réussit à évoquer les thèmes qui lui sont chers – les passions amoureuses, les relations triangulaires, la beauté, la sensualité - sans toutefois heurter les bonnes consciences.
A la recherche d'un esthétisme gracieux, élégant et raffiné, l'auteur de « La clef », « Eloge de l'ombre » ou « le tatouage », compose « le coupeur de roseaux » à la manière dont les artistes japonais réalisent leurs estampes à l'époque Edo, avec cette portée philosophique que l'écrivain japonais du XVIIème siècle Asaï Ryôi mentionne ainsi : « vivre uniquement le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier et de la feuille d'érable […], dériver comme une calebasse sur la rivière, c'est ce qui s'appelle ukiyo. »
Les descriptions finement nuancées de la nature, des paysages, des costumes, le mouvement suspendu d'un geste féminin, le sentiment d'évanescence et d'éphémère qui se dégagent des êtres et des choses, sont peints au plus fin pinceau et, sous la plume de l'auteur, se dévoilent détail après détail au gré d'une écriture soignée, souple et soyeuse. Si bien que, tout comme les artistes pratiquant l'Ukiyo (ou l'art de l'estampe), l'on pourrait aisément qualifier de « peintre d'un monde flottant » le grand écrivain japonais Junichirô Tanizaki (1886 – 1965).
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          360
kuroineko
  04 décembre 2018
Après le grand tremblement de terre du Kantô en 1923, Tanizaki Junichirô partit s'installer dans la région du Kansai (Kyoto-Osaka). Lui qui s'était intéressé de près à l'occidentalisation de son pays depuis le début de l'ère Meiji, il revint alors vers le Japon d'avant et ses traditions.
Le coupeur de roseaux appartient à cette veine. le narrateur qui approche de la cinquantaine est un double parfait de Tanizaki. Une fin d'après-midi, à la mi-septembre, ce personnage partit pour une promenade vers le sanctuaire de Minase, dressé en l'honneur de Gotoba, empereur caché du XIIIème siècle. le sanctuaire se dresse à l'endroit où le souverain possédait une vaste demeure, pas très loin de sa capitale Heian-Kyo, le nom de l'ancienne Kyoto. le narrateur compte profiter du spectacle de la pleine lune de ce mois, qui fait l'objet au Japon d'une célébration appelée "Tsukimi" (littéralement, "regarder la lune") où l'on contemple l'astre lunaire, si possible sur l'eau pour bénéficier des reflets, et avec du saké.
L'âme empreinte de nostalgie douce, le narrateur évoque chroniques et poèmes de l'époque médiévale. Assis près des roseaux sur un banc de sable au milieu de la rivière, il est accosté par un homme sensiblement du même âge que lui. Cet inconnu partage son saké avec le narrateur avant de lui confier l'histoire de son père et de sa relation avec la superbe et raffinée O-yū, jeune veuve et mère d'un petit garçon, dont il épouse la soeur cadette O-Shizu. S'ensuivent des relations très ambiguës non dénuées d'une certaine perversité entre le trio.
Tanizaki met tout son talent d'évocation dans ce récit très contemplatif. Comme son double fictionnel, on se laisse bercer par la poésie fantasmatique de cette nuit d'automne où une légère brume floute et adoucit les contours des choses. On se laisse prendre à l'histoire narrée par linconnu, au charme vénéneux d'O-yū et du trio. Tanizaki aime et excelle à mettre en scène des personnages aux comportements troubles (cf. sa première nouvelle "Le Tatouage" ou son roman le chat, son maître et ses deux maîtresses, entre autres).
L'ensemble forme une sorte de conte onirique dont on ressort comme d'un rêve.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          300
Croquignolle
  24 janvier 2017
Ce livre est un joli voyage émouvant et dépaysant au bord d'un petit étang près du sanctuaire de Minase. Bercée par la mélodieuse musique de la voix de cet ami rencontré en chemin, je suis émerveillée de notre complicité naissante. Sa confiance en moi me touche. Il me révèle sans pudeur ce qui le fascine en ce lieu à la beauté privilégiée : une femme inaccessible, O-Yû, qui hante ce sanctuaire et qui laisse une trace mystérieuse et délicieuse dans sa vie d'homme.
Et voilà que je me prends pour le narrateur...
Si je mets trois étoiles seulement à ce récit, c'est parce qu'il m'a fallu un temps fou pour entrer au coeur de l'histoire. Dans la première partie, j'avais l'impression d'assister à un cours de géographie, tentant de situer Minase sur la carte d'un Japon aux mille vies.
Petit à petit pourtant, la magie de la plume de Junichirô Tanizaki a opéré et j'ai été séduite...
Mais certainement trop tard pour faire de cette lecture un vrai coup de coeur.
Je souris en lisant l'avis de Woland qui rejoint mon point de vue : l'intensité, la force, les trésors de ce roman se cachent certainement lors de la première lecture. Je ne vais donc pas hésiter à le relire pour en goûter chaque mot, chaque émotion, chaque merveille.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          295

Citations et extraits (40) Voir plus Ajouter une citation
CroquignolleCroquignolle   23 janvier 2017
Il est vrai qu'en matière de paysages, les goûts varient selon les dispositions de chaque spectateur, et il s'en trouverait sans doute pour dénier toute valeur à ce lieu. Quant à moi, des montagnes et des cours d'eau ordinaires sans rien de grandiose ou d'inattendu, tels que ceux-ci, m'invitent à une douce rêverie et me donnent l'envie de m'attarder indéfiniment auprès d'eux. S'ils ne surprennent pas l'oeil et ne ravissent pas l'âme, de tels paysages attirent le voyageur par leur abord amène et souriant. A un regard rapide, ils ne livrent rien, mais celui qui s'attarde longuement auprès d'eux se sent entouré de chaleur et d'une douce affection, comme dans les bras d'une tendre mère. Dans la solitude du soir, surtout, on voudrait se fondre dans la fine brume qui flotte au-dessus de l'eau, et qui semble de loin nous faire signe.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          220
WolandWoland   25 septembre 2010
...] ... ( ... ) mon père, lorsqu'il aperçut O-Yû, sentit qu'elle était le type de femme dont il rêvait depuis longtemps. Je ne sais ce qui fit naître en lui ce sentiment, mais sans doute dans le ton qu'elle prenait lorsqu'elle s'adressait à ses servantes et qu'il pouvait entendre puisqu'elle était placée immédiatement derrière lui [dans une loge, à l'opéra], tout comme dans le reste de son comportement et de ses attitudes, il avait perçu cette aisance qui appartient aux femmes des grandes familles. Telle qu'on peut la voir sur les photographies, O-Yû avait des joues assez pleines et un visage rond et enfantin, mais à entendre mon père, si les lignes de son nez et de ses yeux étaient celles d'une belle femme comme il s'en trouve un assez grand nombre, son visage paraissait estompé par une légère brume, ses yeux, son nez, sa bouche, tous ses traits étaient imprécis, comme tendus d'un mince voile, dépourvus de toute ligne tant soit peu déterminée ou aiguë et celui qui la regardait fixement avait l'impression que ses propres yeux se voilaient et qu'un halo de brouillard venait envelopper la seule personne de cette femme. Selon mon père, l'expression "noblement raffiné" que l'on rencontre dans nos anciens ouvrages désignait précisément ce genre de visage et c'était, disait-il, cette particularité qui faisait le prix d'O-Yû sama. Sans doute avait-il quelques raisons pour penser ainsi. Les femmes au visage d'enfant ont souvent tendance à conserver longtemps leur air de jeunesse, si du moins les difficultés de la vie quotidienne ne viennent pas les flétrir, et, à en croire notamment ma tante, entre seize et quarante ans, le profil d'O-Yû n'avait pas subi le moindre changement, son visage restant toujours d'une fraîcheur aussi juvénile. ... [...]
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
MahaDeeMahaDee   11 mars 2017
C'était un mois de septembre, quand j'habitais encore à Okamoto. Il faisait un temps superbe ce jour-là et vers le soir, ou plutôt peu après trois heures de l'après-midi, j'eus soudain envie de faire une promenade à pied dans la région. L'heure était trop tardive pour une excursion lointaine et je connaissais par ailleurs presque tous les environs immédiats, si bien que je réfléchissais à un endroit peu connu, auquel ni moi ni un autre n'aurait pensé spontanément, et qui conviendrait à une promenade de deux ou trois heures, lorsque je me rappelai que depuis quelques temps déjà j'avais le projet d'aller visiter le sanctuaire de Minase, sans que l'occasion ne s'en fût jamais présentée.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
WolandWoland   25 septembre 2010
[...] ... Tout en recherchant dans les replis de ma mémoire ces quelques passages [extraits de chroniques] dont je parvenais à faire remonter des bribes à la surface, je contemplais l'étendue déserte du fleuve, dont les eaux s'écoulaient sans bruit sous l'éclat de la lune. Quel homme n'avait jamais éprouvé un sentiment de nostalgie pour le passé ? Pourtant, rendu vulnérable comme je l'étais par l'approche de la cinquantaine, la simple tristesse sans raison que nous inspire l'automne m'envahissait avec une force prodigieuse, dont je n'avais pas soupçon dans ma jeunesse, et il suffisait du spectacle de feuilles de puéraire frissonnant au vent pour me remplir parfois d'une émotion que rien ne parvenait à dissiper. A plus forte raison, par une telle soirée et alors que j'avais trouvé refuge dans un endroit pareil, devais-je me montrer sensible à la fragilité de toute entreprise humaine, disparaissant sans laisser de trace, et me sentir attiré par le chatoiement d'une époque révolue ? Les "Notes sur les Courtisanes" rapportent le nom de femmes fameuses telles que Kannon, Nyoi, Kôro, Kujaku, ou encore Ko-kannon, Yakushi, Yuya, Naruto. Où sont donc toutes ces femmes qui passaient leur vie sur l'eau ? [sur des jonques aménagées où elles faisaient commerce de leurs divers talents : chants, danses et sexe.] Si, pour leur nom d'artistes, elles choisissaient des termes à consonance bouddhique, c'est, dit-on, qu'elles voyaient dans le commerce de leurs charmes une forme de compassion semblable à celle des bodhisattva [= celui ou celle qui a décidé de suivre la Voie de Bouddha]. Ces femmes qu'on regardait comme des réincarnations de Fugen [Fugen Bosatsu, disciple et assistant du Bouddha] et à qui il arrivait de recevoir l'hommage des moines les plus vénérables, ne pourrait-on en faire à nouveau sur ces flots apparaître les figures, telle de l'écume qui se forme pour se défaire aussitôt ? ... [...]
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
BazaRBazaR   31 janvier 2015
Kaya est situé entre les trois provinces de Yamashiro, de Kawachi et de Settsu; c'est un port important que ne peuvent manquer les voyageurs, qu'ils viennent du nord, du sud, de l'est ou de l'ouest. Venues de tout le pays, jeunes et vieilles, les femmes qui font commerce de leurs charmes s'y rassemblent. Elles vont visiter les villages, attachent leurs barques devant les portails, attendent les clients sur le fleuve.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130

Videos de Junichirô Tanizaki (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Junichirô Tanizaki
« […] Akutagawa Ryunosuke (1892-1927) tenait cette nouvelle pour l'une des oeuvres les plus fortes de Shiga Naoya (1883-1971). […] Tout en usant de mots familiers réussir à donner une pareille sensation de transparence, voilà ce qui dans tout texte, à quelque genre qu'il appartienne, importe au plus haut point. […] Une telle forme d'écriture dédaigne la fleur pour obtenir le fruit : par la simplicité même, elle accède à l'essentiel comme aucun mode d'expression de la vie quotidienne ne le pourrait. […] » (Junichiro Tanizaki [1886-1965])
« […] Sa légèreté n'est qu'apparente. Elle recèle une puissance insoupçonnée. Ainsi de ces variations de Chopin, subtiles, presque imperceptibles, qui résonnent en nous, se propagent jusqu'au fond de nos entrailles comme la douleur d'une dent. […] » (Hideo Kobayashi [1902-1983])
« […] l'originalité de Shiga Naoya tient au fait que jamais dans aucune de ses nouvelles il ne se laisse aller à l'analyse psychologique de son personnage principal. Il le présente seulement comme un homme qui lutte pour essayer d'établir des relations humaines rationnelles dans le monde qui l'entoure. le personnage apparaît si profondément hanté par cette quête que Shiga Naoya ne s'attarde pas à une étude de son caractère. […] » (Sei Ito [1905-1969])
« […] En janvier 1913 paraît un premier recueil de nouvelles, dédié à sa grand-mère. le 5 août de cette même année, Shiga Naoya est renversé par un train de la ligne Yamanote. Il est grièvement blessé et doit se faire hospitaliser. Il écrit en septembre la nouvelle Han no hanzaï (Le crime de Han) puis, en octobre, part en convalescence à Kinosaki. […] L'une de ses plus belles nouvelles, Wakaï (Réconciliation) […] est publiée en 1917, peu de temps après Kinosaki nite (Le séjour à Kinosaki). […] »
17:55 - Générique
Référence bibliographique : Naoya Shiga, le séjour à Kinosaki suivi de le crime de Han, traduit par Pascal Hervieu et Alain Gouvret, Éditions Arfuyen, 1986
Image d'illustration : Autoportrait de Shiga Naoya daté de septembre 1912.
Bande sonore originale : P C III - O UT O UT by P C III is licensed under an Attribution License.
Site : https://freemusicarchive.org/music/P_C_III/O_UT_1733/O_UT
#NaoyaShiga #LeSéjourÀKinosaki #LittératureJaponaise
+ Lire la suite
autres livres classés : japonVoir plus
Notre sélection Littérature étrangère Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Les mangas adaptés en anime

"Attrapez-les tous", il s'agit du slogan de :

Bleach
Pokemon
One piece

10 questions
652 lecteurs ont répondu
Thèmes : manga , littérature japonaiseCréer un quiz sur ce livre