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EAN : 9782253045892
158 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/09/1988)
4/5   422 notes
Résumé :
Peu de pièces auront été autant jouées que La Cerisaie, depuis sa création en 1904. Et supporté des éclairages, des commentaires aussi contradictoires. Pièce-testament (Tchekhov meurt l'année même de la parution de la pièce), oeuvre charnière, La Cerisaie referme doucement une porte sur un monde agonisant, tandis qu'une autre s'entrouvre, par où pénètre, comme par effraction, l'aube d'une ère nouvelle. Aube ou crépuscule ? Tchekhov ne tranche rien. Il décrit le neuf... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
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Nastasia-B
  28 avril 2013
La Cerisaie est une oeuvre symbolique. Les cerisiers en fleur (n'oublions pas la vogue japonaise qui avait frappé l'occident durant le XIXème siècle) symbolisent le raffinement, l'esthétique, l'éphémère, l'art, le faste, le tape-à-l'oeil, la frivolité, en un mot l'aristocratie.
Ceci s'oppose bien évidemment au matérialisme, au pragmatisme, à la terre, au sol, en tant que quantité de mètres carrés sur lesquels poussent ces arbres.
C'est donc tout un symbole que la cession de la cerisaie (demeure et domaine de la noblesse russe) par l'aristocratie à la bourgeoisie et c'est ce symbole que choisit Anton Tchékhov pour nous montrer la fin d'une époque, la prise de pouvoir par les financiers au tournant du XXème siècle, notamment suite à l'abolition du servage en Russie en 1861.
Cette pièce est donc tout à fait dans la droite lignée des Démons (les Possédés) de Dostoïevski. Tchékhov sent aussi parfaitement monter les ferments de ce qui sera la révolution de 1917.
Pour nous montrer cette décadence, cette perte de contrôle de l'aristocratie, ce manque de lucidité, au début de la pièce, chaque personnage est dans sa propre bulle, chacun répond à côté de la plaque, sauf l'homme d'affaire, descendant de paysan, Lopakhine, qui, lui, a bien perçu que le vent a tourné et qu'il apporte des odeurs de roussi.
Tous les autres sont dans les mirages d'un monde et d'une époque qui a disparu, révolue, qui s'est évanouie pour laisser place à une autre, mais que leurs yeux sont incapables de déceler, sauf peut-être l'étudiant utopique Trofimov, ancien précepteur d'un enfant qui est mort (encore un symbole !) et qui attend béatement l'heure du changement en s'imaginant que tout sera bonheur, liberté et égalité si une révolution survient.
En ce sens, c'est-à-dire, la poursuite des chimères, la non perception de la réalité, cette pièce se rapproche de la Mouette. C'est probablement la pièce la plus célèbre de Tchékhov, mais, définitivement, ce n'est pas ma préférée, car Oncle Vania m'a beaucoup plus séduite.
Évidemment, le ton Tchékhov, la facture Tchékhov, les ingrédients Tchékhov sont tous là, et comme ses trois soeurs (excusez-moi le calembour, il s'agit évidemment de la Mouette, Oncle Vania et Les Trois Soeurs) c'est une tragi-comédie grinçante et très typique de l'auteur.
On peut juste préciser que certaines mentions, notamment aux vacanciers, à la révolution latente, aux changements économiques annoncent ou font écho à l'oeuvre de Gorki.
Voilà, si je dois conclure, je dirais que cette pièce, très caractéristique du style Tchékhov est un trait d'union entre Dostoïevski et Gorki, le témoin d'un pan de l'histoire russe qui s'effondre et d'un autre, à créer.
Ce n'est pourtant pas celle que je porte le plus dans mon coeur, excusez-m'en, en outre rassurez-vous, ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, une floraison aussi futile et éphémère que celle d'une branche de cerisier, autant dire, pas grand-chose.
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PhilippeCastellain
  08 mars 2017
La Cerisaie' et l'une des seule pièce de Tchékov où personne ne meurt. Une tragédie sans décès ! Imagine-t-on un roman policier sans crime ? On pourrait arguer que c'est la cerisaie elle-même qui meurt, puisque ses arbres sont abattus. Mais c'est la conséquence de la tragédie, et non son origine.
Le drame est dans l'incapacité d'Andréïevna à gérer ses affaires, et à comprendre que des vies dépendent de ses décisions. Celle de sa propre fille, Anya, qui se retrouvera un jour obligée d'en assumer les conséquences, et dont le futur mari aurait besoin au minimum d'être secoué un bon coup pour devenir bon à quelque chose. Celle de Varia, toujours coincée entre deux mondes et à l'avenir incertain, mais qui pourrait bien basculer dans la misère. Celle du brave et fidèle Firs, qui aimerait mourir en paix là où il a toujours vécu...
Son bon coeur et sa gentillesse lui servent surtout à d'excuse à son irresponsabilité complète, et à incapacité à se débarrasser du cortège de parasites qui mangent le peu d'argent qui lui reste : son frère, Charlotta, son gigolo qu'elle part finalement retrouvé…
Mais c'est aussi une pièce prophétique. Les autres se terminent par la restauration de l'équilibre, soi que les personnages acceptent leur destin (‘L'oncle Vania', ‘Les trois soeurs'), soi que les éléments perturbateurs de l'ordre social soient éliminés, écrasés sous son poids (‘Platonov', ‘La mouette'). Mais ici, la pièce se termine sur une situation qui ne peut que se dégrader. Les aristocrates n'ont peut-être plus rien, ni biens ni responsabilités, mais ils sont toujours là et squattent toujours le devant de la scène, et Lopakhine reste encore et toujours un inférieur. Leur chute définitive et totale semble donc prévisible, et en parallèle leur remplacement par la bourgeoisie.
Pas une seconde Tchekov n'a l'air d'envisager une insurrection populaire. Pour lui, la Russie semble promise à une révolution libérale à la française, sous l'influence de la bourgeoisie impatiente de remplacer la noblesse. Les révolutionnaires comme Trofimov sont des rêveurs, pas même fichus de faire une demande en mariage correcte.
Voila qui est étrange à dire, mais quelle chance pour Tchekov qu'il n'ait pas vécu jusqu'en 1917 !
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Musardise_aka_CthulieLaMignonne
  09 août 2017
Entre Tchekhov et moi, c'est décidé, le divorce est définitivement consommé. "La cerisaie" était la seule pièce de la tétralogie (avec "La mouette", "Oncle Vania" et "Les trois sœurs") que je n'avais pas encore lue. Maintenant que c'est fait, et bien fait, le diagnostic est, je le crains, sans appel. Je l'ai même lue deux fois pour arriver à mettre clairement le doigt sur ce qui me dérangeait. La pièce a beau être courte, c'est dire le mal qu'elle m'a donné. Je suis à peu près certaine que la tradition du jeu français héritée de Stanislavski, un jeu emphatique, morne, qui met uniquement l'accent sur le tragique, a bien aidé à me dégoûter de Tchekhov. A dix-huit ans, je trouvais ça terriblement séduisant. Aujourd'hui, ça me fatigue. Mais je vois bien, à relire l'auteur de plus près, qu'on ne peut pas imputer mon peu d'enthousiasme aux seules mises en scène.
Pourtant, je reconnais volontiers que "La cerisaie" brasse une thématique et un réseau de motifs intéressants. de même que je reconnais que Tchekhov a innové dans le langage théâtral, dans la création de ses personnages, et, plus simplement, dans l'approche du théâtre. La cerisaie, c'est d'abord la fin d'un monde, celui d'une élite sociale oisive, ce qui est appuyé par de nombreuses allusions continuelles à des spectres. C'est aussi le retour fugace au monde de l'enfance (la chambre d'enfants, la voix d'enfant de Gaev, les sucreries, etc.). Surtout, c'est le lieu des rendez-vous manqués et de l'impossibilité de communiquer : on manque deux trains, on organise le bal au mauvais moment, les histoires d'amours sont des ratages complets, chacun courant après l'autre qui lui-même court après un autre (motif récurrent chez Tchekhov). Et tous ces gens parlent sans s'écouter ; il n'est pas rare que la série de répliques d'un personnage retombent dans le vide, tandis que l'interlocuteur censé lui répondre parle uniquement pour lui-même. La cerisaie est le lieu d'un perpétuel décalage, comme le montre la façon dont les personnages passent du rire aux larmes, et inversement. Et le lieu d'un échec vers lequel s'est dirigée toute sa vie et de toutes ses forces Lioubov Andreevna Ranevskaïa.
Mais tout cela ne me touche pas, sans doute pour des raisons formelles. Pour commencer, je n'arrive pas à percevoir le côté vaudeville que Tchekhov prétendait impulser à sa pièce (et que Stanislavski, encore lui, a proprement foulé aux pieds). Bon, oui, les personnages et les situations donnent plus ou moins dans le ridicule, comme Epikhodov parlant d'aller se tuer d'un coup de fusil (allusion ironique à La mouette, j'imagine). Pourtant, rien à faire, ça ne me fait pas rire, et ça m'arrache rarement un sourire. le fait est que les changements d'humeur des personnages me portent plus sur les nefs qu'autre chose. Et je crois que je suis finalement complètement insensible à l'aspect novateur du théâtre de Tchekhov, qui se trouve dans une sorte d'entre-deux : ce n'est plus le théâtre d'Ibsen, ce n'est pas encore celui de Beckett. Et bon, pas de chance pour Tchekhov, mais je préfère le XIXème d'Ibsen avec ses personnages en quête d'identité et de liberté, et le XXème absurde de Beckett.
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denis76
  27 septembre 2020
Théâtre. Cette grande dame russe, Lioubov est partie en France pour oublier la noyade de son fils. Mais elle est dépensière, et en revenant en Russie couverte de dettes, elle a peu de solutions pour sauver sa belle cerisaie.
Lioubov est le pilier de la famille, mais un pilier bien faible.
Le vieux Firs représente le valet respectueux de l'ancienne aristocratie.
Maintenant que l'esclavage est aboli, les jeunes employés philosophent, jouent au billard, ou se prennent pour des demoiselles. Lioubov est dépassée, et seule sa fille Varia essaye de mettre un peu d'ordre, car la gouvernante Charlotta ne pense qu'à faire la grande dame, et le frère de Lioubov ne sert à rien, une sorte de « bobo » de l'époque.
Seul Lopakhine, le marchand, propose une solution concrète pour sauver le terrain de la cerisaie
.
Personnages négatifs pour moi :
Gaev, Pichtchik, Charlotta, Epikhodov, Douniacha, Yacha.
Personnages positifs et négatifs :
Lioubov, Ania, Trofimov.
Personnages positifs :
Lopakhine, Varia, Firs.
.
Pièce agréable, où l'on peut cibler le caractère de chacun, beaucoup sont négatifs et quelques-uns, trop rares sont positifs et projettent leurs idées dans un avenir réaliste.
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DianaAuzou
  20 septembre 2020
Le XXe siècle est tout jeune, sans expérience, mais enfant rebelle. Un vent d'orage se lève et un grondement se fait entendre dans le lointain, le passage, comme tout passage se fera par un combat, entre garder encore, faiblement, et acquérir avec force, maintenant.
Tchekhov est malade et ses forces l'abandonnent, la pièce lui donne du fil à retordre, mais en bon joueur il l'appelle comédie, dans la course avec l'inévitable vaut mieux rire. Commencée en 1901, la pièce est achevée en septembre 1903.
Vrai symbole du XXe siècle, La cerisaie a souffert de la censure des officiers tsaristes, les derniers rebondissements d'une période en déclin qui s'accrochait encore à ce qui partait définitivement, génération incapable de s'adapter à une nouvelle Russie. Les tirades de Trofimov attaquent, critiquent, ironisent, s'envolent, mais il faut encore du temps, les ailes ne portent pas très loin.
Les symboles affluent, et comme de vrais personnages ils vivent le passage d'une époque à une autre, d'un passé épuisé qui ne tient plus la route vers un futur matérialiste, calculateur, pragmatique, qui va vite. Il n'y a plus de temps pour s'asseoir un peu avant de reprendre la route, plus de temps pour inspirer des sels, et le petit parasol est remplacé par la montre pour tenir le temps.
Deux mondes, deux vitesses, deux espaces, un passé et un futur qui ne peuvent pas se donner la main, l'un recule, l'autre avance.
La maison de la famille et la cerisaie seront vendues aux enchères pour payer les dettes, mais peu importe, faut organiser une fête et engager des musiciens, et l'argent diminue tout aussi vite que les dettes s'accumulent.
Lopakhine, le marchand, va vite, est pratique, les autres se prélassent, essuient des larmes, s'accrochent aux souvenirs, au passé. le passage du temps vu comme action, projets, énergie, gain, par Lopakhine, est vécu par la famille comme vieillissement, nostalgie, fatigue, souvenirs, regrets, et l'espace que Lopakhine ouvre vers le monde et le commerce, est l'espace de la maison et de la cerisaie pour Lioubov Andréevna, un environnement fermé, mais protecteur, comme un abri, un chez soi, même si le souffle commence à manquer, et l'énergie est affaiblie.
Mais le drame n'est pas une tragédie, le Russe le vit avec la musique, le chant du cygne il l'accompagne de sa guitare. Si le passage du temps se veut tragique c'est avec le rire du comédien qu'il faut le vivre. Pas d'apitoiement.
Le sourire de Tchekhov est celui d'une ironie tolérante, plutôt tendre et compréhensive, il n'accuse pas, ne défend pas non plus, regarde, observe, écoute, et comprend ce passage et plus encore ses personnages.
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Citations et extraits (56) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   14 mai 2013
TROFIMOV : Que la propriété, aujourd'hui, soit vendue ou non — quelle différence ? Tout cela est fini depuis longtemps, on ne peut pas revenir en arrière, l'herbe a envahi le sentier. Calmez-vous, ma chère amie. Ne vous faites pas d'illusions. Pour une fois dans votre vie regardez la vérité en face.
LIOUBOV : Quelle vérité ? Vous voyez ce qui est vrai, et ce qui ne l'est pas, moi on dirait que j'ai perdu la vue, je ne peux rien voir. Vous résolvez bravement toutes les questions importantes, mais dites-moi, mon petit, n'est-ce pas parce que vous êtes jeune et qu'aucune de ces questions ne vous a jamais fait souffrir ? Vous regardez bravement devant vous, mais n'est-ce pas parce que vous ne voyez, parce que vous n'attendez rien qui vous fasse peur, parce que la vie est encore cachée à vos jeunes yeux ? Vous êtes plus courageux, plus honnêtes, plus profond que nous, mais réfléchissez, montrez ne serait-ce que ça de générosité (geste des doigts), prenez pitié de moi. Je suis née ici, ici ont vécu mon père et ma mère, mon grand-père, j'aime cette maison, sans la cerisaie je ne comprends pas ma vie... et s'il faut la vendre, alors qu'on me vende avec elle...
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Nastasia-BNastasia-B   03 mai 2013
GAEV : Tu sais l'âge de cette armoire, Liouba ? Il y a une semaine, j'ai ouvert le tiroir du bas et j'ai vu des chiffres, gravés au feu. Cette armoire a été faite il y a exactement cent ans. Qu'est-ce que tu en dis ? Hein ? [...]
PICHTCHIK : Cent ans... Voyez-vous ça !...
GAEV : Oui... C'est quelque chose. Chère et très respectée armoire ! Je salue ton existence dévouée depuis plus de cent ans au glorieux idéal du bien et de la justice. Ton appel silencieux au travail fécond ne s'est pas affaibli au cours de ces cent ans, soutenant bravement, à travers les générations de notre famille, la foi en un lendemain meilleur, et raffermissant en nous le goût du bien et de la conscience sociale.
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Musardise_aka_CthulieLaMignonneMusardise_aka_CthulieLaMignonne   06 septembre 2017
ANIA. Qu'avez-vous fait de moi, Petia, pourquoi la cerisaie m'est-elle moins chère qu'avant ? Je l'aimais si fort, il me semblait qu'il n'y avait pas au monde d'endroit plus beau que notre cerisaie.
TROFIMOV. Toute la Russie est notre cerisaie. La terre est vaste et belle, il y a beaucoup d'endroits splendides. [Pause.] Imaginez, Ania : votre grand-père, votre arrière grand-père, tous vos ancêtres possédaient des esclaves, ils possédaient des âmes vivantes, et ne sentez-vous pas, dans chaque fruit de votre cerisaie, dans chaque feuille, dans chaque tronc, des créatures humaines qui vous regardent, n'entez-vous donc pas leurs voix ?... Posséder des âmes d'hommes - mais cela vous a dégénérés, vous tous, vivants ou morts, si bien que votre mère, vous, votre oncle, vous ne voyez même plus que vous vivez de dettes, et du travail des autres, du travail de ces gens que vous laissez à peine entrer dans votre vestibule... Nous sommes en retard d'au moins deux siècles, nous n'avons rien de rien, par de rapport précis avec notre passé, nous ne faisons que philosopher, nous plaindre de l'ennui ou boire de la vodka. C'est tellement clair : pour vivre dans le présent, il faut d'abord racheter le passé, en finir avec lui, et l'on ne peut le racheter qu'au prix de la souffrance, au prix d'un labeur inouï et sans relâche. Comprenez cela, Ania.
ANIA. La maison dans laquelle nous vivons n'est plus notre maison, et je partirai, je vous en donne ma parole.

Acte II

Traduction : André Marcowicz et Françoise Morvan
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Nastasia-BNastasia-B   17 mai 2013
TROFIMOV : J'ai déjà tellement souffert ! Quand vient l'hiver, je suis affamé, malade, anxieux, pauvre comme un mendiant — et le destin m'a balloté ici et là ! Où n'ai-je pas été ? Mais malgré ça, toute âme, jour et nuit, chaque minute, était pleine de pressentiments inexplicables. Je sens venir le bonheur, Ania, je le vois déjà...
ANIA : La lune se lève.
TROFIMOV : Oui. La lune se lève. Et voici venir le bonheur, oui, il vient, de plus en plus près, j'entends ses pas. Et si nous ne le voyons pas, si nous ne le reconnaissons pas, aucune importance. D'autres le verront !
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Musardise_aka_CthulieLaMignonneMusardise_aka_CthulieLaMignonne   09 août 2017
TROFIMOV. [...] L'immense majorité de l'intelligentsia, telle que je la connais, ne cherche rien, ne fait rien et reste pour l’instant inapte à tout travail. Ils disent qu'ils font partie de l'intelligentsia, et ils tutoient leurs domestiques, ils traitent leurs moujiks comme du bétail ; ils négligent leurs études, ne lisent à peu près rien de sérieux, restent à se tourner les pouces, ne font de la science qu'en parlottes, n'entendent rien à l'art. Il sont sérieux, ils ont des visages graves, ne parlent que de sujets très graves, ils philosophent, et pourtant, sous leurs yeux, les ouvriers mangent des choses infectes, dorment sans oreiller, à trente, quarante dans la même chambre - partout les poux, la puanteur, l'humidité, la souillure morale... C'est évident, toutes ces grandes discussions ne servent qu'à une seule chose : s'aveugler soi-même et aveugler les autres.

Acte II

Traduction d'André Marcowicz et Françoise Morvan
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Vidéo de Anton Tchekhov
Pendant toute la durée du Festival d'Avignon, la comédienne Isabelle Huppert se remémore un moment marquant de son histoire avec le plus grand rassemblement de théâtre au monde. On se souvient, en 2000, de son apparition magique dans la Médée d'Euripide. Dans l'obscurité grandiose de la Cour d'honneur du palais des Papes, Isabelle Huppert, dirigée par Jacques Lassalle, offrait à la matricide son calme souverain. Elle nous la rendait proche, presque familière, en faisait une femme déses-pérée comme une autre… À Avignon toujours, elle est même parvenue à nous faire sourire des terribles mésaventures de Justine, à travers ses lectures de Sade. L'égérie de Chabrol et de Haneke au cinéma sait au théâtre merveilleusement libérer les monstres et apprivoiser les détresses. Ses compagnonnages scéniques avec Peter Zadek, Claude Régy, Bob Wilson, Krzysztof Warlikowski et Luc Bondy l'ont forgée à la magie du plateau. Isabelle Huppert y rayonne comme personne, y attire la lumière. Dirigée par le Portugais Tiago Rodrigues, elle sera cette fois Lioubov Andréievna dans La Cerisaie, de Tchekhov…

ENTRETIEN FABIENNE PASCAUD
RÉALISATion PIERRICK ALLAIN BASILE LEMAIRE
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Je m'appelle .............?..........." je suis un jeune homme de dix-sept ans, laid, maladif et timide", je passe mes étés dans la "maison de campagne des Choumikhine", et je m'y ennuie.

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