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Roger Grenier (Préfacier, etc.)Madeleine Durand (Traducteur)Édouard Parayre (Traducteur)
ISBN : 2070410579
Éditeur : Gallimard (23/09/1999)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 172 notes)
Résumé :
Voici des nouvelles sur le « royaume des femmes ». Ainsi, la Dame au petit chien promène son ennui et son chien sur la digue d'une station de la mer Noire. Un homme solitaire la remarque, l'aime, mais ne peut triompher plus tard de toutes les barrières qui se dressent sur le chemin de leur bonheur.
Tchékhov souffrait d'une impossibilité d'aimer. Mais l'amour lui inspire émotion ou ironie « Si vous craignez la solitude, ne vous mariez pas », et une grande vari... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
Cancie
  01 septembre 2019
Je n'avais encore rien lu d'Anton Tchékhov, cet écrivain russe, principalement nouvelliste et dramaturge. C'est en découvrant La dame au petit chien arabe de Dana Grigorcea, roman de la rentrée littéraire 2019 - librement inspiré de la nouvelle de Tchékhov : La dame au petit chien - que j'ai décidé de lire cette nouvelle et par là même ce recueil de nouvelles. Celui-ci en comporte quinze ayant pour point commun les femmes.
Il m'a fallu un peu de temps pour m'accoutumer à son style. Si, au début, je l'ai trouvé un peu suranné même un peu ennuyeux, au fil des nouvelles, j'ai fini par apprécier ces courts récits, à l'écriture concise, qui disent peu et pourtant beaucoup à la fois. Pas de morale, pas de conclusion, chaque nouvelle nous laisse un peu sur notre faim et ouvre la voie à plusieurs interprétations possibles, mais n'est-ce pas là le propre et le but d'une nouvelle ?
Malgré la brièveté des récits, l'écrivain a su dresser des portraits magnifiques et excellents des personnages, notamment des femmes où leur psychologie est profondément et superbement analysée. Tchékhov brosse ainsi toute une palette de femmes aux caractères très différents parfois superficielles et capricieuses, souvent belles et séduisantes, mais la plupart du temps sensibles, insatisfaites, rêvant d'une autre vie inaccessible. En ressort souvent, une impression de mélancolie et de tristesse, car, à chaque fois ce sont des drames qui sont évoqués, mais drames où l'issue reste ouverte.
A travers ces récits on retrouve l'impossibilité d'aimer que Tchékhov a éprouvé toute sa vie, mais l'amour lui a inspiré émotion ou ironie. Si, comme dans La dame au petit chien, il fait preuve de cynisme, il le fait avec une sensibilité incroyable et décrit à merveille l'hypocrisie du monde. D'ailleurs je laisse la parole à Gorki (écrivain russe du 19e siècle) qui dira à son propos : « Personne n'a compris avec autant de clairvoyance et de finesse le tragique des petits côtés de l'existence ; personne avant lui ne sut montrer avec autant d'impitoyable vérité le fastidieux tableau de leur vie telle qu'elle se déroule dans le morne chaos de la médiocrité bourgeoise ».
Si, bien sûr, ces nouvelles ne se valent pas toutes, elles transcrivent toutes cependant des sentiments de façon magistrale ! Même si ce n'est pas le thème principal, la vie en Russie en cette fin de 19e siècle sert de toile de fond aux différents récits et les enrichit et il est souvent fait allusion aux criantes injustices sociales. Ces nouvelles ont du coup une véritable valeur documentaire.
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Under_the_Moon
  09 décembre 2013
L'avantage des recueils de nouvelles c'est qu'on peut l'ouvrir pour en lire quelques unes quand ça nous chante, le refermer et le reprendre à n'importe quel moment sans qua cela nous perturbe. Par contre, quand vient le moment d'en faire une critique, c'est bien plus délicat !
C'est la première fois que je lisais Tchekhov, cet écrivain qui porte le titre de "Maître de la Nouvelle". Ah oui, mais pourquoi ?
On m'avait plusieurs fois vanté les mérites de la fameuse "Dame au petit chien", maintenant c'est mon tour d'expliquer ce qu'il y a de si spécial et de si marquant dans cette oeuvre.
Cette nouvelle, comme toutes les autres nouvelles qui constituent ce recueil parle d'une femme. Les femmes... un grand mystère pour les hommes !
Blague mise à part, Tchekhov nous dresse des portraits très souvent saisissants de vérité et de justesse sur les femmes. Des pestes les plus insupportables par leur égoïsme et autres travers, en passant par celles envahies par leur solitude aux amoureuses passionnées ; les observations et la beauté avec laquelle l'auteur a transcrit les sentiments et les aventures de ses héroïnes m'ont laissées sans voix ! le tout de façon si simple parfois ; c'en est tout simplement déconcertant parfois !
Il est vrai que toutes les nouvelles ne se valent pas, loin de là ... Je ne retiendrai que la moitié des nouvelles, à savoir : "La Pharmacienne" , "Le récit de Melle X...", "Les Garces", "La Princesse", "La Cigale", "De l'amour", "Douchetchka" et bien sûr "La Dame au petit chien" !
C'est bien à cause (ou grâce ?) à cette nouvelle que j'ai mis les 4 étoiles à ce livre.
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Aela
  19 août 2012
La Dame au petit chien (Дама с собачкой)
Une banale histoire d'adultère, mais un récit structuré parfaitement et avec une musicalité et une intensité psychologique telle qu'on le lit, le relit, en étant admiratif à chaque fois.
Une nouvelle qui marque « l'adieu au 19ème siècle » de Anton Tchekhov, car écrite en 1899.
Selon les principes esthétiques de l'auteur, pas de situation extraordinaire, de héros sortant du commun. Non, celui-ci est un homme ordinaire :
Le héros s'appelle Gourov. C'est un homme qu'on qualifierait de nos jours de « blasé ».
Il est devenu banquier après avoir essayé vainement de devenir chanteur d'opéra, il a épousé une femme qu'il trouve maintenant revêche et sans intérêt.
Il va rencontrer au cours d'un séjour balnéaire à Yalta la belle Anna Sergueievna Diederitz, d'origine allemande comme la maîtresse de Tchekhov : Olga Knipper.
C'est une jeune femme douce, sensible, mariée depuis peu à un haut fonctionnaire.
Ils vont vivre ce que l'on nomme maintenant « une histoire » ; toutefois, au départ, l'impact psychologique de cette liaison sera bien différent chez la jeune femme que chez son séducteur ; et là encore c'est le génie de Tchekhov de mettre en parallèle deux psychologies bien contrastées.
Pourtant, les saisons passent, les mois passent.. et le souvenir d'Anna reste vivace dans l'esprit de Gourov.
Celui-ci va partir à sa recherche.. .
Il se rend compte en effet qu'elle est la première femme qu'il ait vraiment aimée.
Et le génie de Tchekhov, encore une fois, sera de garder « une structure ouverte », la fin est prévisible mais est-ce vraiment une fin ?
On s'interroge sur ce que vont vraiment faire par la suite les protagonistes.
J'ai déjà lu ce texte plusieurs fois ; Pour ceux qui ont eu la chance d'étudier un peu le russe comme moi, la version bilingue folio est très bien faite à mon sens.
A chaque fois je suis émerveillée par tant de concision et en même temps tant d'intensité dans les rapports psychologiques...
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PiertyM
  20 mars 2014
Une dame au petit chien est une histoire d'amour entre un homme marié et une femmes mariée. Goûrov s'est marié très jeune et avaient trois enfants avec sa femme. Pour se déstresser de la routine, il se donnait à plusieurs aventures sexuelles. Mais le jour où il rencontre Ânna Serguièiévna, Sa vie va basculer. Il ne sera plus le même homme, il ne gardera plus les même vieux raisonnements . Malheureusement, Ânna Serguièiévna, la dame au petit chien est mariée.
Les amants avaient accepté tant bien que mal leur sort dans leur foyer. A présent, ils sont tombés dans la flèche de Cupidon. Mais comment vivre cet amour interdit dont ils ne pourront plus s'en passer...
Anton Tchekhov dit: ""ils ne se voyaient qu'en secret et devaient se cacher comme des voleurs. Leurs deux vies n'étaient-elles pas brisées ?""...
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QuelsCaracteres
  11 janvier 2018
Impressions de lecture… La Dame au petit chien est sans doute une des nouvelles les plus célèbres d'Anton Tchekhov. La présente édition réunit d'autres textes de l'auteur. Textes qui, comme nous l'annonce la quatrième de couverture, tournent autour des femmes et… de l'amour. Tchekhov le fait dire à certains de ces personnages : l'amour et les femmes sont la grande affaire des Russes, « mais nous autres, Russes, quand nous nous rencontrons, nous ne parlons que de femmes ou de sujets élevés. Mais surtout de femmes. » (p.265), « Chez nous, en Russie, on méprise le mariage sans amour » (p.267), « Nous, les Russes de bonne éducation, nous avons la passion des questions irrésolues. Habituellement on poétise l'amour, on l'orne de roses, de rossignols, nous les Russes, nous l'ornons de ces questions fatales, et encore choisissons-nous les moins intéressantes » (p.310). Ici la relation amoureuse ou de couple est toujours un rapport de force, qui peut d'ailleurs s'inverser ; soumission ou domination dans l'attachement sentimentale, la manipulation ou la position sociale. En tous cas le couple ne fonctionne pas. Déséquilibre, amour impossible, rêverie, frustration, déception et incompréhension rythment ces histoires.
Les nouvelles sont ici classées par ordre chronologique, offrant toute une galerie de portraits d'héroïnes. « La Pharmacienne » (p.21) est malheureuse en ménage et elle n'est pas la seule dans le recueil. « Polinka » (p.31) est plutôt cruelle puisqu'elle parle avec un jeune homme amoureux d'elle d'un autre de ses soupirants. Cette très courte nouvelle offre une construction intéressante, ici la conversation marchande, commerciale, se mêle à la conversation sentimentale, autour d'une histoire de jalousie ; dans ces deux contextes se dessine le thème de la possession, matérielle ou amoureuse. « Zinotchka » (p.41) explore celui de la rancune tenace, à travers les yeux d'un enfant devenu adulte. « le récit de Melle X. » (p.53) est la seule nouvelle qui donne directement la parole à une femme, à la première personne, il y est question de la fuite du temps, qui sème parfois dans son sillage quelques regrets. Dans « Beautés » (p.61), le narrateur raconte sa rencontre, à deux reprises, avec de véritables beautés féminines. Cette beauté, insaisissable, impossible à retranscrire réellement et distribuée arbitrairement parmi les femmes, est-elle utile ? Peut-être que oui dans sa faculté à ravir le coeur des humains, à susciter l'émotion parce qu'elle est fragile et passagère. « La Princesse » (p.75) est une nouvelle qui contient beaucoup d'ironie et qui met en scène l'inconséquence d'une femme égocentrique. « Les garces » (p.97) est un texte presque dérangeant, il dit certaines choses sur la condition des femmes à cette époque mais pas seulement car il illustre aussi les extrémités dramatiques auxquelles peuvent pousser l'amour déçu et le malheur, tout cela sur fond de culpabilité religieuse. le récit de nuit, les sons au loin, le malheur et le crime composent une ambiance oppressante, qui met mal à l'aise.
« La Cigale » (p.121) est la nouvelle qui m'a le plus émue. La trame et la conclusion sont certes un peu convenues, mais la construction, très efficace, accroche le lecteur. le texte offre un portrait en creux, bouleversant, d'un homme bien, un peu terne, sans tapage, marié à une femme extravagante et frivole, à laquelle il est entièrement dévoué. le lecteur peut être un peu consterné par cet homme qui se laisse écraser, ce qui ne nous empêche pas de le trouver touchant. Il en est de même pour sa femme, on peut presque la comprendre tout en la trouvant terriblement agaçante et en lui en voulant un peu. Cette ambiguïté est très intéressante et ouvre une dimension critique qui renvoie le lecteur à lui-même, à ses propres fonctionnements, ses travers, ses faiblesses et l'indulgence qu'on peut avoir pour soi-même ; même si de mon côté la patine russe, fin XIXème, crée une distance entre les personnages et moi, les rejetant dans un monde lointain dont je ne connais pas tous les codes. Les dernières pages de « La cigale » sont très bien construites, sur un parallèle cruel qui résume à lui seul la personnalité du mari et de la femme. La fin a été très efficace sur moi, qui suis plutôt difficile à piéger dans ce genre de sentiments, et m'a émue.
Dans « Un royaume de femmes » (p.163), le personnage centrale, Anna Akimovna, fait pendant à la Princesse de la nouvelle éponyme. Comme le remarque Roger Grenier dans sa préface (p.12-13), à l'inverse de la Princesse, « À la tête d'une fortune, d'une usine, de grandes responsabilités, Anna Akimovna, ne cesse d'avoir mauvaise conscience ». Dans cette nouvelle, Tchékhov démonte avec beaucoup d'humour la construction du sentiment amoureux. C'est sans doute la nouvelle qui m'a fait le plus sourire (avec celle intitulée « Douchetcka »), notamment avec la description, très drôle, d'un personnage savoureux, Lyssevitch, p.203. Ou encore avec l'épisode plutôt comique, p.192, dans lequel l'héroïne observe l'homme pour lequel elle éprouve de l'attirance et l'estime « habillé très convenablement » alors que la suite de la description nous révèle qu'en fait elle trouve que rien ne va dans sa mise « Les manches de sa redingote étaient un peu courtes, à vrai dire, la taille semblait trop haute, son pantalon passé de mode et trop étroit ». « L'Épouse » (p.231) et « Anne au cou » (p.243) mettent en scène des femmes manipulatrices et profiteuses. L'héroïne d' « Anne au cou » combine d'une certaine manière celles de « La Pharmacienne » et de « L'Épouse », car d'une pauvre fille piégée dans un mariage malheureux avec un vieux monsieur peu engageant, elle devient une femme rouée et vénale qui ne fait plus de sentiments. On retrouve chez les héroïnes de ces trois nouvelles le souci, et le plaisir, de plaire et de séduire. La misogynie de Tchékhov pointe toujours sous la satire, « à vingt-trois ans, il projetait d'écrire une Histoire de l'autorité sexuelle, montrant la suprématie du sexe fort, dans le règne animal comme dans l'espèce humaine. », comme nous l'apprend Roger Grenier, p.9.
La nouvelle intitulée « Ariane » (p.265), obéit à une construction que l'auteur utilise à plusieurs reprises : le récit enchâssé dans un autre. La morale de l'histoire est donc énoncée dès le début : à trop idéaliser la femme, l'homme ne peut qu'être déçu, blessé et en vouloir à la gente féminine. Mais la nouvelle parle aussi de la séduction féminine et du besoin de plaire, leitmotiv du recueil, de l'illusion amoureuse, de la jalousie, de la possession. La construction « imbriquée » offre ici un contexte assez plaisant, non dénué d'humour : « Il était visible aussi qu'il souffrait de quelque peine, qu'il avait envie de parler plus de lui-même que des femmes et que j'allais entendre – je n'y couperais pas – une longue histoire semblable à une confession » (p.268). Trait d'humour qui sonne peut-être comme un aveu, à travers ses récits autour des femmes, n'est-ce pas l'auteur lui-même qui se raconte ? L'héroïne, Ariane, pourrait d'ailleurs bien avoir quelques points communs avec Tchekhov : sa froideur, son incapacité à aimer et à s'abandonner à la passion (cf. la préface p.8), « Avant tout je compris qu'Ariane ne m'aimait pas plus qu'avant. Mais elle voulait aimer pour de bon, elle redoutait la solitude et surtout j'étais jeune, en bonne santé, robuste, elle était sensuelle, comme tous les êtres froids en général, et nous faisions semblant d'être liés par un amour passionné. » (p.298). À propos de cette disposition à se mettre soi-même en scène dans ses textes – que ce soit de manière authentique ou fantasmée – Roger Grenier remarque fort judicieusement que « dans trois nouvelles, « La Princesse », « La Cigale » et « L'Épouse », les victimes des femmes sont des médecins » (p.13), profession exercée par Anton Tchékhov.
J'ai souri en lisant la première phrase de « de l'Amour » (p.309), un début original qui réveille et chahute le lecteur : « le lendemain, on servit à déjeuner d'excellents pirojki, des écrevisses et des croquettes de mouton ». On y retrouve des thèmes déjà exploités dans les nouvelles précédentes : le temps qui passe, l'adultère et l'inaction amoureuse. On peut y voir les prémices de « La Dame au petit chien » : dans les deux textes les hommes disent adieu aux héroïnes sur le quai d'une gare, mais ici Aliokhine laisse partir la femme pour de bon ; du moins, quand le récit se termine, n'est-il pas allé la rejoindre. Dans « Douchetchka » (p.325), l'humour, la satire, dévoile quelque chose de plus grave et triste. C'est l'histoire d'une femme qui en se liant à l'homme qu'elle aime épouse aussi ses passions, ses aspirations et toutes ses opinions. Voici une petite fable amusante sur l'étrange et inquiétant pouvoir de l'amour à dissoudre un être dans un autre. Cette femme est risible, car l'auteur n'hésite pas à appuyer le trait ; Pourtant chacun de nous a sans doute déjà vécu ce genre d'expérience, dans une moindre mesure peut-être, ou a pu l'observer autour de lui. La fin est très triste et fait apparaître Douchetchka davantage en clown blanc qu'en Auguste, car la solitude, qui la terrifie, reste là, tapie, et la guette. Cette nouvelle, plébiscitée par Tolstoï (cf. préface p.18-19), cristallise magistralement le thème récurrent du recueil : la solitude. Cette solitude qu'on redoute, qui fait souffrir, qui s'insinue même – ou surtout - au sein du couple (On doit à Tchékhov cet aphorisme : « Si vous craignez la solitude, ne vous mariez pas. » cf. préface p.9) qui ne cesse de désespérer les hommes et les femmes et qui semble s'imposer comme un drame inhérent à la vie humaine.
« La Dame au petit chien » (p.347) conclu en beauté le livre. le texte synthétise beaucoup d'idées développées dans les nouvelles précédentes. On retrouve, en point de départ, le mariage malheureux, Dmitri Gourov pas plus qu'Anna ne semblent bien assortis à leurs conjoints, ce qui les pousse tout naturellement à l'adultère. L'auteur explore aussi la naissance du sentiment et la fiction amoureuse ou comment se fabrique le sentiment amoureux qui passe par l'idéalisation, notamment dans l'absence, « Quand il fermait les yeux, il la voyait comme vivante devant lui, mais plus belle, plus jeune, plus tendre qu'elle n'avait été ; et lui-même il se sentait meilleur qu'alors, à Yalta. » (p.362-363). Car la personne aimée, ou qui nous aime, plus largement la relation amoureuse, est un miroir agréable dans lequel on peut se mirer. Dmitri, le personnage masculin, est doté d'un certain égo, tandis qu'Anna se flagelle un temps avec sa culpabilité, sans que cette culpabilité ne la retienne finalement. Toujours la problématique du temps qui passe et qui ne se rattrape pas « C'est maintenant seulement, alors que ses cheveux commençaient à grisonner, qu'il aimait véritablement, pour la première fois de sa vie » (p.374). L'amour qui semble toujours impossible et qui condamne les deux amants aux adieux, mais les adieux ici ne sont pas véritables car ils ne scellent rien de définitif, Dmitri ira retrouver Anna. L'amour, fort, d'autant plus fort qu'il est impossible justement, impérieux car véritable, qui ne serait pas le fruit d'une illusion et après lequel tous les personnages – et sans doute l'auteur lui-même – semblent courir et soupirer…. L'amour qui semble être la véritable aventure de la vie, capable de vous arracher à la banalité prosaïque du quotidien, ou alors l'amour entrevu, perdu qui vous fait sentir encore plus cruellement la vacuité de l'existence : « Des activités vaines et des conversations oiseuses toujours sur les mêmes sujets absorbent la meilleur partie de votre temps, le meilleur de vos forces, et, au bout du compte, il ne vous reste qu'une vie étriquée, aux ailes rognées, une vie de pacotille, et aucun moyen de s'en échapper, de fuir, c'est comme si l'on était enfermé à l'asile ou dans un pénitencier. » (p.364). Dans cette histoire encore, l'homme et la femme ne sont pas vraiment au diapason, ils ne vivent pas leur aventure aux même rythme et ne s'y investissent pas de la même façon. Anna s'abandonne plus vite et plus entièrement, alors que c'est dans l'absence et le manque que Dmitri façonnera son amour. La nouvelle est riche, pleine de détails précieux et semble minutieusement pensée, dans sa construction, son rythme et jusque dans ses décors : l'exotisme de la station balnéaire de Yalta pour la rencontre, parenthèse hors du quotidien ; l'hiver de Moscou pour la période de séparation et de manque ; la maison d'Anna, forteresse entourée d'une clôture grise ; les retrouvailles dans un lieu propices aux mises en scène : un théâtre (le spectacle est ici dans la salle et dans les couloirs) ; la chambre d'hôtel de leur liaison clandestine. La fin de la nouvelle mêle brillamment découragement et espoir, nous laissant tout étourdi.
Il faut au moins, ou plutôt absolument, lire « La Dame et le petit chien », mais les textes qui la précèdent lui déroulent un joli tapis rouge et permettent de la comprendre et de la savourer pleinement. Ce recueil constitue un véritable plaisir de lecture. L'auteur exploite à merveille la brièveté de la nouvelle pour nous livrer des récits intenses et judicieusement construits. Les psychologies se dessinent dans un tracée un peu outrées qui pourtant ne tombe pas dans la caricature, c'est la magie de son écriture. Tchekhov parvient à marier l'efficacité à la délicatesse et l'on prend là une belle leçon de littérature.

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Citations et extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
AelaAela   19 août 2012
Anna Sergueievna n'était pas un rêve, elle le suivait partout, comme une ombre, et le surveillait.
Quand il fermait les yeux, il la voyait comme vivante devant lui, mais plus belle, plus jeune, plus tendre qu'elle n'avait été; et lui-même il se sentait meilleur qu'alors à Yalta.
Анна Сергеевна не снилась ему, а шла за ним всюду, как тень, и следила за ним.
Закрвыши глаза, он видел её, как живую, и она казалась красивее, моложе, нежнее, чем была, и сам он казался себе лучше, чем была тогда, в Ялте.
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Alice_Alice_   26 janvier 2015
A Oréanda ils s'étaient assis sur un banc non loin de l'église, ils contemplaient la mer, à leurs pieds, sans échanger un mot. Yalta était à peine visible à travers la brume du matin, le faîte des montagnes était couvert de nuages blancs, immobiles. Pas une feuille ne bougeait, on entendait le chant des cigales et le bruit sourd et monotone qui montait de la mer parlait du repos, du sommeil éternel qui nous attend. La même rumeur s'élevait de la mer alors que ni Yalta, ni Oréanda n'existaient encore; elle s'élève aujourd'hui et s'élèvera toujours, aussi indifférente et monotone, lorsque nous ne serons plus. Et c'est dans cette permanence des choses, dans cette totale indifférence à l'égard de la vie et de la mort de chacun de nous que réside peut-être le gage de notre salut éternel, du mouvement ininterrompu de la vie sur terre, d'une continuelle perfection. Assis à côté d'une jeune femme qui paraissait si belle dans la clarté de l'aube apaisé et ravi par la vue de ce tableau féerique : la mer, les montagnes, les nuages, le vaste ciel, Gourov songeait qu'au fond, à bien y réfléchir, tout est eau ici-bas, tout, excepté ce que nous pensons et faisons quand nous oublions les buts sublimes de l'existence et notre dignité d'homme.
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AelaAela   19 août 2012
Et c'est dans cette permanence des choses, dans cette totale indifférence à l'égard de la vie et de la mort de chacun de nous que réside peut-être le gage de notre salut éternel, du mouvement interrompu de la vie sur terre, d'une continuelle perferction.
И в этом постоянстве, в полном равнодушии к жизни и смерти каждого из нас кроется, быть может, залог нашего вечного спасения, непрерывного длижения жизни на земле, непрерывного совершенства.
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CancieCancie   31 août 2019
Jugeant des autres d'après lui-même, il se méfiait de ce qu'il voyait et supposait toujours que, sous le voile du secret comme sous celui de la nuit, chacun dissimule sa vraie vie, celle qui présente le plus grand intérêt. Toute existence personnelle repose sur un secret et c'est peut-être en partie pour cela que tout homme de bonne éducation se montre si susceptible lorsqu'il s'agit de faire respecter son secret personnel.
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   21 juillet 2013
Olga restait dans sa chambre et se disait que c'était Dieu qui la punissait d'avoir trompé son mari. Un être silencieux, résigné, incompris, dépersonnalisé par sa douceur, sans caractère, faible par excès de bonté, souffrait sourdement quelque part ici chez lui, sur un divan, sans se plaindre. Et s'il s'était plaint, même dans son délire, alors les docteurs qui le veillaient auraient su que la diphtérie n'était pas la seule coupable. (...) Elle ne se souvenait plus ni du clair de lune sur la Volga, ni de ses déclarations d'amour, ni de sa vie poétique dans l'isba, elle se souvenait seulement que, pour un caprice futile d'enfant gâtée, elle s'était engluée des pieds à la tête dans quelque chose de fangeux, de collant, dont aucun bain ne saurait la débarrasser...

( dans "La Cigale" )
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