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André Markowicz (Traducteur)Françoise Morvan (Traducteur)Georges Banu (Éditeur scientifique)
ISBN : 2742739475
Éditeur : Actes Sud (03/09/2002)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 216 notes)
Résumé :
Recluses dans leur maison familiale, Olga, Macha et Irina n’ont qu’un rêve : retourner à Moscou. La présence d’une batterie et de ses officiers dans leur petite ville de province change, pour un temps, le cours de leur vie : Macha, victime d’un mariage précoce, s’amourache du commandant, Olga trouve un regain d’énergie et Irina se fiance à un lieutenant. Mais bientôt, avec le départ des troupes et la mort en duel du fiancé d’Irina, la solitude revient, d’autant plus... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  27 janvier 2014
Quelle est la recette secrète d'une pièce de Tchekhov ?
- Tout d'abord, mettez en présence une bonne brochette de personnages névrosés, dévorés d'ambitions ou d'envies inassouvies, d'amours avortées, de rancoeurs diverses, d'inimitiés masquées.
- Enfermez ensuite tout ce petit monde dans le réduit d'une maison de campagne, par exemple, et faites monter la pression façon huis clos dans cette cocotte-minute rurale pour citadins endurcis.
- Pour vos personnages, respectez les proportions suivantes : 1, 2 ou 3 superbes femmes et autant de laides, avec entre elles une bonne pincée de sel de jalousie. Pour les hommes, sélectionnez un vrai tocard, si possible, jouissant d'une situation enviable histoire de susciter les convoitises d'un autre, plus compétent mais non reconnu ; prendre également un homme d'authentique talent dont la promiscuité du groupe rend les qualités inopérantes, sans oublier un amoureux fou, marié ou non, cela n'a pas d'importance, la seule chose qui prime étant qu'il soit raide dingue de la seule femme de l'assemblée qui ne puisse pas l'encadrer. Il faut évidemment que cette femme soit elle-même éprise d'un autre qui ne fera, bien sûr, aucun cas d'elle, et ainsi de suite, vous avez compris le principe.
- Préférez, pour ces personnages, une moitié environ d'aristocrates ou de représentants de la haute bourgeoisie que vous ferez mariner à feu doux avec quelques membres d'autres classes sociales afin de faire ressortir leur ego.
- Ajoutez enfin dans cette pétaudière un petit élément catalyseur qui va faire éclater la marmite.
- Servez très frais en ramassant les débris éparpillés de-ci, de-là.
Voilà pour les aspects généraux du théâtre d'Anton Tchekhov. Concernant plus particulièrement Les Trois Soeurs, on peut dire qu'il n'a pas choisi la facilité car son thème est casse-gueule au possible, à savoir, faire une pièce sur l'ennui, la vacuité de la vie et les vains espoirs. Un drame qui aurait en quelque sorte pour questionnement : Pourquoi faut-il vivre dans cette vie qui ne rime à rien ?
Au départ, nous avons donc trois soeurs, Olga, l'aînée, Macha, la cadette et Irina, la benjamine, qui sont orphelines de leur père, ancien officier haut placé dans l'armée, et de leur mère. Elles partagent la maison familiale, située à la campagne, avec leur frère Andreï.
Toutes trois rêvent de retourner vivre à Moscou, loin de cette petite ville de garnison où leurs seuls contacts sont pour l'essentiel des militaires ayant bien connu le papa.
L'auteur s'essaye à un exercice assez difficile au théâtre, présenter une action qui se déroule sur plusieurs années et ainsi montrer l'oeuvre du temps sur la décadence de chacun et la ruine de tous les espoirs, un à un. Ainsi, le second, le troisième et le quatrième acte ont lieu respectivement environ un an, quatre ans et cinq ans après le schéma initial qui ouvre la pièce. Les situations, mentalités et positions de chacun ont donc largement eu le temps d'évoluer.
Tchekhov nous livre sa vision désabusée de l'existence, et fait ouvertement, quant au sens de la vie, un clin d'oeil au Candide de Voltaire et à ça fameuse réplique finale "Cela est bien dit, mais il faut cultiver notre jardin."
Pour ceux que cela intéresse, notons qu'une nouvelle fois l'auteur joue en russe sur le signifiant et le signifié des noms de famille de ses personnages. Ainsi, Verchinine, qui est probablement le militaire le plus louable et humain de la pièce, avec la grandeur d'âme la plus élevée, a un nom qui évoque les hauteurs, les sommets. de même, l'étrange et incompréhensible Soliony a un nom qui fait penser tout d'abord à l'adjectif " seul ", mais qui évoque tout aussi bien l'aspect " salé " ou " bourré ". Aaaahhh ! Mauvais génie douanier de la traduction, pourquoi nous voles-tu tant de choses au poste frontière ?
Il est vrai que la question « Pourquoi faut-il vivre dans cette vie qui ne rime à rien ? » est et demeurera toujours intéressante, mais cette pièce, pas forcément. Moi qui suis plutôt très admirative de Tchekhov en général, je me suis parfois ennuyée presque autant que les protagonistes bien que cette pièce soit loin d'être mauvaise.
En manière de conclusion, je ne sais tout simplement pas si le genre théâtral, par nature voué à l'action, au ping-pong des répliques, à une unité de temps hyper condensée se prête particulièrement au thème développé ici, sous forme de drame à monter sur les planches. le roman, dans ce cas précis, me semble plus à même d'offrir à l'auteur les moyens d'une expression vraiment pertinente. D'où mes trois étoiles seulement, moi qui n'hésite pourtant pas d'ordinaire avec Tchekhov à octroyer le très saint Graal des cinq étoiles de pacotille de mon jugement qui ne vaut pas grand-chose.
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PiertyM
  01 août 2014
Un texte qui ressemble a une séance de thérapie aussi bien pour les lecteurs que pour les personnages et pourquoi pas l'auteur lui même...on attend qu'il se passe quelque chose entre les trois soeurs et leur belle soeur, hautaine, leurs amis, il ne se passe rien...ils sont passifs comme le jour qui vient, comme être entre quatre murs, comme la routine, comme le rêve, l'illusion, comme la vie tout court et on se demande pourquoi vivre?
L'auteur nous partage l'ennui, celui de la vie, celui de l'homme, Tout tourne autour d'un carrefour, on croit évoluer, après des années, en fait, on se rend compte qu'on n'a fait que tourner autour d'un même point... puis on a perd la force d'espérer, d'agir, on se laisse aller par le vent, on ne peut plus briser la glace d'où cette question ''où est-il, mon passé, où a-t-il disparu ?''...un quadragénaire, en lisant ce texte, aura plus la facilité de le comprendre!
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ninamarijo
  25 janvier 2015
Quelle est triste cette petite ville de garnison « pleine de moustiques et où il fait toujours froid », là vivent, trois soeurs et leur frère, leur espace de vie est banal, elles, s'ennuient mortellement et rêvent de Moscou, « oui ! Aller à Moscou vite, très vite », quitter la médiocrité de la province où « tout le monde connait tout le monde et vous vous sentez étranger et solitaire.».
La vie est monotone en province et surtout quelconque, les gens ne sont pas instruits, «le Russe a une tendance naturelle à cultiver les idées élevées, mais pourquoi reste-t-il à un niveau si médiocre dans la vie ? Hein, pourquoi ? ». Moscou est la lueur qui éclaire leur vie, leur espoir.
Dans ce salon, où tout le monde se rassemble, on tue le temps de façon futile, on prend le thé autour du traditionnel samovar, on pérore, on philosophe... Macha dit : « il me semble que l'homme doit avoir une foi, du moins en chercher une, sinon sa vie est complètement vide… » L'amour règne dans le coeur de chacun, mais y croit-on vraiment ? On évoque l'impossibilité d'atteindre le bonheur, la fuite du temps et le passage éphémère sur terre sans laisser ni trace ni souvenir.

Tout est bien sombre et pessimiste, j'avoue m'être un peu agacée, un peu étiolée… Peut-être, me suis-je dit, que le génie de Tchekhov est là, il nous fait entrer dans la pièce et de lecteur nous devenons acteur et nous interrogeons de la même manière sur l'existence ? Mais ses personnages sont faibles aucun ne prend vraiment de décision pour vivre enfin ses rêves, aller à Moscou, se marier ou quitter son mari , les trois soeurs sont dans l'impossibilité de faire un choix. Quant à la société russe du XIX elle est admirablement dépeinte, Tchekhov se moque de ces conversations de salon et évoque l'alcool et le jeu comme fléaux. La Russie est en mutation, la société est déboussolée et sent que le bonheur est pour l'autre génération : « Dans vingt ans, le monde aura changé, tout le monde sera au travail. Il semble qu'un terrible ouragan se prépare… un ouragan qui balayera pour toujours la paresse, l'indifférence et l'ennui en lesquels notre Russie se complait depuis trop longtemps. »
Au final cette pièce est du pur Tchékhov, mais pas ma préférée, on reste trop dans une impasse.

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Meps
  29 septembre 2017
J'avais découvert Tchekhov dans ma "jeunesse" grâce à une amie qui m'avait offert l'intégrale des pièces. Il me restait une impression diffuse d'originalité, d'atmosphère particulière.
J'ai relu avec plaisir Les Trois Soeurs et peut tenter de mettre des mots sur cette impression fugace d'autrefois. le théâtre de Tchekhov est assez inclassable... Comédie ? Certainement pas. Tragédie ? Sans doute plus, mais les codes ne sont pas respectés. C'est plutôt un théâtre romanesque auquel on a affaire, comme si on cherchait à transposer sur scène l'art du roman. Il n'y a pas d'intrigue à proprement parler, plutôt un portrait d'une époque, d'un lieu, d'une famille donnée et des rapports de ses membres. L'unité de temps n'est clairement pas respectée, les 4 actes étant des instantanés séparés par plusieurs mois voire même sans doute années, puisque les positions de chacun évoluent vraiment dans les entre actes.
Il reste une impression (encore !) générale de langueur, de désespoir mêlé chez certains personnages de souhait d'un avenir meilleur, mais assez improbable. L'humanité dans son impuissance éternelle à réellement changer, avancer.
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5Arabella
  29 septembre 2017
Les trois soeurs a été créée en 1901 à Moscou au Théâtre d'Art, par le troupe de K. S. Stanislavski. Tchékhov croyait avoir écrit une comédie gaie, les réactions à sa pièce l'ont stupéfait et chagriné, mais il se résout finalment à voir dans l'oeuvre un drame.
Les trois soeurs du titre sont les trois filles d'un général. Elles sont nées et ont passé leurs premières années à Moscou, où est morte leur mère. le père a été muté dans une petite ville. Il y est mort à son tour, et elles se retrouvent en quelque sorte coincées dans cet environnement provincial qu'elles trouvent étriqué et assez vulgaire, sans pouvoir déployer leurs ailes. Elles rêvent à un retour à la capitale, où elles pensent être plus heureuses. En attendant, l'aînée, Olga travaille comme institutrice, la puînée, Macha a épousé un professeur, et la plus jeune Irina, fête juste ses vingt ans au moment du début de la pièce. Leur frère, André, qui a des velléités d'une carrière universitaire, grossit et se fiance, avec une jeune femme, Natacha.
Cette dernière prend l'ascendant sur la famille, s'impose et impose sa façon de vivre. Macha prend un amant, Olga s'investit de plus en plus dans son travail, Irina occupe des emplois qu'elle déteste, et se laisse courtiser par le baron Tousenbach, qu'elle n'aime pas, mais qui représente une possibilité d'évasion de sa vie actuelle. le petit monde autour d'elles se délite de plus en plus, et elles rêvent toujours de partir pour Moscou…
Nous sommes encore une fois dans un monde du banal quotidien, qui correspond si peu aux aspirations et aux attentes des personnages de Tchékhov. Personnages par essence insatisfaits, désirant combler un vide intérieur, qui rêvent à un ailleurs où ils seraient d'une façon quasi magique comblés et remplis. Sans avoir la force d'agir pour réaliser le voyage désiré, mais peut être parce qu'ils pressentent qu'il ne pourra qu'être décevant par rapport aux rêves, et qu'il ne pourra que démontrer leur échec définitif.
Les trois soeurs sont peut être la pièce la plus cruelle de Tchékhov, les trois héroïnes principales semblent comme vidées de force, d'envie de vivre, de se battre. Elles sont totalement sans défense devant Natacha qu'elles méprisent, mais qu'elles laissent régir les choses à sa guise, sans pour ainsi dire la moindre réaction. Elles se laissent entraîner par les événements comme des fétus de paille par le vent, sans presque aucune volonté.
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Citations et extraits (66) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   05 avril 2015
Le présent est odieux, mais quand je pense à l'avenir, comme c'est beau ! Je commence à me sentir si léger, si dégagé, et dans le lointain scintille une lumière, je vois la liberté, je vois mes enfants et moi délivrés de l'oisiveté, de la bière, de la choucroute, du sommeil après le déjeuner, de l'ignoble parasitisme...
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Nastasia-BNastasia-B   07 février 2013
Je travaille depuis combien de temps, et mon cerveau s'est desséché, j'ai maigri, enlaidi, vieilli et rien, rien, aucune satisfaction, et le temps passe et je vois seulement que je m'éloigne de la vie, de la vie véritable et belle, que je m'en éloigne toujours de plus en plus, et ce qui m'attend, c'est l'abîme. C'est désespérant...
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ValdimirValdimir   25 janvier 2018
Savoir comment nous allons vivre notre vie, ce qu'il adviendra de nous… Quand on lit un roman, tout cela semble si vieux et si clair, mais il suffit d'aimer soi-même pour voir que personne ne sait rien et que chacun doit décider pour soi…
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JoohJooh   09 août 2014
Sans parler de deux ou trois cents ans, même dans un million d’années, la vie, elle, restera ce qu’elle a toujours été ; elle ne change pas, elle est immuable, elle suit ses propres lois, qui ne vous concernent pas, ou, du moins, que vous ne connaîtrez jamais. Les oiseaux migrateurs (…), ils volent, ils volent, et quelles que soient les pensées, nobles ou pas, qui leur passent par la tête, ils continueront de voler, sans savoir ni pourquoi ni vers quoi. Ils volent, et ils voleront toujours, quels que soient les philosophes qui surgissent parmi eux ; et, d’ailleurs, qu’ils philosophent tant qu’ils veulent, du moment qu’ils volent…
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Nastasia-BNastasia-B   03 janvier 2013
OLGA : Elle est chez nous depuis trente ans.
NATACHA : Mais puisqu'elle ne peut plus travailler ! Ou bien je ne comprends pas, ou bien c'est toi qui ne veux pas comprendre. Elle n'est plus capable de travailler, elle ne fait que dormir ou rester sur une chaise sans bouger.
OLGA : Eh bien, qu'elle y reste sans bouger.
NATACHA (étonnée) : Comment, qu'elle y reste sans bouger ? Mais enfin, c'est une domestique. (Avec des larmes) Je ne te comprends pas, Olga. J'ai une bonne d'enfants, une nourrice, nous avons une femme de chambre, une cuisinière... à quoi nous sert encore cette vieille ? À quoi ?
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« La Cerisaie » : Tchekhov / tg STAN Dernière pièce de Tchekhov, La Cerisaie raconte la vente forcée d'un domaine par sa propriétaire endettée : c'est un changement d'époque, la perte irrémédiable du passé dans le progrès, la mécanique d'un monde où tout un chacun flotte. Elégance des détails, économie des mots, pas d'émotions exacerbées, pas de discours grandiloquents, pas de vérités majeures. Voici la Cerisaie version tg STAN : un espace ouvert, meublé seulement de hautes fenêtres mobiles aux longues persiennes et dix comédiens, dont cinq jeunes fraîchement diplômés et cinq un peu moins, aux côtés de Frank Vercruyssen et Jolente De Keersmaeker. Tg STAN s'élargit ici à une nouvelle génération d'acteurs aussi engagés qu'eux qui jouent les personnages au plus proche d’eux-mêmes, pour un spectacle qui, comme la vie, se recrée chaque soir à nouveau. En français Maillon Théâtre de Strasbourg
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