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EAN : 9782266123013
147 pages
Pocket (21/08/2003)
3.5/5   57 notes
Résumé :
On n'est jamais ce qu'on croit être. Même depuis longtemps, même depuis toujours. Ainsi Saül Weissmann, juif, âgé de soixante dix-ans. Il vit rue des Rosiers à Paris. Il a été circoncis, recensé pendant la guerre, puis déporté à Auschwitz. Quand il décide de se marier avec Simone, rencontrée à l'amicale des randonneurs juifs de France, il est dans l'incapacité de présenter au rabbin les preuves matérielles de sa judaïté. Selon la loi de Moïse, il n'est donc pas... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
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La vie de Saül Weissmann est cocasse tout de même. Il lui faut attendre ses soixante-dix ans pour apprendre qu'après avoir été déporté et avoir perdu tous les siens dans les camps de concentration, il ne serait pas juif?

Après une visite chez le rabbin en vue de son prochain mariage avec sa promise, on lui refuse le mariage juif car il est dans l'incapacité de prouver que ses parents aient été mariés dans les règles et que sa mère fût juive. Pas de mariage juif, pas de promise, cette dernière quoique de trente ans sa cadette, d'une laideur rare, prend ses cliques et ses claques et va faire voir ses bourrelets celluliteux ailleurs. Il s' ensuit une grave crise identitaire pour notre "faux" juif, qui tourne vite à une profonde dépression. Mais c'est sans compter sur cet humour juif qui, s' il ne peut sauver de tout permet à notre héros de surmonter cette épreuve de fin de vie.

Je me suis beaucoup amusée à la lecture de ce court roman original et trépidant. Et je vous avoue avoir éprouvé quelque sympathie pour notre héros pourtant si ronchon et macho mais si drôle. Femme qui rit...

Karine Tuil, une auteur à suivre!

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Humour juif ?

Mauvaise blague en tout cas pour Saül Weissmann : il se voit contester sa judéité par le rabbin qui doit le marier à Simone :

« Il faut être juif de mère en fils. Exclus les autres ! Dehors ! »

Un comble pour cet homme de soixante-dix ans rescapé des camps nazis !

Cette fable loufoque et cruelle pose la question de la judéité, et plus généralement de l'identité.

Qu'est-ce qui nous définit ? Notre apparence ? Le regard des autres ? La 'communauté' à laquelle nous sommes censés appartenir ? Ce que nous avons vécu ?

La situation absurde et désespérante fait évidemment penser à Kafka ('La Métamorphose').

La libido débordante du vieil homme et l'humour grinçant m'ont rappelé Edgar Hilsenrath ('Fuck America').

La schizophrénie est proche de celle du 'Horla' (de Maupassant).

Associé au côté 'théâtre' et aux références obsédantes aux six millions de Juifs assassinés, le dédoublement de personnalité renvoie aussi à 'Le vieux juif blonde' (Amanda Sthers).

Et enfin, les métaphores sur le corps féminin 'habité' rappellent 'L'Ecume des jours' (Boris Vian).

Un mélange dérangeant que j'ai lu davantage par curiosité que par plaisir. Ayant beaucoup aimé le dernier roman de Karine Tuil ('Les Choses humaines'), je m'intéresse à son oeuvre et la découvre à rebours.

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Un bon moment de lecture.

Saül Weissman va à la synagogue avec sa future femme Simone pour célébrer leur mariage. Simone, rencontrée trois mois plus tôt, souhaite à tout prix se marier avec un homme juif et avoir un bébé. Elle est en pré-ménopause et ne se sent pas complète. le passage sur sa laideur m'a fait bien rire.

Dans cette synagogue, le rabbin va dire à Saül qu'il n'est pas juif car il ne peut pas apporter la preuve de la judéité de ses parents. Ils sont morts à Auschwitz. Il y a perdu toute sa famille, il est le seul survivant de cette déportation.

Est-il juif ou non comme l'affirme ce fichu rabbin de 24 ans qui a fait cinq ans d'études ?

Il se retrouve écartelé entre le juif et le non juif qui deviennent ses deux entités. Un duel sans merci jusqu'à cette fin inattendue.

Karine Tuil décrit avec justesse les tourments de ce vieillard de soixante-dix ans qui a été toute sa vie rejeté par les autres et qui ne sait plus qui il est.

Les pages sur cette lutte retracent bien le désespoir qui peut être incohérent mais elles ne m'ont nullement gênée.

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Vu au festival d'Avignon la pièce le "Mariage de Monsieur Weizman".

Ne suivant plus vraiment l'actualité théâtrale parisienne je ne savais pas que cette pièce avait fait les beaux jours du Théâtre La Bruyère l'an passé et mis en scène par Salomé Lelouch, que j'ai un peu perdue de vue de mon coté depuis qu'elle ne joue plus dans les films de son papa et qu'elle produit et met en scène des pièces de théâtre se jouant surtout sur Paris.

En voyant la pièce( je n'avais pas regardé bien l'affiche shame on me), je me suis vite dit que je connaissais l'histoire et pour cause c'était l'adaptation d'un livre de Karine Tuil que j'avais commencé à lire il ya quelques années, mais pas forcément fini

Le livre et la pièce nous racontent l'histoire chaotique de Saül Weissman, 70 ans, juif jusqu'au jour où il décide de se marier avec Simone. Arrivés devant le Rabbin celui-ci annonce à Saül, qu'il n'est pas Juif et pour cause en l'absence de l'acte de mariage religieux de ses parents attestant de leur Judéité.

Si dans le livre j'avais eu beaucoup mal à entrer (et moins à en sortir donc : o) dans l'univers trop exagéré et trop proche de l'absurde de cette histoire, son adaptation théâtrale m'a vraiment plus convaincu, les situations et les aphorismes passant bien mieux le cap de l'écriture théâtrale.


Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Une fois de plus, je me suis laissée tenter par un quatrième de couverture. Enfin, aussi par le nom de Karine Tuil dont j'ai beaucoup apprécié le roman Six mois, six jours, écrit à partir d'un fait divers.

C'est donc gagnée d'avance, ou pas loin, que j'ai entamé la lecture d'Interdit, qui met en scène Samuel, septuagénaire qui apprend de la bouche d'un jeune rabbin qu'il n'est pas juif aux termes de la Loi de Moïse, malgré le fait qu'il ait toujours été considéré comme tel et qu'il ait pour cette raison vécu l'enfer d'Auschwitz qui a décimé sa propre famille, en faisant le seul survivant. Chose qu'il n'aurait jamais sue s'il n'avait décidé de se marier avec une femme de la moitié de son âge. Samuel n'a pas envie de vieillir seul et il veut se faire chouchouter pour ce qu'il lui reste d'années devant lui.

Ce n'est hélas pas possible. Un rabbin a décidé de changer le cours de sa vie alors qu'il est juif depuis presque trois quarts de siècle, ce qui suscite en lui toutes sortes de questions auxquelles il n'arrive pas à répondre et qui lui font perdre la raison au point que deux entités en lui (le juif et le non-juif) décident d'avoir sa peau. Et c'est là que ça se complique, que ça dérape, que j'ai décroché…

Autant il m'intéressait de voir Sam se débattre avec des questions existentielles, autant je n'ai pas réussi à croire à son glissement graduel dans la folie et à son internement ayant pour but de venir à bout des personnalités en lui prêtes à s'entretuer. Autant je n'ai pu croire non plus aux personnages de l'asile ni à ce qui est arrivé par la suite à Samuel. Et pourtant, j'étais gagnée d'avance.

Mais l'histoire de Samuel ne tient pas la route et devient de plus en plus confuse à mesure que nous avançons. Meilleure chance avec un autre livre de Karine Tuil — il y en a six encore que je n'ai pas lus.


Lien : http://lalitoutsimplement.co..
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation

La guerre avait non seulement engendré la mort de millions de juifs, mais aussi l'anéantissement de milliers de noms. A la mort physique succédait la mort spirituelle. Avant la guerre, les parents de Simone s'appelaient Morgenstern. Son père, pour les raisons que l'on devine, avait demandé une modification de son état civil : s'appeler Morgenstern, c'était comme porter l'étoile jaune. Conciliante avec les juifs désireux de se faire radier en tant que tels, l'Administration lui attribua le nom de 'Dubuisson' aux sonorités si douces. (…) Il espérait ainsi se fondre dans la masse, devenir un Français 'comme les autres'. Mais cet homme ne se douta pas qu'en agissant ainsi il serait soupçonné du crime de haute trahison par les siens : 'Dubuisson, ce n'est pas juif', concluaient-ils à l'énoncé de son nom, contraignant le pauvre homme à se justifier et à arborer une étoile de David autour de son cou pour affirmer son identité. Après le port de l'étoile jaune qui permettait aux nazis de reconnaître les juifs, voilà que les juifs eux-mêmes s'imposaient le port de l'étoile en or pour se reconnaître entre eux !

(p. 111-112)

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Son corps est un amas graisseux criblé de cellulite.Sa peau, aussi rugueuse qu'un tronc d'arbre, exhale l'odeur d'une chambre qui n'a pas été aérée depuis des semaines. De longues varices serpentent ses jambes comme une vermine grouillante. Ses seins, qu'aucun soutien-gorge ne peut plus soutenir, s' entrechoquent au niveau de son nombril. Et plus haut s' étiole son visage, fané sur lequel mes yeux se posent avec effroi.

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Cela faisait près de trente ans qu'elle cherchait un mari - c'est une denrée rare de nos jours, les hommes ont toutes les femmes à portée de main, ils n'ont qu'à se servir, pourquoi accéderaient-ils à la propriété, la location présente de bien meilleurs avantages. Nous vivions une ère pré-messianique : les femmes consentaient à offrir leur corps sans rien exiger en échange. Les putes étaient au chômage. Personne n'avait plus aucune raison de se marier. Sauf Simone et moi. Simone, qui avait perdu sa virginité entre mes bras, souhaitait régulariser sa situation vis-à-vis de Dieu ; moi j'avais peur de vieillir seul - une épouse coûtait moins cher qu'une infirmière à domicile.

(p. 27-28)

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Elle transmettrait sa judéité à cet enfant, et moi, que lui offrirais-je ? Ma mémoire, ce cadeau empoisonné ! Je refusais de faire grandir un enfant au milieu d'un charnier. Comment apprendre à un enfant qu'il ne doit avoir peur ni des monstres ni de l'obscurité, quand son père hurle la nuit ? Chaque famille a ses secrets, ses tabous, nous aurons les nôtres : nous vivrons au milieu de six millions de cadavres et il faudra faire comme si nous ne les voyions pas. Nous sentirons leur présence : mes cris pendant mon sommeil, mes réveils en sueur nous rappelleront qu'ils sont là, parmi nous. Ils ne nous laisseront jamais en paix. Et pourtant il faudra rire. Faire semblant d'être heureux, de s'aimer, de vivre. Mon enfant ne comprendra pas mes silences. Je ne tolérerai pas ses plaintes. Que pourrions-nous avoir en commun ? Il cherchera à réaliser ses rêves ; moi, j'ai passé ma vie à repousser mes cauchemars.

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Les nourrissons et les vieillards se comprennent à demi-mot. Placés à chacune des extrémités de la vie, ils se croisent un court instant. A peine un regard, c'est déjà fini. L'un sort d'un trou quand l'autre y tombe. (P143)

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Vidéo de Karine Tuil
À l'occasion de la parution des "Cours de poétique" de Paul Valéry, les Matins consacrent une émission à la poésie, art de la sensibilité, de la beauté et de l'éternité, d'hier à d'aujourd'hui.
Guillaume Erner reçoit reçoit William Marx, éditeur de Paul Valéry, Cours de poétique, Karine Tuil, écrivaine et le comédien Philippe Torreton.
#poésie #paulvaléry #litterature __________ Découvrez tous les invités des Matins de France Culture ici https://www.youtube.com/playlist?list=PLKpTasoeXDroMCMte_GTmH-UaRvUg6aXj ou sur le site https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins
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