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Ferny Besson (Préfacier, etc.)
EAN : 9782070757824
280 pages
Éditeur : Gallimard (03/03/2000)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 18 notes)
Résumé :

Le brigadier Berger, du train des équipages, matricule 2404, est pris dans la tourmente de 1940. Fait prisonnier, astreint à de terribles marches forcées, il devient fou. Passé et présent s'entrechoquent en lui et il n'y comprend plus rien. Mais pour cet homme loyal et fidèle, la pire folie n'est-elle pas celle du monde réel, l'armée vaincue, dispersée, la France occupée ? Sa folie à lui n'est que fid... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Clytemnestre
  13 août 2018
Le chemin vers la folie est plus court qu'on ne veut bien le croire. Vialatte nous emmène aux confins de l'esprit humain; on s'y perdrait avec lui, avec Berger. L'histoire est portée par une écriture formidable, précise, soignée. A lire autant pour le fond que pour la forme.
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
aleatoirealeatoire   12 septembre 2017
La femme de Planier, Thérèse, rôdait dans la maison l'air soucieux. On sentait qu'elle commençait le jour avec un tourment de longue date, fidèle au poste et prête à toutes les patiences.
Le soleil embrasait l'étendue, le ciel bleu cassait les portes vitrées. Un dromadaire défilait tout entier, avec son cou, sa bosse, ses quatre pattes, ses courbes, ses ressorts, ses articulations qui évoquaient la sauterelle et la voiture d'enfant.
Une tortue se promenait sous le billard, sur un tapis de caoutchouc ; on apprit à Berger qu'elle s'appelait Marie-Louise à cause d'une tante à héritage qui lui ressemblait : elles avaient, paraît-il, la même nuque.

Et maintenant où était Planier ?
Etait-il mort au coin d'un bois ? Dans un chemin ? Etait-il étendu sur la chaussée d'un pont, les bras ouverts, comme une croix qui traîne ? Avait-il tourné, comme beaucoup, une fois frappé, à la façon d'une marionnette, pour tomber le nez sur la terre ? Ou était-il resté dans sa chenillette, les yeux ouverts, des yeux de verre dans une face de cire ?
La silhouette de Planier alla rejoindre dans le grenier de sa mémoire cent personnages qui étaient entrés en elle au hasard des villes et des ports, et partis sur la pointe des pieds en laissant des souvenirs peints sur le verre de cette lanterne magique qui projette de vieilles histoires sur nos murs quand nous ne nous endormons pas.
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aleatoirealeatoire   12 septembre 2017
Il songea à elles tout d'un coup, quand elles apprendraient cette nouvelle, et il pensa que, fidèle jusqu'au bout, il leur laisserait un souvenir infamant. Il y eut deux larmes qui giclèrent en décrivant une parabole et qui rebondirent dans l'assiette de métal.
Il fut stupéfait, elles roulaient dans l'assiette. Sans crever. C'était un spectacle qui procurait la même surprise qu'une expérience de physique réussie. On en aurait fait un croquis pour le chapitre de la "tension superficielle". Il inclina l'assiette, fit rouler les deux larmes, les réunit et observa leur petite membrane qui crevait au point de tangence. Ensuite il secoua l'assiette. Il restait étonné du côté mécanique de la physiologie humaine.(...)
Le soleil avait dû baisser légèrement, car la lucarne, maintenant, découpait sur le sol un rectangle plus long, une flaque dorée quadrillée de noir par les barreaux.
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aleatoirealeatoire   15 septembre 2017
Il y a des destinées de grand luxe et des destinées de tous les jours. C'est une source de méprise. Il y en a même peut-être bien plusieurs par homme, qui se battent entre elles ou qui font bon ménage. Nous sommes tellement habitués à les voir en petite tenue que nous hésitons à les reconnaître quand elles viennent à nous en robe d'apparat. Quand elles changent de costume nous croyons qu'elles se trompent d'adresse ; nous ne pensons pas qu'elles viennent pour nous. Nous nous engageons avec elles dans des malentendus dont elles se vengent un jour.
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aleatoirealeatoire   16 septembre 2017

Pierre Chelle sentait la rose des vents ; son veston restait quadrillé d'avoir été jeté dans des pays lointains, sur le réseau des méridiens, des latitudes.
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vichenzevichenze   05 janvier 2020
Il déballait de son étrange foulard ses richesses énigmatiques : la boîte de gruyère, la clef qui ne sert à rien, l'épingle de sûreté, la ficelle défendue qui pouvait désormais lui servir licitement à attacher son pantalon. Et si quelqu'un entrait il ne les cachait pas. C'était sa revanche.
Tous les plaisirs qu'on lui offrait le bousculaient.
— Tu ne réponds pas ? disait sa mère.
Qu'aurait-il répondu ? Qu'aurait-il entendu ? Il était au bonheur suprême de laisser voir à tous qu'il tenait une épingle. Cette épingle lui cachait le monde.
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Vidéo de Alexandre Vialatte
Interprétation d'un texte de Vialatte par Dufilho à l'ORTF.
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