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Julio Cortázar (Préfacier, etc.)Isabelle Garma-Berman (Traducteur)Antoine Berman (Traducteur)
ISBN : 2714446574
Éditeur : Belfond (12/08/2010)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 44 notes)
Résumé :
Employé à la Compagnie sucrière, Erdosain a pris l'habitude de puiser dans la caisse.
Dénoncé, il est sommé de rembourser six cent pesos et sept centimes, et découvre le même jour que sa femme le quitte.

Aux abois, il part trouver l'Astrologue, un être aussi mégalo que délirant, qui a pour projet de fonder une société secrète financée par les revenus d'une chaîne de maisons closes.

Avec lui, un maquereau mélancolique, un rentier ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
dbacquet
  26 novembre 2011
Nous sommes à Buenos Aires, à la fin des années vingt. La ville est comme un animal, un chaos de vices et de souffrances, dans lequel on plonge. Les coups pleuvent en sorte qu'on croit parfois assister à un match de boxe. La mort s'invite aussi bien la nuit suite à des défis stupides que dans une aube poisseuse. La ville est pleine d'illusions et de maléfices. Sous le son d'une guitare et d'un bandonéon, dans une étrange gargote, se croisent de petits escrocs, des joueurs, des invertis, des proxénètes (les cafishios), des intellectuels inadaptés et névrotiques, des illuminés et des mystiques. Erdosain est là errant dans ses rêves comme un fantôme se précipite dans un abîme. Il a volé la compagnie qui l'emploie et risque donc la prison. Il a été dénoncé par l'un de ses proches avec lequel il avait toujours eu une relation assez trouble, faite d'intimités et de haines réciproques. Sa femme, lasse de leur misère commune, le quitte pour un militaire. On le suit dès lors pas à pas, presque en somnambule; on entre dans sa conscience tortueuse et angoissée où dominent des idées de toute-puissance et de destruction. Il pense au suicide et au crime et dans les bas fonds de son âme, aux goûts d'hallucinations et de latrines, il s'analyse avec une minutie qui ajoute au macabre. Et s'il est parfois saisi par une grande pitié et des rêves de pureté, c'est encore à la manière d'un enfant ou d'un malade. Et sur sa route il va rencontrer d'autres fous. Il se laisse fasciner par l'Astrologue, un idéologue douteux, qui projette de monter une société secrète, suivant le modèle du Ku Klux klan, qui serait financée par un circuit de maisons closes et qui aurait une colonie dans des montagnes aurifères. Celui-ci s'entoure du Ruffian mélancolique, d'un chercheur d'or, d'un major... et rêve de dominer le monde avec toutes les armes du mensonge. Vous l'aurez donc compris, l'écriture de Roberto Arlt est souvent âpre, brutale, dérangeante, mais sans jamais relacher son étreinte.
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VACHARDTUAPIED
  06 avril 2013
Les Sept Fous, de Roberto Arlt
Fiction - 24/11/2010 (970 mots)
La réédition des Sept Fous 1929 de Roberto Arlt et la publication des « Eaux-fortes portègnes » 1933, chroniques paraissant pour la première fois en français, permettent de redécouvrir deux facettes de cette figure hautement polémique des lettres argentines.
Au jeu de la filiation littéraire, il n'est pas rare que l'écrivain argentin contemporain se reconnaisse deux pères. En lui ouvrant les portes de l'infini, Borges lui a donné droit de cité dans la république mondiale des lettres. Roberto Arlt, c'est pour lui une langue la rencontre du castillan cervantin et du lunfardo, un style « un coup de poing dans la mâchoire », un nom « imprononçable » ; l'écrivain « à humeurs » à qui l'on voue un « attachement viscéral » Juan Carlos Onetti, sans doute parce qu'il permet d'être, autrement, un Argentin universel.
La réédition des Sept Fous 1929, roman central de l'oeuvre arltienne magistralement traduit par Isabelle et Antoine Berman, et la publication des « Eaux-fortes portègnes » 1933, chroniques paraissant pour la première fois en français, permettent de redécouvrir deux facettes de cette figure hautement polémique des lettres argentines.
Celle du journaliste, d'abord. Circonstance majeure à l'époque des gentlemen écrivains : c'est dans la salle de rédaction, au rythme des rotatives, que Roberto Arlt fait ses classes pour rapidement gagner la reconnaissance de ses lecteurs, publiant, de 1928 jusqu'à sa mort prématurée en 1942, une chronique restée célèbre, les « Eaux-fortes ». Flâneur infatigable, il y radiographie l'espace à la fois intime et partagé de sa ville, Buenos Aires. Au fil des portraits, situations cocasses, considérations politiques, littéraires ou urbanistiques, s'élabore le grand kaléidoscope portègne. À une époque où les intellectuels cherchent fiévreusement à définir une « essence » argentine devant les peurs que suscite une immigration massive, la collection arltienne projette au contraire une vision multiple et mouvante. Aux visiteurs illustres du Paris austral Keyserling, Le Corbusier, Ortega y Gasset en quête de diagnostics ontologiques, Arlt répond : « Nous ne sommes pas tristes, nous mourons d'ennui. Et pour tromper ce dernier nous disons du mal de tout ce qui nous passe sous les yeux et sous la langue. » La langue, railleuse, rageuse, voilà ce qui définit l'être portègne. Et arltien.
Les « Eaux-fortes portègnes » sont tenues par ce singulier alliage : souci de l'observation, garde-fou contre les abstractions trompeuses et acidité généreuse du verbe. Une vraie leçon de journalisme. Mais Arlt ne s'en satisfait pas, au contraire : la rubrique est chronophage, elle éloigne l'écrivain, tout entier happé par la servitude quotidienne, de plus nobles tâches. Car, en bon flaubertien, Arlt aspire à écrire « l'oeuvre », celle qui embrassera le rythme accéléré de cette modernité urbaine que le journaliste scrute depuis sa chronique, cernera la « salade russe » idéologique de ces troubles années 1930 et saura peindre les âmes des humbles et des torturés - et celle qui, incidemment, l'installera dans le temple de la littérature. Ce programme, c'est celui des Sept Fous bientôt suivi par Les Lance-flammes en 1931, épopée délirante dans une Argentine qui sombre alors dans sa première dictature du siècle. On y rencontre une « société secrète » menée par l'Astrologue - un leader charismatique, tantôt communiste, tantôt fasciste -, qui projette de prendre, grâce à un vaste et absurde complot, le contrôle de l'État mais aussi celui de la subjectivité des habitants de la planète entière. Au coeur du projet, Erdosain, « aliéné » par excellence, misérable petit employé d'une multinationale, doit produire le gaz qui sera employé pour la destruction planétaire. À ses côtés, un maquereau mélancolique, ancien professeur de mathématiques et trésorier de la société, un chercheur d'or, un officier corrompu, un pharmacien mystique.
Les vaines gesticulations de ces illuminés sont observées par un narrateur qui relance ses épisodes à grand renfort de ficelles narratives empruntées sans vergogne au feuilleton. Car, dans cet improbable roman, Arlt dynamite le genre, à l'instar des avant-gardes argentines et comme, d'ailleurs, toute une critique occidentale qui proclame son arrêt de mort. Mais sa révolution, il la mène à sa manière, sans procès verbeux, avec l'admiration d'un lecteur nostalgique des aventures abracadabrantes du super héros Rocambole. Poussant la logique du feuilleton à l'extrême, il fractionne l'action, et dans cette implosion, ce sont toutes les structures du roman - temps, espace et personnage - qui volent en éclats. C'est le sujet, pris au coeur de cette tourmente, qui subit la métamorphose la plus décisive. Les personnages d'Arlt sont des êtres sous influence, des superficies impressionnables figées dans leur angoisse métaphysique. L'aventure, que l'on espère religieusement dans cette confrérie du complot, est un horizon désormais hors d'atteinte. On se noie avant d'avoir pu être sauvé par l'action, celle que, quelques années plus tard, Borges préconisera pour le salut du roman. Opus saturnien, Les Sept Fous reflètent, dans leurs feux crépusculaires, l'humeur mélancolique de cet écrivain-journaliste trop lucide quant aux contradictions de la modernité pour ne pas vouloir halluciner sa sublime et dérisoire apocalypse.
Perspicacité acide du trait journalistique, implosion et refondation du roman, perception aiguë du malaise de la conscience moderne, langue métissée, portée en étendard : l'héritage d'Arlt est riche. Trop riche ? Sans doute pas, car la « machine Arlt » Alan Pauls est une des plus performantes de la littérature argentine, de celles qui ont le plus engendré de désirs d'écrire. À ceux qui lui ont rendu hommage Onetti, Cortázar, Bolaño..., il a sans doute légué le droit d'«écrire mal», à la fois pour et contre la tradition, et celui d'admirer, tel un « jouet enragé » titre de son premier roman, pour mieux trahir.
Lien : http://www.magazine-litterai..
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lehibook
  29 mai 2019
Erdosain , l'anti héros de ce roman vit sa vie minable dans une angoisse perpétuelle . Encore plus depuis qu'il a été accusé de vol,à juste titre, par son employeur. Pour éviter la prison il se rapproche de l'Astrologue , mythomane manipulateur dont le but suprême est d'organiser une société secrète . Avec ses acolytes aux noms improbables (le Ruffian mélancolique,Celui -qui-a-vu-l'accoucheuse…) il envisage de prendre le contrôle de la société argentine. Au-delà de l'intrigue (qui m'évoque « les démons » de Dostoïevski ) ce fascinant roman au style poétique et brutal à la fois , met en évidence le potentiel de violence ravageuse qui vit au coeur des humiliés et des offensés ,vies de cendres qui cachent un volcan .Ce roman de 1929 résonne puissamment avec notre actualité.
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Tombetoile
  28 juin 2019
Pas facile de résumer un tel livre. Visionnaire, il l'est, écrit en 1929, il me semble qu'il préfigure la Seconde Guerre mondiale. Un astrologue mégalomane-manipulateur et ses amis veulent détruire le monde existant qui ne croit plus en rien, ni en Dieu. Ces fous veulent créer une nouvelle société en mentant aux hommes pour mieux les anéantir. Et les hommes manquent tellement d'idéaux qu'il est facile de les tromper et leur faire croire n'importe quoi. Ils s'ennuient tellement et s'inventent des vies pour fuir leur médiocrité. Donnons-leur un idéal commun et ils suivront…
Erdosain est le héros de l'histoire, on le suit dans les méandres de son cerveau. L'auteur explore l'ambivalence humain, il met les hommes à nu, étale devant nos yeux, leurs désirs, leurs angoisses, leurs haines et affiche devant nous la profonde malhonnêteté de l'âme humaine. Il nous jette la psyché de l'homme à la figure et c'est assez écoeurant. Chaque être, après avoir rêvé sa vie comme dans un roman, s'aperçoit que tout n'est que désillusion et souffrance. Alors il devient mauvais.
J'ai moyennement apprécié ce roman, très certainement à cause de ma méconnaissance de l'histoire de l'Argentine, j'ai toujours des difficultés à pénétrer la culture sud-américaine. Mais j'ai aimé l'atmosphère, sa violence et la profonde connaissance de l'âme humaine.
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luCa
  21 octobre 2010
Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Voilà quelle pourrait être la maxime du roman. Dérangeant. Étrange. Un roman aux allures de récit d'aliéné, de folie. Car oui, c'est bien de la folie qu'on parle. La folie perverse, la folie des grandeurs, la folie sadique, la folie consciente et triste. Des personnages hauts en couleur, des esprits complexes, des âmes en peine. Endorsain va traverser le roman, et nous faire rencontrer les autres. Les gens, les idées. Un (petit) voyage dans le cortex, mais qui, disons-le d'emblée, m'a quelque peu déçu.
On part de ce vol. Ce vol d'argent, dans la caisse de la Compagnie sucrière. de l'argent facile, si proche, si tentant. Quelques billets qu'on pensait, qu'Endorsain pensait qu'ils passeraient inaperçu. Malheureusement, le lendemain, c'est le Conseil, et le départ. Un choc, un trouble, qui ouvre le récit, comme une introduction. Mais Endorsain n'est qu'au début de sa peine. Puis vient la femme, la femme qu'il aime, et qui le trompe. Surprise avec un autre homme, dans son propre appartement. le trouble, le malaise, c'est que les deux amants ne sont pas surpris en plein acte, non, ils attendent, ils attendent calmement qu'Endorsain rentre pour leur annoncer la nouvelle. Troublant, déstabilisant. Il ne sait comment réagir, il ne fait rien. Et les deux partent, partent au loin…Puis tout s'enchaîne, les autres, les fous, le fou : l'entreprise des maisons closes commence. Un inventeur qui lui propose de lui donner une place dans sa nouvelle société, dans sa société folle, corrompue, autoritaire, totalitaire. L'économie sera fondée sur le revenu de maisons-closes. Rien que ça. Et puis d'autres encore, qui viennent se rajouter au projet, des gens étranges. Un maquereau, un pharmacien, … Des personnalités floues, que le récit peine à esquisser, en ébauche seulement les traits. Et voilà, le récit en est là. On rentre dans l'élaboration de cette entreprise, dans le meurtre, dans les souvenirs. La surface seulement. Un roman dont je suis resté totalement étranger, spectateur perplexe. Pas de compréhension, pas d'empathie, pas d'interprétation, pas d'identification. Rien. Seulement lire, lire, et écouter ces récits, ce récit des souvenirs d'Endorsain, des évènements tragiques. Une vague impression de rester à la surface, de rester à la lisière de cet univers réel, mais aliéné. L'épaisseur du livre n'est plus un plaisir prolongé, mais un traité qui s'allonge, s'allonge, qui n'en finit plus, dont je ne sais où il s'engage. Un roman original, certes, mais dont les artifices ne m'ont pas atteint. Ne m'ont pas fait illusion. Ne m'ont pas troublé la vue de ce brouillard agréable, délicieux, torturé, dans lequel je pensais m'engouffrer. Un gouffre qui n'était au final qu'une mauvaise passe. Mais une mauvaise passe beaucoup trop longue pour ne pas y ouvrir les yeux. Et se rendre compte que tout, n'est au final, qu'un faux songe, qu'un faux rêve. Qu'une histoire.
Lien : http://bookkingdom.wordpress..
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   04 décembre 2016
Oui, elle en avait fait, des rêves!
Certains jours elle avait imaginé une rencontre sensationnelle, un homme qui lui parlerait des forêts vierges et qui aurait un lion apprivoisé dans sa maison. Son étreinte serait infatigable, et elle, elle l'aimerait comme une esclave ; pour lui, elle trouverait du plaisir à s'épiler les aisselles et se peindre les seins. Avec lui, déguisée en garçon, elle parcourrait les ruines où dorment les scolopendres et les villages où les nègres installent leurs cabanes sur les fourches des arbres. Mais nulle part elle n'avait rencontré de lions : seulement des chiens pouilleux. Et les chevaliers les plus aventureux étaient des croisés de la fourchette et des mystiques de la marmite. Elle s'écarta avec écoeurement de ces vies stupides.
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SachenkaSachenka   03 décembre 2016
- Évidemment, l"idéal serait d'éveiller chez beaucoup d'hommes cette férocité joviale et ingénue, il nous incombe d'inaugurer l'ère du Monstre Innocent. Tout se fera, n'en doutez point. C'est une question de temps et d'audace. Quand les gens se rendront compte que leur esprit est en train de se noyer dans les latrines de cette civilisation, ils changeront de cap avant de s'engloutir. Le problème, c'est que l'homme n'a pas encore compris que la lâcheté et le christianisme l'ont rendu malade.
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5emedecouverture5emedecouverture   18 octobre 2010
Je croyais que mon âme m’avait quitté pour jouir des beautés du monde, de la lumière de la lune sur la crête orange d’un nuage, et de la goutte de rosée qui tremble au-dessus d’une rose. Mais quand j’étais petit je croyais toujours que la vie me réservait un événement sublime et beau. Cependant, à mesure que j’examinais la vie des autres hommes, je découvrais qu’ils vivaient dans l’ennui, comme s’ils avaient habité un pays toujours pluvieux où les filets de la pluie leur laissaient au fond des pupilles des cloisons d’eau déformant leur vision des choses. Et je compris que les âmes s’agitaient sur la terre comme les poissons prisonniers dans un aquarium. De l’autre côté des vitres verdâtres, il y avait la belle vie chantante et très haute où tout aurait été différent, multiple et fort, et où les êtres nouveaux d’une création plus parfaite auraient bondi avec leurs beaux corps dans une atmosphère élastique. Alors je me disais : « C’est inutile, je dois fuir la terre. »
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SachenkaSachenka   30 novembre 2016
Il vagabonda tout l'après-midi. Il avait besoin d'être seul, d'oublier les voix humaines, de se sentir aussi libre de ce qui l'entourait que peut l'être un étranger dans une ville où il a manqué le train.
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SachenkaSachenka   30 novembre 2016
Les villes sont les cancers du monde. Elles anéantissent l'homme, elles en font un être lâche, sournois, envieux, et c'est l'envie qui impose ses droits sociaux, l'envie et la lâcheté.
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>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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