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ISBN : 2707322776
Éditeur : Editions de Minuit (17/01/2013)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 51 notes)
Résumé :
Pour quelqu'un de ma génération, né après la Seconde Guerre mondiale et désireux de savoir comment il se serait comporté en de telles circonstances, il n'existe pas d’autre solution que de voyager dans le temps et de vivre soi-même à cette époque.
Je me propose donc ici, en reconstituant en détail l’existence qui aurait été la mienne si j’étais né trente ans plus tôt, d’examiner les choix auxquels j’aurais été confronté, les décisions que j’aurais dû prendre,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Cacha
  25 septembre 2015
Ce livre est une réflexion historique sur l'attitude que l'auteur aurait pu adopter lors de la seconde guerre mondiale.
Cet érudit s'appuie sur plusieurs livres-témoignages.
Les bifurcations de la vie sont un peu son dada.
Cependant, j'ai beaucoup mieux apprécié ce livre que celui (du même auteur) que j'ai lu auparavant ("Il existe d'autres mondes"), comme quoi il est parfois nécessaire de ne pas s'arrêter à une seule lecture...
Par ailleurs, je ne supporte absolument pas ceux et celles qui sont persuadés qu'à cette époque ils auraient été des héros (des résistants, des justes, etc.).
A cette époque ou d'autres circonstances (cf. par exemple la vieille imbécile qui était dans le Thalys, qui n'a rien pu voir de ce qui s'est passé, mais qui a dit à un journaliste qu'elle aurait bondit sur le terroriste). Enfin, à sa décharge, disons que le journaliste a peut-être forcé ses paroles.
Non, durant la sombre période du milieu XXème siècle, rien ne me permets de dire ce que j'aurais fait, attitude médiane et ironique de la plupart des français, collaboration, résistance, résistance, collaboration ?? Impossible de le savoir ou cela serait trop facile, connaissant l'histoire.
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jeandubus
  21 juillet 2015
Aurais-je été résistant ou bourreau ?
Voilà une excellente question à laquelle Pierre Bayard ne répond pas. Même transporté par « uchronie » en 1941 à la place de son père dans la zone libre près de Bayonne il ne se donne à aucun moment le choix de décider d'être l'un ou l'autre en n'imaginant pas un seul instant qu'il aurait pu être autre chose que résistant.
C'est donc assez inutile de se raccrocher à la détestable expérience de Milgram à l'université de Yale où il est vérifié que 60% des individus dans le rôle du bourreau ont appliqué la peine maximale (une décharge de 450V) à des individus dans le rôle de la victime censés répondre correctement aux questions qu'ils leur posaient, bourreaux et victimes ne se connaissant pas. (Les victimes étaient des acteurs jouant ce rôle et des scientifiques poussaient les bourreaux à agir leur promettant l'impunité).
C'est également inutile, du moins pour répondre à la question éponyme, de digresser vers le Cambodge, le Burundi ou la Bosnie Herzégovine dans la mesure ou Pierre Bayard ne s'y rend pas, par uchronie, par métalepse où par un quelconque moyen de transport freudien.
Non, finalement le brillant professeur de littérature est entré au milieu des années 70 à Normal Sup pour « faire plaisir à ses parents » (sic), prestigieuse école devant laquelle papa Bayard a échoué. Et transporté en 1941 Pierre aurait préparé Hypokhâgne à Bayonne ou à Bordeaux et poursuivi ses études tranquillement dans l'établissement délocalisé sous Vichy et même trouvé un boulot de bibliothécaire dans les murs pour éviter les STO (même pas besoin de se planquer comme l'avoue tristement Jean Lacouture qui se considère lui-même comme un résistant par défaut et regrette de n'avoir pas rejoint le maquis).
L'acmé d'une vie bourgeoise a dans ce contexte un côté particulièrement dérangeant. Et la référence à Lacombe Lucien de Patrick Modiano (et Louis Malle 1974) montre d'où viennent certaines inspirations …aurais-je été quelqu'un ou quelqu'un d'autre ?
On a l'impression que le prologue a été écrit à postériori en constatant à la relecture que la question était restée sans réponse et qu'il fallait malgré tout justifier les 150 pages d'illustration magistrale (dans le sens scolaire) qui a sa place dans la réserve d' un amphithéâtre plus que dans ma bibliothèque.
Très déçu par ce livre je comprends mieux ce sentiment de frustration ressenti à la lecture de « aurais-je sauvé Geneviève Dixmer » qui échoue sur le même obstacle sans le franchir.
Pierre Bayard semble fasciné par le chemin qu'il a pris avec ces deux essais dans la collection « paradoxe » - Un bon titre- des éditions de minuit et se prend les pieds dans une racine.
Un gros valdingue s'ensuit.
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EmyB
  16 juillet 2013
Pierre Bayard, universitaire à Paris VIII s'interroge sur les agissements qu'il aurait pu avoir lors de la Second Guerre Mondiale?Combien de fois, cette question a t-il été posé? Combien de fois, lors de mes années d'études n'ai-je pas entendu ou même dit Mais comment ont-ils bien pu faire cela? Moi, j'aurais fait ça..." On se rêve résistant, on se veut défenseur des droits de l'homme, oui mais voilà... On n'invente pas l'histoire.
Pierre Bayard choisit la Seconde Guerre Mondiale. Il avance qu'il aurait pu choisir n'importe quels autres conflits. Mais la Seconde Guerre Mondiale a mobilisé tous les fronts. La période 39-45 a été édifiante par sa Crise des valeurs humaines.
Trois voies s'offraient alors: celui d'être un bourreau, s'engager en résistance ou bien celui du milieu: j'emploie le terme "passivité" mais il n'est pas à prendre au péjoratif.
Bayard aurait-il été un résistant ou un bourreau? C'est la question qui se pose. Issu de la génération du baby boom. L'auteur tente de répondre à cette question en prenant en modèle de référence: son père. Pourquoi son père? Parce-qu'ils sont semblables sur de nombreux points: même parcours universitaire et même caractère.
Il s'appuie sur de nombreux travaux menés par des psychanalystes. Notamment l'expérience de Milgram. Organisée par l'Université de Yale, elle visait à comprendre les agissements collaborationnistes durant la Seconde Guerre Mondiale. Il y-a des dizaines de témoignages, notamment ceux de gendarmes lors de la Rafle du Vel'd'hiv qui se sont levés pour dire qu'ils ne voulait pas obéir mais qu'ils avaient peur. Et qu'un ordre doit être exécuté.
Cette expérience visait donc à évaluer le degré d'obéissance chez individu. En bref, l'expérience de Milgram c'est trois entités: celui sur qui/quoi l'ordre est donné, celui qui doit répondre à cet ordre, et celui qui donne l'ordre (l'instance moral). le sujet évalué est celui qui doit répondre à l'ordre. Une émission passée sur France 2 a reconstitué l'expérience de Milgram:
- La victime (un comédien) voulait gagner de l'argent. Il devait apprendre par coeur une série de réponses. Il était attaché sur une chaise électrique. A chaque mauvaises réponses, il recevait des décharges électriques. Il n'avait aucuns pouvoir sur le jeu. L'arrêt du jeu était donné par celui qui infligeait les décharges et posait les questions. (le piégé, le sujet) Il n'y a aucuns liens visuels entre les deux protagonistes (le piégé et la victime).Ils communiquent seulement par la voix.
- le sujet celui qui reçoit les ordres. Il est derrière une machine et pose les questions. A chaque mauvaises réponses, il délivre une décharge éléctrique. A mesure que le jeu avance, les décharges se font plus fortes. le but qu'il lui a été donné est d'aller le plus loin possible et de faire gagner de l'argent à la victime. Des premières décharges, on entend le rire de la victime mais au fur et à mesure que le jeu et que les nerfs sont à cran: les rires sont remplacés par les supplications.
- Là intervient l'instance supérieur, ici le Public et l'animatrice. Son rôle est de rendre le plus vulnérable possible le sujet. Il doit sentir que ses actes ne lui appartiennent plus. Il le dépénalise. Qu'il ne porte pas en lui le poids de la responsabilité. En l'occurrence dans ce jeu, on lui dit que la Production a prit toutes les mesures nécessaires et que le jeu est sans risque pour la victime. Il est également poussé par la masse, par le public qui le pousse à continuer.
Ce qui en a résulté: certains sujets ne sont pas arrêtés malgré les supplications de la victime. Ils ont nié la douleur, ils ont nié jusqu'à l'existence de l'autre parce-que l'ordre émanait d'une instance supérieure. D'autres se sont arrêtés quand bien-même tous les rouages derrière. Pierre Bayard dit qu'aucuns être n'est prédestiné à choisir une voie d'une autre. C'est également une question de circonstances, de vécu personnel, de coïncidences.Il a donc pour but comme Milgram de comprendre la bifurcation d'un homme à un instant donné par sentiment d'indignation, d'empathie, de conformisme, d'argument d'autorité..
Il s'appuie sur la personnalité potentielle. Celle qui surgit à un moment donné lors de situations extrêmes. Un homme qui semble avoir une sympathie pour la violence ne deviendra pas forcément un tueur de masse. Il se peut qu'à un instant X, un trait de sa personnalité qu'il ignorait lui-même se révèle. Il prend l'exemple très juste, de Cordier, nationaliste et royaliste. Fervent de Pétain qu'il considère comme son père spirituel. Il e sentira trahira lors de la signature de l'armistice et se ralliera à De Gaulle.
Un livre très agréable, une écriture soignée, un plan structuré. Une belle réussite!
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Apoapo
  25 août 2018
La réponse à la question du titre : ni l'un ni l'autre –, si elle correspond à un réalisme statistique prudent et sage, n'est hélas ni glorieuse pour l'auteur (mais on l'eût condamné pour orgueil dans les cas contraires...), ni fondée sur un travail de fiction littéraire touffu, que promettait pourtant le Prologue, en introduisant les concepts de « personnage-délégué » et de « personnalité potentielle ».
À la place, nous avons lu une casuistique symétrique de conditions nécessaires (trois et trois) pour qu'un sujet, confronté à une situation de conflit éthique (un cas particulier du conflit psychique freudien) d'envergure, ici la loyauté au gouvernement de Vichy ou bien à la Résistance – avec quelques brèves incursions dans trois autres contextes plus récents : les massacres cambodgiens, la guerre en Bosnie et le génocide rwandais, « bascule » vers le « devenir-résistant » ou le « devenir-bourreau ». Chaque cas est étoffé par des exemples historiques – expériences ou figures – réels, la minuscule part de fiction se limitant à indiquer en quoi le « personnage-délégué », le narrateur de ces petites parenthèses romanesques, ne répondait pas à la condition nécessaire requise ou éventuellement quel ajustement fictionnel l'aurait mené à y accéder... Il reste entendu qu'aucune des conditions nécessaires ne s'avère suffisante, et que cette dernière relève du mystère voire de la métaphysique.
Les conditions nécessaires à une « bifurcation » vers le passage à action, sont : le désaccord idéologique, l'indignation, l'empathie envers les victimes ; celles qui conduisent à l'abstention de l'action : la peur, les cadres de pensée, le défaut de créativité. le « point de bascule » peut avoir provenir « de soi-même », « des autres », « de Dieu » ou plutôt de la foi en Dieu.
Les cas utilisés pour illustrer les chapitres :
- pour le concept de « personnalité potentielle », le film de Louis Malle, « Lacombe Lucien » ;
- pour le « conflit éthique », l'expérience sur l'obéissance de Milgram à l'université de Yale ;
- pour la « bifurcation », le livre de Christopher Browning, Des Hommes ordinaires, sur le massacre des Juifs de Josefow en Pologne par le 101e bataillons de réserve de la police allemande ;
- pour le « désaccord idéologique », l'autobiographie de Daniel Cordier, le disciple de Maurras devenu assistant de Jean Moulin ;
- pour « l'indignation », La Promesse de l'aube de Romain Gary [Pierre Bayard étant par ailleurs l'auteur d'une monographie sur Gary, cette figure historique est étudiée dans le détail] ;
- pour « l'empathie », le récit du village du Chambon-sur-Lignon, dans les Cévennes, où furent hébergés de très nombreux enfants juifs, en particulier grâce à l'action du pasteur André Trocmé et de sa femme Martha ;
- pour « la peur », le récit de la Rose blanche, en particulier par le livre d'Inge Scholl sur ses frères Hans et Sophie ;
- pour les « cadres de pensée », le récit de l'acte de désobéissance du consul portugais à Bordeaux Aristides de Sousa Mendes, sur la concession de visas aux réfugiés ;
- pour la « créativité », la figure de Milena Jesenska, non comme muse de Kafka, mais par le témoignage qu'offre d'elle Margarete Buber-Neumann dans son ouvrage éponyme, relatif à leur amitié au camp de Ravensbrück ;
- pour la bascule opérée par « soi-même », le témoignage de Vann Nath dans le film du cinéaste cambodgien Rithy Panh : « S-21, la machine de mort khmère rouge » ;
- pour la bascule opérée par « les autres », le témoignage du général Jovan Divjak dans son autobiographie : Sarajevo, mon amour ;
- pour la bascule opérée par « Dieu », le documentaire de Marie-Violaine Brincard sur cinq Justes rwandais intitulé : « Au nom du père, de tous, du ciel » (2010).
Ces références et l'usage qui en est fait sont d'un grand intérêt ; une autre réf. citée transversalement et fréquemment est : Michel Terestchenko, Un si fragile vernis d'humanité. Banalité du mal, banalité du bien, La Découverte, 2005. [Pour mémoire, j'ajouterai aussi l'ouvrage collectif : Jacques Sémelin (et al. - dir.), La Résistance aux génocides. de la pluralité des actes de sauvetage, Presses de la Fond. Nat. Sc. Po., 2008].
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Herve-Lionel
  28 février 2014

N°668– Août 2013.
AURAIS-JE ETE RESISTANT OU BOURREAU ? – Pierre Bayard - Les Éditions de Minuit.
Pour les gens de ma génération qui n'ont pas fait la guerre mais qui en ont entendu parler [beaucoup par ceux qui l'ont connue de loin, peu par ceux qui ont été d'authentiques héros], je me suis souvent demandé quel aurait été mon comportement pendant cette période troublée. Sauf bouleversement dans ma vie, je n'aurais certes pas été un délateur mais sûrement pas non plus un résistant héroïque, tout juste un tiède, comme la plupart des Français de l'époque. Mais le destin nous joue parfois de ces tours ! Je me suis dit que ce livre pouvait peut-être m'aider à clarifier mon propre questionnement.
L'auteur, né en 1954, tente de répondre à cette question en remontant le temps et en imaginant fictivement qu'il se trouve dans la situation de son père à la même époque parce qu'il a avec lui une similitude culturelle, des aspirations et un parcours communs. Il imagine donc une uchronie et se demande quelle aurait été son action dans ce contexte historique. Il a donc, fictivement, 18 ans en 1940, et élève d'hypokhâgne fuyant Paris se retrouve dans le sud de la France. Pour l'aider dans sa démarche d'analyse et de création, il convoque Louis Malle et Patrick Modiano pour le film « Lacombe Lucien », Daniel Cordier pour son engagement de Résistant, Stanley Milgram pour son expérience, Romain Gary pour ses romans et bien d'autres figures qui ont brillé par leur exemple...
C'est un texte dense, documenté, logique aussi dans son raisonnement, écrit par un universitaire et un psychanalyste qu'est Pierre Bayard et qui alterne entre fiction et démonstration. L'auteur y démonte les mécanismes qui amènent chaque homme face à une crise, soit à l'ignorer par peur, soit à s'engager pour y faire échec, soit à aider ceux qui en pâtissent. Il dissèque la « personnalité potentielle » que nous portons tous en nous et qui nous révèle, dans un tel contexte exceptionnel, tels que nous sommes réellement,même si l'image que nous donnons de nous-mêmes est peu flatteuse, fait la part du hasard, prend en compte les contraintes intérieures qui poussent les êtres à agir ou au contraire à s'abstenir, depuis les désaccords idéologiques et politiques jusqu'à l'indignation et l'empathie en passant par la soumission à l'autorité, le devoir d'obéissance aux ordres ou au contraire le devoir moral de refuser de les exécuter, le risque encouru par ceux qui osent sortir du rang et, au nom de leur conscience, de se singulariser. Il remet en cause au passage bien des idées reçues sur l'engagement personnel et sur les actions qui en découlent, détaille la nature de l'intervention du « bourreau » dans la « solution finale », le génocide rwandais ou la dictature sanguinaire de Pol Pot, analyse finement ce qu'il appelle « la personnalité altruiste ».
Quand il choisit de revenir à la fiction et de se mettre en situation de choisir entre De Gaulle et Pétain, il note son dégoût du régime de Vichy, son indignation face à ses agissements, sa sympathie pour les juifs mais aussi son incapacité à agir dans l'instant par peur de la dénonciation, de la torture et de la mort. Il est en effet peu indulgent avec lui, estimant que s'il avait vécu à cette époque, il aurait tenté de survivre dans la tourmente politique du régime de Vichy et aurait poursuivi ses études pour assurer son avenir en refusant l'action de résistance. Il se trouve quand même des excuses que le lecteur voudra bien admettre au nom de la peur ressentie. Les élèves de l'École Normale avaient pour ordre à l'époque de se tenir en dehors de toute action politique, même si en tant qu'institution, cet établissement ne partageait pas les idées du Maréchal. S'ils le faisaient c'était l'exclusion c'est à dire pour lui l'anéantissement d'années d'effort, l'effondrement d'un rêve familial, l'impossibilité d'entrer dans la Fonction Publique et donc de gagner sa vie, de fonder une famille comme il le souhaitait. Tout cela allait à l'encontre de l'exemple donné par de Sousa Mendes, ce consul du Portugal qui, en dépit d'une interdiction formelle de son pays, délivra, en juin 1940, plus de 30 000 visas à des juifs leur permettant ainsi de sauver leur vie, c'est à dire qu'il accepta délibérément de sortir du cadre existant pour n'agir que selon sa conscience. C'est, au sens de l'auteur, faire prévaloir la liberté simplement parce qu'on accepte de s'abstraire des contraintes mentales imposées, c'est aussi une manière de créativité puisqu'on invente ainsi une forme d'action qui est sans modèle préétabli. Ce n'est plus seulement un acte de résistance, c'est l'exploration d'une voie nouvelle qui met en évidence le concept de liberté, une véritable réinvention de soi. En ce qui le concerne, il avoue qu'il n'a pas ce courage et voit ici la raison de son défaut d'action. Il avoue quand même, malgré tout ce qu'il a dit auparavant et qui est de nature philosophique et altruiste que pour nombre de jeunes leur entrée personnelle en Résistance n'a pas été motivée par les rafles de juifs mais par l'institution du STO en février 1943 ! Pour lui c'est une véritable bifurcation qui le détermine grâce à des certificats médicaux à se faire affecter à la bibliothèque de l'École et attendre ainsi la Libération. Il parvient quand même à se dire que c'est là une forme de désobéissance et qu'il peut ainsi aider ceux qui ont fait le choix de la Résistance alors que son père n'a pu échapper au travail obligatoire en Allemagne.
Parmi tous ceux qu'il énumère et qui sont entrés en résistance, beaucoup sont croyants et s'estiment inspirés par Dieu. L'auteur qui, à l'inverse de son père, avoue être agnostique, ne peut justifier sa forme d'engagement, si faible soit-elle, par sa foi. Pour autant il admet que la démarche de ceux qui se sont engagés à résister, est de l'ordre du mystère et qu'il y a en nous un autre « moi ».
C'est donc un livre passionnant, agréable à lire, une fiction croisée avec un témoignage authentique qui donne l'occasion d'une réflexion sur l'éthique, d'un questionnement intime et peut-être d'une remise en cause personnelle.
© Hervé GAUTIER - Août 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com




















Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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critiques presse (6)
LaPresse   03 avril 2013
Question délicate qui remue des émotions troubles, particulièrement en France, où la littérature ne cesse de s'attarder à la Deuxième Guerre mondiale. C'est peut-être l'essai où Bayard se dévoile le plus, en imaginant ce qu'il aurait pu être s'il était né à la même époque que son père.
Lire la critique sur le site : LaPresse
NonFiction   15 février 2013
Aurais-je été résistant ou bourreau ?, se révèle tout aussi jubilatoire que les précédents, à cette différence près, toutefois, que l’auteur se donne ici un sujet apparemment plus philosophique.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Bibliobs   28 janvier 2013
C'est à un exercice de haute voltige, périlleux mais réussi, que cet acrobate de la fiction, spécialiste de la théorie freudienne, se livre dans cette vraie-fausse autobiographie.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Lexpress   24 janvier 2013
C'est [l'] approche psychologique, fouillant toutes les ambiguïtés de notre âme, qui fait le sel de l'ouvrage. On ne pourrait expliquer l'engagement par ses seuls ressorts idéologiques.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Telerama   23 janvier 2013
L'essai de Pierre Bayard gagne en intensité et en profondeur : lorsque quittant le terrain de la psychologie il se place sur celui de la philosophie, de la métaphysique.
Lire la critique sur le site : Telerama
Liberation   21 janvier 2013
Chic, une nouvelle enquête du professeur Bayard. Avec, comme à l’accoutumée, une question d’apparence débile [...] suivie d’un dépiautage en règle des cheveux en quatre, et de solutions beaucoup moins loufoques que la question elle-même.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   13 juillet 2013
Chaque vie est une succession de bifurcations, plus ou moins nettement visibles, qui dessinent devant nous une multitude d'itinéraires virtuels [...]
Et où se seraient révélées peut-être d'autres personnalités potentielles que nous portons en nous et qui nous demeurent à jamais dissimulées.
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michelekastnermichelekastner   01 avril 2013
Quelle que soit la part essentielle de mystère qui détermine in fine l'engagement, les figures de résistance évoquées ici délivrent par leur exemple un enseignement précieux qui mérite d'être transmis. L'un des thèmes majeurs est la capacité de désobéissance, si bien illustrée par Sousa Mendes, ou, plus largement la capacité à sortir du cadre imposé par l'ensemble de la société.
Cette capacité à sortir du cadre, qui n'est pas seulement un cadre administratif mais un cadre inconscient de pensée, permet d'inventer, par un véritable travail de création, des bifurcations qui ne se dessineraient pas en temps normal. En cela, il y a davantage ici qu'une échapée du cadre, il y a remaniement de l'ensemble de la réalité, un remaniement qui la fait apparaître comme différente de ce qu'elle était, puisque ouverte à des transformations invisibles jusqu'alors.
Cette capacité n'implique pas seulement une re-création du monde, traversé de nouvelles lignes de force qui en remodèlent le paysage, elle signifie aussi une re-création de soi. L'acceptation de perdre implique nécessairement une modification du sujet et de son rapport au monde, et surtout à soi, que seuls certains priviligiés sont en mesure d'assumer.
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Nais83Nais83   02 août 2014
A l'image de la situation dans laquelle ces hommes se sont trouvés, chaque vie est ainsi une succession de bifurcations, plus ou moins nettement visibles, qui dessinent devant nous une multitude d'itinéraires virtuels conduisant à des existences parallèles que nous ne connaîtrons pas, où nous aurions vécu d'autres expériences, fait d'autres rencontres, aimé ou haï d'autres gens. Et, où se seraient révélées peut-être d'autres personnalités potentielles que nous portons en nous et qui nous demeurent à jamais dissimulées.
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Nais83Nais83   02 août 2014
Dans les exemples donnés ici, et quand il y a conflit, conflit psychique et conflit éthique sont étroitement mêlés. Mais les sujets étudiés par Milgram ne sont pas séparés entre ça et surmoi, même si certains peuvent éprouver du plaisir à infliger de la souffrance, ils le sont bien plutôt entre surmoi et surmoi, c'est-à-dire entre deux systèmes de valeurs - l'obéissance à l'autorité et le respect de la personne humaine - qu'ils ne parviennent pas à concilier.
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ApoapoApoapo   25 août 2018
« "Pourquoi", demande l'un des tracts de la Rose blanche, "tant de citoyens, en face de ces crimes abominables, restent-ils indifférents ?" Je ne crois pas pour ma part que tant de gens soient indifférents devant les crimes collectifs. Le sentiment qu'ils donnent de l'être et de détourner les yeux tient au fait qu'ils sont figés par la peur et que celle-ci va jusqu'à les empêcher de penser, et de penser de façon personnelle à ce qu'ils pourraient concevoir comme une action minimale de contestation.
Cette méconnaissance de la place de la peur conduit souvent, dans un après-coup réducteur, à diviser de manière artificielle la population des pays sous dictature entre les résistants et les soutiens du régime, en ignorant le nombre considérable de personnes qui désapprouvent ce qui se passe, mais ne trouvent pas pour autant en elles la force, comme l'ont eue les Scholl, de briser les barrières de la peur. » (p. 94)
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Jovanka Sotola, Université Charles de Prague, Tchéquie « Les Mécanismes de séduction de Jean-Philippe Toussaint, écrivain »
Jimmy Poulot-Cazajous (Université Toulouse Jean-Jaurès, France), « Dans le combat entre toi et la phrase, sois décourageant »
Pierre Bayard (Université de Paris VIII-Vincennes, France), « L?Art de la procrastination »
Christophe Meurée (Archives & Musée de la Littérature, Bruxelles) et Maria Giovanna Petrillo (Université de Naples, Parthenope), « ?Dire je sans le penser? : qui es-tu, Monsieur Jean-Philippe Toussaint ? »
Aurélia Gaillard (Université Bordeaux Montaigne, France), « Jean-Philippe Toussaint écrivain-coloriste infinitésimal ? »
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Note de musique : ©mollat
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