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EAN : 9782707300706
112 pages
Editions de Minuit (01/07/1957)
3.76/5   1165 notes
Résumé :
« Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d’immobilité, cette notion d’enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu’il peut faire c’est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu’on voit de temps en t... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (74) Voir plus Ajouter une critique
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Un fauteuil de paralytique, deux poubelles, une chambre avec, en haut des grands murs gris, deux fenêtres ouvrant sur le monde extérieur. Un escabeau pour aller voir.

Assignés à résidence quatre hommes - quatre créatures qui s'accrochent encore à leur humanité présumée.

Hamm, le paralytique aveugle - il a le suprême chic de regrouper les deux infirmités généralement disjointes dans l' expression familière qui les évoque- Il porte autour du cou le signe de son pouvoir: un sifflet, comminatoire et strident, qui déclenche le mouvement et les déplacements harassés de Clov, son esclave, un être famélique et docile.

Clov et Hamm, Hamm et Clov...couple dérisoire aux noms symboliques: le marteau et le clou...

Dans les poubelles, plus très réactifs, Nagg et Nell, les géniteurs de Hamm . De temps en temps ils soulèvent leur couvercle respectif pour réclamer au pauvre Clov, décidément homme à tout faire, leur pitance -une bouillie peu ragoûtante qu'ils ingurgitent avec des bruits de succion gourmande, de leur bouche édentée... A ces deux-là, il reste la tendresse et les souvenirs d'un amour vieux comme eux, et qui, comme eux, ne veut pas mourir.

Qu'attendent-ils?

C'est simple: Clov attend les coups de sifflet de Hamm, Nagg et Nell attendent leur bouillie, Hamm attend que Clov , juché sur l'escabeau lui annonce enfin que quelque chose ARRIVE... mais tous attendent que CELA finisse...

Fin de partie est l'image littérale du tragique de la condition humaine.
Mais c'est aussi l'image-miroir du temps de la représentation théâtrale et des attentes du spectateur- en quête du divertissement qui le tirerait enfin hors de son angoisse existentielle...

Dans le cas de celui de FIN DE PARTIE, c'est raté: tout le ramène au contraire à cette angoisse, mais avec la dérision et l'humour noir ravageurs de Beckett en prime. Ce qui permet au spectateur de mettre à distance, pendant quelques heures, le spectacle, sans cela insupportable, de notre commune déréliction, et du lent naufrage, de l'émiettement subreptice qui finissent toujours par y mettre un terme..

Voilà pourquoi, même si FIN DE PARTIE n'a rien d'une comédie musicale à grand spectacle, et si, à côté, En attendant Godot fait figure de parade de cirque avec numéro de clowns, jongleurs de chapeaux, pantalonnades et séance de dressage pour grand fauve -le monologue de Lucky!- je conseille d'aller VOIR Fin de partie plutôt que de le lire: jamais la tragédie d'exister n'a atteint, à mes yeux, un tel degré d'absurdité, jamais elle n'a paru aussi férocement drôle...

Et le fin du fin de Fin de partie, c'est sa fin..mais je préfère vous laisser sur votre faim, plutôt que d'en donner, bêtement, le fin mot...
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On ne peut pas résumer Fin de partie, simplement parce qu'il n'y a pas d'intrigue, pas d'histoire au sens propre. Ce sont quatre personnages - Clov et Hamm, Nagg et Nell ; c'est un lieu clos - car au dehors, c'est "Mortibus" ; c'est une boucle sans fin ; c'est un temps inexistant ; c'est surtout des répliques, des dialogues, des relations entre les personnages magnifiquement mis en scène par le génie de Beckett.
Fin de partie, c'est aussi la mise en évidence de la misère de la condition humaine dans tout ce qu'elle a de plus ignoble, de plus inutile. Oui, l'homme est inutile, la vie est un fardeau (Hamm dira à son père : "Salopard ! Pourquoi m'as-tu fait ?"), et l'attente d'une mort qui semble refuser de se montrer : Hamm prie pour que ça ne "rebondisse pas", et si "quelque chose suit son cours", si "ça avance", les personnages continuent d'attendre, mais en vain : la fin de la pièce est un écho au début, et si quelques éléments peuvent faire penser qu'en effet, ça va finir, l'impression de boucle et d'éternel recommencement nous fait réaliser que ce n'est pas fini. Clov l'annonce lui-même, dès la première (et somptueuse) réplique de Fin de partie : "Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir." Fin de partie nous raconte une fin qui n'en finit pas de finir, et qui au fond, semble ne jamais vouloir s'achever.
Mais, plus que tout encore, Fin de partie est l'éloge du théâtre le plus fascinant qui existe. Cette pièce, si elle s'éloigne du théâtre traditionnel comme le théâtre shakespearien (d'ailleurs, Beckett y fait de multiples allusions : "Mon royaume pour un boueux", dira Hamm), est en fait au plus proche du théâtre, car c'est dans cet art qu'elle puise toute sa force. Les personnages sont des acteurs en train de jouer (Clov sert "à donner la réplique" à Hamm, qui se demande : "Pourquoi cette comédie, tous les jours ?"), comme le suggère la première pantomime de Clov ; ils dialoguent dans cet espace exigu qu'est la scène de théâtre. Les objets, le décor, les mouvements comptent davantage que les paroles et que l'intrigue, preuve évidente que c'est au coeur de l'essence théâtrale que Beckett puise toute la force de son oeuvre.
Fin de partie, pièce en un acte emplie de métathéâtralité (théâtre dans le théâtre), combine tous les thèmes chers à Beckett : la condition humaine faible et misérable (on n'est pas sans penser à Pascal en lisant la pièce), les relations entre individus, le langage qui perd sa splendeur et se déconstruit ("tout est a - (bâillements) - bsolu"...), et surtout le théâtre. Car Fin de partie, en tant que pièce qui va à l'encontre du modèle théâtral ordinaire (personnages vides, absence de scène d'exposition et de fin, langage déconstruit, aucune intrigue, références classiques détournées tel le couple maître-valet qui devient le couple parodique Hamm-Clov, etc.), est en fait le théâtre en lui-même. C'est ça qui en fait un chef-d'oeuvre, et même très certainement supérieur à En attendant Godot.
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La scène est presque désertique, un intérieur sans meuble, une lumière grisâtre, un personnage dans son fauteuil roulant, couvert d'un drap, un autre qui le découvre et découvre en même temps deux poubelles. C'est tout ce qui reste de quelques vies, le "tout" est rien, et le rien est encore une chose. Hamm est aveugle et immobilisé, Clov, son valet, ne peut pas s'asseoir, mobilité et immobilité, les deux engendrées par la douleur. Nagg et Nell, les parents de Hamm sont cul-de-jatte, enfermés dans des poubelles, ou bien dans leur corps, dans leur âme peut-être ? Tous touchés par un handicap, une impuissance physique et relationnelle, des vivants sans vie.
Fin de partie, fin de jeu, "la fin est dans le commencement et cependant on continue", pas de fin, sans fin, ennui et inutilité. Est-ce l'absurdité de la vie ? Elle nous impose son jeu cynique et pourtant il faut l'accepter et s'y accrocher et continuer. Pourquoi les choses arrivent-elles de telle ou telle manière ? C'est la règle du jeu. On naît pour mourir, et on accumule au cours de l'existence des joies et des peines sans aucune utilité. le but ultime de la vie est-il donc la mort ? Passe-t-on la vie à attendre la fin ?
Rendez-vous du tragique et du douloureux, relation entre le faible et le fort, le dominant et le dominé, c'est ainsi la vie, et Samuel Beckett prend de la distance avec lucidité, se prendre au sérieux c'est enfoncer le clou, vaut mieux en rire.
Fin de partie, créée en 1957, a été écrite en français et puis traduite en anglais par l'auteur lui-même. Une dizaine d'années après la fin de la guerre, le théâtre de l'absurde, le manque de sens qui trouve tout son sens dans des écrits comme ceux de Samuel Beckett, Eugène Ionesco, Jean-Paul Sartre, Arthur Adamov, Albert Camus.
Beckett, homme intense érudit passionné, était habité par un souffle que ceux qui l'avaient connu appelaient "divin" (Comment c'était, souvenirs sur Samuel Beckett, Anne Atik). "Certains auteurs", disait Anne Atik à Beckett, "écrivent au rythme de leur pouls et de leur respiration", et Beckett de répondre "Dans ce cas, je serais haletant."
Il a rendu dans son oeuvre l'essence humaine même, celle qui accouche du tragique et s'en plaint après.
Son regard, comme celui d'un peintre, cherche la forme, la lumière, le mouvement, l'espace, et son théâtre est essentiellement à regarder, les personnages et leur corps, leurs gestes et mimiques, en silence pour que le silence prenne la place et l'importance qui lui sont dues, essentiel chez Beckett. A la lecture, la didascalie enlève à l'image sa force et aux instants leurs enchaînements et leur cours.
Le langage du corps est réduit à l'essentiel, il parle muet, les mots percutants, ironiques jusqu'au cynisme, s'habillent d'un humour noir, grinçant, proche de la violence. Des mots forts, car "la vie est un alcool fort", selon les propres mots de Christian Bobin.
Multiple crise, celle de l'homme, celle du langage, celle de toute relation humaine qui paralyse et handicape, dans une attente sans fin de quelque chose qui ne vient pas, dans des répétitions sans fin des gestes et des mots qui se cherchent, crise de l'espoir mal nourri en voie de disparition, crise de sens. Profusion de solitude. Dans l'espace qui les cloisonne plus rien ne se passe, ne serait-il leur espace intérieur ?
Mais, nous sommes acteurs, des clowns, et devons faire rire et nous faire rire, et avec de l'outrance.
Minimaliste, Beckett extrait l'essentiel qui, tout nu, franchit difficilement les codes du théâtre classique. Poète sensible et lucide, ciseleur des mots et de leurs rythme et agencement, il peint les âmes et dessine les corps dans l'espace de l'existence avec ce qui leur est propre : souplesse rigide, pause mouvementée, rapidité lente, multitude solitaire, l'un ne va pas sans l'autre, ils se définissent réciproquement, des douceurs violentes, des pleins vides, absurde tout ça ? Non. Juste les oxymores et les paradoxes de notre vie.
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Deuxième pièce de Beckett à être représentée, Fin de partie est écrite en français, et créée dans cette langue à Londres en 1957 dans une mise en scène de Roger Blin, avant d'être reprise la même année à Paris dans la même mise en scène.

Quatre personnages s'affrontent dans une sorte de scène unique, faite des successions d'affrontements dans un paysage de fin de monde. Au centre de l'espace, Hamm, aveugle et paralysé, trône dans un fauteuil roulant. Il il régente et rudoie Clov, son domestique, et Nell et Nagg, ses parents, qui ont perdu leurs jambes et qui vivent dans deux poubelles. La pièce se déroule pendant une journée, qui à la fois doit ressembler à beaucoup d'autres journées de même type, mais qui en définitive, est une journée de clôture. Des gestes et des mots se répètent, comme ils doivent s'être déjà répétés depuis très longtemps, comme la blague de Nagg, une sorte de lassitude est sensible. A part la tendresse de Nagg et de Nell, les sentiments humains s'apparentent surtout à des relations de pouvoir, Hamm a pris l'ascendant sur les autres personnages, sur lesquels il paraît avoir droit de vie et de mort.

J'aurais du mal à donner des éléments d'analyse de cette oeuvre, qui d'une manière évidente, peut-être trop évidente, semble traiter de l'absurde de la condition humaine, entre ennui, lassitude, violence. Les personnages sont plus symboliques qu'incarnés, pas de psychologie, d'histoires, de vécu. On ne sait presque rien sur eux, on les voit juste parler, on ne peut même pas dire agir, tant ils sont impuissants, trois au moins ne pouvant se déplacer. Leurs existences dans un monde épuisé, prennent fin presque comme celles de robots dont les piles sont mortes, et qui s'agitent dans des derniers soubresauts encore quelques instants.

Malgré tout cela, la pièce est étonnement drôle, pleine de second degré, de distance. Comme si au final il ne s'agissait pas de prendre tout cela au tragique : la vie n'a pas de sens, alors autant en rire un peu, plutôt que de se désespérer.
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Retour de lecture sur “Fin de partie”, une pièce de théâtre écrite en 1957 par l'écrivain, poète et dramaturge irlandais, d'expression française et anglaise, Samuel Beckett, qui a obtenu le prix Nobel de littérature en 1969. Dans un décor très dépouillé, la pièce met en scène quatre personnages physiquement handicapés qui semblent vivre dans un monde dévasté et post-apocalyptique. Les deux principaux personnages sont Clov, le serviteur malvoyant qui est le seul à pouvoir se déplacer librement et Hamm son maître, aveugle et cloué dans un fauteuil roulant. Viennent ensuite Nell et Nagg, ses parents culs-de-jattes qui ont perdu leurs jambes dans un accident de tandem et qui vivent dans des poubelles. Ils semblent tous se détester, Hamm en veut à son père de l'avoir engendré, il empoisonne également sa mère qui semble mourir. Son père le hait car il lui reproche de les maltraiter. Clov menace sans arrêt de partir, mais ne se décide jamais vraiment. Les dialogues sont assez particuliers puisqu'ils n'ont apparemment que peu de sens et d'intérêt, le tout est très décousu et les personnages se répètent souvent et parlent beaucoup pour ne rien dire. Les répliques prennent du sens lorsqu'elles sont prises isolément, mais le dialogue lui-même est souvent un dialogue de sourds. Tout cela semble faire partie d'un rituel familial puisque le serviteur répète sans cesse que « quelque chose suit son cours » et qu'on avance très lentement mais sûrement vers cette fameuse fin de partie. Cette pièce qui a d'abord été écrite en français est souvent associée au théâtre de l'absurde, bien que Beckett réfute l'appartenance à tout courant littéraire. C'est une pièce très minimaliste et une lecture à laquelle il convient d'être préparé pour l'aborder de la bonne manière. Sinon, une ou plusieurs  lectures peuvent facilement être enchainées, la pièce étant très courte. Sa lecture n'est pas particulièrement passionnante, étant dépourvue de toute intrigue, et même d'action, ce n'est qu'une succession de dialogues décousus et fragmentés. La quatrième de couverture parle d'humour, c'est un humour qu'on perçoit difficilement à la lecture de la pièce. Il y a surtout beaucoup d'ironie, beaucoup de pessimisme (peut être justifié) et une vision de l'humanité, de sa nature et de son avenir très noire. La lecture est très souvent perturbée par de nombreuses indications de mise en scène. Cette pièce semble donc dans tous les cas, plus intéressante jouée que lue. L'intérêt de cette lecture se limite pratiquement à son côté purement littéraire, en étant une pièce du XXième siècle associée au théâtre de l'absurde. Son thème principal est donc l'absurdité de la vie dont la seule fin possible est la mort, mais elle aborde également de nombreux autres thèmes comme la dépendance, la cruauté, l'aporie, l'immobilité, l'inaction, et le temps qui passe. La pièce ayant été écrite au début de la guerre froide, elle évoque aussi par de nombreux aspects le cataclysme nucléaire. le titre de la pièce pourrait faire référence au jeu d'échecs, la “fin de partie” étant une phase importante dans ce jeu et Beckett connu pour en être adepte. Hamm serait alors un roi condamné, privé de toute mobilité, et Clov le valet qui lui tourne autour pour le mettre mat. A lire certaines répliques de Hamm, il semble clair que cette fin de partie ne concerne pas uniquement les personnages de la pièce en fin de vie, mais que ce soit toute l'humanité qui va vers un “échec et mat” depuis son entrée dans l'ère nucléaire. C'est une pièce qui redevient pleinement d'actualité depuis le conflit ukrainien, qui nous rappelle de manière glaçante la situation absurde et dangereuse que nous subissons depuis le début de la guerre froide. Pour conclure, il s'agit d'une lecture pas forcément très agréable, ni très gaie, mais la pièce est tout de même très intéressante, par sa complexité, sa subtilité, et bien sûr les très nombreux thèmes abordés. C'est en tout cas une très bonne manière d'aborder ou de découvrir le théâtre de l'absurde, version Beckett.
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critiques presse (1)
LeFigaro
22 juin 2018
La monumentale correspondance de l'écrivain irlandais s'achève avec un superbe quatrième volume.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (95) Voir plus Ajouter une citation
Intérieur sans meubles.
Lumière grisâtre.
Aux murs de droite et de gauche, vers le fond, deux petites fenêtres haut perchées, rideaux fermés.
Au centre, recouvert d'un vieux drap, assis dans un fauteuil à roulettes, Hamm.
Immobile à côté du fauteuil, Clov le regarde. Teint très rouge.
Il sort, revient aussitôt avec un escabeau, l'installe sous la fenêtre à gauche, monte dessus, tire de rideau. Il descend de l'escabeau, fait six pas vers la fenêtre à droite, retourne prendre l'escabeau, l'installe sous la fenêtre à droite, monte dessus, tire le rideau. Il descend de l'escabeau, fait trois pas vers la fenêtre à gauche, retourne prendre l'escabeau, l'installe sous la fenêtre à gauche, monte dessus, regarde par la fenêtre. Rire bref. Il descend de l'escabeau, fait un pas vers la fenêtre à droite, retourne prendre l'escabeau, l'installe sous la fenêtre à droite, monte dessus, regarde par la fenêtre. Rire bref. Il va à la porte, s'arrête, se retourne, contemple la scène, se tourne vers la salle.

CLOV (regard fixe, voix blanche). — Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. (Un temps.) Les grains s'ajoutent aux grains, un à un, et un jour, soudain, c'est un tas, un petit tas, l'impossible tas. (Un temps.) On ne peut plus me punir. (Un temps.) Je m'en vais dans ma cuisine, trois mètres sur trois mètres sur trois mètres, attendre qu'il me siffle. (Un temps.) Ce sont de jolies dimensions, je m'appuierai à la table, je regarderai le mur, en attendant qu'il me siffle.

Il reste un moment immobile. Puis il sort. Il revient aussitôt, va prendre l'escabeau, sort en emportant l'escabeau.
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HAMM. — Prions Dieu.
CLOV. — Encore ?
NAGG. — Ma dragée !
HAMM. — Dieu d’abord ! (Un temps.) Vous y êtes ?
CLOV (résigné). — Allons-y.
HAMM (à Nagg). — Et toi ?
NAGG (joignant les mains, fermant les yeux, débit précipité). — Notre Père qui êtes aux…
HAMM. — Silence ! En silence ! Un peu de tenue ! Allons-y. (Attitudes de prière. Silence. Se décourageant le premier.) Alors ?
CLOV (rouvrant les yeux). — Je t’en fous ! Et toi ?
HAMM. — Bernique ! (A Nagg.) Et toi ?
NAGG. — Attends. (Un temps. Rouvrant les yeux.) Macache !
HAMM. — Le salaud ! Il n’existe pas !
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NAGG (bas). – Tu as entendu ? Un cœur dans la tête !

Il glousse précautionneusement.

NELL. – Il ne faut pas rire de ces choses, Nagg. Pourquoi en ris-tu toujours ?

NAGG. – Pas si fort !

NELL (sans baisser la voix). – Rien n’est plus drôle que le malheur, je te l’accorde. Mais –

NAGG (scandalisé). – Oh !

NELL. – Si, si, c’est la chose la plus comique au monde. Et nous en rions, nous en rions, de bon cœur, les premiers temps. Mais c’est toujours la même chose. Oui, c’est comme la bonne histoire qu’on nous raconte trop souvent, nous la trouvons toujours bonne, mais nous n’en rions plus.

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Nagg: Tu ne veux pas ton biscuit? (Un temps.) Je te le garde. (Un temps.)Je croyais que tu allais me laisser.
Nell: Je vais te laisser.
Nagg: Tu peux me gratter d'abord?
Nell: Non. (Un temps.) Où?
Nagg: Dans le dos.
Nell: Non. (Un temps.) Frotte toi contre le rebord.
Nagg: C'est plus bas. Dans le creux.
Nell: Quel creux?
Nagg: Le creux. (Un temps.)Tu ne peux pas? (Un temps.) Hier tu m'as gratté là.
Nell (élégiaque): Ah hier!
Nagg: Tu ne peux pas? (Un temps.) Tu ne veux pas que je te gratte, toi?(Un temps.) Tu pleures encore?
Nell: J'essayais.
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CLOV. — Pourquoi cette comédie, tous les jours?
HAMM. — La routine. On ne sait jamais. (Un temps.) Cette nuit j'ai vu dans ma poitrine. Il y avait un gros bobo.
CLOV. — Tu as vu ton coeur.
HAMM. — Non, c'était vivant. (Un temps. Avec angoisse.) Clov !
CLOV. — Oui.
HAMM. — Qu'est ce qui se passe?
CLOV. — Quelque chose suit son cours.
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Cet ouvrage éclaire la « poétique » du vertical, série d'images qui rend compte du dialogue entre hommes, dieux et destin. Établissant une approche comparatiste et historique, l'étude visitera des pièces d'Eschyle, de Sophocle, Rutebeuf, Racine, voire même Molière, Shakespeare, Marlowe, Goethe, Grabbe, et Beckett. Aujourd'hui, avec l'irruption de l'inexplicable, ce livre rend compte d'un questionnement lancinant, d'une aspiration à la concorde originaire de l'homme et du divin, réconciliation qui pourra, in fine, dans un monde à la dérive, déclencher l'action.
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