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EAN : 9782707300706
112 pages
Éditeur : Editions de Minuit (01/07/1957)
3.73/5   900 notes
Résumé :
« Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d’immobilité, cette notion d’enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu’il peut faire c’est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu’on voit de temps en t... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (59) Voir plus Ajouter une critique
3,73

sur 900 notes

michfred
  15 décembre 2015
Un fauteuil de paralytique, deux poubelles, une chambre avec, en haut des grands murs gris, deux fenêtres ouvrant sur le monde extérieur. Un escabeau pour aller voir.
Assignés à résidence quatre hommes - quatre créatures qui s'accrochent encore à leur humanité présumée.
Hamm, le paralytique aveugle - il a le suprême chic de regrouper les deux infirmités généralement disjointes dans l' expression familière qui les évoque- Il porte autour du cou le signe de son pouvoir: un sifflet, comminatoire et strident, qui déclenche le mouvement et les déplacements harassés de Clov, son esclave, un être famélique et docile.
Clov et Hamm, Hamm et Clov...couple dérisoire aux noms symboliques: le marteau et le clou...
Dans les poubelles, plus très réactifs, Nagg et Nell, les géniteurs de Hamm . De temps en temps ils soulèvent leur couvercle respectif pour réclamer au pauvre Clov, décidément homme à tout faire, leur pitance -une bouillie peu ragoûtante qu'ils ingurgitent avec des bruits de succion gourmande, de leur bouche édentée... A ces deux-là, il reste la tendresse et les souvenirs d'un amour vieux comme eux, et qui, comme eux, ne veut pas mourir.
Qu'attendent-ils?
C'est simple: Clov attend les coups de sifflet de Hamm, Nagg et Nell attendent leur bouillie, Hamm attend que Clov , juché sur l'escabeau lui annonce enfin que quelque chose ARRIVE... mais tous attendent que CELA finisse...
Fin de partie est l'image littérale du tragique de la condition humaine.
Mais c'est aussi l'image-miroir du temps de la représentation théâtrale et des attentes du spectateur- en quête du divertissement qui le tirerait enfin hors de son angoisse existentielle...
Dans le cas de celui de FIN DE PARTIE, c'est raté: tout le ramène au contraire à cette angoisse, mais avec la dérision et l'humour noir ravageurs de Beckett en prime. Ce qui permet au spectateur de mettre à distance, pendant quelques heures, le spectacle, sans cela insupportable, de notre commune déréliction, et du lent naufrage, de l'émiettement subreptice qui finissent toujours par y mettre un terme..
Voilà pourquoi, même si FIN DE PARTIE n'a rien d'une comédie musicale à grand spectacle, et si, à côté, En attendant Godot fait figure de parade de cirque avec numéro de clowns, jongleurs de chapeaux, pantalonnades et séance de dressage pour grand fauve -le monologue de Lucky!- je conseille d'aller VOIR Fin de partie plutôt que de le lire: jamais la tragédie d'exister n'a atteint, à mes yeux, un tel degré d'absurdité, jamais elle n'a paru aussi férocement drôle...
Et le fin du fin de Fin de partie, c'est sa fin..mais je préfère vous laisser sur votre faim, plutôt que d'en donner, bêtement, le fin mot...
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ianf
  22 décembre 2010
On ne peut pas résumer Fin de partie, simplement parce qu'il n'y a pas d'intrigue, pas d'histoire au sens propre. Ce sont quatre personnages - Clov et Hamm, Nagg et Nell ; c'est un lieu clos - car au dehors, c'est "Mortibus" ; c'est une boucle sans fin ; c'est un temps inexistant ; c'est surtout des répliques, des dialogues, des relations entre les personnages magnifiquement mis en scène par le génie de Beckett.
Fin de partie, c'est aussi la mise en évidence de la misère de la condition humaine dans tout ce qu'elle a de plus ignoble, de plus inutile. Oui, l'homme est inutile, la vie est un fardeau (Hamm dira à son père : "Salopard ! Pourquoi m'as-tu fait ?"), et l'attente d'une mort qui semble refuser de se montrer : Hamm prie pour que ça ne "rebondisse pas", et si "quelque chose suit son cours", si "ça avance", les personnages continuent d'attendre, mais en vain : la fin de la pièce est un écho au début, et si quelques éléments peuvent faire penser qu'en effet, ça va finir, l'impression de boucle et d'éternel recommencement nous fait réaliser que ce n'est pas fini. Clov l'annonce lui-même, dès la première (et somptueuse) réplique de Fin de partie : "Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir." Fin de partie nous raconte une fin qui n'en finit pas de finir, et qui au fond, semble ne jamais vouloir s'achever.
Mais, plus que tout encore, Fin de partie est l'éloge du théâtre le plus fascinant qui existe. Cette pièce, si elle s'éloigne du théâtre traditionnel comme le théâtre shakespearien (d'ailleurs, Beckett y fait de multiples allusions : "Mon royaume pour un boueux", dira Hamm), est en fait au plus proche du théâtre, car c'est dans cet art qu'elle puise toute sa force. Les personnages sont des acteurs en train de jouer (Clov sert "à donner la réplique" à Hamm, qui se demande : "Pourquoi cette comédie, tous les jours ?"), comme le suggère la première pantomime de Clov ; ils dialoguent dans cet espace exigu qu'est la scène de théâtre. Les objets, le décor, les mouvements comptent davantage que les paroles et que l'intrigue, preuve évidente que c'est au coeur de l'essence théâtrale que Beckett puise toute la force de son oeuvre.
Fin de partie, pièce en un acte emplie de métathéâtralité (théâtre dans le théâtre), combine tous les thèmes chers à Beckett : la condition humaine faible et misérable (on n'est pas sans penser à Pascal en lisant la pièce), les relations entre individus, le langage qui perd sa splendeur et se déconstruit ("tout est a - (bâillements) - bsolu"...), et surtout le théâtre. Car Fin de partie, en tant que pièce qui va à l'encontre du modèle théâtral ordinaire (personnages vides, absence de scène d'exposition et de fin, langage déconstruit, aucune intrigue, références classiques détournées tel le couple maître-valet qui devient le couple parodique Hamm-Clov, etc.), est en fait le théâtre en lui-même. C'est ça qui en fait un chef-d'oeuvre, et même très certainement supérieur à En attendant Godot.
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DianaAuzou
  11 février 2021
La scène est presque désertique, un intérieur sans meuble, une lumière grisâtre, un personnage dans son fauteuil roulant, couvert d'un drap, un autre qui le découvre et découvre en même temps deux poubelles. C'est tout ce qui reste de quelques vies, le "tout" est rien, et le rien est encore une chose. Hamm est aveugle et immobilisé, Clov, son valet, ne peut pas s'asseoir, mobilité et immobilité, les deux engendrées par la douleur. Nagg et Nell, les parents de Hamm sont cul-de-jatte, enfermés dans des poubelles, ou bien dans leur corps, dans leur âme peut-être ? Tous touchés par un handicap, une impuissance physique et relationnelle, des vivants sans vie.
Fin de partie, fin de jeu, "la fin est dans le commencement et cependant on continue", pas de fin, sans fin, ennui et inutilité. Est-ce l'absurdité de la vie ? Elle nous impose son jeu cynique et pourtant il faut l'accepter et s'y accrocher et continuer. Pourquoi les choses arrivent-elles de telle ou telle manière ? C'est la règle du jeu. On naît pour mourir, et on accumule au cours de l'existence des joies et des peines sans aucune utilité. le but ultime de la vie est-il donc la mort ? Passe-t-on la vie à attendre la fin ?
Rendez-vous du tragique et du douloureux, relation entre le faible et le fort, le dominant et le dominé, c'est ainsi la vie, et Samuel Beckett prend de la distance avec lucidité, se prendre au sérieux c'est enfoncer le clou, vaut mieux en rire.
Fin de partie, créée en 1957, a été écrite en français et puis traduite en anglais par l'auteur lui-même. Une dizaine d'années après la fin de la guerre, le théâtre de l'absurde, le manque de sens qui trouve tout son sens dans des écrits comme ceux de Samuel Beckett, Eugène Ionesco, Jean-Paul Sartre, Arthur Adamov, Albert Camus.
Beckett, homme intense érudit passionné, était habité par un souffle que ceux qui l'avaient connu appelaient "divin" (Comment c'était, souvenirs sur Samuel Beckett, Anne Atik). "Certains auteurs", disait Anne Atik à Beckett, "écrivent au rythme de leur pouls et de leur respiration", et Beckett de répondre "Dans ce cas, je serais haletant."
Il a rendu dans son oeuvre l'essence humaine même, celle qui accouche du tragique et s'en plaint après.
Son regard, comme celui d'un peintre, cherche la forme, la lumière, le mouvement, l'espace, et son théâtre est essentiellement à regarder, les personnages et leur corps, leurs gestes et mimiques, en silence pour que le silence prenne la place et l'importance qui lui sont dues, essentiel chez Beckett. A la lecture, la didascalie enlève à l'image sa force et aux instants leurs enchaînements et leur cours.
Le langage du corps est réduit à l'essentiel, il parle muet, les mots percutants, ironiques jusqu'au cynisme, s'habillent d'un humour noir, grinçant, proche de la violence. Des mots forts, car "la vie est un alcool fort", selon les propres mots de Christian Bobin.
Multiple crise, celle de l'homme, celle du langage, celle de toute relation humaine qui paralyse et handicape, dans une attente sans fin de quelque chose qui ne vient pas, dans des répétitions sans fin des gestes et des mots qui se cherchent, crise de l'espoir mal nourri en voie de disparition, crise de sens. Profusion de solitude. Dans l'espace qui les cloisonne plus rien ne se passe, ne serait-il leur espace intérieur ?
Mais, nous sommes acteurs, des clowns, et devons faire rire et nous faire rire, et avec de l'outrance.
Minimaliste, Beckett extrait l'essentiel qui, tout nu, franchit difficilement les codes du théâtre classique. Poète sensible et lucide, ciseleur des mots et de leurs rythme et agencement, il peint les âmes et dessine les corps dans l'espace de l'existence avec ce qui leur est propre : souplesse rigide, pause mouvementée, rapidité lente, multitude solitaire, l'un ne va pas sans l'autre, ils se définissent réciproquement, des douceurs violentes, des pleins vides, absurde tout ça ? Non. Juste les oxymores et les paradoxes de notre vie.
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Kiyoaki
  03 mars 2020
Première chose : Honte à moi d'avoir mis si longtemps avant de lire Fin de partie. Je ne sais ce qui m'a retenue, ce qui m'a empêchée, ce qui m'a fait hésiter -dirait Beckett. J'ai toujours été une grande amoureuse de la littérature (et donc du théâtre) de l'absurde ; j'ai toujours été une grande amoureuse de Beckett lui-même, par suite. Sa belle figure, si caractérisée, si contrastée, parfois peut-être, plus expressive que ses récits sans queues ni têtes (parce que lui, déjà, il en a une de tête). Je me rattrape tout de même sur l'intensité et l'envie que j'ai ressenti dans ma lecture vorace et rythmée de cette pièce. Après tout, comment lire Beckett autrement qu'en le dévorant ? J'aurai mangé la couverture si elle n'était pas si belle. Avaler du Beckett, c'est pas bien dur, ça passe tout seul (quand on est déjà préparé à ce que peut être du Beckett ; quand on est novice c'est autre chose : c'est amer et ça gratte le fond de la gorge). On est même pas tout à fait rassasié une fois la pièce consommée, on en redemanderai encore s'il y avait un peu de rab'. La beckettoboulie n'est pas donnée à tout le monde, c'est une maladie qui se mérite. Pour cela, il ne faut pas compter les calories. Avaler sans compter. Lire sans rechigner. Toutes ces phrases collées les unes aux autres, se balançant d'une bouche à l'autre dans un rythme jamais entraînant, toujours empêché, toujours hésitant, encore tremblant : il faut le supporter. L'estomac ne doit pas être trop fragile, sinon c'est le drame (il pourrait avoir régurgitation -et si l'on est allergique : tremblements). de mon côté, tout va bien, je suis infectée depuis longtemps. Les mots de Samuel rebondissent avec légèreté en mon intestin grêle, j'en ferai presque une sieste. Après quelques minutes de digestion déjà, après coup, je me sens repue. La pièce est bien faite, jolie à voir et à manger : les mots sont encore chauds en moi et je peux sentir leur odeur singulière de lucide désespoir (celui qui nous donne le rictus, ou même le fou rire). C'est comme un relent de pêche trop mûre au soleil, avec une pointe d'acidité, ou bien, parfois, un remugle de caféine. J'adore lire du Beckett. Ça se voit d'ailleurs : après une bonne lecture comme celle-ci, je me traîne, en pleine digestion, dans l'appartement, le sourire au lèvres, le ventre en plein ravissement et l'esprit, oui, presque, dans une sorte d'extase. Probablement ais-je l'air un peu idiote à ce moment-là. Comme toute personne sortant du restaurant, trop gavée, soûlée d'une nourriture délicieuse, les mains collées sur une grosse bedaine bien remplie.
Il faut bien expliquer, a minima, pourquoi j'aime tant l'aliment-Beckett. Faisant partie de mes plats préférés (les cyniques, les sceptiques, les désespérés, les extralucides, les obscènes, les railleurs, les tordus, etc.), il est évidemment toujours le bienvenu dans mon assiette, et quelque soit sa forme du jour (Beckett-amer, Beckett-absurde, Beckett-fou, Beckett-dangereux, Beckett-cynique, Beckett-joueur, Beckett-tricheur...). Les phrases sont incisée, entrecoupée de monologues fous et dépressifs, de soliloques incompréhensibles, de mots lâchés soudainement, sans raison, et de soupirs. S'il y en avait deux, comme lui, je serai en surpoids. J'en mangerai sans cesse, sans m'arrêter, irraisonnablement.
Il semblerait que ce soit une fois parvenu dans mon gros intestin que Samuel me soit le plus profitable, d'un point de vue pratique. J'en viens à ce stade de ma digestion, à penser, réfléchir, retourner, embrasser, recoller, rechercher, stopper, sur le texte même qui marmite en mon sein. Vous voyez où je veux en venir : c'est le moment où Beckett nous redonne quelque chose. Jusque-là, des phrases absurdes, scintillantes d'une beauté esthétique et sombre. Un bonheur pour toute personne légèrement (ou totalement) atteinte de dépressivite (dépression rapide et souvent accompagnée d'une poussée d'hormone de bonheur, complètement stupide, absurde dirait-on). Après ces beaux mots (des mots purs, innocents, presque), après l'ingestion, vient la macération, la décoction du texte et des idées. Bon, je sais, je ne suis pas censée parler d'idée ou de sens (certainement pas de concept) ici. Mais, même si l'absurde répugne au sens, il nous en donne un certain : celui de ne pas en avoir. le sens du rien, le sens du tout, le sens d'un joli mélange un peu fou-fou. Un sens peut-être brisé, rompu (on suppose la fin d'un temps, la fin de la terre, l'apocalypse, le plus rien, la suite de la vie, dans cette pièce -ou alors juste la folie). C'est un peu Les bas-fonds de Gorki, le côté social en moins. Ici, pas de distinction de classes, aucun statut, pas de dénomination claire. S'il y a domination de l'un sur l'autre (Hamm sur les trois autres personnages surtout), on ne sait même pas pourquoi, au nom de quoi il serait le dominant. Tout comme Clov, qui tente désespérément de trouver en lui le courage de se rebeller (de partir). Ce serait bien, ce serait beau, ça aurait drôlement de sens, mais il ne le trouve pas, ne sachant où chercher, ni pourquoi il le chercherait. Et d'ailleurs, quand il s'en va pour de bon (à la fin de la pièce ; fin de la partie, qui a gagné ?), l'objectif même de sa fuite a perdu tout son sens. A quoi bon ? Se répète-t-on. D'accord, s'en aller, mais, diable, Clov, pour aller où ?
M'enfin, bon, bref. Tout cela pour dire que j'adore Beckett. Que je le digère lentement, et que je savoure bien cette digestion. D'ailleurs, ceci, écrit-là, est probablement une partie du résultat de cette belle marinade. En même temps, je ne prévois rien de particulier, comme Beckett (ou ses personnages surtout), je ne laisse rien au sens ni à la providence. Je fais un gros legs au hasard, au gré du vent, qu'il se débrouille avec tout cela. Comme dit Ki-Taek dans Parasite de Bong Joon-ho (oui, ça fait un peu "surfeuse de la vague" mais je me le suis remis hier soir, il est donc en train de se mélanger dans mon tube digestif avec Samuel...) : "Ki-woo, tu sais quel genre de plan ne rate jamais ? Ne pas avoir de plan. Pas de plan. Tu sais quoi ? Si tu fais un plan, il n'aboutira jamais".
Lien : https://jusdereglisse.blogsp..
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Philippe67
  17 mars 2012
Je suis fan de Beckett et j'ai adoré cette pièce. A chaque fois je découvre d'autres richesses dans ce texte de l'absurde qui commence par la fin eh eh!
Ham qui ne peut pas marcher, Clov qui ne peut pas s'asseoir, les vieux dans les poubelles. Comme pour toutes les pièces de théâtre on peut lire le texte mais surtout il faut voir cette pièce jouée. C'est vivant le théâtre quoi!
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critiques presse (1)
LeFigaro   22 juin 2018
La monumentale correspondance de l'écrivain irlandais s'achève avec un superbe quatrième volume.

Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (84) Voir plus Ajouter une citation
MahaDeeMahaDee   02 avril 2017
Intérieur sans meubles.
Lumière grisâtre.
Aux murs de droite et de gauche, vers le fond, deux petites fenêtres haut perchées, rideaux fermés.
Au centre, recouvert d'un vieux drap, assis dans un fauteuil à roulettes, Hamm.
Immobile à côté du fauteuil, Clov le regarde. Teint très rouge.
Il sort, revient aussitôt avec un escabeau, l'installe sous la fenêtre à gauche, monte dessus, tire de rideau. Il descend de l'escabeau, fait six pas vers la fenêtre à droite, retourne prendre l'escabeau, l'installe sous la fenêtre à droite, monte dessus, tire le rideau. Il descend de l'escabeau, fait trois pas vers la fenêtre à gauche, retourne prendre l'escabeau, l'installe sous la fenêtre à gauche, monte dessus, regarde par la fenêtre. Rire bref. Il descend de l'escabeau, fait un pas vers la fenêtre à droite, retourne prendre l'escabeau, l'installe sous la fenêtre à droite, monte dessus, regarde par la fenêtre. Rire bref. Il va à la porte, s'arrête, se retourne, contemple la scène, se tourne vers la salle.

CLOV (regard fixe, voix blanche). — Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. (Un temps.) Les grains s'ajoutent aux grains, un à un, et un jour, soudain, c'est un tas, un petit tas, l'impossible tas. (Un temps.) On ne peut plus me punir. (Un temps.) Je m'en vais dans ma cuisine, trois mètres sur trois mètres sur trois mètres, attendre qu'il me siffle. (Un temps.) Ce sont de jolies dimensions, je m'appuierai à la table, je regarderai le mur, en attendant qu'il me siffle.

Il reste un moment immobile. Puis il sort. Il revient aussitôt, va prendre l'escabeau, sort en emportant l'escabeau.
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MorgouilleMorgouille   14 juin 2009
HAMM. — Prions Dieu.
CLOV. — Encore ?
NAGG. — Ma dragée !
HAMM. — Dieu d’abord ! (Un temps.) Vous y êtes ?
CLOV (résigné). — Allons-y.
HAMM (à Nagg). — Et toi ?
NAGG (joignant les mains, fermant les yeux, débit précipité). — Notre Père qui êtes aux…
HAMM. — Silence ! En silence ! Un peu de tenue ! Allons-y. (Attitudes de prière. Silence. Se décourageant le premier.) Alors ?
CLOV (rouvrant les yeux). — Je t’en fous ! Et toi ?
HAMM. — Bernique ! (A Nagg.) Et toi ?
NAGG. — Attends. (Un temps. Rouvrant les yeux.) Macache !
HAMM. — Le salaud ! Il n’existe pas !
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chartelchartel   28 décembre 2007
NAGG (bas). – Tu as entendu ? Un cœur dans la tête !

Il glousse précautionneusement.

NELL. – Il ne faut pas rire de ces choses, Nagg. Pourquoi en ris-tu toujours ?

NAGG. – Pas si fort !

NELL (sans baisser la voix). – Rien n’est plus drôle que le malheur, je te l’accorde. Mais –

NAGG (scandalisé). – Oh !

NELL. – Si, si, c’est la chose la plus comique au monde. Et nous en rions, nous en rions, de bon cœur, les premiers temps. Mais c’est toujours la même chose. Oui, c’est comme la bonne histoire qu’on nous raconte trop souvent, nous la trouvons toujours bonne, mais nous n’en rions plus.

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michfredmichfred   15 décembre 2015
Nagg: Tu ne veux pas ton biscuit? (Un temps.) Je te le garde. (Un temps.)Je croyais que tu allais me laisser.
Nell: Je vais te laisser.
Nagg: Tu peux me gratter d'abord?
Nell: Non. (Un temps.) Où?
Nagg: Dans le dos.
Nell: Non. (Un temps.) Frotte toi contre le rebord.
Nagg: C'est plus bas. Dans le creux.
Nell: Quel creux?
Nagg: Le creux. (Un temps.)Tu ne peux pas? (Un temps.) Hier tu m'as gratté là.
Nell (élégiaque): Ah hier!
Nagg: Tu ne peux pas? (Un temps.) Tu ne veux pas que je te gratte, toi?(Un temps.) Tu pleures encore?
Nell: J'essayais.
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yannyann   25 juillet 2010
CLOV. — Pourquoi cette comédie, tous les jours?
HAMM. — La routine. On ne sait jamais. (Un temps.) Cette nuit j'ai vu dans ma poitrine. Il y avait un gros bobo.
CLOV. — Tu as vu ton coeur.
HAMM. — Non, c'était vivant. (Un temps. Avec angoisse.) Clov !
CLOV. — Oui.
HAMM. — Qu'est ce qui se passe?
CLOV. — Quelque chose suit son cours.
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Vidéo de Samuel Beckett
Samuel Beckett : Cendres avec Roger Blin et Delphine Seyrig (1966 / France Culture). Photographie : Samuel Beckett en 1987 • Crédits : Louis Monier - Getty. Réalisation de Jean-Jacques Vierne. Diffusion sur France Culture en mai 1966. "Cendres" est la rêverie d’un promeneur solitaire tant effrayé de sa solitude qu’il invoque les ombres pour lui tenir compagnie. Tantôt celle de son père, tantôt celle d’une femme aimée, Ada. Avant "La dernière bande", Beckett s'est lancé dans l'écriture d'une pièce radiophonique en anglais. Avec cette pièce, "Cendres", réalisée par la BBC, il obtint en 1959 le prix Italia. En 1966, Jean-Jacques Vierne réalise pour la radio française une version de "Cendres". Il respectera à la lettre les indications et la partition de Samuel Beckett incarnée par deux merveilleux comédiens : Delphine Seyrig et Roger Blin. Avec Roger Blin (Henry), Delphine Seyrig (Ada), Arielle Semenoff, (Addie) et Jean Martin. "Cendres" de Samuel Beckett est publié aux éditions de Minuit.
Source : France Culture
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