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EAN : 9782707301413
56 pages
Editions de Minuit (01/05/1970)
  Existe en édition audio
3.7/5   201 notes
Résumé :
Premier amour est l’un des premiers textes de Beckett écrit directement en français. L’auteur y joue de différents registres de la langue, s’amuse de son étrangeté. Ce n’est pas une pièce de théâtre, mais une nouvelle à la première personne, largement autobiographique. Le lieu de deux rencontres. Celle du narrateur avec une femme rencontrée sur un banc, alors qu’il erre sans domicile, après la mort de son père. Celle aussi, également amoureuse, que fait Beckett avec... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
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La non-vie d'un misanthrope halluciné, désabusé et obscène qui rencontre une prostituée…un texte tragicomique poétiquement grotesque, typiquement beckettien…

Ce texte, qui peut s'apparenter à une nouvelle, a été écrit en 1945 par Samuel Beckett dont c'est l'un des premiers textes écrits directement en français. Nous suivons les pensées d'un vagabond qui vit une vie dénuée d'empathie, d'élan vers les autres, retiré du monde, cloitré volontaire dans sa chambre, profondément désespéré mais d'un désespoir sans plainte ni illusion. Un désespoir brut et viscéral. Cela donne un ton certes pessimiste, sombre mais en même temps doté d'un humour noir qui m'a fait parfois exploser de rire. Nous nous demandons s'il s'agit de l'auteur, ce qui constituerait alors un autoportrait vraiment sans concession d'un misanthrope dont l'unique objectif dans la vie est d'avoir un lieu pour dormir, manger et se soulager…Une vie sans joie, sans projet, une vie sans le vouloir, qui ne déroule malgré soi, et ne se justifie pas.

Alors que la mort de son père va l'expulser de la maison familiale, les autres membres de la famille, contrairement à ce père récemment décédé, ne voulant plus de lui et le sortant de la maison quasi manu militari, c'est ensuite la naissance de son propre enfant qui va l'expulser du logement qu'il partage avec sa femme, ce « Premier amour »…
D'une expulsion à une autre, entre temps, ce misanthrope, devenu vieux vagabond, se souvient et raconte ses errances dans les cimetières où il aime la compagnie des morts, les soupes populaires dans lesquelles il se rendait pour se nourrir, et sa rencontre sur un banc avec cette femme, Lulu, prostituée qui va constituer son premier amour alors qu'il avait vingt-cinq ans. C'est surtout elle qui s'est imposée à lui, malgré le caractère bourru du bonhomme, ses remarques acerbes et sa fuite même. Il se rend compte cependant, dans une ferme délabrée qu'il squatte, qu'il est peut-être amoureux de cette Lulu lorsqu'il commence à écrire son prénom sur les vieilles bouses de vache…

« C'est dans cette étable, pleine de bouses sèches et creuses qui s'affaissaient avec un soupir quand j'y piquais le doigt, que pour la première fois de ma vie, je dirais volontiers la dernière si j'avais assez de morphine sous la main, j'eus à me défendre contre un sentiment qui s'arrogeait peu à peu, dans mon esprit glacé, l'affreux nom d'amour ».

Elle va finir par le persuader de venir dans son appartement où elle va l'héberger sans rien demander en contrepartie. Il va ainsi retrouver un endroit pour pouvoir dormir, manger et se soulager, ses trois seules préoccupations dans la vie. On retrouvera cet enfermement primaire dans Molloy et dans Malone se meurt. Mais les râles et les gémissements en journée l'agacent passablement, elle exerçant son métier de prostituée dans cet appartement. Lorsqu'elle tombe enceinte, il l'épouse mais les cris du nourrisson le perturbent complètement et le poussent à quitter cet appartement, à fuir même. Et c'est en partant qu'il réalise qu'il l'aime peut-être. C'est donc l'échec de l'amour que dépeint l'auteur.

Mais ne nous faisons pas d'illusion, elle ou une autre, c'est du pareil au même pour notre homme. Toutes les femmes sont interchangeables et d'ailleurs il ne se souvient déjà même plus de son nom de famille…

« Elle se mit à se déshabiller. Quand elles ne savent plus que faire, elles se déshabillent, et c'est sans doute ce qu'elles ont de mieux à faire. Elle enleva tout, avec une lenteur à agacer un éléphant, sauf les bas, destinés sans doute à porter au comble mon excitation. C'est alors que je vis qu'elle louchait. Ce n'était heureusement pas la première fois que je voyais une femme nue, je pus donc rester, je savais qu'elle n'exploserait pas […]. Vous ne vous déshabillez pas ? dit-elle. Oh, vous savez, dis-je, moi je ne me déshabille pas souvent. »


Minimaliste, radicale, ironique et cinglant, méfiez-vous donc du titre trompeur de ce petit livre piquant et mordant qui n'a rien, mais vraiment rien de romantique ! Contrairement au livre de Tourgueniev dont Becket a détourné le titre, le cliché de l'amour idyllique est ici totalement anéanti, Beckett parle de l'amour en termes très crus, en termes scatologiques et dénonce l'absurdité de la vie où les gens font semblant de gesticuler pour exister, il souligne avec ironie le drame de la condition humaine, la solitude à laquelle nous sommes tous condamnés.

Beckett a le don de toujours mettre en lumière des personnages décalés, un vagabond ici, un grabataire dans Molloy, personnages dérangeants, que nous ne voulons pas voir, encore moins entendre alors qu'ils touchent du doigt tant de vérités dérangeantes, crues, obscènes et pourtant troublantes de justesse. Avec une sincérité déroutante et perturbante. Avec humour aussi, et c'est bien là la grande force de cet auteur qui ne cesse de me surprendre, de tour à tour me faire rire aux éclats puis aussitôt grimacer de dégout. Bref, de me déstabiliser à coup de fulgurances et, venant de lui, que j'aime ça !

Un livre marqué par les thèmes de l'exil et de la liberté mais enveloppés d'une aura désabusée et désenchantée. Il me plairait d'assister à une représentation théâtrale de ce texte, j'imagine la présence unique d'un homme seul, sans décor, sans musique…seul le phrasé et le style si particulier de Beckett…oui j'aurais aimé tout particulièrement voir et entendre Sami Frey clamer ce texte…Je vous invite d'ailleurs à écouter l'émission de France Culture consacrée à ce texte adaptée au théâtre et joué par Sami Frey ici même : https://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Premier-amour-4554/


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Un texte magnifique avec tant de fulgurances ! Lu trois fois de suite. Je voudrais l'apprendre par coeur ...si je n'étais pas si paresseuse. Lors de la lecture, j'ai évidemment ressenti le détachement que l'on trouve dans L'Étranger mais avec en plus un humour incisif, noir que j'apprécie énormément. C'est absurde mais je crois que la vie l'est, non ? Alors peut-être que c'est vrai. Comment exprimer ces choses que l'on ne comprend pas raisonnablement. J'ai eu l'impression que cet homme, le narrateur, avait une nette préférence pour la mort parce qu'il ne trouvait pas grand intérêt à l'absurdité de la vie. Ridicule ? Non logique. Je me suis sentie parfois tellement en phase avec ses idées. Pas forcément avec ses actes, je ne dors pas en m'accrochant à la cocotte, même si la cocotte… Son Premier amour rassemble des moments où il se sent à côté des choses, à côté des gens, sans en être. Il est parfois regrettable d'avoir parlé parce qu'on y perd une partie de soi, en la donnant dans la parole et l'autre s'engouffre dans cette minuscule brèche pour vous gêner in fine. Que dire, alors ? Qu'il fait bon errer dans un cimetière, que les morts nous sont proches, que les vivants puent. Je traînasse, vaille que vaille. Mais, les autres se chargent d'orienter ma route. Je ne leur ai rien demander à ses couillons. J'aspire à l'immuabilité et au silence. Bref, je laisse là ce petit billet qui de toute manière n'a pas grande signification ni même fondement, honneur à Beckett et sa prose que je viens de découvrir et qui vous parlera...ou pas.
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On ne sait pas vraiment qui est cet homme, chassé de la maison de son père à la mort de celui-ci (le seul qui semble s'être jamais occupé de lui), dont les paroles oscillent entre une relative indifférence à ce qui l'entoure et une extrême sensibilité. Lui, d'ailleurs, ne semble pas le savoir non plus, tout comme il dit ne rien connaître ni comprendre, que ce soit les femmes, les hommes, les animaux, les douleurs qui l'occupent et même lui-même.
L'amour, enfin, il ne le saisit pas vraiment, mais il sait, ou plutôt comprend, qu'il l'éprouve un jour pour une jeune femme, et ça le travaille.
C'est un roman à moitié écrit et à moitié parlé, si ça peut vouloir dire quelque chose! Il y a, par moments des fulgurances dans la narration, l'intervention d'un auteur travaillant son texte qui m'ont beaucoup plu, comme certaines phrases qui m'ont carrément fait rire. Bref, clairement, l'écriture et le style de Beckett m'interpellent, et je me doutais depuis longtemps que ce serait le cas mais pour l'instant c'est confirmé. A voir pour les suivants!
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Lorsque j'ai lu le titre Premier amour, je n'ai pas oublié le roman d'Ivan Sergueïevitch Tourgueniev publié en 1860, puis de cet embrasement des passions, je me souviens aussi de mon premier amour, j'ai un doute sur le mot premier, c'est assez troublant de savoir qu'il a était ce premier amour, je n'oublie pas celui qui a tout chamboulé en moi, amour est essentiel à cela mais premier, ce n'est pas nécessairement celui-là, qui peut nous dire, je n'oublie pas mon premier amour; d'enfant, d'école maternelle, en famille, ces amours s'évaporent avec le temps des évènements qui s'effacent pour d'autres, notre cerveau sélectionne ce que l'on retient, Premier de Samuel Beckett semble être plus qu'un souvenir, c'est une trace indélébile de son caractère qui s'affirme à travers une situation multiple où ses sens sont malgré lui tiraillés de toutes sortes. Samuel Beckett est un auteur Irlandais, surtout connu pour ces pièces absurdes, la crise existentialiste est au coeur de ces trames, comme Sartre et Camus, il explore les chemins de l'existence à travers une humanité qu'il exhorte de sa misanthropie. Cette nouvelle assez courte fut rédigée en 1946, en langue française, à la sortie de la deuxième guerre mondiale, a-t-elle une autobiographie avec l'auteur !
Le titre Premier amour est souvent la narration, comme la nouvelle d'Ivan Sergueïevitch Tourgueniev , d'ailleurs Samuel Beckett lui a emprunter son titre, l'histoire d'amour qui marque celui qui le subit, ou le vit, selon la situation auquel le protagoniste l'entrevoit, hors Samuel Becket ne raconte pas une histoire d'amour, au sens strict de le signification du mot amour, et encore moins premier, ce trouble dans cette prose courte semble être le rapport du narrateur, car celle-ci est au style direct, à la première personne du singulier, ce « je » , ce narrateur et l'auteur , pour être plus précis, donne au texte une valeur encore plus complexe sur l'absurdité du récit et le titre, je n'oublie pas le titre d'un roman de Boris Vian L'automne à Pékin, il n'y a aucun rapport entre ce titre et l'histoire en elle-même, Samuel Beckett entraine le lecteur dans une réflexion plus profonde sur ce titre, car il y a bien une relation entre la narrateur est une femme au nom de Lulu, est-ce le coeur de cette nouvelle, ou le stigmate de l'esprit de cet auteur, liant la mort et la naissance, l'un au début , la mort, qui devrait être une fin en soi, et la naissance à la fin, comme le début de la vie, beaucoup de questions sommeillent dans l'esprit du lecteur que je suis et que d'autres auront, mais nous sommes tous différent, je vais peut-être trop en profondeur de ce texte et j'interprète celui-ci avec une approche trop personnelle, incombant ma propre expérience de vie et de lectures diverses agrément mon existence. Je tiens à dire, que j'ai lu le texte deux fois, aussitôt terminé, je suis revenu au début pour le relire, c'est presque un réflexe magnétique, je me suis fait happé par ces mots, comme dans une tornade, je me suis fait attrapé par la virtuosité prosaïque de Samuel Beckett, surtout par la magie des mots et leurs sens multiples.
Comme je vous l'ai dit, la mort est présente, celle du père du narrateur scelle l'association à jamais avec celui de son mariage, qui à la fin du livre sera représenté comme juste une union, mort et union se tienne la main dans les souvenirs de l'auteur. La mort en devient plus noble et présente, elle ne se cache plus, la mort pour l'auteur est un début, celui du narrateur aux premiers de sa prose. le narrateur aime flâner dans les cimetières, il y pique-nique, il redonne à ce lieu, un visage différent, ce paysage où la mort est là, où le sac de peau de tous ces morts sont là, enterrés, sous des stèles diverses, plus ou moins ornementales, entre précarités, rudimentaires et l'ostentatoire de la richesse familiale, le narrateur aime lire ces noms et les épitaphes inscrites, il ose même nous dévoiler la sienne, elle devient vivante avant sa mort pour définir sa futur existence.
« Ci-gît qui y échappa tant
Qu'il n'en échappe que maintenant »
Ce côté obscure de notre narrateur, d'aimer l'odeur des morts que celle des vivants, il déteste l'être humain, il dit cette phrase si cruelle sur les gens lors de sa rencontre avec cette femme inconnue, du doux nom de Lulu.
« le tort qu'on a, c'est d'adresser la parole aux gens »
Mais il a que cette solitude qui ne pèse pas sur notre narrateur et ses douleurs physiques, le poids des autres, et celui de son environnement, il ne les comprend pas, comme sa mise à la porte de sa chambre après la mort de son père, il se retrouve à la rue, même la compagnie de cette femme devient un souci, hésitant sur ses sentiments, l'amour qu'il écrit de son noms sur des bouses de vache, ces sentiments nouveaux qu'il découvre anime en lui trop de peur , comme une forme d'arrogance, il fuit au-delà de lui cette fausse passion cet anamour, ce néologie cher à Serge Gainsbourg. Notre narrateur parle peu, il pense énormément, ce récit est comme les pérégrinations d'un schizophrène sur les routes de son cerveau qui s'entrecroisent, une sorte de purgatoire, il se souvient de ces 25 ans, d'être cet homme moderne qui bande encore, tout est incertitude dans sa tête, cette confusion est ironique, celle-ci est empreint de beaucoup d'humour.
Cet humour est présent dans cette nouvelle, comme retourner au cimetière pour connaitre la naissance de son père et la notant sur un papier ainsi que la date de sa mort, qu'il gardera dans sa poche, et s'exclame par dérision de connaitre sa propre date de naissance. Il y a aussi ce côté scatophile, avec le nom inscrit sur les bouses de vache, cette anecdote aussi de notre narrateur assit sur le trône, constipé, écartant ses fesses pour déféquer, recherchant la cause de cette constipation, cette anxiété qui le ronge, puis tout s'entremêle dans son esprit , confondant avec la diarrhée. Lorsque la jeune femme se présente, de son prénom Lulu, ou Loulou selon l'origine Française ou Anglo-saxonne pour le prononcer, notre narrateur change son prénom pour Anne, la simplicité d'une seule syllabe, Samuel Beckett s'amuse de rendre cette prostituée invisible par cette multitude de prénoms, leur relation est assez précaire , peu de conversation, une chanson interprétée par cette femme, une chambre qu'il dénude de tous ses meubles, pour un minimaliste de confort, et faisant chambre à part, découvrant par le bruit son travail de prostituée, lui demandant de faire moins de brouhaha, avec une indifférence totale de son métier , comme lui demandant d'avorter toute suite, il fuit la vie, il est attiré par la mort , il est cynique , il est dans les profondeurs d'un pessimiste de la vie , comme Cioran qui deviendra son ami. Cette légèreté Beckettienne enveloppe le caractère méprisent de notre narrateur face à la grossesse inattendue de cette jeune femme rencontrée sur un banc, un soir, ce moment romanesque, qui ne le sera pas aux yeux du narrateur, préférant avoir des caprices de femmes enceintes, désirant manger des panais, l'ubuesque de ces panais, sont le souvenir qu'ils représentent, les panais ont le gout des violettes, les violettes ont le parfum des panais, la confusion l'anime, le mépris de cet enfant futur…
La fin est une fuite du narrateur, poursuivi par le cri du bébé naissant de Lulu, cet écho le poursuit, il va vers une destinée sans enfant , sans cette femme, vers un amour qu'il n'oubliera jamais, comme il le dit l'amour ne se commande pas .
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Cette nouvelle de Beckett a une trame plus qu'un sujet. Un homme associal vient de perdre son père. Tandis qu'il goûte la paix assis sur un banc sur les bords d'un canal, il est accosté par son premier amour, une prostituée.

Définitivement, "le tort qu'on a, c'est d'adresser la parole aux gens".

Étrange personnage ! Il aime se promener dans les cimetières et entrevoit dans le masque de son père mort "la possibilité d'une esthétique de l'humain".

Il y a dans ce récit surréaliste l'absurde de Ionesco, la distance de l'étranger de Camus, le désespoir tendre de Gary. Mais les mots sont de Beckett -voyez les citations.

Ils composent une oeuvre imprévisible et sautillante. Une oeuvre capable de demi-tours et de revirements, désarçonnante, courte mais indispensable .55 pages intemporelles à dévorer.
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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
Personnellement je n’ai rien contre les cimetières, je m’y promène assez volontiers, plus volontiers qu’ailleurs, je crois, quand je suis obligé de sortir. L’odeur des cadavres, que je perçois nettement sous celle de l’herbe et de l’humus, ne m’est pas désagréable. Un peu trop sucrée peut-être, un peu entêtante, mais combien préférable à celle des vivants, des aisselles, des pieds, des culs, des prépuces cireux et des ovules désappointés.
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Je connaissais mal les femmes, à cette époque. Je les connais toujours mal d’ailleurs. Les hommes aussi. Les animaux aussi. Ce que je connais le moins mal, ce sont mes douleurs.
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Puis avec un peu de chance on tombe sur un véritable enterrement, avec des vivants en deuil et quelquefois une veuve qui veut se jeter dans la fosse, et presque toujours cette jolie histoire de poussière, quoique j'aie remarqué qu'il n'y a rien de moins poussiéreux que ces trous-là, c'est presque toujours de la terre bien grasse, et le défunt non plus n'a encore rien de spécialement pulvérulent, à moins d'être mort carbonisé. C'est joli quand même, cette petite comédie avec la poussière.
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Elles (les épitaphes) ne m'ont jamais déçu, les inscriptions, il y en a toujours trois ou quatre d'une telle drôlerie que je dois m'agripper à la croix, ou à la stèle, ou à l'ange, pour ne pas tomber. La mienne, je l'ai composée il y a longtemps et j'en suis toujours content, assez content. Mes autres écrits, ils n'ont pas le temps de sécher qu'ils me dégoûtent déjà, mais mon épitaphe me plaît toujours.
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"Ce que je connais le moins mal, ce sont mes douleurs. Je les pense toutes, tous les jours, c’est vite fait, la pensée va si vite, mais elles ne viennent pas toutes de la pensée […]. D’ailleurs je les connais mal aussi, mes douleurs. Cela doit venir de ce que je ne suis pas que douleur. Voilà l’astuce. Alors je m’en éloigne, jusqu’à l’étonnement, jusqu’à l’admiration, d’une autre planète. Rarement, mais cela suffit. Pas bête, la vie. N’être que douleur, que cela simplifierait les choses ! Être tout-dolent"
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