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Marie-Louise Soupault (Traducteur)Philippe Soupault (Traducteur)Sylvie Doizelet (Préfacier, etc.)
EAN : 9782710329541
160 pages
La Table ronde (05/04/2007)
4.27/5   70 notes
Résumé :
Traduit de l’anglais et présenté par Alain Suied – BILINGUE

William Blake est considéré dans le monde anglo-saxon comme l’un des plus grands auteurs de la littérature mondiale. Dans la mouvance du courant new age, l’œuvre de Blake a suscité un réel engouement dans beaucoup de pays. En France cependant, malgré l’attention qu’ont attirée autrefois sur Blake les traductions de Pierre Leyris, son œuvre reste encore largement à découvrir.

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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique

La meuf de la préface nous dit qu'on devrait se méfier de prendre William Blake au pied de la lettre parce que son petit classement poèmes de l'innocence/poèmes de l'expérience, c'est comme une fausse césure, comme la fausse césure qui sépare souvent joie et mélancolie. Pour exemple, on peut prendre ce morceau d'un poème des chants de l'innocence (Berceuse) :

« Dors, dors, heureux enfant !

Et toute la création dormait et souriant

Dors, dors, sois heureux

Pendant que ta mère pleure penchée sur toi »

Mais à ne pas tout généraliser : les chants d'innocence sont parfois réellement innocents, dans leur naïveté toute retrouvée, et les chants d'expérience peuvent être pleins d'une force brute qui témoigne de la bonne grosse vie paysanne, celle qu'on ne conteste pas.

« J'en voulais à mon ami :

Je dis mon courroux, et mon courroux prit fin.

J'en voulais à mon ennemi :

Je ne le dis point, mon courroux grandit.

Et je l'arrosai en tremblant,

Nuit et matin, de mes larmes,

Et je l'ensoleillai de sourires,

De douces ruses trompeuses,

Et il grandit nuit et jour

Jusqu'à ce qu'il engendrât une pomme éclatante

Et mon ennemi la vit briller

Et il sut qu'elle était mienne,

Et dans mon jardin il se glissa

Quand la nuit eut voilé le pôle,

Au matin, joyeux, je vis

Mon ennemi étendu mort sous l'arbre »

A la limite, on pourrait dire que ces poèmes marquent la faille qui traverse la conscience (le trait unaire lacanien, ah, ah, ah) pour lui dire qu'à présent, toute joie deviendra un souvenir nostalgique pour le futur ; toute peine, l'occasion de nourrir une plus grande force dans l'avenir, tant qu'on n'y succombe pas. Mais la joie et la peine existent aussi en tant que telles, réjouissant et blessant sans possibilité de maîtrise. On voit l'apparition d'une figure du quaternaire.

Ces poèmes fournissent une bonne confirmation de l'a-moralisme perçu dans le Mariage du Ciel et de l'Enfer. le système quaternaire, c'est cela : les deux côtés de ce qui rassemble, les deux côtés de ce qui sépare.

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Tout le monde sait que William Blake était à la fois peintre et poète.

On pourrait penser que puisqu'il s'est tant donné la peine d'illustrer sa poésie, ou d'employer sa parole, de l'illuminer, et que ses dessins sont si brillants et parfois si puissants, les mots ne peuvent être appréciés correctement sans les images.

Je ne suis pas d'accord. Certains de ses dessins sont majestueux dans leur puissance et leur autorité, exquis dans leurs détails, tendres, impressionnants, profondément originaux : tout cela est vrai.

Néanmoins, mots et images sont des choses différentes. Nous pouvons mémoriser les paroles de Tyger et les reproduire sans perte chaque fois que nous le récitons, car les mots vivent dans nos bouches et nos oreilles ; on ne peut pas faire la même chose avec l'image qui va avec, car les images vivent différemment. La puissance de la plus grande poésie de Blake est indépendante des dessins qui l'entourent. Si les dessins avaient été magnifiques et la poésie banale, on n'en aurait jamais retenu un mot.

Mais ce n'est pas banal. Même un texte très ancien, comme 'How sweet I roam'd from field to field', soi-disant écrit avant que Blake ait quatorze ans, signifie un peu plus que 'Le soleil m'a donné envie de chanter' et même ce vers apparemment insipide et conventionnel a une obscurité morale et une complexité de pensée que nous reconnaissons comme véritablement de la main de Blake, aussi jeune qu'il ait été lorsqu'il l'a écrit :

'Il aime s'asseoir et m'entendre chanter,

Puis, rire, faire du sport et jouer avec moi ;

Puis étend mon aile d'or,

Et se moque de ma perte de liberté.'

L'oiseau qui parle dans ce poème déplore sa perte de liberté plus que toute autre chose, et la liberté est une passion de Blake.

La liberté de l'oiseau d'errer de champ en champ au soleil est mise en parallèle dans le grand passage d'Amérique qui s'ouvre ainsi:

'Le matin vient, la nuit se décompose, les gardiens quittent leurs postes…'

L'esclave attaché au moulin s'enfuit dans le champ , regarde vers le ciel et rit dans l'air lumineux, et cette idée est suggérée par la résurrection du Christ, et toutes deux conduisent à l'image du prisonnier enchaîné pendant des années et enfin libéré de son cachot ; et tout cela est célébré dans le cri joyeux :

'Car l'Empire n'est plus ! et maintenant le Lion et le Loup cesseront.'

Mais, comme toujours, ce qui fait que ça marche, c'est la langue, l'oreille de Blake était aussi bonne que son oeil. Dans le rythme battant on entend le marteau sur l'enclume alors que le créateur forge la bête de colère et sa symétrie effrayante.

Si je devais choisir entre les mots et les images, je garderais les mots.


Lien : http://holophernes.over-blog..
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L'innocence est le premier aspect de la nature humaine, plein de joie : enfance, premiers amours. L'expérience est le second aspect, donc celui qui prime, car nous ne sommes plus des enfants et le poète devient pessimiste. La nature est très présente en métaphores et allégories : l'homme est plus ou moins bon, la société le pervertit abondamment. À noter que l'éducation est une force d'oppression et d'ennui non négligeable. On dit même que Blake était le rebelle de la littérature anglaise.

Si à l'époque Londres était la capitale du monde, la description que Blake en fait glace le sang.

Enfin, le thème du temps qui change tous les aspects de la vie humaine et l'amour en premier ; c'est lui le plus passager.

Il faut encore lire Blake, bien évidemment !

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J'avais un peu peur au début. Blake est un des grands (grands) poètes anglais. Dans mon esprit, le sien et donc par extension sa poésie, sont impénétrables. Je manque cruellement d'arme pour déchiffrer, d'autant plus lorsqu'il s'agit de poésie.

Pourtant j'ai beaucoup aimé ce petit livre. Petit par son volume, à peine une centaine de pages. Petit mais très riche en partie grâce à l'insertion des gravures du poète qui font aussi offices de traduction originale des poèmes.

Découpé en deux parties, l'innocence d'abord, l'expérience ensuite - les deux faces d'une même médailles, les deux états successivement rencontrés par chaque êtres humains : l'enfance et l'âge adulte.

Il est certain que je suis passée à côté des trois quarts de l'oeuvre dans le sens où il doit y avoir tellement de symboles et de sens que je n'ai pas compris, ni même saisi…

Malgré ça j'ai aimé les nombreuses métaphores sur la Nature, c'est ce que j'attendais du poète et je n'ai pas été déçue. de même que l'omniprésence de la religion, du bien et du mal, des anges et des démons.

Cette citation du préfacier Jean-Yves Masson illustre l'oeuvre du poète : « Certains jours, William Blake se croyait au Paradis ; ou plutôt, il y était déjà, car le Paradis était fait pour lui de toutes choses vivantes, et tout ce qui vivait possédait à un degré éminent la sainteté. »

D'ailleurs heureusement qu'il y a cette superbe préface sinon j'aurais eu encore plus de mal à comprendre. Il y a un lien très fort entre l'imagination et l'enfance (« C'est ce qui donne souvent à sa poésie cet air enfantin, car l'imagination n'est jamais si vive que dans l'enfance. Elle a produit les mythes, qui sont les contes de l'enfance de l'humanité. Puis le travail de la Raison a appauvri les mythes, tué les dieux, refermé le Ciel. Il faut donc réenchanter l'univers : c'est le projet poétique de Blake. »)

La nature et la religion, ce seront les deux pans dont je me souviendrai lorsque je penserai à ce livre.

La nature avec des poèmes comme « Ah! Tournesol!, » la religion avec des poèmes comme « Image Divine ».

Quoi qu'il en soit, si William Blake nous donne à voir une poésie partiellement crypté par une néophyte dans mon genre, son recueil n'en demeure pas moins d'une beauté rare.

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Reçu dans le cadre de la dernière Masse critique, je tiens à remercier les éditions Les Belles Lettres et Babelio pour l'envoi de ce titre. Je salue le travail de réédition des Belles Lettres qui ont publié également Emilie Dickinson que j'ai lu et grandement apprécié aussi ! Ici, la maison d'édition nous propose une très belle version des Chants de l'Innocence et de l'Expérience de William Blake, accompagnée des gravures de l'artiste. L'objet-livre est de très belle facture : belle qualité du papier, les gravures sont reproduites avec soin, la couverture est ornée d'un extrait de l'herbier d'Emily Dickinson et les poèmes de Blake sont sobrement mis en page. La préface de Jean-Yves Masson nous éclaire sur la vie de Blake, ainsi que sur ses positions, et nous invite à savourer ses poèmes romantiques. Et ces derniers sont superbes, à la fois de mélancolie, de lucidité, tout en faisant l'éloge de l'état d'enfance en opposition à la tyrannie du monde et l'industrialisation. Un recueil essentiel, à (re)découvrir actuellement, comme l'ensemble des parutions des Belles Lettres dans cette collection !

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Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
« Musicien, assieds-toi et écris un livre
Que tout le monde puisse lire. »
Il dit et s’en alla.
Alors, je cueillis un roseau.
Je cueillis un roseau qui me servit de plume
Et, de l’eau transparente, je fis de l’encre
Pour écrire des chansons si gaies, si gaies,
Pour que tous les enfants soient contents de m’entendre.
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Parce que j’étais joyeux sur la lande
Et que je souriais dans la neige de l’hiver,
Ils m’ont vêtu d’habits de deuil,
Ils m’ont appris à chanter en me plaignant.
Et parce que je suis heureux et que je danse et que je chante,
Ils pensent qu’ils ne m’ont fait aucun tort
Et ils sont partis louer le Seigneur, et son prêtre et son roi
Qui édifient un paradis de notre misère.
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"For Mercy has a human heart,
Pity a human face,
And Love, the human form divine,
And Peace, the human dress."
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J’en voulais à mon ami :
Je dis mon courroux, et mon courroux prit fin.
J’en voulais à mon ennemi :
Je ne le dis point, mon courroux grandit.
Et je l’arrosai en tremblant,
Nuit et matin, de mes larmes,
Et je l’ensoleillai de sourires,
De douces ruses trompeuses,
Et il grandit nuit et jour
Jusqu’à ce qu’il engendrât une pomme éclatante
Et mon ennemi la vit briller
Et il sut qu’elle était mienne,
Et dans mon jardin il se glissa
Quand la nuit eut voilé le pôle,
Au matin, joyeux, je vis
Mon ennemi étendu mort sous l’arbre.
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Tyger! Tyger! burning bright
In the forests of the night,
What immortal hand or eye
Could frame thy fearful symmetry?
In what distant deeps or skies
Burnt the fire of thine eyes?
On what wings dare he aspire?
What the hand, dare sieze the fire?
And what shoulder, & what art,
Could twist the sinews of thy heart?
And when thy heart began to beat,
What dread hand? & what dread feet?
What the hammer? what the chain?
In what furnace was thy brain?
What the anvil? what dread grasp
Dare its deadly terrors clasp?
When the stars threw down their spears,
And water'd heaven with their tears,
Did he smile his work to see?
Did he who made the Lamb make thee?
Tyger! Tyger! burning bright
In the forests of the night,
What immortal hand or eye
Dare frame thy fearful symmetry?
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Videos de William Blake (16) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de William Blake
« […] les auteurs d'aphorismes, surtout lorsqu'ils sont cyniques, irritent ; on leur reproche leur légèreté, leur désinvolture, leur laconisme ; on les accuse de sacrifier la vérité à l'élégance du style, de cultiver le paradoxe, de ne reculer devant aucune contradiction, de chercher à surprendre plutôt qu'à convaincre, à désillusionner plutôt qu'à édifier. Bref, on tient rigueur à ces moralistes d'être si peu moraux. […] le moraliste est le plus souvent un homme d'action ; il méprise le professeur, ce docte, ce roturier. Mondain, il analyse l'homme tel qu'il l'a connu. […] le concept « homme » l'intéresse moins que les hommes réels avec leurs qualités, leurs vices, leurs arrière-mondes. […] le moraliste joue avec son lecteur ; il le provoque ; il l'incite à rentrer en lui-même, à poursuivre sa réflexion. […]
On peut toutefois se demander […] s'il n'y a pas au fond du cynisme un relent de nostalgie humaniste. Si le cynique n'est pas un idéaliste déçu qui n'en finit pas de tordre le cou à ses illusions. […] » (Roland Jaccard.)
0:00 - Vauvenargues 0:10 - Georges Perros 0:19 - Anatole France 0:29 - Prince de Ligne 0:40 - Jules Renard 0:49 - Blaise Pascal 1:13 - André Ruellan 1:23 - Jean Rostand 1:35 - Georg Christoph Lichtenberg 1:45 - Michel de Montaigne 2:08 - Marc Sautet 2:29 - Cardinal de Retz 2:40 - Montesquieu 2:54 - William Blake 3:05 - Emil Cioran 3:23 - Arthur Schopenhauer 3:57 - Alphonse Esquiros 4:11 - La Rochefoucauld 4:23 - Alexander Mitscherlich 4:34 - Générique
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Référence bibliographique : Roland Jaccard, Dictionnaire du parfait cynique, Paris, Hachette, 1982.
Images d'illustration : Vauvenargues : https://www.buchfreund.de/de/d/p/101785299/luc-de-clapiers-marquis-vauvenargues-1715-1747#&gid=1&pid=1 Georges Perros : https://editionsfario.fr/auteur/georges-perros/ Anatole France : https://rickrozoff.files.wordpress.com/2013/01/anatolefrance.jpg Prince de Ligne : https://tresorsdelacademie.be/fr/patrimoine-artistique/buste-de-charles-joseph-prince-de-ligne#object-images Jules Renard : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a5/Jules_Renard_-_photo_Henri_Manuel.jpg Blaise Pascal : https://www.posterazzi.com/blaise-pascal-french-polymath-poster-print-by-science-source-item-varscibp3374/ André Ruellan : https://www.babelio.com/auteur/
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