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ISBN : 2072790859
Éditeur : Gallimard (14/06/2018)

Note moyenne : 4.1/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Le 19 mars 1944, Albert Camus et Maria Casarès se croisent chez Michel Leiris. L’ancienne élève du Conservatoire, originaire de La Corogne et fille d’un républicain espagnol en exil, n’a que vingt et un ans. Elle a débuté sa carrière en 1942 au Théâtre des Mathurins, au moment où Albert Camus publiait L’Étranger chez Gallimard. L’écrivain vit alors seul à Paris, la guerre l’ayant tenu éloigné de son épouse Francine, enseignante à Oran. Sensible au talent de l’actric... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Fleitour
  17 février 2019
Est-ce le timbre de la voix d'Isabelle Adjani qui me bouleverse ou les mots qu'elle prononce ? Dans la lettre du 30 juin 1949, adressée par Maria Casarès à Albert Camus, le lecteur devient le témoin de la plus poignante intimité des amants, la plus saisissante des confidences amoureuses, celle portée par la voix d'Isabelle Adjani semble avoir été écrite hier.

Prenant à témoin la mer, si forte, si riche, si immense, elle prononce ces mots à celui qui lui a écrit des lettres si déchirantes, si débordantes de fièvre et d'angoisse : "mon Amour, tu entendras crier mon amour comme jamais je ne l'ai crié devant toi, ne te tourmente plus, et tu verras mon beau visage que tu aimes tant, quand je suis sûr de ton amour je n'envie pas la mer d'être si belle."

Mais toi prêt de moi, toi, et ton amour, toute ma vie est remplie, et justifiée.

La voix d'Albert camus, dont je ressens le phrasé si ample, si détaché parfois tant la qualité de l'écriture dense et serrée tremble avec une émotion toujours contenue, et donne une mélodie mélancolique à la beauté de son style imagé. Les nombreux textes qu'il a lus ont imprégné notre mémoire, et là dans cette voix de Lambert Wilson, c'est Camus vivant qui nous parle.

Pourtant elle sait qu'elle pourrait perdre Albert Camus. Elle pressent qu'un accident peut arriver. La seule chose qui me sépare de toi maintenant et qui me pousse à la folie par instants, c'est l'idée qu'un jour la mort vienne nous obliger à vivre l'un sans l'autre. "Lorsque cette pensée s'empare de moi avec cette acuité ... Avec l'idée que tu n'es plus là et que tu ne seras plus jamais là, toutes mes facultés se brouillent dans un chaos total."

Quand le rideau tombe fin décembre 1959, ce sont nos pleurs qui chiffonnent le papier. L'inacceptable est arrivé au plus grand écrivain du
XX ème siècle. Tout se dit et s'écrit sous sa plume avec une intelligence subtile, aimante, prenant toute la vie à bras le corps, les fulgurances de l'amour comme les ténèbres de son siècle, de sa ville, Alger, de son pays.

Je me souviens de Maria Casarès dans la somptueuse pièce de Bertold Brecht, Mère Courage, je me revois en 1968 ou en 1969, écouter cette voix féroce, cassée, si forte qu'elle emportait tout comme un ouragan. Est-ce le deuil qui a fait d'elle la très grande tragédienne, comme portée par une blessure si démesurée.

Ils se découvrent dans ces correspondances intemporelles, le choix des lettres lues dans ce livre audio accentue cette impression de bonheur inaltérable. Ils touchent presque le ciel, ils sont lumineux, ils dialoguent, se conjuguent, et de leur rencontre émerge des écrits d'une beauté et d'une profondeur inouïe.

Dans cette correspondanceAlbert Camus laisse toutes ses fibres confier ses plus belles émotions d'homme, puiser dans ses vagabondages, dans le désert, dans une autre lumière, celle des amants, et confier au ciel des voeux fixés à des étoiles filantes. "Qu'ils retombent en pluie sur ton beau visage, là-bas, si seulement tu lèves les yeux vers le ciel, cette nuit. Qu'ils te disent le feu, le froid, les flèches, l'amour, pour que tu restes toute droite, immobile, figée jusqu'à mon retour, endormie toute entière, sauf au coeur, et je te réveillerai une fois de plus...Écrit Camus le 31.07.1948 "

Mais, l'absence de Maria Casarès, irradie son corps tout entier, un corps privée de sa source, de cette eau qui lave et apaise, car dit-il, j'étouffe, la bouche ouverte, comme un poisson hors de l'eau. J'attends que vienne la vague, l'odeur de nuit et de sel de tes cheveux. AC à MC 24 août 1948

le chassé croisé des lettres s'harmonise pour fluidifier cet intense dialogue à distance, entre Maria Casarès à Albert Camus, les échanges se font plus sensuels et plus poétique le jeudi 30 décembre 1948.
Elle lance," Ah viens vite et tout au creux de tes grandes jambes, lors , tout se fera tout seul... Et je t'emmènerais au milieu du vent, de la pluie battante, des rosaces, des vagues, dans l'odeur du varech, et je te ferais comprendre, "sale lacustre brûlé de soleil", " je t'aime de ce mouvement infini, tout mouillé, salé, où l'on ne peut vivre qu'au passé tellement l'instant est fugitif, et inaccessible".
"Que tu m'aides un peu, très peu, et cela suffira pour que j'aie de quoi soulever les montagnes répond encore Camus à Maria Casarès."

Maria Casarès y répond avec cette beauté singulière que donne au coeur l'intelligence de l'âme.
"La mer devant moi est lisse et belle, comme ton visage parfois quand mon coeur est en repos".
"Mais l'amour que j'ai de toi est plein de cris. Il est ma vie et hors de lui, je ne suis qu'une âme morte."

Ainsi cette sélection de lettres qui esquivent le travail d' Albert Camus et de Maria Casarès, est un pur bonheur d'écoute pour moi qui fut si friand de théâtre, et qui souhaite avec ardeur, que la poésie trouve par la musique et les voix un nouveau chemin vers le coeur des passionnés de beaux textes ?
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ChristelleH
  14 février 2019
Ah, les charmes de la correspondance amoureuse ! Comme je regrette de ne plus vivre à cette belle époque où une simple enveloppe pouvait faire chavirer un coeur passionné !
C'est pourtant ce qu'a vécu Maria Casarès pendant les 15 ans de sa liaison avec Albert Camus : attendre une lettre, guetter le facteur, voir l'enveloppe et lire les mots de son amant, à Paris, en Bretagne, au Canada, etc. Albert Camus, de son côté aussi, qu'il soit en Provence, à Paris, à Alger, se languit des lettres de sa maîtresse, lui enjoint de lui écrire, de lui répondre, ne serait-ce qu'une ligne, un mot, un télégramme…Chacun passe beaucoup de temps à rassurer l'autre de son amour indéfectible.
J'ai été plus touchée par les lettres sentimentales ô combien vivantes – et parfaitement lues par une Isabelle Adjani remarquable qui sait adapter le ton le plus juste – et sensuelles de la grande actrice des années 50 que par celles d'Albert Camus. C'est déjà ce que j'avais ressenti en lisant moi-même le premier tiers de cette correspondance, il y a quelque mois. Je l'avais abandonnée car je sortais de la correspondance magnifique et vraiment très supérieure de Mitterrand avec Anne Pingeot : les platitudes de Camus m'avaient déçue.
Lorsque Camus écrit, il se plaint souvent, le ton est maussade : il est malade, il est fatigué, il est jaloux ( !), il a du mal à terminer ses écrits littéraires, il se sent seul et souhaiterait que Maria soit à ses côtés pour lui rendre ses forces vives (il évoque « un cordon nourricier » entre eux deux). Parfois, il décrit les beaux paysages de l'Algérie ou de la Provence mais je trouve que cela manque d'émotions et surtout de passion. La belle voix chaude de Lambert Wilson ne peut pas pallier à ça.
Lorsque Casarès écrit, la vie avec tous ses côtés pittoresques et sensuels déborde de ses lettres : elle aime, elle joue sur scène, elle apprend ses textes et répète, elle observe minutieusement les fleurs et les feuilles pousser sur son balcon, les mouettes bretonnes et leurs petits, elle soigne Quatre Sous, son petit chien, elle attend son amant… Casarès semble pleine d'énergie, ses mots tourbillonnent, du reste, elle s'en énerve et s'en excuse auprès d'Albert.
Je remercie l'opération Masse Critique de Babelio de m'avoir offert ce livre audio : je le recommande vivement, non pas pour Camus, mais pour Casarès qui -à travers la voix extraordinairement douée, tour à tour enjouée puis fatiguée puis mélancolique d'Isabelle Adjani- avait un véritable talent d'écrivain.
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silencieuse1
  30 janvier 2019
Magnifique ... j'ignore si ce mot est assez fort pour décrire suffisamment ce que je ressens et transmettre mon enthousiasme après avoir écouté (religieusement) cette incroyable et si touchante correspondance. J'avais lu les lettres, cette fois je les ai écoutées, pas toutes puisqu'il s'agit ici d'un choix de quelques lettres. Mais n'oublions pas qu'elles sont lues par Isabelle Adjani et Lambert Wilson, ce qui ajoute indéniablement un petit quelque chose de suave dans cette écriture qui déjà pouvait nous subjuguer.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
DanieljeanDanieljean   17 juillet 2018
L’écrivain et la comédienne s’écriront des centaines de lettres, luttant ainsi contre l’absence (parfois plusieurs mois) et les séparations. Le temps des lettres est long, chaotique, douloureux : les lettres se perdent ou se croisent. C’est cette expérience du temps et l’épaisseur de l’absence que nous éprouvons en lisant ces lettres. On y sent la fatigue de s’écrire et la joie, parfois les incompréhensions, mais surtout la nécessité de faire barrage au silence par les mots et de reconnaitre une histoire d’amour hors normes, profondément libre : un amour éternel pour une lutte éternelle, la conscience de ne pas pouvoir changer la réalité, l’héroïsme à accepter l’autre tel qu’il est sans jamais vouloir le transformer, le sentiment de la reconnaissance mutuelle : « parce que c’était lui, parce que c’était moi ».
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DanieljeanDanieljean   17 juillet 2018
Nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes reconnus, nous nous sommes abandonnés l’un à l’autre, nous avons réussi un amour brûlant de cristal pur, te rends-tu compte de notre bonheur et de ce qui nous a été donné ?
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Vidéo de Albert Camus
Maria Santos-Sainz vous présente son ouvrage "Albert Camus, journaliste : reporter à Alger, éditorialiste à Paris" aux éditions Apogée. Entretien avec Christophe Lucet de Sud Ouest.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2328213/albert-camus-albert-camus-journaliste-reporter-a-alger-editorialiste-a-paris
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