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ISBN : 2842613716
Éditeur : Le Serpent à plumes (03/11/2002)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 28 notes)
Résumé :
Biribi paru en 1889, moins de vingt ans après la défaite de la France. Il dénonçait le sadisme des chaouchs, les adjudants, dans les bataillons disciplinaires, les brimades incessantes, les routes tracées dans le désert tunisien à force de vies humaines sacrifiées. Biribi n'était pas un bagne mais l'ultime punition que l'armée réservait à ses réfractaires. Libertaire plutôt qu'anarchiste, Darien échoua à Biribi pour sa vingtième année, ayant accumulé manquement à la... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Luniver
  27 novembre 2012
Jean Froissard, avatar de Darien lui-même, devance l'appel et s'engage volontairement dans l'armée pour cinq ans. Ce choix se révèle vite mauvais : incapable de s'adapter au formatage de la personnalité qu'on lui impose, il ne prend pas au sérieux les tâches absurdes qu'on lui fait faire. Il conserve toujours un reste de liberté qui le pousse à prendre la discipline par dessus la jambe et à s'attirer les foudres de ses supérieurs. Les punitions s'accumulent et se transforment en une condamnation dans les Compagnies de discipline en Tunisie pour le reste de son engagement, soit trois ans.
Dans ce bagne, tout est bon pour corriger ces mauvais éléments : leur comportement est pris comme excuse pour infliger les punitions les plus sévères. Punitions qui provoqueront un jour ou l'autre un mouvement de révolte chez les prisonniers, aussitôt utilisé comme prétexte pour renforcer la cruauté du traitement : torture digne du moyen-âge, prison avec juste assez de nourriture et d'eau pour survivre (et encore, pas toujours), travail harassant qui mène à la mort les plus affaiblis.
Froissard ne tient le compte que grâce à la haine qui l'habite. Haine envers les supérieurs qui n'ont de compte à rendre à personne et qui profitent largement de leur supériorité, haine envers les gardiens qui ont conscience de l'ignominie du bagne mais qui obéissent aux ordres sans broncher, haine envers les citoyens en France qui ferment pudiquement les yeux sur ce qui se passe dans les bagnes au nom de la sécurité.
Darien ne cherche pourtant à provoquer ni la pitié ni les larmes : ce qu'on retient de son texte, c'est le besoin de liberté et la rage de voir des hommes traités si cruellement pour des fautes si maigres. Cinquante ans après ce récit, la France a fait fermer ses bagnes, mais les Biribi doivent toujours pulluler à la surface du globe.
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stcyr04
  08 octobre 2013
Biribi est un terme aux sonorités qui ne sont pas sans rappeler le babil d'un nourrisson, mais qui désigne tout autre chose; on est plus proche des souffrances de l'enfer que des douceurs des langes. Biribi désigne les camps disciplinaires où on envoyait les militaires récalcitrants, les insoumis, les indisciplinés. Avec se livre, présenté comme un roman, à la veine fortement autobiographique, Georges Darien fait oeuvre pie, en apportant son témoignage, sous forme de réquisitoire, contre un système abjecte de représailles institutionnalisé par le pays des droit de l'homme et du citoyen.
Justement, dans les années 1880, on refusait la qualité de citoyen à l'homme du rang, soumis à tous les caprices éhontés de leurs supérieurs; à peine leur était reconnu la qualité d'être humain, tant la litanie des vexations, des sévices, des tortures, voire des meurtres parfois, dont ces hommes furent victimes, présentée dans cette écrit, en manière de coup de point, est ici édifiante. L'abjection des chaouch, ces gardes chiourmes en majorité corses, torturant leurs camarades et montant des machinations contre leur têtes de turques; la corruption des gradés, faisant leur beurre sur la besogne de réprouvés corvéables à merci; l'hypocrisie foncière d'un système inhumain et injuste prônant la soumission aveugle et totale, la délation et la suspicion entre les soldats; tout est rendu frappant et émouvant dans cette oeuvre qui relève plus du pamphlet, du cri d'indignation, que du simple récit plus ou moins autobiographique.
Un brûlot donc, une bombe incendiaire, que cette oeuvre, dénotant un courage véritable et une belle liberté de conscience - quand on sait quel esprit militariste dominait la société française de cette époque-là -, expression à fleur de peau de la rage et de la colère qu'ont éveillé, en son auteur, l'expérience douloureuse des camps disciplinaires
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BVIALLET
  19 mars 2012
A dix huit ans, Jean Froissard s'engage dans l'artillerie. Après six mois de classes qui se passent assez mal car il supporte mal la discipline et commence à se sentir déçu et dégoûté par l'armée, il est affecté à Vincennes où tout se complique dans la mesure où il s'autorise quelquefois à faire le mur. L'accumulation de ses actes d'insoumission l'amène à passer devant le Conseil de corps qui le condamne à passer trois années dans les Compagnies de Discipline dans la région de Kef dans le Sud Tunisien. Dans ce qu'on ne peut appeler autrement que des bagnes militaires, le malheureux va mener une existence de paria, subir des conditions de vie atroces et des sévices qu'on ne ferait même pas subir à un animal. Il va connaître la faim, les corvées, les exercices sous un soleil de plomb, les marches forcées, les maladies et bien sûr de nombreux séjours au mitard, enchaîné.
Publié en 1888, ce témoignage présenté comme authentique frappe tellement il sent le vécu. En effet, Jean Froissard c'est ni plus ni moins que Georges Darien lui-même, écrivain de tendance anarchiste qui, devançant l'appel, s'est engagé dans le deuxième escadron du Train le 16 mars 1881 et que son insoumission a envoyé 33 mois à Biribi, un bataillon disciplinaire en Tunisie en 1883. L'auteur est un écorché vif, un révolté qui a tellement souffert qu'il ne peut s'empêcher de se répandre en longues diatribes contre une armée qu'il accable de tous les défauts. « L'armée c'est le réceptacle de toutes les mauvaises passions, la sentine de tous les vices. Tout le monde vole, là-dedans, depuis le caporal d'ordinaire qui tient une anse du panier, jusqu'à l'intendant général, jusqu'au ministre. (…) Tout le monde s'y déteste, tout le monde s'y torture, tout le monde s'y espionne, tout le monde s'y dénonce. (…) L'armée, c'est le cancer social, c'est la pieuvre dont les tentacules pompent le sang des peuples et dont ils devront couper les cent bras, à coups de hache, s'ils veulent vivre. », dit-il. Car il n'a plus qu'un espoir, l'avènement de la « Révolution Sociale » qui doit permettre d'en finir à tout jamais avec les armées permanentes... D'un style agréable et facile à lire, ce livre intéressera celles et ceux qui veulent découvrir ce pan oublié et peu glorieux de l'Histoire des armées françaises.
Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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HORUSFONCK
  24 septembre 2016
Biribi nous donne à voir les pires sévices endurés par des hommes, au nom d'une discipline militaire cruelle et livrée à elle-même.
Biribi, apparaît comme le trou sans fond apparent où l'on précipite le malheureux qui s'est trompé de porte en s'engageant dans l'armée, et qui s'est laissé engluer dans l'ennui et la discipline.
Biribi rappelle que de telles abominations on pu perdurer pendant très longtemps, et qu'elles ne sont jamais très loin.
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sarracino
  21 mars 2016
Je suis dessus à temps perdu ..un bouleversant témoignage d'un certain corps d'armée méconnu et révolu
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
LuniverLuniver   27 novembre 2012
Ah ! pauvre petit soldat, toi qui es mort en appelant ta mère, toi qui, dans ton délire, avais en ton oeil terne la vision de ta chaumière, tu vas dormir là, rongé, à vingt-trois ans, par les vers de cette terre sur laquelle tu as tant pâti, sur laquelle tu es mort, seul, abandonné de tous, sans personne pour calmer tes ultimes angoisses, sans d'autre main pour te fermer les yeux que la main brutale d'un infirmier qui t'engueulait, la nuit, quand tes cris désespérés venaient troubler son sommeil. Ah ! je sais bien, moi, pourquoi ta maladie est devenue incurable. Je sais bien, mieux que le médecin qui a disséqué ton corps amaigri, pourquoi tu es couché dans la tombe. Et je te plains, va, pauvre victime, de tout mon coeur, comme je plains ta mère qui t'attend peut-être en comptant les jours, et qui va recevoir, sec et lugubre, un procès-verbal de décès...

Eh bien ! non, je ne te plains pas, toi, cadavre ! Eh bien ! non, je ne te plains pas, toi, la mère ! Je ne vous plains pas, entendez-vous ? pas plus que je ne plains les fils que tuent les buveurs de sang, pas plus que je ne plains les mères qui pleurent ceux qu'elles ont envoyés à la mort.

Ah ! vieilles folles de femmes qui enfantez dans la douleur pour livrer le fruit de vos entrailles au Minotaure qui les mange, vous ne savez donc pas que les louves se font massacrer plutôt que d'abandonner leurs louveteaux et qu'il y a des bêtes qui crèvent, quand on leur enlève leurs petits ? Vous ne comprenez donc pas qu'il vaudrait mieux déchirer vos fils de vos propres mains, si vous n'avez pas eu le bonheur d'être stériles, que de les élever jusqu'à vingt et un ans pour les jeter dans les griffes de ceux qui veulent en faire de la chair à canon ? Vous n'avez donc plus d'ongles au bout des doigts pour défendre vos enfants ?
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stcyr04stcyr04   08 octobre 2013
Je suis étendu sous une tente. Je fais semblant de dormir, pour qu’on me laisse tranquille, mais je ne dors pas. Je pense.
Je pense à cette armée que je vais quitter. Je l’envisage froidement, laissant de côté toutes mes haines.

C’est une chose mauvaise. C’est une institution malsaine, néfaste.
L’armée incarne la nation. L’histoire nous met ça dans la tête, de force, au moyen de toutes les tricheries, de tous les mensonges. Drôle d’histoire que celle-là ! Dix anecdotes y résument un siècle, une gasconnade y remplit un règne. Batailles ! batailles ! combats ! Elle a osé fourrer la Révolution dans la sabretache des généraux à plumets et jusque dans le chapeau de Bonaparte, comme elle a fait bouillir le grand mouvement des Communes qui précéda la bataille de Bouvines dans le chaudron où les marmitons de Philippe-Auguste ont écumé une soupe au vin. Elle prêche la haine des peuples, le respect du soudard, la sanctification de la guerre, la glorification du carnage…
Ah ! Mascarille ! toi qui voulais la mettre en madrigaux, l’Histoire !
Elle nous a donné le chauvinisme, cette histoire-là ; le chauvinisme, cette épidémie qui s’abat sur les masses et les pousse, affolées, à la recherche d’un dictateur.
L’armée incarne la nation ! Elle la diminue. Elle incarne la force brutale et aveugle, la force au service de celui qui sait lui plaire et ― c’est triste à dire, mais c’est vrai ― de celui qui peut la payer.
« Cela s’est fait, mais ne se fera plus. » Si, la blessure ne se guérira point. La gangrène y est.
L’armée, c’est le réceptacle de toutes les mauvaises passions, la sentine de tous les vices. Tout le monde vole, là-dedans, depuis le caporal d’ordinaire, depuis l’homme de corvée qui tient une anse du panier, jusqu’à l’intendant général, jusqu’au ministre. Ce qui se nomme gratte et rabiau en bas s’appelle en haut boni et pot-de-vin. Tout le monde s’y déteste, tout le monde s’y envie, tout le monde s’y torture, tout le monde s’y espionne, tout le monde s’y dénonce. Cela, au nom de soi-disant principes de discipline dégradante, de hiérarchie inutile. Avoir un grade, c’est avoir le droit de punir. Punir toujours, punir pour tout. De peines corporelles, naturellement ; celles-là seules sont en vigueur… Ah ! c’est triste qu’un bout de galon permette à un homme de mettre en prison son ennemi ― ou de faire fusiller son camarade.
L’armée, c’est le cancer social, c’est la pieuvre dont les tentacules pompent le sang des peuples et dont ils devront couper les cent bras, à coups de hache, s’ils veulent vivre.
Ah ! je sais bien : le patriotisme !… Le patriotisme n’a rien à faire avec l’armée, rien ; et ce serait grand bien, vraiment, s’il n’était plus l’apanage d’une caste, la chose d’une coterie, l’objet curieux que des escamoteurs ont caché dans leur gibecière, et qu’ils montrent de temps en temps, mystérieux et dignes, à la foule béante qui applaudit. Ce sentiment-là, je crois, n’est pas forcément cousu au fond d’un pantalon rouge. Il y a peut-être autant de patriotisme dans l’écrasement banal d’un maçon qui tombe d’un échafaudage ou dans la crevaison ignorée d’un mineur foudroyé par un coup de grisou, que dans la mort glorieuse d’un général tué à l’ennemi. Et il y a de bons patriotes, voyez-vous, qui haïssent la guerre, mais qui la feraient avec joie ― si l’on tentait d’assassiner la France ― parce qu’ils auraient l’espoir grandiose, ceux-là, non pas d’écraser un peuple, mais d’anéantir, avec le gouvernement qui le régit, toutes les tendances rétrogrades, féodales, anachroniques ― le caporalisme.
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LuniverLuniver   26 novembre 2012
- Nous sommes réunis, vous le savez, pour décider de votre envoi aux Compagnies de discipline. Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?
- Deux choses : 1° Que ma conduite n'a pas été mauvaise depuis mon entrée au service ; elle n'a commencé à l'être que du jour où les taquineries et les vexations de toute nature m'ayant poussé à bout, je suis devenu une de ces têtes de Turc sur lesquelles frappe à tour de bras l'aveugle cohue des galonnés ; que, d'ailleurs, dans l'armée, quand un homme a commencé à mettre le pied dans le bourbier des punitions, on n'essaye pas de le retirer, on l'enfonce. 2° Que, si j'ai commis des fautes - et, je le fais remarquer en passant, toutes fautes contre la discipline - je les ai expiées et que je ne crois pas qu'on puisse, raisonnablement, châtier deux fois, pour le même délit, un individu, si malintentionné qu'il soit. Que, par conséquent, j'ai beaucoup de peine à comprendre pourquoi l'on veut, aujourd'hui, m'infliger une peine énorme précisément parce que j'en ai déjà subi un nombre considérable.
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LuniverLuniver   28 novembre 2012
L'armée incarne la nation ! Elle la diminue. Elle incarne la force brutale et aveugle, la force au service de celui qui sait lui plaire et - c'est triste à dire, mais c'est vrai - de celui qui peut la payer.

«Cela s'est fait, mais ne se fera plus.» Si, la blessure ne se guérira point. La gangrène y est. L'armée, c'est le réceptacle de toutes les mauvaises passions, la sentine de tous les vices. Tout le monde vole, là-dedans, depuis le caporal d'ordinaire, depuis l'homme de corvée qui tient une anse du panier, jusqu'à l'intendant général, jusqu'au ministre. Ce qui se nomme gratte et rabiau en bas s'appelle en haut boni et pot-de-vin.

Tout le monde s'y déteste, tout le monde s'y envie, tout le monde s'y torture, tout le monde s'y espionne, tout le monde s'y dénonce. Cela, au nom de soi-disant principes de discipline dégradante, de hiérarchie inutile. Avoir un grade, c'est avoir le droit de punir. Punir toujours, punir pour tout. De peines corporelles, naturellement ; celles-là seules sont en vigueur... Ah ! c'est triste qu'un bout de galon permette à un homme de mettre en prison son ennemi - ou de faire fusiller son camarade.
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LuniverLuniver   26 novembre 2012
Il n'est pas régulièrement formé, mon Conseil de corps. Pourtant, étant donné le petit nombre d'officiers de mon régiment présents au Kef, je ne peux pas réclamer. Les règlements exigent bien, il est vrai, que ce tribunal ne renferme que des officiers du corps auquel appartient l'inculpé - puisque inculpé il y a. Ces règlements ont évidemment leur raison d'être. Il est clair que, si l'homme qui a donné des preuves de son insubordination, qui a démontré qu'il était sous l'influence de ce que ces messieurs appellent un mauvais esprit, comparait devant ceux mêmes qui lui ont infligé les punitions qui l'amènent devant eux, il y a au moins quatre-vingt-dix-neuf chances sur cent pour que ces accusateurs transformés subitement en juges reconnaissent qu'il y a lieu d'expédier le délinquant aux compagnies de discipline. Ça simplifie énormément les choses. Ça évite une perte de temps toujours désagréable. Pas de défense possible de la part de l'inculpé ; une accusation basée simplement sur les punitions plus ou moins nombreuses, et plus ou moins méritées portées par les juges eux-mêmes qui ne tiennent pas, naturellement, à se donner des démentis. La sentence n'a plus besoin que d'être ratifiée par le général commandant le corps d'armée, ce qui n'est qu'une question de jours. La justice reçoit un croc-en-jambe, ce qui est déjà une bonne chose, mais elle le reçoit en très peu de temps, ce qui est une chose excellente.
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