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Lily Denis (Traducteur)Roger Grenier (Préfacier, etc.)
ISBN : 207041891X
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 3.59/5 (sur 33 notes)
Résumé :
« Quand Tchékhov part pour l'île de Sakhaline, en avril 1890, personne ne comprend ses raisons. Lui-même, incapable d'en donner, se contente de parler de mania sachalinosa. Il s'agit là de l'épisode le plus étrange de sa vie. Décidé à mener une enquête sur ce lieu maudit voué au bagne et à la déportation, il se met en route dans des conditions folles. Il n'a aucun papier officiel, ni ordre de mission, ni même une lettre de recommandation. Après deux mois et demi d'u... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  17 février 2014
Ça vous dirait un petit séjour dans une station bagne & air ?
Anton Tchékhov nous offre ici une très étrange contribution à l'histoire mondiale de la littérature. Bien malin celui ou celle qui pourrait catégoriser cet écrit de façon formelle.
Tout d'abord récit de voyage dans les quatorze premiers chapitres puis rapport d'analyse quasi scientifique dans les neuf chapitres suivants. C'est autant au Tchékhov médecin qu'au Tchékhov écrivain auquel nous avons affaire, triplé du Tchékhov journaliste, acteur social et politique.
Le contexte : 1890, il fait beau, Anton s'ennuie et a des fourmis dans les jambes, donc, que fait-il ? Il prend ses clics et ses clacs et s'embarque pour le bagne de l'île de Sakhaline (c'est un peu comme si Victor Hugo avait décidé de faire une virée aux îles du Salut en Guyane), sans aucun mandat officiel, avec le risque éminent de se faire refouler à l'entrée, histoire d'avoir une idée de ce qu'est ce bagne insulaire et des conditions de vie endurées par les condamnés.
Cette île, située à peu près à la même latitude que la France, jouit de sa splendide position aux confins de la Sibérie et de la glaciale mer d'Okhotsk qui lui confère un climat semi polaire océanique, caractérisé par un froid humide constant, difficilement supportable l'été et cent fois pire en hiver.
L'auteur va entreprendre une tâche pharaonique, à savoir se rendre dans toutes les isbas des relégués ou les centres pénitentiaires afin de faire un recensement précis et exhaustif de toutes les informations que l'on peut raisonnablement obtenir des bagnards.
Bien que dans cet ouvrage Tchékhov nous donne souvent son avis et à ce titre, pourrait faire penser à un essai politique, le plus souvent, l'auteur choisit une certaine objectivité, une distanciation, se borne à apporter des éléments de compréhension et de comparaison afin que son lecteur se fasse sa propre opinion.
Il est bien évident que les conditions sanitaires, l'aliénation physique et mentale des condamnés, l'âpreté générale de la vie sur l'île sont les axes majeurs de l'oeuvre. Mais pas seulement, et loin s'en faut ; Tchékhov souligne aussi, à chaque fois que c'est justifié les manquements et les réussites de l'administration pénitentiaire, il nous évoque l'aveuglement, soit volontaire, soit par négligence ou soit par désintéressement, de la Russie d'Europe, commanditaire de cette institution.
Il donne des éléments ethnographiques sur les populations locales, des informations biologiques ou géographiques sur l'île, raconte des anecdotes ou cite des références bibliographiques techniques.
Au final, cet étonnant ouvrage qui annonce le terrifiant "Archipel du Goulag" d'Alexandre Soljenitsyne, se veut probablement une dénonciation du bagne en tant que "moyen d'amendement du condamné" car selon lui, la rudesse et les déviances subies par des lascars déjà assez rudes et déviants engendre une rudesse et une déviance plus coriaces encore, mais aussi une dénonciation du système de "colonie" pénitentiaire.
En effet, selon lui, la colonisation de cette terre très hostile présente et nécessite des exigences bien particulières afin de mettre les colons en situation de réussite pour tendre vers l'autosuffisance, conditions jamais réunies même pour les paysans proscrits de bonne foi et qui cherchent réellement à reconstruire un foyer et à vivre de leur travail (c'est-à-dire ceux qui ont fini leur temps au bagne, mais qui doivent demeurer sur l'île leur vie durant car la relégation définitive faisait aussi partie de la peine, donc une forme patente de double peine).
Tchékhov laisse d'autant mieux l'opinion finale au lecteur qu'il ne donne pas de conclusion, laissant à chacun sa libre perception des éléments fournis (même si cette liberté n'est que polichinelle et que son message demeure très clair et sérieusement orienté vers l'intelligentsia russe de l'époque en une sorte de "vous ne pourrez plus dire qu'on ne savait pas").
En somme, un véritable petit OVNI littéraire, mais ceci n'est que mon avis, digne de relégation parfois, c'est-à-dire, pas grand chose.
P. S. : Voyez-vous dans les campagnes
Fleurir ces féroces liseuses ?
Elles viennent jusque dans nos bras,
égorger nos kiosques et nos libraires !
Aux livres ! Citoyens !
Formez vos bibliothèques !
Marchons ! Marchons !
Que les liseuses impures,
Éclatent sous nos talons !
Amour sacré du Livre,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs !
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mariech
  15 juillet 2012
C'est en lisant le tome 1 de 1984 d' Huraki Murakami que j'ai eu envie de lire ce livre , en effet Murakami insère quelques pages du récit de Tchékhov dans son roman .
Quand Tchékhov se rend sur l'ile dans les années 1880 , il part sans autorisation mais dès qu'il arrive sur l'il , il obtient la permission d'e visiter ce qu'il veut .
Il va partager pendant quelques mois la vie de toutes les personnes qui habitent l''ile , aussi bien les représentants de l'autorité que celles des condamnés .
Il pourra tout visiter même ' la prison ' des récidivistes ' , il assistera même à un châtiment qu'il trouvera bien barbare , l'application des coups de verges ( le fouet ) .
Il se rendra vite compte que ceraines peines sont arbitraires , dépendent de l'humanité des gardiens , certains d'entre eux essayent d'adoucir un peu la vie sur l'ile , d'autres recourent à la force , à l'humiliation et sont preuve de sadisme .
Tchékhov qui est médecin va faire un compte rendu minutieux des conditions sanitaires de l'ile où prostitution massive , alcoolisme ; tuberculose ... règnent en maîtres , et où peu de soins sont donnés .
Il va dresser un réquisitoire implacable sur les méthodes de répression employées , méthodes qui ne permettent aucun amendemant , bien au contraire .
J'ai particulièrement apprécié les pages concernant les popualtions autochtones : les Ghiniaks et les Aïnos , peuples pacifiques , mieux adaptés aux conditions climatiques , qui se nourrissent quasi exclusivement de baleines et qui ne se lavent jamais !
L'auteur nous montre une micro société avec les prisonniers qui s'en sortent mieux que d'autres , ceux qui font le commerce d'alcool et de cigarettes , il nous démontre le trop grand éloignement de Moscou où sont discutées certaines peines sans aucune connaissance du terrain , des initiatives pleines de bonne volonté qui manquent leur but comme les récoltes de vêtements et de jouets faites à Moscou par des oeuvres charitables qui n'arrivent pas au bon endroit . le cliamt de l'ile lui même est une punition en soi , en été ,très court , les températures ne dépassent pas les 15 degrés sinon le reste de l'année ce sont des températures qui peuvent atteindre les - 4O , ce qui rend les conditions de travail encore plus inhumain .
L'auteur d'ailleurs dira qu'il ne sera plus jamais le même en revenant de Sakhaline .
C'est une lecture parfois fastidieuse , répétivive mais qui reste un magnifique travail de mémoire .
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ninamarijo
  06 mai 2016
Bien qu'atteint de tuberculose, Anton Tchékhov décide de partir 21 avril 1890 pour l'île Sakhaline située dans la mer du Japon dans l'extrême Est de la Russie. Il fait un voyage de 12000 kilomètres à travers la Sibérie, durant lequel il entretien une correspondance avec son ami Souvorine, le directeur de « Temps Nouveau » une partie de ces échanges a été publié dans « l'Amour est une région bien intéressante ». Des raisons qui le pousse à faire ce long voyage périlleux alors qu'il est malade, Pouchkine dit à son ami : « En ce qui concerne Sakhaline nous nous trompons tous deux. Je pars absolument persuadé que mon voyage ne sera d'un apport précieux ni pour la littérature, ni pour la science ; je n'ai pour cela ni assez de connaissances, ni assez de temps, ni assez de prétentions… Je veux simplement écrire cent ou deux cents pages et payer ainsi ma dette à l'égard de la médecine, à l'égard de laquelle je me comporte comme vous le savez, comme un vrai porc ».
Il débarque donc sur l'île Sakhaline le 9 juillet de la même année, inquiet car il ne possède aucune lettre de recommandation et craint d'être congédié illico.
Ce Livre est un témoignage ou une enquête sociologique des conditions de vie des bagnards dans un bagne de la Russie des tsars.
Ce livre n'est pas facile à lire, Anton Tchékhov nous noie dans des chiffres et des descriptions détaillées : du climat, des températures, il entre dans chaque isba et décrit scrupuleusement tout ce qu'il voit. le travail accompli est prodigieux, la lecture de tous ces chiffres et énumérations est parfois un peu indigeste, mais, je garde cependant une impression très positive. J'ai retrouvé l'écriture de Tchékhov, tout en finesse avec toujours une délicieuse pointe d'humour, même si le lieu et le sujet ne s'y prêtent pas ! Les paysages sont admirablement rendus, de même l'ambiance lugubre de ce lieu maudit : tous les animaux sont enchainés, comme les forçats, les cloches tintent lugubrement dans le brouillard, la sirène hurle et fait « monter l'angoisse dans le coeur des hommes ». Un peu plus loin : « La vaste mer étincelante de soleil bruit sourdement à nos pieds, la rive lointaine nous appelle et l'on se sent gagné par la tristesse et l'angoisse, comme si l'on ne devait jamais plus en sortir, de ce Sakhaline ».
La solitude et l'ennui règnent sur les colonies… mais aussi la maladie, la tyrannie et l'horreur. Tchékhov écrit : « Sakhaline est le lieu des souffrances les plus insupportables que puisse endurer un homme, aussi bien libre que condamné, nous avons laissé croupir dans des prisons des millions d'hommes, et cela pour rien, de manière irraisonnée, barbare " Il écrira aussi, Sakhaline, "Tout autour la mer, au milieu l'enfer."
Tchékhov dans son enquête est un homme à l'écoute et profondément humaniste.
Je suis contente d'avoir enfin ouvert et lu ces écrits. Ce livre a trop longtemps trainé sur les rayons de ma bibliothèque.

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Madamedub
  02 décembre 2012
Juillet 1890 : Anton Tchékhov arrive à la pointe orientale de la Russie, et s'apprête à s'embarquer pour ce qui constituera une des expériences les plus intenses de sa vie. Sans connexion avec les autorités ou un quelconque relai sur place, sans faire partie d'une mission, il s'embarque pour mener puis retranscrire une enquête extrêmement minutieuse sur l'Île de Sakhaline, lieu reclus au large de la Sibérie, lieu de déportation où étaient envoyés les prisonniers. Il en tire un ouvrage de plus de 500 pages, simplement baptisé L'Île de Sakhaline, et modestement sous-titrée Notes de voyage.
Des motivations d'Anton Tchékhov, nous ne saurons que très peu de choses, ce qui frustre quelque peu le lecteur : aventure littéraire ? soif d'aventure, de dépassement ? curiosité scientifique ? Roger Grenier, dans sa préface à l'édition Folio, nous relate que Tchékhov, dans une correspondance avec son ami Souvorine, aurait donné l'explication suivante : « Après l'Australie jadis, et Cayenne, Sakhaline est le seul endroit où il soit possible d'étudier une colonisation formée par des criminels ».
En effet, l'Île n'est pas seulement un bagne où les prisonniers sont là pour purger une peine : ils ne sont pas voués à repartir, ils deviennent paysans proscrits, propriétaires-forçats, relégués, et participent, avec les fonctionnaires et le personnel administratif et pénitencier, au processus de colonisation. Là encore, nous n'avons que peu d'informations sur les desseins de l'Etat russe : si la déportation de criminels dans une zone éloignée est un phénomène qui n'est pas unique et dont les raisons politiques sont avancées clairement, pourquoi en revanche vouloir coloniser une telle Île, dont, de pages en pages, nous découvrons le climat et la géographie hostiles, la difficulté à implanter des cultures ? (même si nous avons eu la curiosité historique de connaître cette information, nous avouons ne pas avoir poussé le zèle jusqu'à la rechercher, aussi nous prions le lecteur de ces lignes de bien vouloir nous en excuser).
Toujours est-il que l'intentionnalité de ceux que Tchékhov désigne comme « les législateurs » est avérée : l'auteur nous rappelle en effet que « Prison et colonisation sont antagonistes, leurs intérêts sont exactement inversés. La vie en dortoirs cellulaires asservit le détenu et avec le cours du temps, entraîne sa dégénérescence ; (…) plus il séjourne à la prison, plus on a de raisons de craindre qu'il ne devienne une charge superflue, et non le membre actif et utile d'une colonie. Voilà pourquoi la pratique de la colonisation a exigé avant toute chose la réduction des peines de réclusion et de travaux forcés » (p.323, édition Folio).
Car oui, les conditions des forçats sont terribles, tragiques, pénibles à lire lorsque l'on se rappelle qu'il s'agit d'un témoignage (et non d'un roman), témoignage dont la force est contenue dans les premières impressions exprimées par Tchékhov lorsqu'il découvre l'Île : « Tout autour la mer, au milieu l'enfer ». En effet, l'auteur enchaîne, avec une minutie remarquable, les descriptions des différentes prisons, des différentes villes, des modes de vie des populations (les bagnards, les fonctionnaires, les populations locales présentes avant la colonisation), et nous livre tout des conditions, des peines, des souffrances. Ces souffrances sont physiques, mais elles sont aussi morales, comme cela nous est rappelé par le récit d'une soirée de célébrations dans l'une des villes de l'Île : « Mais malgré ces réjouissances, les rues suaient l'ennui. Pas de chansons, ni d'accordéon, ni le moindre ivrogne ; les gens erraient comme des ombres, se taisaient comme des ombres. Même à la lueur des feux de Bengale, le bagne est toujours le bagne, et la musique qu'entend de loin un homme certain de ne jamais revoir son pays ne suscite en lui qu'une noire tristesse » (p.67).
Alors pourquoi vous demandez-vous, auriez-vous envie de lire un tel ouvrage ?
Il faut le lire car il s'agit aussi, voire avant tout, d'une remarquable oeuvre littéraire, alternant témoignages et informations historiques (au-delà de la situation des condamnés hommes, on apprend également beaucoup sur celles des femmes, des enfants, et des populations locales), descriptions, dialogues, retranscription de ses pensées, mais aussi une certaine forme d'humour et d'ironie, qui donne au final au livre une tonalité bien plus décalée qu'on ne l'aurait cru. Tchékhov écrit pour un lecteur, auquel il s'adresse directement et qu'il interpelle, et cela se sent dans l'écriture. Ainsi, grâce aux descriptions de l'ensemble de ce qui l'entoure, depuis les personnes et les situations, à la végétation et aux reliefs, on a l'impression d'être au contact de ce bien étrange quotidien. Et se produit alors ce que l'on aurait pas forcément pensé au départ : on embarque avec l'auteur, on croit que l'on a, nous aussi, eut l'impulsion (ou la folie ?) de partir pour explorer cet endroit hors du temps, maudit, qui semble tout aussi fou et irréel que les personnages qui le peuplent.
Si vous n'avez pas le courage ou l'envie d'aller au bout des 540 pages, cela n'est pas grave ; il est en effet possible d'en lire seulement une ou des partie(s), et d'en retirer tout de même ce que vous êtes venus y chercher. L'Île de Sakhaline est ainsi une lecture que nous recommandons, et qui permet également de découvrir une partie moins connue de l'oeuvre de Tchékhov.

Lien : http://madamedub.com/WordPre..
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zorazur
  10 juillet 2012
Il n'y a rien de plaisant sur l'Ile de Sakhaline. Les autochtones (Ghiniaks et Aïnos) se nourrissent de viande de baleine gelée et ne se lavent strictement jamais. Les températures sont inférieures à 0 la plus grande partie de l'année, rien de bon à manger ou de joli à regarder n'y pousse, les forçats vêtus de loques immondes ne comptent même plus les années qu'il leur reste à souffrir dans cet enfer sur terre.
Tchekov s'est investi sur un vrai travail scientifique d'une ampleur inégalée pour produire ce pavé sur un bagne du bout du monde et du fond des temps. Pendant ses trois mois de séjour, il a parcouru l'île de bout en bout, compté les familles, rempli des milliers de fiches. Pas un être vivant, pas un arpent de terre, pas la moindre planche de la plus croulante baraque, n'a échappé à sa curiosité et à son objectif de répertorier, affiner, compter, décrire. le résultat est cet incroyable, exceptionnel, récit de ce qu'est le bagne, jour après jour, pour ceux qui le font et ceux qui le subissent. Edifiant.
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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   16 septembre 2012
Le voilà enfin attaché. Le bourreau prend un fouet à trois lanières et le démêle sans hâte. "Tiens-toi !" dit-il à mi-voix en lui envoyant le premier coup, sans prendre d'élan comme pour s'ajuster. "Une !" dit l'inspecteur d'une voix de sacristain. Au premier moment, Prokhorov se tait et son expression ne change même pas, puis un frisson le parcourt et ce qu'il laisse échapper n'est pas un cri mais un hurlement. "Deux !" crie l'inspecteur. Le bourreau se tient de côté et frappe de telle sorte que les coups tombent en travers du tronc de sa victime. Tous les cinq coups il change de côté et lui laisse une demi-minute de répit. Les cheveux de Prokhorov sont collés à son crâne, son cou s'est gonflé ; au bout de cinq à dix coups, son corps, déjà couvert de vieilles balafres, est devenu violacé, presque bleu; à chaque coup, l'épiderme craque. "Votre haute noblesse ! entend-on à travers les sanglots et les hurlements, Votre haute noblesse ! Pitié, Votre haute noblesse !" Au bout de vingt à trente coups, Prokhorov gémit comme un homme ivre ou délirant. Puis le cou se tend d'une manière étrange, on entend des haut-le-cœur... Prokhorov ne dit plus un mot, ne sait plus que geindre et râler ; on dirait que depuis le début du supplice une éternité entière s'est écoulée, mais l'inspecteur n'en est qu'à : "Quarante-deux ! Quarante-trois !" Jusqu'à quatre-vingt-dix, il y a loin. Je sors.
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Nastasia-BNastasia-B   12 septembre 2012
Au lieu d'une barque ou d'un bac, on voit flotter sur l'eau une grande caisse parfaitement carrée. Le commandant de cette embarcation absolument unique en son genre est le forçat La Beauté (Krassivy) qui ne se rappelle rien de sa parenté. Âgé de soixante et onze ans, il est bossu, les omoplates saillantes, une côte cassée, un pouce manquant, et le corps couvert de cicatrices de bastonnades et de coups de verge qu'il a reçus autrefois. Il est habillé de guenilles et va pieds nus. Il est très vif, disert, aimant le rire. En 1855, il a déserté "par erreur" et s'est mis à trimarder, prétendant avoir oublié sa parenté. On l'a arrêté et expédié en Transbaïkalie, servir chez les Cosaques à ce qu'il dit. Dans ce temps-là, m'a-t-il raconté, je croyais qu'en Sibérie les gens vivaient sous terre, alors, en cours de route, je me suis trissé ! Je suis arrivé à Kamychlov, là on m'a arrêté et condamné à vingt ans de bagne et quatre-vingt-dix coups de fouet. On m'a expédié à Sakhaline. Je suis en train de tirer ma deuxième peine. Au total, ça fait vingt-deux ans que je vis à Sakhaline. Et mon seul crime, c'est d'avoir déserté.
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Nastasia-BNastasia-B   09 décembre 2012
Le gardien est le vieux Savéliev, un forçat qui sert de valet et de cuisinier aux fonctionnaires de passage. Un jour où il nous servait à déjeuner, à l'un d'eux et à moi-même, il présenta un plat de travers. Sur quoi, mon compagnon le traita rudement d'imbécile. Alors, je regardai l'irresponsable vieillard et -je m'en souviens encore- je me dis que notre intelligentsia n'avait jusqu'à présent rien su faire d'autre du bagne que de l'apparenter de la façon la plus triviale au servage.
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Nastasia-BNastasia-B   04 juillet 2014
À généralement parler, ces mesures de répression n'ont pas d'avenir, elles divergent trop avec l'idéal de notre législation qui voit avant tout dans la sanction un moyen d'amendement. Lorsqu'un geôlier gaspille, jour après jour, toute son énergie et toute son ingéniosité à placer le détenu dans des conditions matérielles suffisamment compliquées pour rendre sa fuite impossible, il n'est plus question d'amendement, il ne saurait s'agir que de transformer le détenu en bête féroce et la prison en ménagerie.
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Nastasia-BNastasia-B   08 juin 2012
Lorsque les rares relégués et paysans élus, figurant sur la liste de ceux qui méritent qu'on leur accorde une femme, sont tous arrivés, on les laisse entrer dans la baraque des femmes où on les laisse avec elles. Les quinze ou trente premières minutes sont consacrées à l'inévitable tribut dût à la confusion et à la gêne ; les "fiancés" déambulent près des bat-flancs et considèrent en silence et d'une mine austère les femmes, assises, paupières baissées. Ils font leur choix; sans prendre des airs dégoûtés, sans ironie, avec un sérieux parfait, accueillant "avec humanité" la laideur, la vieillesse, l'aspect patibulaire ; l'homme scrute les visages et cherche à deviner qui sera la meilleure ménagère. En voici une, jeune ou vieille, "qui à l'air de lui revenir" ; il s'assied à côté d'elle et ils s'expliquent à cœur ouvert. Elle lui demande s'il possède un samovar, si son isba est couverte en bois ou en chaume. La conversation a pris fin. La femme est affectée au colon Untel, du village X., et voilà le mariage civil conclu.
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Videos de Anton Tchekhov (48) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Anton Tchekhov
La Mouette, d'Anton TCHEKHOV. Mise en scène et adaptation Arthur Nauzyciel (2012).
Version originale de 1895, traduite du russe par André Markowicz et Françoise Morvan (Actes Sud, 1996).
>Problèmes et services sociaux. Associations>Etablissements pénitentiaires>Histoire, géographie, biographies (11)
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Le clafoutis de Tchekhov

Je m'appelle .............?..........." je suis un jeune homme de dix-sept ans, laid, maladif et timide", je passe mes étés dans la "maison de campagne des Choumikhine", et je m'y ennuie.

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