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Elias Sanbar (Traducteur)Simone Bitton (Traducteur)
EAN : 9782742739455
188 pages
Actes Sud (09/09/2002)
4.5/5   13 notes
Résumé :

" J'ai trouvé que la terre était fragile, et la mer, légère ; j'ai appris que la langue et la métaphore ne suffisent point pour fournir un lieu au lieu. ( ... ) N'ayant pu trouver ma place sur la terre, j'ai tenté de la trouver dans l'Histoire. Et l'Histoire ne peut se réduire à une compensation de la géographie perdue. C'est également un point d'observation des ombres, de soi et de l'Autre, saisis dans un... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Il est assez contradictoire de découvrir un poète par le biais d'entretiens au cours desquels il tente, avec son interlocuteur, d'expliciter son univers poétique, avant même d'avoir lu ne serait-ce qu'un seul de ses poèmes...

Et pourtant ! Mahmoud Darwich est passionnant, et empli de subtilité lorsqu'il s'agit de déjouer les questions pièges. La Palestine comme métaphore est une mine d'or pour quiconque s'intéresse à la poésie et à ses formes, et en particulier à la poésie arabe. Ces échanges "techniques" sont complétés par des réflexions sur les thèmes récurrents du poète : l'exil, le rapport à la terre, la définition de réfugié ou d'étranger, la perception de l'autre, qui peut aussi être l'autre soi...Et si ces thématiques pourraient sembler "classiques" pour tout poète un peu déprimé, elles s'inscrivent sous le prisme d'une analyse particulière du fait de la question palestinienne ; on comprend au fil des pages combien Mahmoud Darwich souffre de n'être considéré "que" comme un poète d'une cause politique, et non pour son art en tant que tel. La tyrannie du lectorat et des critiques n'est pas loin...

La relation entre le poète et ses lecteurs est en effet évoquée plusieurs fois ; mais c'est surtout le rapport qu'entretient Mahmoud Darwich à Israël et à la langue hébraïque qui est intéressant, et que l'on perçoit le mieux dans son entretien avec la poétesse israélienne Helit Yeshurun.

Finalement, en sus des explications poétiques édifiantes, c'est la subtile description du peuple palestinien chassé de son pays et sommé d'en trouver un autre, et comment il s'inscrit dans la géopolitique régionale qui m'a le plus intéressée, n'en déplaise à l'auteur !
La Palestine comme métaphore peut servir de belle introduction au conflit israélo-palestinien, sous un prisme très humain.

Une belle découverte, je lirai sans nul doute les poèmes de Mahmoud Darwich, en espérant que la traduction française soit à la hauteur de ce que laissent présager les belles explications sur la poésie arabe !
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Des poèmes bouleversants, de la terre palestinienne violé.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Plusieurs nuances sont à préciser à ce propos. Il y a une différence entre le mythe déjà incarné dans la conscience des Israéliens et celui qui attend de prendre forme dans celle des Palestiniens. Avec la disparition de notre pays, nous nous sommes soudain retrouvés relégués dans la pré-Genèse. Et nos poètes ont dû écrire alors notre propre Genèse à partir de celle, mythique, de l'Autre. Car il faut savoir que la Palestine a été déjà écrite. L'Autre l'a fait à sa manière, à travers le récit d'une naissance que personne ne songe à nier. Un récit de la Création devenu l'une des sources de savoir de l'humanité : la Bible. Partant, comment allions-nous faire pour écrire un récit moins mythique ? Le problème de la poésie palestinienne est qu'elle s'est mise en marche sans forces d'appoint, sans historiens, sans géographes, sans anthropologues ; aussi a-t-elle dû s'équiper elle- même de tout le bagage nécessaire pour défendre son droit à l'existence.
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Je veux vous rappeler un point sensible. Je ne suis pas sûr que les dernières générations de juifs en Europe ou en Amérique ont le sentiment d'être en exil. Le concept de "patrie" a-t-il vécu avec vous pendant toutes les générations ? Tous les juifs étaient-ils nostalgiques de cette patrie ? Mais tout Palestinien se rappelle qu'il avait une patrie et qu'il en a été exilé. Tous les juifs ne se souviennent pas de cela, car deux mille ans ont passé. Chez le Palestinien, la patrie n'est pas un souvenir ou un concept intellectuel. Chaque Palestinien est un témoin de la déchirure.
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Bialik n'a pas de projet esthétique, sa poésie est idéologique. Il œuvre seulement à fonder le rêve sioniste. Mais la nostalgie de Bialik porte sur un lieu bien précis, cette même terre où je vis le jour. Le lieu est un, et ses traits sont les mêmes. J'ai retrouvé cette ambiguité chez le plus grand des poètes hébraïques contemporains : Yehuda Amichai. Ses poèmes sur le lieu pourraient être, si l'on ignore l'identité de l'auteur, l'oeuvre d'un juif ou d'un Arabe. Indistinctement.
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La notion "d'étranger" peut être saisie à plusieurs niveaux. Le premier, tout simple, est que nous sommes traités en étrangers dans notre propre patrie. La majorité juive, victorieuse et dominante, considère que nous ne sommes pas chez nous, mais dans son propre pays qu'elle a récupéré après deux mille ans d'exil. Un autre niveau, tout aussi simple, me vient du fait que je ne suis plus dans mon village, qui n'existe plus, mais chez nos voisins arabes. C'est un exil au sein d'une même société, au sein d'une même identité.
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Oui. Pourquoi pensez-vous, et le monde entier avec vous, que votre vraie patrie est la terre d'Israel? Parce que la Bible a écrit l'histoire des hommes. Cette écriture fait tenir votre histoire debout. Qui a veillé sur votre droit à prétendre que cette terre est votre patrie ? La Bible. Ce que les Cananéens ont écrit est perdu.
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Videos de Mahmoud Darwich (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mahmoud Darwich
Le 07 octobre 2007, le poète palestinien Mahmoud Darwich (en arabe : محمود درويش) lisait son poème “Pour décrire les fleurs d'amandier” au Théâtre de l'Odéon (Odéon - Théâtre de l'Europe). Traduction de l'arabe vers le français : Elias Sanbar. Lecture de la traduction française : Didier Sandre. Peinture : Vincent Van Gogh, “Amandier en fleurs”, 1890. “Pour décrire les fleurs d'amandier” :
Pour décrire les fleurs d'amandier, l'encyclopédie des fleurs et le dictionnaire ne me sont d'aucune aide... Les mots m'emporteront vers les ficelles de la rhétorique et la rhétorique blesse le sens puis flatte sa blessure, comme le mâle dictant à la femelle ses sentiments. Comment les fleurs d'amandier resplendiraient-elles dans ma langue, moi l'écho ? Transparentes comme un rire aquatique, elles perlent de la pudeur de la rosée sur les branches... Légères, telle une phrase blanche mélodieuse... Fragiles, telle une pensée fugace ouverte sur nos doigts et que nous consignons pour rien... Denses, tel un vers que les lettres ne peuvent transcrire. Pour décrire les fleurs d'amandier, j'ai besoin de visites à l'inconscient qui me guident aux noms d'un sentiment suspendu aux arbres. Comment s'appellent-elles ? Quel est le nom de cette chose dans la poétique du rien ? Pour ressentir la légèreté des mots, j'ai besoin de traverser la pesanteur et les mots lorsqu'ils deviennent ombre murmurante, que je deviens eux et que, transparents blancs, ils deviennent moi. Ni patrie ni exil que les mots, mais la passion du blanc pour la description des fleurs d'amandier. Ni neige ni coton. Qui sont-elles donc dans leur dédain des choses et des noms ? Si quelqu'un parvenait à une brève description des fleurs d'amandier, la brume se rétracterait des collines et un peuple dirait à l'unisson : Les voici, les paroles de notre hymne national !
Source : France Culture
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