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EAN : 9782070129096
304 pages
Gallimard (19/08/2010)
3.48/5   145 notes
Résumé :

"Quand tout sera terminé, vous douterez de moi, du souvenir qu'il vous restera de moi. Les choses sont ainsi, les vivants défigurent la mémoire des morts, jamais ils ne sont plus loin de leur vérité. "

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Critiques, Analyses et Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
3,48

sur 145 notes
Le sel.
Celui de la mer.
Celui des larmes.
Celui qui anhilie le goût.
Celui de l'amertume.

Voici ce qui remplit une famille.
Deux frères, une soeur, chacun ressasse leurs sombres pensées à l'égard du père ou de la mère. Des enfants défigurés sous la houle d'un père trop austère et d'une mère trop distante.
A l'approche d'un dîner qui vont les rassembler, les souvenirs affluent comme un venin pour justifier l'agonie de leur vie actuelle.

Fanny a perdu sa fille quelques années plus tôt, elle ne s'en remet pas, entre son fils et son mari, elle vacille.
Faute à qui ? Son père, sa mère ?
Albin voit son monde s'éloigner, son épouse, ses enfants. Pourtant il fut chéri par son père, qui voyait en lui son clone idéal. Faute à qui ?
Jonas est homosexuel. Pas simple dans une famille aseptisée aux moeurs irréprochables. Il peine à s'accepter, à être libre, à vivre sa vie. Faute à qui ?

Vous l'aurez compris, ce roman soulève carte après carte pour trouver le coupable, le fautif. C'est tellement rassurant de désigner un coupable.

Y aura t-il la place pour le pardon dans cette famille en souffrance...
Faut-il vider cette souffrance dans le puits de l'amertume pour en être quitte ?

Voici tout l'art de ce roman qui distille bien des sentiments, des questions et un portrait psychologique d'une famille désunie.
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La situation est on ne peut plus simple.
Une famille sétoise va se réunir pour un repas organisé par Louise, veuve d'Armand. Ses trois enfants, aujourd'hui adultes, parents eux-mêmes pour la plupart, devraient y être.
On ne peut plus simple, en apparence. On pressent vite que « Passe moi le sel » ne devrait pas être la seule chose qu'ils auront à se dire.

Le ressac maritime en toile de fond, les souvenirs affluent rapidement au gré des chapitres consacrés aux différents protagonistes, mettant à jour les ressentiments nés d'un climat familial lourd de la violence plus ou moins contenue du père aujourd'hui décédé, lourd d'un héritage obstrué par des liens ancestraux rigides, piégés qu'ils semblaient tous être dans ce bout de France à l'atmosphère iodée et l'horizon immuable.
La pensée des uns et des autres se densifie, explore le passé, met à jour les zones de rancoeur, tisse les liens névrosés d'une famille ordinairement tortueuse, élabore la toile d'une psyché collective finalement complexe. Comme dans quasiment toutes les familles, pourrait-on penser.
On pense aussi à un film psychologisant (voire chiant) dont le cinéma français est friand. Il faut dire que l'écriture de del Amo est elle-même assez visuelle quand elle n'explore pas les états d'âme («L'étang de Thau glissait au long des rails, à mesure que Sète s'éloignait, sous un ciel ventru, dans un petit jour gris de rentrée scolaire. Les eaux tendaient un miroir de métal où les nuages moutonnaient, scindés par l'ondulation fiévreuse des lignes à haute tension » ).
Une écriture exigeante qui fait la force de ce roman à mon humble avis, écriture charnelle et évocatrice, à l'épithète musclée, dont la puissance ne s'effrite pas à l'abordage de thèmes aussi ambitieux que la mort, le sexe ou l'amour.

Après l'insoutenable « Règne animal », voilà un auteur que je ne manquerai pas de suivre, même si « Le sel » ne m'a pas complètement emballé.
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"Familles, je vous hais !"
Louise, veuve, invite ses 3 enfants à venir manger au soir. Nous assistons, impuissants, aux pensées négatives de chacun d'eux, à partir du matin, jusqu'avant le repas. Nous passons de l'un à l'autre, au fil de la journée, au fil de leurs pérégrinations.
C'est difficile de maintenir la cohésion d'une famille qui se délite peu à peu...Chacun des 3 enfants a une bonne raison pour haïr le père ou la mère. Chacun des 3 enfants a aussi un problème, ou vit sa situation comme un problème : Fanny a perdu sa fille 10 ans auparavant dans un terrible accident, Albin sent sa femme et ses enfants s'éloigner de plus en plus de lui et Jonas est homosexuel et en tant que tel, pas très accepté par les autres.
Nous sentons aussi le poids énorme du père. Celui-ci a régné en despote durant des années, puis s'est éteint d'un cancer, mais il continue à peser dans le coeur de ses enfants et de sa femme. Ils en ont tous eu peur et les enfants en veulent à leur mère de ne pas avoir osé le contredire.
Nous rejoignons aussi l'enfance de ce père, pour nous rendre compte que s'il a été violent, c'est aussi à cause du grand-père. Quelle hérédité !

C'est donc un roman où il ne se passe rien, ou plutôt, tout se déroule dans le passé, à travers les réminiscences des personnages.
Le poids du passé est terrible et rend le présent insoutenable. Chacun essaie de s'en sortir du mieux qu'il peut. Cette journée a été peut-être décisive pour se "sauver". En tout cas je l'espère.

J'ai été fortement intéressée par ce roman très psychologique mais malgré la douleur de certains, je n'ai pas ressenti de compassion, ou d'empathie. Peut-être est-ce dû au fait que chaque action, chaque pensée, chaque sentiment, chaque rêve et chaque cauchemar était décortiqué.
Malgré tout, l'écriture recherchée de l'auteur et son sens profond de l'être humain me permettent d'affirmer que j'ai beaucoup aimé "Le sel".
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Le sel: année 1982

Après le « règne animal » sa famille angoissante, ses porchers et son patriarche tyrannique voici avec le sel, celle des poissonniers toute aussi névrosée et sa hiérarchie de gérontes tout aussi oppressive.
del Amo a-t-il un problème avec le patriarcat ? Ça semble bien possible car chez celui-ci les lignées masculines sont jupitériennes, dominatrices et castratrices.
Coincée entre la méditerranée et l'étang de Thau Sète n'est pas qu'une ville de villégiature Elle abrite aussi des familles de pêcheurs dont certaines très abîmées par la vie.
Une famille de pêcheurs très perturbée. du grand-père italien qui aurait sa place chez un Grangé au mieux de sa forme, migrant venu s'installer en France avec ses deux fils C'est du « Brutal » aurait dire Raoul : bestiau qui cogne sa femme enceinte à grands coups de bourre-pifs dans les abdos, scatologique en fin de vie pour agrémenter le travail de ses brus , son fil traumatisé on le serait à moins qui s'ingénie a reproduire le schéma du père la boisson en plus et peut-être, peut-être... à voile et à vapeur: on ne sait pas trop ...Une épouse ( celle du père) aimante craintive qui s'aveugle dans son mariage. Un fils qui fait tout pour ressembler au père et donc au grand -père (faut suivre car je ne répéterai pas) dont le mariage bat de l'aile
Un autre fils, sensible lui, mais qui marche du mauvais coté de la route en se laisse aller à des penchants contre nature avec un amant sidéen au bout du rouleau
Une fille qui a perdu son enfant qui vit dans son souvenir et donc les liens avec son mari sont plus que lâches sans parler de son fils qui n'attend que le bon moment pour mettre les bouts
Bref une famille déchirée qui aurait certainement ravi le Grand Freud lui-même

Del Amo a l'art de nous mettre à l'aise de suite dès les premiers mots… « Des oiseaux qui éventrent le ciel » (voilà on sait à quoi s'en tenir) et rapidement il passe à la narration d'un cauchemar angoissant (pour enfoncer le clou aïe!)
Il faut vous faire une raison tout le récit sera présenté de manière oppressante : pas de répit pour les diables dans la géhenne
del Amo distille ensuite à petite doses homéopathiques raffinées et incessantes son poison dans chaque personnage ; rancoeur, affliction, angoisses enfantines, violence, coups, engueulades, mépris. Contribution a leur avilissement
Idem pour les paysages âpres et lourds pour lesquels il choisit avec soins des termes qui donne une atmosphère torturée; ciel de zinc, ciel de jais, patine d'onyx avec ombres violines et vapeurs d'incarnat .La ville est repoussante : vitrines inhospitalières, moiteur de la saison, odeurs , la mer et la plage sont hostiles
Tout pour vous faire aimer ce séjour de réprouvés sous une chape de plomb "Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle..." Baudelaire aurait aimé!
Un langage soutenu , parfois ordurier, parfois en italien (là on aurait aimé la traduction en bas de page), parfois précieux; zinzolin et coruscant ( c'est beau ) des phrases calibrées comme une lame de couteau suisse
ça chuinte, ça feule, ça coupe, ça éventre C'est du del Amo ! Trop même; une marque de fabrique un tantinet superfétatoire. A être trop voyant ...
Peut-être faudrait-il se calmer: noir c'est noir d'accord ! Mais tout noir peut-être pas . La préciosité d'accord mais point trop n'en faut  On risque de voir un jour s'il ne se réfrène pas des « huppes qui pupulent et des mésanges qui zinzinulent sous des azalées zinzolines » c'est zoli mais c'est aussi cul-cul la praline, ça fait académique et ça ne rend pas pour autant l'auteur plus cultivé mais le rend pédant  !
D'où nous conseillerions a del Amo d'éviter les kyrielles de personnages tous plus tordus les uns que les autres (n'en garder un ou deux et développer...)D'éviter de nous faire tomber continuellement de Charybde en Scylla ( nous laisser entrevoir parfois un petit coin de ciel bleu) D'éviter les litanies de sévices : des physiques suivis par des sévices sexuels eux-mêmes suivis par des sévices traumatisants psychologiques (là peut-être mettre du baume sur les blessures...).
En fait on aime beaucoup del Amo ce style acéré, précieux parfois ampoulé ses mots contondants ,percutants mais un chouia d'allégement ne détournera pas le lecteur de ses ouvrages: Bien au contraire.
Ne pas plonger le lecteur dans une tristesse morbide et accablante et lui imposer complaisamment un abattement irréversible . Voilà ce qu'il faut faire pour lui éviter  l'overdose !
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J'ai aimé "Le Sel" qui est le troisième roman de l'auteur français Jean-Baptiste del Amo. Après avoir découvert cet auteur à travers son roman plus récent, prix du roman Fnac 2021 : « le fils de l'homme »; et antérieur également, « le règne animal ».
« le Sel » est une oeuvre puissante et sombre qui explore les thèmes de l'héritage familial, de la nature humaine, de l'industrialisation et de la relation complexe entre l'homme et la nature.
A l'occasion d'un huis-clos, très « Festen », une famille se retrouve sur les restes de ce qu'ils ont été – les comptes ne se règlent plus, c'est trop tard, car le père coupable est mort – et la famille n'est pas un rempart mais une prison.
L'histoire du roman se déroule sur plusieurs générations dans une ferme isolée située dans le Sud-Ouest de la France. le récit commence au XIXe siècle avec le portrait d'une famille vivant de la production de sel, activité qui rythme la vie des personnages. del Amo dépeint habilement la vie difficile des paysans, leur lutte contre la nature, et la manière dont le travail manuel et l'isolement ont façonné leur existence – et l'abnégation de la survie m'a rappelé « Les travailleurs de la mer » de Victor Hugo.
Le style d'écriture de del Amo est à la fois cru et poétique, utilisant une prose dense pour décrire la dureté de la vie rurale et les aspects les plus primitifs de l'existence humaine. L'auteur explore également la dimension animale de l'homme, faisant écho aux instincts brutaux et aux cycles de vie et de mort qui régissent la nature – déjà à l'oeuvre dans son précédent opus « le règne animal. »
L'auteur aborde ici des thèmes universels tels que la mort, la cruauté et la souffrance, qui rendent, l'expérience de lecture, intense et bouleversante.
La construction du roman, divisée en plusieurs parties correspondant aux différentes époques et générations, permet de mieux comprendre l'évolution de la ferme, de la famille et des relations entre les personnages. del Amo réussit à créer un sentiment d'immersion totale dans le monde qu'il décrit, tout en suscitant des émotions complexes chez le lecteur.
Les sévices physiques et psychologiques subis par les protagonistes sont particulièrement saisissantes – Salo de Pasolini à l'échelle d'une famille, ce n'est pas rien – tant la cascade des cruautés humaines est ici à l'oeuvre.
"Le Sel" n'est pas une lecture facile. L'histoire est sombre, et de nombreuses scènes peuvent être dérangeantes, et parfois difficiles à lire en raison de leur réalisme.
"Le Sel" de Jean-Baptiste del Amo est un roman profond et marquant qui explore l'âme humaine. Sa prose dense et évocatrice des aspects sombres de l'existence se révèle captivante.
Si vous êtes prêt à plonger dans un récit profondément poignant et révélateur, et si vous êtes enclin à un certain pessimisme à la Dostoievski des Frères Karamasov – nous sommes au fond que des bêtes se prenant pour des hommes-, alors ----"Le Sel" pourrait être une lecture fascinante pour vous !
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
Les cloches de l’église Saint-Louis éparpillaient midi sur les hauteurs de Sète. Leur rondeur de métal vibrait dans la moiteur du port et sur les plages où les vagues s’ourlaient et chuintaient, drapaient les cris des enfants.

(C'est mauvais, hein ? Ma critique sur bibliolingus.over-blog.fr)
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Le matin, la mère a eu de fortes nausées et le père a tôt compris qu'elle était grosse. Alors l'a passée à tabac. Armando se souviendra de sa mère rampant au sol sous les coups tandis qu'il se terre avec Antonio et leurs soeurs dans un angle de la pièce. Les enfants, comme les petits d'une meute prédatrice, ont appris à suivre leur instinct de survie. Leurs corps s'emboîtent parfaitement.
Les poings fermés, lourds comme des pierres, s'abattent dans le silence de la pièce sur le bas-ventre et le sexe de sa mère et elle ne crie pas.
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Jonas a le pressentiment que Nadia ne luttera pas, et la potentialité de sa mort, nichée au cœur de ce jour d'été, est insoutenable. L'été. Aucune saison ne lui semble soudain plus redoutable. Les jours de désastre sont souvent les jours d'un soleil qui n'en fait paraître que plus impitoyable et d'une violence inouïe cette beauté figée par la lumière; cette cristallisation du monde où la mort et la débâcle se glissent, insidieuses, souveraines, et calmes, sûrement. Pourquoi, pense Jonas, faut-il que les choses que l'on croit acquises basculent soudain et nous confrontent à notre propre insignifiance?
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Louise avait accepté le jeu de séduction d'un homme qu'elle trouvait désormais, face à elle, insignifiant. Elle s'était prêtée à sa caresse et avait mis en péril la vie de son fils. Elle était salie par cette main, par le souvenir de son impression sur sa peau. Salie d'un adultère auquel jamais elle n'aurait supposé se prêter, avec un homme qui lui inspirait l'exact contraire de ce qu'elle devait aimer par-dessus tout. La peur, la rancœur et l'humiliation métamorphosaient la plage et le paysage dont elle avait cru percevoir la dimension poétique et infinie.
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On se fabrique des drames sans signification. C'est la propension humaine pour la tragédie.
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