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ISBN : 2864324067
Éditeur : Verdier (05/02/2004)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 19 notes)
Résumé :
Une vieille femme assise sur une chaise dans un parc. Elle attend. Le parc est celui de l'asile de Montdevergues, et l'homme qu'elle attend est son frère. Il s'appelle Paul Claudel. Elle, donc, serait Camille.

Trente années dans le parc, près d'Avignon. Présent, passé, tout se mêlerait dans la grande lumière de là-bas, et se rejoindrait. De l'amour et de la beauté. De la haine. De l'abandon. Et de ce que c'est que la fin des choses quand, de si près, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (4) Ajouter une critique
ATOS
  12 avril 2014
Voltaire : « ce monde est un grand Bedlam, où des fous enchaînent d'autres fous».
La robe bleue c'est le récit d'une mise au secret, d'une mise au tombeau.
Fous, folles, folie. Combien de mots tissent le linceul du génie.
Évidement hors norme. Évidement étrange. Évidement abondant.
Dépasser par la puissance qu'il contient. Submerger du dedans.
Un chagrin, une ombre, une parole, une absence suffit à fêler le plus pur cristal.
Nous n'étendons pas toujours ce vibrato qui provoque la fêlure.
Nous en sommes presque toujours tous ensemble les instrumentistes de cette fêlure.
Comment en songeant à cette femme assise devant le porche de cette maison, ne pas penser au coeur des agates ? Ces pierres que Roger Caillois nous a conté.
Ce coeur enfermé dans une gangue de pierre, là depuis la nuit des temps, et qui pour peu qu'il retrouve une chaleur extrême se remet à battre.
Un coeur pétrifié dans une gangue de pierre.
Elle aura eu le malheur de naître à une époque qui n'était pas la sienne.
Dans un monde qui n'était pas le sien.
Prisonnière d'un temps qui ne la reconnaissait pas, ne voulait pas la savoir.
Différents, ainsi nomme-t-on les fous.
Douce folie, folie furieuse.
La musique du fou répond le plus souvent à la violence des mains qui frappent contre sa porte.
Fille, soeur, voilà le malheur. Maîtresse, voilà le marteau qui portait ses coups contre son coeur.
Le bon ton, la bonne mesure, cela ne convient pas à ces âmes là. Étroitesse d'un homme qui cache sa défigure sous l'étiquette du maître, étroitesse d'une famille, d'une mère, d'une soeur, d'un frère.
Déniant qui elle était pour sauvegarder ce qu'ils espéraient pouvoir atteindre.
Étroitesse d'un siècle, d'une société. Qui ne voit en la femme qu'un ventre et qui lui refuse l'outil de sa main.
La mise au tombeau au nom d'une paix sociale, au nom de l'équilibre d'un monde qui allait basculer sa « bien- disante » saine raison dans deux guerres mondiale apocalyptiques.
Un mondé choqué par le corps, les bouches et les baisers d'un femme. Un monde choqué par la beauté d'un nu entre les mains d'une femme mais qui acceptera au son des ses tambours de produire des millions de corps mutilés, estropiés, démembrés, brûlés, pulvérisés.
La petite robe bleue a comme un parfum de fin du monde.
Un texte terrible comme leurs actes, un texte magnifique comme ce qu'elle sera toujours.
Astrid Shriqui Garain.
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Lencreuse
  15 juillet 2011
A partir d'une photo de vieille femme assise sur une chaise, Michèle Desbordes déroule le fil de l'attente. La photo a été prise en 1929 à Mondevergues, un asile psychiatrique du Vaucluse. La femme, c'est Camille Claudel. Celui qu'elle attend, c'est son frère Paul, son « petit Paul ». Depuis l'enfance, ces deux-là sont liés, inexorablement. Liés par un amour indéfectible, par leur envie d'aller croquer la vie autrement, ailleurs, loin des codes imposés par leur famille bourgeoise. Paul, c'est aussi le seul membre de la famille qui viendra visiter cette soeur internée lors de ces longues années à l'asile. Quand il peut, entre deux voyages, entre deux postes de consul ou d'ambassadeur. le reste du temps, Camille attend et Michèle Desbordes imagine cette attente plongeant dans le passé talentueux et tumultueux de la sculptrice.
La langue de Michèle Desbordes traduit à elle seule les journées monotones, l'attente continue, le vide des jours, l' « exil » de près de trente ans. L'auteur aborde aussi les souvenirs, ceux de l'enfance, d'étés lumineux, ceux de l'amour, du désir et de la rupture avec Rodin, l'enfermement ensuite dans l'atelier où Camille Claudel restait cloîtrée, le manque d'argent, le bruit infernal qui gêne les voisins, les enfermements dans le silence ou la grande volubilité, la chute lente dans la folie et le bruit des chevaux qui l'emportent vers l'asile de Ville-Evrard avant d'être transférée à Mondevergues. Il y est aussi question de création, du travail acharné, des splendeurs qui naissent de la puissante énergie créative de Camille Claudel.
Récit envoûtant, nourri de l'oeuvre, de la correspondance et de la vie de Camille Claudel, La robe bleue est aussi un récit imaginaire, celui des années d'enfermement. Un livre-hommage magnifique au plus près de Camille la femme, Camille la rebelle, Camille la talentueuse, Camille l'amoureuse, Camille la soeur, Camille la passionnée.
Lien : http://lencreuse.over-blog.com
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michelekastner
  01 mars 2015
Figée dans l'éternelle attente, assise sur une chaise dans le parc de l'asile de Montdevergues, Camille attend la venue hypothétique de son frère Paul,ce frère qu'elle a tant chéri. Résignée, après avoir longtemps lutté, abandonné de tous, la fougueuse jeune fille, passionnée, amoureuse intransigeante, déterminée et entière, s'est laissée dompter. Muette à présent, enfermée de longues années, cette force vivante ne vit plus que de souvenirs. Michèle Desbordes fait revivre avec force cette femme qui s'est donnée corps et âme à ses passions qui l'ont dévorée et consumée. Comme tous les écrits de Michèle Desbordes, celui-ci est lumineux et bouleversant.
Ecrivain de l'intime, du questionnement, du retour vers les années d'enfance, celle qui ont blessé, les traces indélébiles, elle fouille la mémoire, les souvenirs sous la forme d'un long cheminement, elle va chercher au plus profond ce qui lui tient à coeur et la bouleverse, les drames qui jalonnent l'existence.
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Norlane
  10 juillet 2017
Dans une langue aux longues phrases, peu ponctuées, et maniant la répétition, Michèle Desbordes nous immerge dans les pensées et souvenirs de Camille Claudel, internée et en attente de la venue de son frère. L'imaginaire s'appuie sur les correspondances et quelques photos, la poésie fait le reste. Est-ce possible d'accéder à ce livre sans rien connaitre de l'histoire de Camille, Rodin et Paul ? J'ai aimé avoir des images, des repères, pour ne pas me perdre complètement dans l'écriture. Il me semble que c'est un livre de retrouvailles avec un personnage, plus que de découverte.
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Citations & extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
michelekastnermichelekastner   03 février 2015
Et cela avait duré quelques années qu'elle avait comptées et recomptées et durant lesquelles, lettre après lettre, elle avait demandé que sa mère prit le rapide et vînt la voir, la sortît de chez ces fous où elle dépérissait, et la mère était morte sans jamais prendre le rapide ou quoi que ce fût d'autre pour aller là-bas, ni rien dire que ce qu'elle disait depuis le commencement, à savoir que tout n'était qu'habitude et qu'avec le temps on se faisait à tout, oui un jour elle finirait bien, elle Camille, par se faire à cela, cette maison, cet éloignement, et à ce moment-là elle avait plus de soixante ans, non pas la mère mais la fille, elle en avait même bientôt soixante-dix, et disait qu'elle ne pouvait oublier, si bien qu'un jour elle ne demandait plus rien, et s'asseyait là sur ces chaises d'où elle ne bougeait plus, vieille, si vieille que lorsqu'il venait il peinait à la reconnaître.
Oui, ce jour inconnu d'elle, où malgré les suppliques, les plaintes et les reproches, sans même savoir elle renonçait, ce jour qui, d'une invisible ligne, d'une invisible frontière, une dernière fois marquait le temps d'avant et le temps d'après, l'impossible, douloureux partage, et le dernier de tous. Le jour venait où elle n'avait plus rien à dire ni demander, où la révolte, la colère n'avaient plus même de sens, ce jour-là venait, et alors n'était-elle pas là, enfermée et repentante, et soumise comme il désirait qu'elle fût, sans plus rien à faire qu'il eût à réprouver, avec, écrivait-il dans ses livres, cette figure claire et dessinée devant lui comme un plan d'église, bien calculée avec la règle et le compas ?
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michelekastnermichelekastner   03 février 2015
Car ce ne serait pas cette robe qu'on a dite, et qu'on voit sur les photographies, la robe triste et morne qu'elle revêt les jours qu'elle veut paraître bien mise, ce ne serait pas cette robe-là de vieille proprette et bien mise avec ses rayures pâles dans le sombre de l'étoffe, ce serait une autre, et qu'il ne lui aurait jamais vue, bleue comme ses yeux, bleue comme la mer où ils sont ce jour-là, une robe longue et bleue, si légère dans le vent, qu'elle lui paraît d'un autre temps, une robe comme autrefois lui semble-t-il, et d'un coton, d'une toile qui dit le radieux d'un jour d'été, une étoffe qui se lève dans le vent, légère bat les chevilles, et parfois d'un grand mouvement vole autour d'elle. Un calicot, une étamine bleue. Une toile douce où passe l'air, la brise du bord de l'eau.
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ivredelivresivredelivres   22 février 2014
les cèdres et les tamaris dont on sentait les parfums sur toute la colline, et s’il faisait beau ils partaient sur les allées et marchaient dans le parc, parfois même sur les sentiers qu’il y avait après les pavillons, ils marchaient ensemble comme autrefois, foulant les broussailles et les petites garrigues, les odeurs très chaudes, et s’arrêtant pour reprendre souffle ils contemplaient les Alpes et le Lubéron.
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michelekastnermichelekastner   03 février 2015
Elle ne savait plus avec qui elle se rendait à la mer cette année-là, ni lequel des deux la photographiait sur la plage de sable clair, elle se souvenait seulement qu'elle prenait le train pour la mer, elle se souvenait d'ivresse et de bonheur, et de ces deux hommes-là qu'elle aimait, ne faisait qu'aimer, les revoyant chacun d'eux, le frère, l'amant, comment savoir, quand elle pensait à l'un elle pensait à l'autre, consentante ou indécise, mais toujours revenant à cette force, cet amour de grief et de colère contre quoi elle ne pouvait rien, si ce n'est parfois le rejeter et dire que tout était fini, comme finissait, s'enfouissait dans le passé - et si cruellement que c'était mourir - cela même qu'elle désirait et rêvait, et chaque jour donnait le bonheur, oui lorsque cela qui donnait le bonheur ne pouvait jamais que basculer dans d'incommensurables, douloureux abîmes.
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ivredelivresivredelivres   22 février 2014
Ainsi la trouvait-il quand il arrivait, à l’ombre des chênes où elle s’installait pour le voir franchir les grilles et pénétrer dans la cour, la petite place aux platanes où il prenait l’allée du haut, le chemin de terre et de pierres qui bientôt s’étrécissait jusqu’à devenir l’étroit raidillon sous les arbres
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Video de Michèle Desbordes (2) Voir plusAjouter une vidéo

Ecrits intimes : Michèle Desbordes : La Robe bleue
Olivier BARROT présente "La Robe bleue", de Michèle DESBORDES. Elle y relate l'ascension et la chute de Camille Claudel.Lecture d'un passage du livre par Jacques BONNAFFE.Musique classique en fonds sonore (non identifiée)Lieu de tournage : Cabourg, Calvados
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