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EAN : 9782070388813
132 pages
Éditeur : Gallimard (11/05/1994)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 89 notes)
Résumé :
"Cette inconnue, qui donc est-elle ?

Une vision, elle-même porteuse, semeuse de visions. Une vision avare de ses apparitions. Elle ne s'est montrée que peu de fois, et toujours très brièvement. Mais chaque fois sa présence fut extrême.

Une vision liée à un lieu, émanée des pierres d'une ville. Sa ville, - Prague. Jamais elle n'a paru ailleurs, bien que certainement elle en ait le pouvoir.

Cette femme n'a ni nom, ni âge, n... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
manU17
  23 décembre 2013
La Pleurante des rues de Prague, c'est une silhouette claudicante qui apparait furtivement au hasard d'une rue, le long d'une usine désaffectée ou derrière un réverbère mais jamais là où on pourrait l'attendre. D'elle, on ne sait rien. Juste une grande femme à l'allure étrange et imposante, à l'apparence indéterminée, revêtue de loques immondes, de hardes informes comme pour mieux se dissimuler aux regards environnants.
« Car ce n'était pas elle, non, pas elle seule qui geignait et pleurait de la sorte. C'était la ville entière, la ville et ses faubourgs, et au-delà encore. C'était la terre, des vivants et des morts. »
La Pleurante des rues de Prague, elle apparait subrepticement comme une brise, comme un souffle, comme un râle. Elle transporte avec elle la douleur, la peur, les cris, la souffrance de ces femmes et de ses hommes, de toutes ces petites gens qui ont souffert sur l'autel de l'Histoire. Elle est la somme de toutes les peurs, la somme de toutes les douleurs, de toutes ces terreurs inexprimées.
« Les amants délaissés rasaient les murs, le front baissé, les lèvres closes, bleuies de froid. Nul ne les remarquait, - on est si fade quand on chute au profond du malheur qu'on en devient insignifiant. »
La Pleurante des rues de Prague, ce sont douze apparitions, douze évocations fantomatiques, comme douze heures qui défilent sur le cadran d'une vielle horloge, comme douze mois qui s'égrènent sur un vieil almanach.
La Pleurante des rues de Prague, elle surgit de l'encre de la plume de l'auteur, se faufile en les mots, se glisse entre les pages, s'insinue en vous, elle vous hante.
« C'est du livre, qu'elle est sortie, tout simplement. Ni de la ville ni du visible, mais du livre. Elle y est pourtant si peu entrée dans le livre, elle y a si peu séjourné. Quelques visites, quelques images. Visites brèves, images inachevées. »
La Pleurante des rues de Prague, c'est du lyrisme et de la poésie au service d'une lecture envoutante, une expérience de lecture unique, un voyage, un songe au coeur du vieux Prague, « Praha »…
Il faut lire Sylvie Germain.

Lien : http://bouquins-de-poches-en..
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lectuur
  27 mars 2020
Seule dans les rues de ma ville que j'arpente pour acheter l'essentiel des repas, je me sens suivie. Je me retourne, je regarde dans toutes les directions, personne !
Pourtant, je l'entends ce bruit de pas claudicants, et puis ces sanglots doux murmurant des mots venant des temps lointains. Un gémissement qui implore le vécu des milliers et des milliers de sacrifiés.
Oh ! Ça y est....je la vois !
J'aperçois une forme, je pense d'abord à un hologramme, mais non, c'est une femme immense habillée d'une robe de bure usée, son visage à peine voilé ne laisse apparaître aucune colère, haine, rancune.
Elle flotte dans l'air, écoute les supplications de ces mains tendues vers elle, comme si elle pouvait changer le cours de l'histoire.
Elle ne ressemble pas à un fantôme, elle reconnaît le passé avec son torrent de larmes.
Elle est le témoin de tant d'horreurs qu'elle pleure, pleure, pleure pour qu'on se souvienne de la souffrance infligée par ceux qui ont eu et qui détiennent le pouvoir.
Alors je m'approche d'elle, bouche bée, je n'ose pas lui parler, elle vient de prendre dans ses bras la ville en la soulevant délicatement et la berce comme j'ai bercé mon fils. Cette tendresse donne simultanément à la ville une légèreté insoupçonnée. Dans l'instant l'inattendu se produit, les caresses par le chant qui sort de son corps me pénètrent , pétrifiée je la regarde flotter, puis elle s'éloigne de moi.
Hé ! Madame...par pitié Madame ...regardez-nous, voyez ce que la mondialisation a fait de nous !
Ne partez pas, donnez-moi l'espoir que la vie changera après cette catastrophe que nous subissons ! Elle se tourne vers moi.
Mais vous pleurez Madame, vos yeux scintillent comme des étoiles.
"Elle est sortie du livre ; nulle page pour elle désormais. L'encre s'efface jusqu'à la transparence. Mais toujours la voici, elle, la Pleurante des rues de Prague et de tous les chemins du monde.
La voici."
Merci Sylvie Germain, votre oeuvre écrite en 1991 est plus que jamais d'actualité, événement inouï largement fourni par notre orgueil et notre quête d'en vouloir toujours et toujours plus.....
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zorazur
  26 février 2012
C'est beau, c'est triste, c'est subtil. Cette femme qui hante les rues de Prague et qui porte en elle toutes les souffrances du monde, cette femme c'est moi, c'est vous, c'est l'enfant assassiné, c'est l'amant abandonné, ce sont tous les hommes exterminés depuis la nuit des temps pour leur différence.
Mais la véritable magie de ce livre pourrait-elle fonctionner si l'on n'était pas à Prague ? "Prague ne vous lâchera jamais, cette petite mère a des griffes", écrivait Kafka. Je suis persuadée qu'il aurait été impossible à l'auteur d'écrire "La pleurante des rues de Paris", ou "La pleurante des rues de Rome", ou pire encore "La pleurante des rues de New York". Imaginez un peu, New York !!! Ici çà marche parce que c'est Prague, et que Prague entre toutes les villes est la plus mystérieuse, la plus secrète, la plus opaque. La plus belle aussi, mais çà c'est mon opinion personnelle.
Et çà marche encore mieux quand le lecteur connait Prague : quand il situe dans chaque rue, chaque quartier, à chaque moment de la journée, le passage de l'ombre mystérieuse. Quand un léger brouillard monte du fleuve, quand l'obscurité envahit les ruelles, quand la nuit profonde règne, quand une lueur d'espoir apparait. Je dirais même que la magie de ce livre ne peut fonctionner à fond que pour un lecteur véritablement amoureux de Prague, et ce n'est pas un hasard si la Pleurante ne peut apparaitre que dans cette ville.
Mais pour qui connait Prague, comment ne pas en tomber amoureux ?
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nadejda
  23 novembre 2010
Ce livre ne me quitte pas. Je l'ai lu et relu et c'est à chaque fois une redécouverte et un bouleversement. Il est magique comme la ville qui lui sert d'écrin.
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JimmyCz
  02 mars 2014
Alors comment dire sans paraître excessif ? Allez au diable l'excès Sylvie Germain est devenue ma romancière française préférée avec Boris Vian. Ce n'est certes pas le même style mais ils ont deux points en commun selon moi : l'amour de la langue française, et le génie de raconter une histoire.
En fait Sylvie Germain nous narre des photographies, des instants poétiques où se mêlent le lyrisme et mysticisme d'un côté et histoire et psychologie de l'autre.
Grâce à son talent, son écriture met davantage en exergue la beauté des paysages et des situations que si nous en étions directement spectateurs. C'est exceptionnel chez un écrivain de parvenir à nous faire souhaiter d'être loin d'une scène décrite pour en comprendre toute la beauté. Nous suivons donc les manifestations de la Géante sorte d'alter égo du Golem de Prague qui s'oppose à lui par La réception de toutes les émotions de la ville mais également parce qu'elle incarne le monde tchèque dans toute sa complexité au contraire du Golem créature sans poésie ni sentiments. La Géante est une allégorie de la souffrance qui passe et qui revient. Nous ne pouvons la lier qu'au réel personnage principal, la ville, Prague dont je suis éperdument amoureux et donc extrêmement exigeant lorsqu'il s'agit de la conter. Merci donc Madame Germain j'ai revu les places, les trottoirs, les pavés, les bâtiments, l'atmosphère, les émotions, j'ai tout revu grâce à vous sans pouvoir voyager autrement que par vos lignes. En un instant j'étais à nouveau chez moi et cela fait beaucoup de bien.
Je reviens sur la qualité de l'écriture qui est remarquable avec un vocabulaire riche mais pas précieux, une construction de phrases musicales mais pas académique, et une construction narrative rigoureuse mais pas rigide. Que de chaleur dans ce semblant d'austérité qui finalement ne trompe pas. C'est un livre français qui pourrait très bien être écrit par un tchèque et c'est bien là le plus bel éloge que l'on puisse faire à Sylvie Germain. Car s'aventurer dans Prague est un exercice périlleux pour n'importe quel écrivain étranger.
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Citations et extraits (42) Voir plus Ajouter une citation
michelekastnermichelekastner   06 octobre 2014
Et la peau de l'Histoire n'en finit pas de se couvrir de telles fleurs, de se crevasser de chancres de honte et d'injustices, de regards et de bouches d'enfants ouverts comme des plaies sur un monde qui les nie et les tue. Et cela dure depuis les origines, à travers toute la terre.
Le corps de l'Histoire est semblable à celui d'un noyé qui aurait séjourné longtemps au fond de la mer, et dont la chair dévorée se serait incrustée d'innombrables coquillages, d'algues, de coraux et de fleurs sous-marines. Et plus la chair est dévorée, plus prolifèrent les coquillages, les fleurs de nacre, les concrétions de larmes et de sang. Et plus la chair est tourmentée, mutilée, plus s'ouvrent dans ses blessures des myriades d'yeux et de bouches béants. Car' quoi qu'en pensent les maîtres et les puissants du monde, ce sont moins eux qui font l'Histoire que tous les petits, tous ces Très-Bas anonymes qui ont enduré, pâti l'Histoire, et en sont morts comme meurent les noyés, tout à la fois arrachés à leur séjour sur la terre, à la beauté de la terre, et à l'espace du ciel, de la lumière, du vent.
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manU17manU17   14 décembre 2013
Qui donc pleurait en elle ?

Car ce n'était pas elle, non, pas elle seule qui geignait et pleurait de la sorte. C'était la ville entière, la ville et ses faubourgs, et au-delà encore. C'était la terre, des vivants et des morts.
Cette femme à la démarche disgracieuse, à la carrure monumentale, n'était pas de chair et de sang, - mais de larmes, rien que de larmes. Elle n'était pas née d'une femme, mais de la douleur de tous et de toutes.
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AquinERAquinER   05 juin 2014
On le croyait nôtre, inséparable, d'une indéfectible complicité, ce corps second. On se leurrait. Le voilà qui s'en va, nous renie, nous oublie. Et la douleur pénètre dans chaque pore de la peau, elle s'insinue partout, et la raison, que l'on tâche pourtant d'endurcir, éclate, s'effrite. La raison ne veut plus rien entendre, c'est l'épouvante. On se heurte à l'absence de l'autre, on ne sait plus où aller, où se cacher, où fuir. On s'humilie, on se surprend à épier, éperdument, sa silhouette dans la rue, dans la foule, à sursauter au moindre bruit, comme s'il s'en revenait ; tous les pas sont ses pas. Mais lui, elle, marche ailleurs, si loin de nous, indifférent. On l'accuse, le maudit, l'injurie, mais le pardon déjà se trame au fond de nous. On voudrait mourir, mais on perdure, tendu dans le désir fou de le revoir. Encore une fois, juste une fois, rien qu'une fois. On le hait, mais on l'appelle avec l'immense patience, et douleur et amour des prophètes rappelant leur peuple frivole à la fidélité. On se moque, on médit de l'infidèle, - on blasphème, mais un mendiant recroquevillé au fond de nous lui tend la main, l'implore.
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wellibus2wellibus2   24 juillet 2016
Ces fleurs peintes dans la pénombre d'un sous-sol au-dessus du lit d'une enfant privée de tout.......
Car ces fleurs-là, ces fleurs de pauvres, de déchus, ces perce-neige, ces perce-pierre, ces perce-faim, ces nuageuses roses de cave, c'est sur la peau de l'Histoire qu'elles ont fleuri, à l'ombre de la guerre et de la haine, et c'est à la face des hommes qu'elles continuent de s'épanouir, d'exhaler leur odeur de froid, de sueur de sang et de larmes dans les replis de leur mémoire.
Si tant est que nous ayons mémoire, et, surtout, que nous fassions mémoire.
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michelekastnermichelekastner   06 octobre 2014
C'était comme un bruit d'eau, - mais si ténu, infime. Ainsi susurrent les sources souterraines, les eaux encloses au fond des gouffres, dans la pénombre, le froid. Eaux invisibles qui suintent au creux des roches millénaires et qui déploient d'étranges résonances dans l'immensité du silence et du vide.
C'était un pleurement très bas, un sanglot retenu d'une infinie douceur.
Quelle douleur pleurait ainsi en elle ?
Car il semblai que quelque chose pleurât en elle, et non pas qu'elle-même versât des larmes. Peut-être bien d'ailleurs n'en versait-elle aucune. L'humide chuchotis sourdait du dedans de son corps, comme si l'inaudible rumeur du sang qui coule dans la chair, ou le tremblement de sa peau ? Mais sous l'effet de quelle peine ?
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