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EAN : 9782070388813
132 pages
Gallimard (11/05/1994)
3.88/5   99 notes
Résumé :
"Cette inconnue, qui donc est-elle ?

Une vision, elle-même porteuse, semeuse de visions. Une vision avare de ses apparitions. Elle ne s'est montrée que peu de fois, et toujours très brièvement. Mais chaque fois sa présence fut extrême.

Une vision liée à un lieu, émanée des pierres d'une ville. Sa ville, - Prague. Jamais elle n'a paru ailleurs, bien que certainement elle en ait le pouvoir.

Cette femme n'a ni nom, ni âge, n... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
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Dandine
  17 décembre 2021
Ce livre est un kaddish.
Pas le kaddish que recitent les hommes juifs endeuilles.
Ce kaddish est declame par une femme, non juive, une “gentil".
Pas le kaddish traditionnel sanctifiant le nom de Dieu: “Magnifie et sanctifie soit le Grand Nom dans le monde qu'il a cree selon sa volonte etc.”
Pas son pendant chretien: “Notre pere qui es aux cieux que ton nom soit sanctifie etc.”.
Un kaddish laic qui s'en prend aux cieux aveugles aux souffrances des hommes, aux cieux sourds a leurs cris.
Pas un kaddish particulier dit pour un pere ou une mere disparus.
Un kaddish elargi aux disparus d'ici et d'ailleurs, d'hier d'aujourd'hui et de demain. Les miens et les tiens. Les notres.
Un kaddish elargi aux souffrants et aux souffrantes, pendant leurs vies et apres leurs morts.
Un kaddish elargi aux pensees des souffrants.
Un kaddish elargi aux textes des souffrants.
Un kaddish pour l'ecrivain Bruno Schulz tue d'une balle dans le dos au ghetto de Drohovycz; pour Franta Bass, un gosse qui ecrivait de petits poemes a Terezin, le ghetto-modele de triste memoire; pour le pere de l'autrice, mort a Paris dans le quartier d'Auteuil; pour Sarah, la fillette hebetee par la faim et la misere, que photographia en Galicie Roman Vischniak; pour Saint Jean Nepomucene, torture et noye pour s'etre oppose a un empereur; pour le heros de la nouvelle de Kafka: “A cheval sur le seau a charbon”, qui vole sur son seau vide: “derriere moi le poele impitoyable, devant moi le ciel qui ne l'est pas moins”; pour les amants abandonnes, pour les amantes desertees; pour les maisons delabrees, les quartiers degrades et les gens qui y habitent; pour tous les hommes, “jusqu'a l'homme denomme et dechu pour avoir trop bafoue, trahi, meurtri ceux de sa race, race unique a travers toute la terre”.
Un kaddish recite a Prague. Chante en deambulant a travers ses quartiers. Un kaddish-poeme. Qui sied a Prague, ville-poeme.
J'ai lu ce texte poetique, ce poeme-kaddish, incite par Lectuur. Je la remercie.
Je l'ai lu assis, chez moi, a la lumiere d'une lampe. J'aimerais pouvoir le relire debout, a Prague, devant l'Altneuschule, la synagogue Vieille-Nouvelle. Une synagogue aujourd'hui a demi enfoncee par rapport a la chaussee. La synagogue qu'evoquait Jiri Weil, sans la nommer, dans Vivre avec une etoile, quand, pour une fois reuni avec les restants de sa communaute, il murmurait: “Des profondeurs je t'invoque, O Eternel!”
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manU17
  23 décembre 2013
La Pleurante des rues de Prague, c'est une silhouette claudicante qui apparait furtivement au hasard d'une rue, le long d'une usine désaffectée ou derrière un réverbère mais jamais là où on pourrait l'attendre. D'elle, on ne sait rien. Juste une grande femme à l'allure étrange et imposante, à l'apparence indéterminée, revêtue de loques immondes, de hardes informes comme pour mieux se dissimuler aux regards environnants.
« Car ce n'était pas elle, non, pas elle seule qui geignait et pleurait de la sorte. C'était la ville entière, la ville et ses faubourgs, et au-delà encore. C'était la terre, des vivants et des morts. »
La Pleurante des rues de Prague, elle apparait subrepticement comme une brise, comme un souffle, comme un râle. Elle transporte avec elle la douleur, la peur, les cris, la souffrance de ces femmes et de ses hommes, de toutes ces petites gens qui ont souffert sur l'autel de l'Histoire. Elle est la somme de toutes les peurs, la somme de toutes les douleurs, de toutes ces terreurs inexprimées.
« Les amants délaissés rasaient les murs, le front baissé, les lèvres closes, bleuies de froid. Nul ne les remarquait, - on est si fade quand on chute au profond du malheur qu'on en devient insignifiant. »
La Pleurante des rues de Prague, ce sont douze apparitions, douze évocations fantomatiques, comme douze heures qui défilent sur le cadran d'une vielle horloge, comme douze mois qui s'égrènent sur un vieil almanach.
La Pleurante des rues de Prague, elle surgit de l'encre de la plume de l'auteur, se faufile en les mots, se glisse entre les pages, s'insinue en vous, elle vous hante.
« C'est du livre, qu'elle est sortie, tout simplement. Ni de la ville ni du visible, mais du livre. Elle y est pourtant si peu entrée dans le livre, elle y a si peu séjourné. Quelques visites, quelques images. Visites brèves, images inachevées. »
La Pleurante des rues de Prague, c'est du lyrisme et de la poésie au service d'une lecture envoutante, une expérience de lecture unique, un voyage, un songe au coeur du vieux Prague, « Praha »…
Il faut lire Sylvie Germain.

Lien : http://bouquins-de-poches-en..
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jeunejane
  11 juin 2021
Une grande créature quasi surnaturelle déambule,mais pas de façon permanente dans les rues de Prague. Elle est géante, à cause de l'ombre qu'elle projette ? géante, en rapport avec les monts des géants qui entourent la ville ?
Elle est aussi surnommée la pleurante mais ce n'est pas elle qui pleure, c'est la ville qui a connu tant de malheurs.
Un des passages, les plus marquants est la description en plusieurs parties de l'accoutrement de la dame : ses vêtements de pauvresse, son boitillement assez prononcé, sa marche glissante, l'absence de couleurs.
Elle n'est à aucun moment effrayante mais répand une atmosphère envoûtante.
Elle apparaît à douze reprises dans des lieux tous différents.
L'écriture est présentée sous forme de prose mais tellement poétique et onirique.
De nombreux lecteurs ont affirmé qu'il fallait connaître la ville pour apprécier le livre. Sans doute. Je ne connais pas Prague mais bien son Histoire, surtout au moment du bloc de l'est et du printemps de Prague.
Le mot " encre" revient tellement qu'on finit par comprendre que le personnage est sorti du livre.
Quand je l'ai lu pour la première fois, allez savoir ce qui m'est passé en tête, j'ai eu l'impression que j'étais dans les rues avec "Le bon gros géant" de Roald Dahl mais rien que le début car les livres ont pris chacun leur chemin.
Sylvie Germain a écrit le livre en 1992.
Je le garde avec "La chanson des mal aimants"
Un passage sera lu lors de la finale de lecture à voix haute de la grande librairie le 17 juin. Je le garde bien en vue pour ce jour-là.
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zorazur
  26 février 2012
C'est beau, c'est triste, c'est subtil. Cette femme qui hante les rues de Prague et qui porte en elle toutes les souffrances du monde, cette femme c'est moi, c'est vous, c'est l'enfant assassiné, c'est l'amant abandonné, ce sont tous les hommes exterminés depuis la nuit des temps pour leur différence.
Mais la véritable magie de ce livre pourrait-elle fonctionner si l'on n'était pas à Prague ? "Prague ne vous lâchera jamais, cette petite mère a des griffes", écrivait Kafka. Je suis persuadée qu'il aurait été impossible à l'auteur d'écrire "La pleurante des rues de Paris", ou "La pleurante des rues de Rome", ou pire encore "La pleurante des rues de New York". Imaginez un peu, New York !!! Ici çà marche parce que c'est Prague, et que Prague entre toutes les villes est la plus mystérieuse, la plus secrète, la plus opaque. La plus belle aussi, mais çà c'est mon opinion personnelle.
Et çà marche encore mieux quand le lecteur connait Prague : quand il situe dans chaque rue, chaque quartier, à chaque moment de la journée, le passage de l'ombre mystérieuse. Quand un léger brouillard monte du fleuve, quand l'obscurité envahit les ruelles, quand la nuit profonde règne, quand une lueur d'espoir apparait. Je dirais même que la magie de ce livre ne peut fonctionner à fond que pour un lecteur véritablement amoureux de Prague, et ce n'est pas un hasard si la Pleurante ne peut apparaitre que dans cette ville.
Mais pour qui connait Prague, comment ne pas en tomber amoureux ?
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nadejda
  23 novembre 2010
Ce livre ne me quitte pas. Je l'ai lu et relu et c'est à chaque fois une redécouverte et un bouleversement. Il est magique comme la ville qui lui sert d'écrin.
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Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
michelekastnermichelekastner   06 octobre 2014
Et la peau de l'Histoire n'en finit pas de se couvrir de telles fleurs, de se crevasser de chancres de honte et d'injustices, de regards et de bouches d'enfants ouverts comme des plaies sur un monde qui les nie et les tue. Et cela dure depuis les origines, à travers toute la terre.
Le corps de l'Histoire est semblable à celui d'un noyé qui aurait séjourné longtemps au fond de la mer, et dont la chair dévorée se serait incrustée d'innombrables coquillages, d'algues, de coraux et de fleurs sous-marines. Et plus la chair est dévorée, plus prolifèrent les coquillages, les fleurs de nacre, les concrétions de larmes et de sang. Et plus la chair est tourmentée, mutilée, plus s'ouvrent dans ses blessures des myriades d'yeux et de bouches béants. Car' quoi qu'en pensent les maîtres et les puissants du monde, ce sont moins eux qui font l'Histoire que tous les petits, tous ces Très-Bas anonymes qui ont enduré, pâti l'Histoire, et en sont morts comme meurent les noyés, tout à la fois arrachés à leur séjour sur la terre, à la beauté de la terre, et à l'espace du ciel, de la lumière, du vent.
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manU17manU17   14 décembre 2013
Qui donc pleurait en elle ?

Car ce n'était pas elle, non, pas elle seule qui geignait et pleurait de la sorte. C'était la ville entière, la ville et ses faubourgs, et au-delà encore. C'était la terre, des vivants et des morts.
Cette femme à la démarche disgracieuse, à la carrure monumentale, n'était pas de chair et de sang, - mais de larmes, rien que de larmes. Elle n'était pas née d'une femme, mais de la douleur de tous et de toutes.
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lectuurlectuur   24 mars 2020
Elle est ainsi, la géante au pied boiteux, la Pleurante des rues de Prague, elle porte dans les plis de ses hardes couleur de terre et de muraille des noms, des visages et des voix par milliers et milliers.
Elle recèle tant de noms dans les replis de sa robe effilochée qu'ils pourraient, tous ces noms, former un peuple. Comme les noms gravés sur les murs des mémoriaux.
Elle retient le timbre de chaque voix, -- toutes ces voix qui susurrent dans l'ombre de ses plis et s'en échappent par instants, une à une, ainsi que des abeilles se détachant d'un essaim pour s'en aller voleter dans la lumière du jour.
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AquinERAquinER   05 juin 2014
On le croyait nôtre, inséparable, d'une indéfectible complicité, ce corps second. On se leurrait. Le voilà qui s'en va, nous renie, nous oublie. Et la douleur pénètre dans chaque pore de la peau, elle s'insinue partout, et la raison, que l'on tâche pourtant d'endurcir, éclate, s'effrite. La raison ne veut plus rien entendre, c'est l'épouvante. On se heurte à l'absence de l'autre, on ne sait plus où aller, où se cacher, où fuir. On s'humilie, on se surprend à épier, éperdument, sa silhouette dans la rue, dans la foule, à sursauter au moindre bruit, comme s'il s'en revenait ; tous les pas sont ses pas. Mais lui, elle, marche ailleurs, si loin de nous, indifférent. On l'accuse, le maudit, l'injurie, mais le pardon déjà se trame au fond de nous. On voudrait mourir, mais on perdure, tendu dans le désir fou de le revoir. Encore une fois, juste une fois, rien qu'une fois. On le hait, mais on l'appelle avec l'immense patience, et douleur et amour des prophètes rappelant leur peuple frivole à la fidélité. On se moque, on médit de l'infidèle, - on blasphème, mais un mendiant recroquevillé au fond de nous lui tend la main, l'implore.
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wellibus2wellibus2   24 juillet 2016
Ces fleurs peintes dans la pénombre d'un sous-sol au-dessus du lit d'une enfant privée de tout.......
Car ces fleurs-là, ces fleurs de pauvres, de déchus, ces perce-neige, ces perce-pierre, ces perce-faim, ces nuageuses roses de cave, c'est sur la peau de l'Histoire qu'elles ont fleuri, à l'ombre de la guerre et de la haine, et c'est à la face des hommes qu'elles continuent de s'épanouir, d'exhaler leur odeur de froid, de sueur de sang et de larmes dans les replis de leur mémoire.
Si tant est que nous ayons mémoire, et, surtout, que nous fassions mémoire.
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Vidéo de Sylvie Germain
En mars 2020, nos propres portes se referment sur nous pour des mois. La première vague du coronavirus nous force à nous confiner. Isolée, Sylvie Germain compose « Brèves de solitude », roman polyphonique où le temps de la fiction entre en coïncidence avec celui de la réalité. Enfermés à Paris, les multiples personnages de la romancière font l'épreuve de la séparation de leurs proches et découvrent peu à peu celles et ceux avec lesquels ils vivaient jusqu'ici juxtaposés. Leur solitude est l'occasion d'une exploration intérieure, jusqu'à une apothéose lunaire.
Le livre audio « Brèves de solitude », lu par son autrice, est disponible en numérique depuis le 2 juin 2021. Vous pourrez le retrouver en librairie au format CD MP3 le 17 juin 2021.
Le texte imprimé a paru en 2021, aux éditions Albin Michel.
Direction artistique : Francesca Isidori.
Pour les virgules sonores, merci à Vincent Henquinet du studio EURODVD.
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