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EAN : 9782707310675
155 pages
Éditeur : Editions de Minuit (01/11/1986)

Note moyenne : 3.56/5 (sur 154 notes)
Résumé :
Une jeune femme au corps long et souple, un homme élégant, grand lui aussi. Ils se rencontrent ce soir-là dans un café de la station balnéaire. Il est désespéré, à cause de quelqu’un qu’il a vu par hasard le jour même, qui était celui qu’il attendait depuis toujours et qu’il voulait revoir coûte que coûte : un jeune étranger aux yeux bleus cheveux noirs. “ Quelle coïncidence ”, dit-elle.

Il demande à la jeune femme de venir dormir à son côté, dans la ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
chroniquesassidues
  02 septembre 2011
Lors d'une soirée d'été, un homme "élégant, mince et grand", aperçoit, dans le hall d'un hôtel, un jeune étranger qui a "le teint blanc des amants. Les cheveux noirs.". Ce dernier rejoint une femme, les cheveux noirs aussi. Tous deux disparaissent sur la plage, sous les yeux de l'homme, qui se met à pleurer "comme les gens désespérés dans le cinéma triste". Plus tard dans la soirée, cet homme retrouve dans un café la même jeune femme, sans la reconnaître. Il lui propose de la payer pour qu'elle vienne chez lui, dormir à ses côtés mais sans la toucher. Elle accepte et chaque soir à la même heure, vient se coucher auprès de l'homme. Dans cette chambre, tous deux vont pleurer le même homme, celui qu'elle a aimé quelques temps, celui qu'il a aimé en un instant fugace.
Les yeux bleus cheveux noirs, publié en 1986 aux éditions de Minuit, est une adaptation théâtrale de la Maladie de la mort, paru en 1982. Comme une pièce de théâtre, il est parsemé d'indications scéniques, dans lesquelles des acteurs lisent le texte, regardent tour à tour les deux héros et le public. L'action se déroule principalement dans une chambre, dans la maison de l'homme, où trône un lit, dans lequel les héros passeront plusieurs nuits à dormir, parler, se regarder... Dans ce huis-clos, deux solitudes se rencontrent et remplissent la scène de leur désespoir, leurs cris, leurs états-d'âme, leurs caresses sensuelles.
"La salle serait dans le noir, dirait l'acteur. La pièce commencerait sans cesse. A chaque phrase, à chaque mot.
Les acteurs pourraient ne pas être des acteurs de théâtre. Ils devraient toujours lire le livre à voix haute et claire, se tenir de toutes leurs forces exempts de toute mémoire de l'avoir jamais lu, dans la conviction de n'en connaître rien, et cela chaque soir.
Les deux héros de l'histoire occuperaient la place centrale de la scène près de la rampe. Il ferait toujours une lumière indécise, sauf à cet endroit du lieu des héros où la lumière serait violente et égale. Autour, les formes vêtues de blanc qui tournent." (p.49-50)
Il est question de trois personnages : l'homme, la femme et l'étranger aux yeux bleus et cheveux noirs. Depuis qu'il l'a aperçu, l'homme se consume de désir pour le jeune étranger et retrouve chez la jeune femme, les mêmes yeux. Mais il est incapable de la désirer, incapable de désirer une femme. Alors, elle se désespère d'amour et se donne à un autre homme la journée. de retour dans la chambre, elle raconte à celui qu'elle désire, les jouissances que lui a procurées cet autre homme. Au delà du désir que tous deux partagent pour le jeune étranger, c'est aussi l'histoire d'un amour impossible entre cet homme et cette femme, d'un désir contraire à la nature de l'homme qui n'aime pas les femmes.
"Je suis allé le chercher sur la plage, je ne savais plus ce que je faisais. Puis je suis revenu dans le parc. J'ai attendu l'arrivée de la nuit. Je suis parti quand on a éteint le hall. Je suis allé à ce café au bord de la mer. D'habitude nos histoires sont courtes, je n'ai jamais connu ça. L'image est là - il montre sa tête, son coeur -, fixe. Je me suis enfermé avec vous dans cette maison pour ne pas l'oublier. Maintenant vous savez la vérité." (p.36)
J'ai bien aimé l'écriture de Marguerite Duras, très particulière. Au premier abord, elle paraît très simple, avec ses petites phrases successives. J'avais peur d'être lassée par ses "il dit ça, il fait ça, il demande ça" etc. Mais, la beauté du texte se révèle dans certains paragraphes, où la sonorité accompagne les images avec volupté. La force du texte se situe dans les mots de Duras, dans les lignes sur lesquelles on s'arrête, celles que l'on relit à haute voix pour en saisir toute la poésie. Plus qu'un texte, c'est une voix que Duras donne à entendre.
"Elle est dans l'ombre, séparée de la lumière. le lustre gainé de noir n'éclaire que l'endroit des corps. L'ombre du lustre fait les ombres différentes. le bleu des yeux et le blanc des draps, le bleu du bandeau et la pâleur de la peau se sont couverts de l'ombre de la chambre, celle du vert des plantes du fond des mers. Elle est là, mélangée avec les couleurs, et l'ombre, toujours triste de quelque mal qu'elle ne sait pas. Née comme ça. Avec ce bleu dans les yeux. Cette beauté." (p.48)
En parallèle de ce texte, j'ai lu La pute de la côte normande, également publié en 1986. C'est un texte très court dans lequel Marguerite Duras explique comment elle a écrit Les yeux bleus cheveux noirs, durant l'été à Trouville, en compagnie de Yann Andréa (à qui elle a dédicacé son livre). Duras peine à écrire l'adaptation théâtrale de la Maladie de la mort qu'on lui a demandée, mais est prise durant l'été 1986, d'une frénésie d'écriture, rythmée par les cris et les disputes avec son amant et assistant Yann.
"C'est l'été 1986. J'écris l'histoire. Pendant tout l'été, chaque jour, quelquefois le soir, quelquefois la nuit. C'est à cette époque-là que Yann entre dans une période de cris, de hurlements. Il tape le livre à la machine, deux heures par jour. Dans le livre, j'ai dix-huit ans, j'aime un homme qui hait mon désir. Yann tape sous dictée. Tandis qu'il tape, il ne crie pas." (La pute de la côte normande, p. 10-11).
Lien : http://leschroniquesassidues..
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ATOS
  05 avril 2014
Elle aura soutenu cette parole jusqu'au bout . Cela a du être à la limite du supportable d'écrire ça. Aussi nettement que ça. Avec cette clairvoyance là, sous ce lustre jaune.
L'autopsie du désir. La réalité qui enveloppe le corps. L'incommutabilité de nos jouissances. Mécanique phénoménale qui règle ou dérègle le cadran astral de l'amour.
Cette folie qui maintient l'être au déséquilibre de lui même.
Il faut se couvrir de larmes pour se voir nu, et couvrir ses yeux pour ouvrir son regard.
L'amour clos, carcéral. Imprononçable, illisible, incontrôlable, irrépressible.
Un jardin fou qui se joue de l'humain.
Dans une chambre, l'homme, la femme.
Et puis ce désir que ces deux corps appellent, ce désir aux yeux bleus- cheveux noirs.
C'est là dans cet univers là que Duras dresse le théâtre de l'histoire. Une cloche de verre posée sur le sable. Elle observe et nous dit l'asphyxie de ce désir qui s'enchevêtre, se dresse, se presse, se réfugie, s'effraie, se tétanise, s'interdit, se violente, et se confie.
L'histoire d'un peuple égaré, au désespoir des jours.
C'est une écriture minérale, de celles qui sont venues d'un lointain dedans.
De celles qui n'ont pu être portées que par le ventre des millénaires.
L'écho éblouissant de nos plus secrètes profondeurs.
Suivez le conseil de l'auteure : « Lisez le livre .»,
Ce livre, « comme une fenêtre qui donnerait sur la mer. »
Astrid Shriqui Garain
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Marti94
  08 février 2016
« Les yeux bleus, cheveux noirs » de Marguerite Duras, publié aux éditions de Minuits en 1986, ce sont ceux de Yann Andrea. L'histoire est celle de la passion impossible et dévorante qui la lie au jeune homme homosexuel. Dépression, amour impossible mais amour immense !
Car, comme souvent avec Marguerite Duras, ce livre n'est pas issu de son imagination mais de sa vie romancée. Il s'agit d'une tentative d'adaptation théâtrale de « La maladie de la mort » sortie 4 ans plus tôt. Cela explique pourquoi le livre contient des indications scéniques, un peu comme si les personnages se devaient de suivre les indications de l'auteure.
Il faut savoir que l'année de la publication de ce livre, Marguerite Duras a également publié « La pute de la côte normande », un texte très court qui raconte comment elle a écrit « Yeux bleus, cheveux noirs » durant l'été 1986, aux roches noires, à Trouville. Les lieux de l'histoire sont donc reconnaissables et Yann Andréa était à ses côtés. Il l'accompagnera d'ailleurs jusqu'à sa mort, 10 ans plus tard.
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magireve
  09 septembre 2019
Voici un ouvrage tout à fait subversif et déconcertant. Comment dire... j'ai l'impression qu'il abrite la quintessence du Nouveau Roman dans ses pages; nous retrouvons toutes les caractéristiques propre à ce mouvement littéraire: la focalisation externe, les personnages dont l'identité ne nous est jamais révélée, et cette diégèse inexistante... C'est un récit tout à fait saisissant que nous offre Marguerite Duras. Dans une station balnéaire, à l'intérieur d'un hôtel, un homme et une femme sont inextricablement subjugués par un bel inconnu au "yeux bleus cheveux noirs", à tel point que le souvenir de cette apparition les hante, et marque leurs rencontres. Ce récit, c'est un voyage au coeur de la chair, du rêve, de la folie aussi...
Lors de ma première lecture, j'ai été décontenancé par les passages caractérisés par l'intervention de l'acteur, à tel point que j'ai d'abord cru que les rencontres entre l'homme et la femme, constituaient des répétitions théâtrales (j'ai été bien naïf, mon interprétation était tout à fait aberrante), mais je me suis vite ravisé par la suite. Il y a un je ne sais quoi de très poétique dans l'errance des deux personnages qui tentent de ressusciter chez l'autre la figure de l'homme aux yeux bleus cheveux noirs (c'est ainsi qu'ils le nomment lors de leurs rencontres. Je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que le thème de la mort occupe une place décisive au coeur des conversations entre les deux personnages: la jeune femme couvre son visage de soie noire et s'étend inerte dans le lit, où elle reste des heures durant, sous le regard de l'homme qui la contemple, comme si elle se muait en une oeuvre d'art. D'un certaine façon, ces deux âmes en quête d'elles-mêmes puisent la force dont elles ont besoin dans le souvenir de l'inconnu qu'elles ont jadis connu probablement pour se convaincre qu'elles sont bel et bien vivantes, et que c'est précisément pour cette raison qu'elles éprouvent du plaisir, tout comme de l'amertume, du désarroi et de la rancoeur.
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aaahhh
  23 août 2012
Un homme, une femme, une chambre, un lit... Beaucoup de larmes et parfois du désir... La beauté, la douceur et la violence de l'humain à l'état pur, à l'état nu... Un très beau roman où certes il ne se passe pas grand chose, mais où tout un florilège d'émotions d'une grande puissance passent des mots de Duras à l'âme du lecteur! Je le recommande sans hésiter!
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
Marti94Marti94   08 février 2016
Elle est dans l'ombre, séparée de la lumière. Le lustre gainé de noir n'éclaire que l'endroit des corps. L'ombre du lustre fait les ombres différentes. Le bleu des yeux et le blanc des draps, le bleu du bandeau et la pâleur de la peau se sont couverts de l'ombre de la chambre, celle du vert des plantes du fond des mers. Elle est là, mélangée avec les couleurs, et l'ombre, toujours triste de quelque mal qu'elle ne sait pas. Née comme ça. Avec ce bleu dans les yeux. Cette beauté.
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Marti94Marti94   08 février 2016
La salle serait dans le noir, dirait l'acteur. La pièce commencerait sans cesse. A chaque phrase, à chaque mot.
Les acteurs pourraient ne pas être des acteurs de théâtre. Ils devraient toujours lire le livre à voix haute et claire, se tenir de toutes leurs forces exempts de toute mémoire de l'avoir jamais lu, dans la conviction de n'en connaître rien, et cela chaque soir. Les deux héros de l'histoire occuperaient la place centrale de la scène près de la rampe. Il ferait toujours une lumière indécise, sauf à cet endroit du lieu des héros où la lumière serait violente et égale. Autour, les formes vêtues de blanc qui tournent.
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NuageuseNuageuse   27 mars 2020
- Les cheveux noirs et les cheveux blonds font un bleu différent des yeux, comme si ça venait de la chevelure, la couleur des yeux. Les cheveux noirs font les yeux d'un bleu indigo, un peu tragique aussi, c'est vrai, tandis que les cheveux blonds font des yeux plus jaunes, plus gris, qui ne font pas peur.
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pikkupaapikkupaa   03 août 2012
Elle le regarde. C'est ainsi qu'elle le voit en son absence, tel qu'il est là. Plein d'images muettes, ivre de souffrances diverses, du désir de retrouver un objet perdu aussi bien que d'en acheter un qu'il n'a pas encore et qui devient tout à coup sa raison d'être, cet habit, cette montre, cet amant, cette voiture. Où qu'il soit, quoiqu'il fasse, toujours un désastre à lui tout seul.
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Marti94Marti94   24 mars 2014
« Pas un souffle de vent. Et déja, étalé devant la ville, baies et vitres ouvertes, entre la nuit rouge du couchant et la pénombre du parc, le hall de l’hôtel des Roches.
A l’intérieur, des femmes avec des enfants, elles parlent de la soirée d’été, c’est si rare, trois ou quatre fois dans la saison peut-être, et encore, pas chaque année, qu’il faut en profiter avant de mourir, parce qu’on ne sait pas si Dieu fera qu’on en ait encore à vivre d’aussi belles.
A l’extérieur, sur la terrasse de l’hôtel, les hommes. On les entend aussi clairement qu’elles, ces femmes du hall … »
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LA QUÊTE D'IDENTITÉ DE JULIA "Qui êtes-vous ? " Voilà bien une première question à poser à JULIA SOLOMONOFF. On passera sur la notice biographique qui aligne réalisatrice, scénariste, productrice, occasionnellement comédienne. On notera que c'est une passe-frontières sud-nord avec des études faites en Argentine et un enseignement universitaire donné aujourd'hui à New-York. De Marguerite Duras, elle retient cette idée que la vie menée ici ou là inspire livres et films. En 2005, son premier long métrage, "Hermanas", posait déjà la question des vécus et des ressentis géolocalisés de deux soeurs fuyant la dictature argentine aux États-Unis et en Espagne. Elle renouvelle cette quête du "Qui suis-je ?", du "Comment trouver ma place?" avec son dernier film (sorti en France en 2018) et présenté à Biarritz dans un "focus" consacré aux relations Amérique Latine-États-Unis. Deux interrogations de Nico (excellent Guillermo Pfenning), un acteur de série, star en Argentine, en rupture amoureuse au pays et en galères diverses à New-York qui vaque de petits boulots en petits boulots. Et fait du babysitting pour 3 dollars et six sous. de quoi ne jamais se sentir à sa place, d'autant que les seules caméras devant lesquelles se planter servent à la télésurveillance; d'autant que son "look" le fait plus blanc mâle new-Yorkais que nounou latino. Une situation que Julia Solomonoff a pu connaître dans son parcours mais qu'elle transpose malicieusement chez un homme. Il lui reste, comme dans cette rencontre, à jouer sur le titre de cette fiction remarquablement tenue : "Nadie nos mira" ou "Nobody's watching", c'est selon ... Ph. L
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