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ISBN : 2081315041
Éditeur : Flammarion (02/10/2013)

Note moyenne : 4.27/5 (sur 102 notes)
Résumé :
Notre guerre... Vous et moi, quelques hommes, une centaine que j'ai connus... Je ne sais que cela, les gestes que nous avons faits, notre souffrance et notre gaîté, les mots que nous disions, les visages que nous avions parmi les autres visages, et votre mort.
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Critiques, Analyses & Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
BrunoA
19 novembre 2014
A travers ces 4 livres dont l'auteur entame l'écriture dès sa démobilisation, Maurice Genevoix nous fait partager d'abord l'espoir qui porte les jeunes gens de 1914 qui partent en plein été pour une guerre qu'ils croient encore brève.
On partage le quotidien des combattants, à hauteur d'homme, des environs de Bar le Duc pendant la bataille de la Marne, jusqu'au nord de la Meuse et aux Eparges dont la boue a englouti tant d'hommes.
A l'espoir des débuts succède la désillusion et le dégoût de cette guerre abominable où les hommes sont lancés à l'assaut de positions imprenables, où les offensives inutiles se succèdent et emportent chaque fois sont lot de vies.
Lorsque l'on termine Ceux de 14, il en reste bien des choses après l'avoir achevé. On ne voit plus le site des Eparges de la même façon après ce récit. En particulier lorsque l'on localise la tombe du lieutenant Porchon au cimetière du trottoir, situé en contrebas du piton.
Genevoix,à travers son récit, son art de la description, nous fait vivre les moments qu'il a traversés jusqu'à sa blessure en avril 15, celle là même qui l'a sauvé.
Beaucoup d'émotion dans ce livre qui est ce que j'ai lu de meilleur sur ce sujet.
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ahasverus
06 décembre 2013
Nous entrons dans l'enfer de la guerre des tranchées en août 1914 avec le sous-lieutenant Genevoix dans le secteur des Eparges. Dès 1916, l'auteur publiait "Sous Verdun", la première partie de ce récit, partiellement objet de censure pour cause de moral des troupes. Puis venaient Nuits de Guerre, La Boue, et enfin, en 1923, Les Eparges. Petits et grands moments de vérité du 106ème régiment d'infanterie. Et la mort en embuscade, si bruyante, si proche, si présente qu'on ne la regarde presque plus.
Dans le bourbier de Verdun, l'adversaire est le Boche. Mais l'ennemie est universelle : c'est la guerre. Cette machine est comme la mine de Germinal : un monstre à broyer l'homme, quelle que soit sa nationalité.
On pense bien sûr aux Croix de Bois de Dorgelès, si voisines, dans le temps et dans l'esprit. Mais pas que ! Genevoix croise parfois l'absurdité de la vie et de la guerre du Voyage de Céline. Les voila qui regardent les mêmes choses, chacun depuis sa place, chacun avec ses mots. Ainsi du colonel qui devise sous les balles ; ainsi des profiteurs de guerre ; ainsi des deux vieux qui bavassent dans leur maison, indifférents aux tirs allemands qui la traversent, puisque " des morts pareilles, ça n'arrive qu'aux jeunes". Il est vrai que le cuirassier Destouches avait lui aussi été blessé gravement en 1915.
On aperçoit déjà parfois certains caractères héroïques de la Suite Française d'Irène Nemirovski. C'est dire si ce livre est fondateur du récit de guerre français.
le récit s'achève par l'évacuation du jeune officier, "enfin quitte" avec la guerre qui lui inflige une grave blessure en avril 1915. Il se termine par un bel hommage à cette foule effrayante, trop lourde, trop serrée : les morts. Un livre, assurément, qui macère en son lecteur après la dernière page.
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libermoi
04 mars 2015
J'ai lu énormément de livre, récit, épistolaire, témoignage … concernant l'histoire, en particulier les deux guerres, 14-18 et 39-45, c'est complètement stupide de dire ça, mais j'ai préféré celle de 14-18, surement par mes lectures qui rendaient celle-ci, plus poétique.
Et Monsieur Maurice Genevoix a fortement contribué à cela, il est vrai que dans la littérature de Guerre peu savent intégrer le récit cependant dans le récit que nous délivre Genevoix, une forme de poésie se libère, tellement forte et tellement convaincante qu'elle rend cette guerre atroce, poétique. Nous connaîtrons les immondices de la guerre, ses malheurs, ses Hommes si courageux qui ont souvent perdu leur vie pour la France, ses hommes forts, et nous les aimerons. Nous rirons, nous pleurerons, nous serons avec lui lors de cette guerre qu'il nous décrit si bien.
En effet Ceux de 14 est un journal de bord qui s'étendra sur neuf mois, du 25 aout 1914 au 25 avril 1945, où Maurice Genevoix sera évacué vers l'arrière et transféré dans plusieurs hôpitaux. Les batailles de la Marne et Des Éparges seront clairement racontées, par leurs descriptions picturales, métaphoriques sur les couleurs et les lumières, Maurice Genevoix nous assure des sensations visuelles, auditives, tactiles, olfactives et gustatives.
Maurice Genevoix finira dans le registre lyrique, passage très émouvant où il pense aux hommes de sa section, Maurice Genevoix écrira avec tant de sincérité, de compassion, d'amitié que ce passage est tellement beau, puissant et savoureux.
Lien : http://libermoi.blogspot.fr/..
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Chat-Pitre
09 septembre 2013
Je viens de passer un mois au coeur de la première guerre mondiale et je ne suis pas près d'oublier. Après la lecture magnifique du "Chemin des âmes" de J. Boyden, j'ai eu envie d'entendre la voix d'un combattant. Et je crois que Maurice Genevoix est celui qu'il faut écouter. " Ceux de 14" est à mon avis un chef d'oeuvre: d'abord parce que l'écriture de l'auteur par sa force évocatrice nous plonge dans des moments vécus et nous les fait partager pudiquement certes mais aussi fortement, ensuite car c'est un vrai témoignage et que chaque personnage a vraiment existé: ils ne sont pas des personnages mais des témoins et Genevoix leur a donné ce qui leur a manqué à tous: la parole. C'est par moments presqu'insoutenable mais Genevoix décrit aussi une telle humanité au milieu de la barbarie que c'en est une leçon. A lire absolument.
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babycomeback44
10 décembre 2014
Formidable !
Le destin de tous ces Poilus m'a fait mal au coeur...
Indispensable pour comprendre l'absurdité de la guerre.
A méditer!
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Les critiques presse (1)
Culturebox18 septembre 2013
Le jeune Maurice, normalien de 24 ans, avait rejoint le 106e régiment d'infanterie le 2 août 1914 comme sous-lieutenant. Il sera grièvement blessé neuf mois plus tard et raconte son quotidien de fantassin à Verdun ou aux Eparges.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations & extraits (51) Voir plus Ajouter une citation
roland01roland0115 janvier 2015
Et voici qu'à un tournant, très loin, une troupe d'hommes apparut, s'allongea, ondula à ma rencontre. Son allure était lasse, presque accablée : ce devait être une troupe de vieux territoriaux, une compagnie de travailleurs qui rentraient au cantonnement, une fois achevée la besogne du jour.
J'approchais, étonné de ne pas reconnaître les silhouettes épaisses et frustes, le profil des outils jetés sur les épaules. Les corps de ces hommes m'apparaissaient fluets, à peine virils. Et quand, plus près encore, je pus distinguer les visages je m'aperçus que c'étaient des visages d'enfants, de chairs rondes, mais lasses et meurtries, comme salies d'une excessive fatigue. Un officier marchait à leur tête. Il me reconnut, s'exclama :
"Toi ici !... Tu as déserté, ou quoi ?"
C'était le grand Sève, de la 1re . Arrêté, les bras ouverts, il maintenait le troupeau fourbu dont les rangs refluaient mollement dans le bruit des chaussures traînées. Je lui demandai :
"Classe 14 ?
- Tu vois", me dit-il.
Et plus bas, avec une moue :
"C'est plein de bonne volonté, ça veut bien faire...Mais ça ne tient pas, ça se vanne tout de suite... Trop jeunes ; réellement trop."
Et c'était vrai. Une surprise pénible me tenait au bord de la chaussée, immobile, tandis qu'ils défilaient, derrière Sève. Leurs capotes trop larges glissaient à leurs épaules. Le sac haut monté leur écrasait la nuque : ils tendaient le cou et regardaient la route fixement, les uns pâles et les yeux creux, d'autres trop rouges, et de grosses gouttes de sueur aux tempes malgré le froid
que le soir avivait.
Quelques sous-officiers marchaient au flanc de la colonne. Et de ceux-là je reconnaissais les visages hâlés, les pommettes sèches, d'allure tranquille et longue. Ceux-là se ressemblaient entre eux. Je les avais quitté le matin, j'allais les retrouver tout à l'heure. Depuis des mois, ils étaient les seuls hommes avec qui j'eusse vécu, hommes de toutes classes, de toutes provinces, chacun lui-même parmi les autres, mais tous guerriers sous leurs vieilles défroques aux plaques d'usure identiques, sous le harnais de cuirs ternes, sous la visière avachie des képis - des guerriers fraternels par l'habitude de souffrir et de résister dans leur chair, par quelque chose de courageux et de résigné qui les 'incorporait" mieux encore que la misère de leur uniforme.
Tandis que les autres ! Tous ces jeunes qui passaient, rang par rang, à n'en plus finir ! Calicots, comptables, maraîchers des banlieues, vignerons champenois, ils étaient bruns ou blonds comme on l'étaient naguère, laids quelques uns, d'autres sales, d'autres restés jolis et se souvenant de l'être. Quatre par quatre ils se suivaient, apparus brusquement, disparus. J'aurais voulu tourner la tête, les mêler tous en un regard, les voir soldats comme cela devait être, et secouer ainsi le douloureux malaise qui me tenait cloué sur le bord de cette route, m'obligeait à les voir les uns après les autres, à les compter malgré moi quatre, et puis quatre, et puis quatre... jusqu'à quand ?
Voici qu'ils étaient là, de partout arrachés, mis en tas. On retrouvait sur eux, encore, des lambeaux de ce qu'avait été leur vie. "Mais nous ? me disais-je. Mais nous ?"... Ah ! nous, ce n'était pas la même chose. Le 2 août, le délire énorme, la rafale de folie, tournoyant sur l'Europe entière, les trains hurlants, les mouchoirs frénétiques.... En vérité, ce n'était pas la même chose.
Ceux-ci maintenant, après nous, bientôt comme nous, perdus.... Et c'étaient des nôtres qui étaient allés vers eux, pour les "instruire", pour les mieux prendre...
Je m'étais retourné. Là-bas, en tête de la troupe, la dominant de son longue taille, Sève allait, indifférent, en balançant les épaules. J'avais envie de courir vers lui, de le rappeler : "Reviens avec moi, Sève, rentre avec moi.... Ce n'est pas bien, ce que tu fais là."
Quatre ; et puis quatre.... Ils défilaient toujours. Il devait y en avoir tout un bataillon. Derrière moi, au fond de la forêt, des coups de canon se boursouflaient lourdement : ils les entendaient de la tête aux pieds ; je les entendais à cause d'eux.
C'était loin, encore loin. Mais ne savaient-ils pas qu'ils en étaient à la dernière halte, qu'on ne les lâcheraient plus puisqu'on les avaient pris, qu'il allait falloir avancer vers cela qu'on entendait, achever la dernière étape, être arrivés ?
Et je me demandais avec un affreux serrement de cœur, en regardant cette foule harassée, ces reins ployés, ces fronts inclinés vers la terre, lesquels de ces enfants habillés en soldats portaient déjà ce soir, leur cadavre sur leur dos.
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roland01roland0111 janvier 2015
"Alors comme ça, que l' lieutenant m'a dit, voilà qu't'écris chez toi ?
- Mais oui, mon lieutenant, à ma femme.
- T'es marié" qu'i' continue.
"Là-d'sus, vous comprenez, j'rigol. J'lui dis qu'on est seulement ensemble ; mais réguliers ; qu'on a même un gosse...
"Ah ! dit l'lieutenant, t'as un gosse ?
- Oui, mon lieutenant.
- Un garçon, une fille ?
- Une fille.
- Et quel âge qu'elle a, c't'enfant ?
- Deux ans tout juste el quinze de c' mois.
- Et elle est mignonne, hein ?
- Ah ! mon lieutenant !..."
"Quand i' m' dit ça, me v'là parti. Ses yeux, ses ch'veux, ses magnes gentilles, son parler qui commence... Enfin tout, I' m'écoutait sans ouvrir la bouche : i' m' laissait filer, filer, en faisant oui, des fois, avec son menton. Tant qu'à la fin, comme i' s' taisait toujours, j'ai pas pu m'empêcher d'lui dire :
'A quoi qu'vous pensez, mon lieutenant ?
- Mon vieux, qu'i' m'a répondu, pour aimer ta fille, j'suis bien tranquille que t'aimes ta fille... Et tu l'as reconnue, c'te p'tite, depuis 2 ans ?
- Pour parler franchement, mon lieutenant, non.
- Ah ! qu'i' fait ; et qu'Est-ce qui t'en a empêché ?"
"I' m'avait rien r'proché, n'est-ce pas ? Malgré ça, j'étais mal à mon aise. J'aurais bien voulu y expliquer, mais rien n'venait. Comprenez ça ! C'était comme si j'avais senti qu'i' pensait d'avance avec moi : "T'es pourtant un honnête homme ? Tu caches pas des mauvaises pensées ? Alors ?...
"Pourtant, l'idée m'est v'nue qu'l'Etat leur payait la location, pareil que pour les gens mariés. Et ça, je l'ai dit au lieutenant.
"Bon, qu'i' fait ; et si t'es tué ?"
"Ca alors !... Ca m'a foutu un coup. J'en ai resté idiot un moment à répéter : "Si j' suis tué... Si j' suis tué...
- Tu sais pourtant que c' malheur là peut nous arriver à tous, à toi comme à moi, aujourd'hui ou d'main... T'as donc jamais pensé à ça ?"
"Et i' m'a parlé du courage qu'est pas seulement celui du combat ; des lois, qu'étaient comme elles étaient et que j' pouvais pas changer. J'ai p'têt' pas saisi tous ses mots, mais dans l'fond, je l'ai bien compris. Ca fait que quand il est parti, j'étais décidé à écrire.
"Et puis voilà... Y a toutes ces idées qui m'trottaient dans la cervelle, qui s'mélangeaient, l'mariage, la paternité, la pension aux veuves, la mauvaise blessure ; et y toutes ces marmites qui m'empêchaient d'les démêler : Ecoute-nous. Suffirait d'une..." J'ai peiné d'bonne volonté pour arriver à rien du tout. Et c'est cause qu'à présent j'me sens un gros poids sur le cœur... Faudrait qu' j'écrive. Ca me l'ôterait... Et dire que j'peux pas, mon lieutenant ! J'peux pas !... J'peux pas !... J'suis un pauv'e couillon."
Bernardet, les coudes aux genoux, serrant ses tempes de ses deux paumes, secoue la tête avec accablement. Sur son visage noyé d'ombre, je devine deux larmes qui roulent.
"Allons ! Allons !... Veux-tu qu'on essaie, tous les deux ?
- Si j' veux ! Ah ! merci, mon lieutenant !... Mais on n'y voit pus. Attendez, j'ai un bout d' chandelle dans ma poche... Et mon crayon qu' j'ai j'té tout à l'heure ! C'est malin, ça, encore !
- Prends le mien"
Bernardet, ayant allumé la chandelle, l'a fichée entre deux pierres de la voûte, derrière lui. Ainsi, elle éclaire en plein la feuille de papier qu'il appuie sur sa jambe pliée, comme tout à l'heure.
"On y va, mon lieutenant ?
- Oui... Veux-tu me relire ce que tu as écrit ?"
Il lit, d'une voix anônnante, comme en ont les enfants qui récitent une leçon :
"Ma chère Catherine, c'est pour te dire que ça va toujours tant qu'à peu près..."
Et quand il a terminé :
"On va l' refaire, hein ? c' commencement...
- Non mon vieux.
- A cause ?
- A cause qu'il est bien comme il est." (p 367-369)
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VilloteauVilloteau03 mars 2013
C'est alors que ce 210 est tombé. Je l' ai senti à la fois sur ma nuque, assené en massue formidable, et devant moi, fournaise rouge et grondante. Voilà comment un obus vous tue. Je ne bougerai pas mes mains pour les fourrer dans ma poitrine ouverte; si je pouvais les ramener vers moi, j'enfoncerais mes deux mains dans la tiédeur de mes viscères à nu ; si j'étais debout devant moi, je verrais ma trachée pâle, mes poumons et mon coeur à travers mes côtes défoncées. Pas un geste, par pitié pour moi ! Les yeux fermés, comme Laviolette, et mourir seul.

Je vis, absurdement. Cela ne m'étonne plus: tout est absurde. A travers le drap rêche de ma capote bien close, je sens battre mon coeur au fond de ma poitrine. Et je me rappelle tout: ce flot flambant et rouge qui s'est rué loin en moi, me brûlant les entrailles d'un attouchement si net que j'ai cru mon corps éventré large, comme celui d'un bétail à l'éventaire d'un boucher; cette forme sombre qui a plané devant mes yeux, horizontale et déployée, me cachant tout le ciel de sa vaste envergure... Elle est retombée là, sur le parados, bras repliés, cassés, jambes groupées sous le corps, et tremblante toujours, jusqu'à ce que Bouaré soit mort. Ils courent, derrière Richomme qui hurle, un à un sautent pardessus moi: Gaubert, Vidal, Dorizon... ah! je les reconnais tous! Attendez-moi... Je ne peux pas les suivre... Qu'est-ce qui appuie sur moi, si lourd, et m'empêche de me lever ? Mon front saigne: ce n'est rien, mes deux mains sont criblées de grains sombres, de minuscules brûlures rapprochées; et sur cette main-ci, la mienne, plaquée chaude et gluante une langue colle, qu'il me faut secouer sur la boue.

Je suis libre depuis ce geste; et je puis me lever, maintenant que le corps de Lardin vient de basculer doucement. Il mangeait, un quignon de pain aux doigts; il n'a pas changé de visage, les yeux ouverts encore derrière les verres de ses binocles; il saigne un peu par chaque narine, deux minces filets foncés qui vont se perdre sous sa moustache. Petitbru passe, à quatre pattes, poussant une longue plainte béante ; Biloray passe, debout, à pas menus et la tête sur l'épaule ; le sang goutte au bout de son nez; il va, les bras pendant le long du corps, attentif et silencieux, comme s'il avait peur de renverser sa vie en route...
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gean25gean2501 décembre 2012
Lorsque ma main a saisi mon bidon, mon pouce s'est enfoncé, bizarrement dans un trou. J'ai regardé, regardé ce trou : il avait des bords affreusement déchiquetés ; il béait comme une plaie ouverte, comme une de ces blessures profondes par où s'en vont le sang et la vie... Je n'ai pas songé à l'éclat d'obus qui avait frappé là, qui aurait dû me déchirer le flanc. Je m'étais affalé sur le dos, les épaules pesantes, les bras inertes ; autour de moi des balles griffaient l'herbe, s'enfonçaient comme des coups de couteau dans la terre molle du talus ; et je savais bien qu'une de ces balles pouvait me tuer ; et pourtant je ne bougeais pas... Etre tué... mourir...Qu'est -ce-que cela pouvait me faire, maintenant que mon bidon était vide...
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roland01roland0111 janvier 2015
"As-tu jamais songé aux autres morts, ceux que nous n'avons pas connus, tous les morts de tous les régiments ? Le nôtre, rien que le nôtre, en a semé des centaines sur ses pas. Partout où nous passions, les petites croix se levaient derrière nous, les deux branches avec le képi rouge accroché. Nous ne savions même pas combien nous en laissions : nous marchions... Et dans le même temps d'autres régiments marchaient, des centaines de régiments dont chacun laissait derrière lui des centaines et des centaines de morts. Conçois-tu cela ? Cette multitude ? On n'ose même pas imaginer... Et il y a encore tous ceux que les guimbardes ont cahotés par les routes, saignant sur leur litière de paille, ceux que les fourgons à croix rouge ont emmenés sur toutes les villes de France, les morts des ambulances et les morts des hôpitaux? Encore des croix, des foules de croix serrées à l'alignement dans l'enclos des cimetières militaires."
La voix, tout à l'heure contenue, d'instant en instant est devenue plus forte, puis de nouveau s'est affaissée :
"Mais j'entrevois, dit-elle, un malheur pire que ces massacres... Peut être ces malheureux seront-ils très vite oubliés... Tais-toi, écoute : ils seront les morts du début, ceux de 14. Il y en aura tellement d'autres ! Et sur ces entassements de morts, on ne verra que les derniers tombés, pas les squelettes qui seront dessous... Qui sait, même ? Puisque la guerre, décidément, s'accroche au monde comme un chancre, qui sait si ne viendra pas un temps où le monde aura pris l'habitude de continuer à vivre avec cette saleté sur lui ? Les choses iraient leur train, comprends-tu, la guerre étant là, tolérée, acceptée. Et ce serait le train normal des choses que les hommes jeunes fussent condamnés à mort." (p 344-345)
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