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EAN : 9782020056229
278 pages
Éditeur : Seuil (01/09/1980)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 43 notes)
Résumé :
Dans ce dernier livre écrit quelques mois avant sa mort, Maurice Genevoix raconte les Trente mille jours qui firent une vie d'homme à cheval sur deux siècles et une carrière de grand écrivain. Ces pages providentielles nous sont, d'une certaine manière, personnellement adressées. Ces mémoires rêveuses sont un peu — et toutes générations confondues — les nôtres.


Source : Points, Seuil
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Alexein
  30 juillet 2017
Par petites touches, par sauts tout primesautiers, comme ils se présentent, tels qu'ils se déroulent de la trame serrée de la mémoire, les souvenirs de Maurice Genevoix emplissent et parcourent ce livre poignant qui dresse le bilan d'une vie. Il évoque les regrets, les anecdotes joyeuses, excitantes ou déplaisantes de l'enfance, les espiègleries de l'école et du lycée d'Orléans. Il creuse et déniche des pépites, les illuminations de sa vie ainsi que l'inoubliable guerre de 14 gravée dans la chair.
De sa plume au style éblouissant, il transcende tout ce qu'il évoque. C'est son amour charnel des forêts qui me fascine le plus. Autant de malice et d'humour chez un homme qui a connu l'enfer, voilà une belle leçon de vie. Son amour pour le livre de la jungle et Kim de Kipling me le rend d'autant plus sympathique. Il est regrettable que toute une part de l'oeuvre de ce très grand écrivain, qui fut académicien, soit aussi négligée et introuvable. Il n'est même pas en Pléiade.
Il dit son amour de la peinture, raconte les coulisses de l'attribution du prix Goncourt et, se dépouillant de toute fausse modestie, combien ardemment il désirait l'obtenir. Cette pêche aux souvenir miraculeuse d'où il fait revivre les mondes de son enfance, de son adolescence, de la guerre, de ses voyages et de l'écriture m'illumine de sa multitude de petites touches impressionnistes. Catalogué d'abord comme écrivain de guerre puis écrivain régionaliste, sa place est tout entière au Panthéon de la grande littérature universelle et intemporelle.
C'est une rencontre bien tardive que j'ai faite avec cet écrivain au regard pétillant et bienveillant. J'ai retrouvé ce livre tout récemment chez mes parents. Je me souviens l'avoir vu dans les mains de ma grand-mère il y a plus de deux décennies. Aujourd'hui seulement, en y repensant, comprends-je vraiment, et dans sa totalité, l'ineffable plaisir avec lequel elle m'en parlait tandis que j'y étais complètement étranger. Il me semble qu'elle a pu me glisser un : « Tu comprendras quand tu seras plus grand. » Je pense que c'est chose faite.
Ce livre est tellement riche que presque chaque page offre des morceaux magnifiques, émouvants et remarquables qui mériteraient d'être cités. J'ai la gorge serrée en terminant ce livre dont j'ai ralenti encore le rythme de la lecture à l'approche des dernières pages.
J'ai l'impression de l'abandonner. J'aurais tellement aimé connaître cet homme et partager avec lui un brin de causette. Chaque souvenir déposé dans ce livre est une leçon d'amour, d'humanisme et d'humilité. le recueillement d'une âme qui me happe et me ravit. Que ces rencontres sont rares !
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RChris
  10 mai 2020
Je venais de finir "Du côté de chez Swann" de Marcel Proust avec ses phrases pleines de mots (243 constituant sa phrase la plus longue de l'histoire de la langue française). Lire ensuite Genevoix qui l'avait lu et rencontré, c'était demeurer dans un univers littéraire typé.
Chez Genevoix, c'est plus le mot qui compte que la phrase : "C'était d'étonnantes vocalises, lyriquement sacramentelles, sur les mots de la langue française, le mot en soi, le mot protée, sa magie, son pouvoir, son essence mystérieuse, et divine."
Le travail de mémoire est impressionnant, même si Proust n'est pas en reste sur ce plan. Bien sûr, les passages relatifs à la guerre sont les plus poignants de son oeuvre.
Le texte de Maurice Genevoix est joliment désuet, riche d'un vocabulaire recherché qui a peu servi, que ce soit les verbes ou les mots décrivant la nature. L'auteur nous explique d'ailleurs : "Enfant notre langage était mieux que correct, presque jusqu'à l'abus".
Ce livre fait un retour sur 30 000 jours ou 82 ans. Au soir de sa vie, il la reparcourt avec l'intensité de celui qui a survécu et cela donne toute la sensibilité à ses souvenirs.
La panthéonisation de Genevoix est prévue, mais à quand son entrée dans la Pléiade ?
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nath45
  19 avril 2016
Une autre façon d'entrer dans l'oeuvre de Maurice Genevoix, de rencontrer son écriture, son phrasé, de découvrir l'auteur et qui peut mieux que Maurice Genevoix lui-même nous conte sa vie. Il nous parle de son enfance, de ses études, de la guerre de 14, de ses rencontres littéraires et autres. J'ai pu découvrir un homme cultivé, simple, proche de la nature et des Hommes.
Son écriture peut paraître un peu complexe, elle est exigeante et c'est tant mieux car elle est belle, humaine et recherchée.
J'ai passé un agréable moment littéraire auprès de Maurice Genevoix, maintenant il me reste à découvrir son oeuvre.
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Chasto
  13 mai 2018
Regards d'une vie sur son déroulement, ses aventures, ses accidents, et, ces pensées, qui bien après, deviennent souvenirs et réflexions.
Par sa bonhommie, son humanité et sa simplicité de style; Maurice Genevoix; nous emmène sur les routes d'un parcours d'un homme de son temps, d'un témoin d'une époque, la sienne.
Jours à découvrir avec curiosités et respect d'un homme de talent et de discrétion.
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michdesol
  22 juin 2018
Trente mille jours : une vie, celle de Maurice Genevoix, qui nous fait traverser le XXe siècle et ses drames.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
StephbegalaStephbegala   22 janvier 2021
Cet homme avait dû être atteint d'une balle à la moelle épinière. Incapable de bouger, d'articuler une parole distincte, son corps gisant, son regard à présent persistaient à m'arrêter, à d'avertir. Mais c'est en vivant, moi debout, que j'ai d'abord réagi : Aie confiance, vieux, Tu vois,je descends.Mais je vais bientôt remonter, je ramènerai les brancardiers. Promis. À mesure que je parlais, je voyais son regard changer.Dans ce visage immobile,déjà spectral, les yeux seuls continuaient d'exprimer, de nouveau agrandis par l'anxiété, la tristesse de n'être pas compris. Et lorsque en effet tout à coup, dans une fulguration bouleversante ,il me sembla comprendre enfin,lorsque je murmurai,comme si j'eusse parlé à sa place : Que je fasse attention, moi ? Que je vais me faire tuer si j'avance ? ,la lumière que je vis monter dans ce regard d'agonisant m'a fait mieux homme, et pour toujours.
Qu'est l'idéologie qui ne soit en même temps une façon de vivre, et pour le moins une aide à vivre ? Ce regard d'homme, cette joie sur le visage exangue d'un homme qui se savait perdu, tout espoir pour soi révolu, et qui vouait sa dernière lueur de vie à sauver la vie d'un autre homme, c'est un viatique, et c'a été le mien.
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StephbegalaStephbegala   22 janvier 2021
Bonjour ! C'est moi ...
Deux bons,bons vieux , lui a dit le fils. Deux vieux vignerons des côtes du Cher,cassés,les deux bouts ensembles comme nos vignerons de la Bonne- Dame.Ils tremblent un peu l'un et l'autre, le vieux du catère des vignerons, la vieille de tendresse maternelle. Il répond à leurs questions sans fin,il les comble,il les aime déjà .
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AlexeinAlexein   25 juillet 2017
Pendant ma longue appartenance à ma province, au Val de Loire, à la forêt orléanaise, aux étangs et aux brandes de Sologne, c’est la légende qui m’a tenté, sa poésie intemporelle dans un monde où les signes ne répondent qu’à la patience de la quête et à la ferveur de l’appel. Chaque livre, et ainsi tous mes livres, en portent le même témoignage. Autour de moi le monde changeait, et les hommes, et leur condition d’hommes. De ce branle obsédant où j’étais moi-même entraîné, je n’ai pu ni voulu m’abstraire. Mais toujours, au-delà du quotidien, de sa rumeur ou de sa frénésie, j’ai guetté, poursuivi, comme Bonavent le cerf de la Forêt perdue, par les voies traversées de soleil et d’ombres où se dérobent et bougent les secrets de nos destinées, la permanence des symboles où se rejoignent la mort et la vie.

Régionalisme, réalisme, naturalisme, symbolisme, animisme, unanimisme, je ne récuse rien. Pourquoi ? Tout est bon, tout est légitime si le mot est docile, le ton juste, la phrase exacte ; et si le mot, le ton, la phrase sont, enfin et surtout, les nôtres. Le fleuve, l’arbre, l’animal, autant que l’homme m’ont dicté les miens. Leur patience et la mienne ont fait, à la longue, amitié. Promeneur familier de la forêt, enfant, adolescent, soldat meurtri devenu écrivain, j’ai été d’abord, par les routins herbus et les layons de la forêt orléanaise, pareil au peintre que le motif arrête, qui plante son chevalet et qui peint ce qu’il a sous les yeux, ce qui vient de s’offrir à lui et qu’il ambitionne de « rendre ». Ainsi de moi, dans Forêt voisine. Lieux-dits, futaies, mares perdues, tout est nommé, reconnaissable, repérable. Mais le Nocturne des dernières pages, déjà, présage une libération.
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AlexeinAlexein   26 juillet 2017
J’aurais traversé le siècle sans avoir éludé jamais les épreuves qu’il me réservait, celles qui nous sont à tous communes et les miennes propres, respectivement si dures à chacun. La loi commune, l’adolescence venue, a requis et pétri l’enfant que j’avais été à des fins qui n’étaient pas les siennes. Et cependant, au fond de lui, presque éteinte, toujours vivace, une petite lueur veillait que la bonace eût peut-être éteinte, mais que la tourmente et l’orage ont ranimée inextinguiblement. Pour l’homme que j’ai été, chaque fois qu’il l’a fallu, c’est la mort qui, soulevant le voile, a ramené son cœur et ses yeux vers la vie. C’est son intercession qui m’a rendu au monde intemporel, celui des « longs échos qui de loin se répondent », des « forêts de symboles » familières au pays de Baudelaire, d’Apollinaire et de Nerval.

Il y a plus d’une place dans la maison du Père. Roger Caillois, peu de jours avant de mourir, comme il lui était demandé « quelle image il aimerait que l’on gardât de son œuvre et de lui », répondait : celle d’un poète, et qui ose dire « je ne parle qu’en mon nom mais comme si chacun, dans mes mots, s’exprimait autant que moi » ; d’un poète qui ose dire : « Je m’adresse à un interlocuteur invisible, de façon telle que chacun peut avoir l’illusion que mes mots ne s’adressent qu’à lui. »
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AlexeinAlexein   18 juillet 2017
Chaque jour était comme une naissance. Persistante, ma tristesse devenait consentement. Autant la mort de ma mère avait rué mes douze ans vers la détresse et la révolte, autant celle de mon père s’intégrait à un ordre du monde qui m’intégrait moi-même à la coulée du temps, à la réalité d’un univers qui tout ensemble dissolvait mon être et l’augmentait inépuisablement. Pas une aube, pas une heure du jour qui ne me fussent révélation, ferveur. Aujourd’hui, je pense que la guerre avait passé par là, sa cruauté, ses aberrations, sa bêtise. Les Vernelles me réconciliaient, me rendaient à une liberté où il m’était donné de me connaître dans ma vérité la plus vraie, et ainsi à ma vocation.
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