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Antoine Cottin (Traducteur)
EAN : 9782742767274
422 pages
Actes Sud (02/04/2007)
4.07/5   79 notes
Résumé :
L'impasse du Mortier, où l'on écrasait graines et plantes pour les pharmaciens et les fumeurs, brilla un jour dans le ciel du Caire comme un astre.
De quel Caire s'agissait-il ? De la ville fatimide ? De celle des sultans ou des mamelouks ? C'est maintenant un passage, tout un monde en vérité, orné d'un café aux arabesques multicolores. Personnages de Bruegel, de Courteline et de Zola, ses habitants vivent le Moyen Age à l'heure de la Seconde Guerre mondiale ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Nous sommes en 1943. Dans une rue autrefois huppée du Caire, l'impasse du Mortier, considérablement appauvrie, mais point miséreuse, toute une humanité se côtoie, se frotte, s'exaspère autour de son centre, le café, où se réunissent tous les hommes du quartier, tandis que les femmes, depuis leurs maisons, règlent les transactions de la vie quotidienne, telles que mariages et perceptions de loyers, tout en surveillant depuis leurs fenêtres leurs dignes ou indignes époux.
Des drames secouent ce "passage des miracles" : certains mourront d'amour, des hommes d'affaires s'aigriront, des pilleurs de tombes connaîtront la prison, des jeunes hommes s'engageront en renfort des troupes anglaises tandis que de jeunes ambitieuses, trop orgueilleuses et sûres d'elles, tomberont entre les mains de proxénètes. On y croisera aussi un authentique sage, un cabaretier amateur de jeunes garçons, des maris battus, un dentiste autodidacte et même un roi des mendiants.
Ce livre m'a beaucoup fait penser au film Fellini Roma : il s'en dégage la même vitalité d'une humanité joyeuse, souffrante et indulgente aux vices d'autrui.
Pourtant, même si je reconnais toutes les qualités du roman, (Naguib Mahfouz a une plume magnifique et le livre est rudement bien ficelé), quelque chose retient mon adhésion, la même chose qu'avec Fellini Roma : trop d'exubérance, de pittoresque, d'agitation. Trop haut en couleur.
Toute cette chaleur humaine me laisse dubitative : le dessein de l'auteur de nous abreuver du lait de la tendresse humaine est trop visible. Et je récalcitre. Et je tire sur le licou comme une ânesse qui refuse d'avancer sur le sentier balisé.
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J'ai aimé me promener dans l'impasse du Mortier, qui fut autrefois, une rue huppée du Caire, m'asseoir dans un petit coin du café, à observer chacune des personnes qui vivent dans cette impasse.

J'ai été fascinée par le faiseur d'infirmes qui travestit toutes personnes désirant faire la manche, j'ai suivi le parcours d'Hamida, un temps fiancée à un pauvre bougre qui s'engage dans l'armée, alors qu'il rêvait de rester dans cette rue où il est coiffeur de son état, puis promise à un autre, pour terminer… J'ai suivi les pourparlers de Oum Hamida, marieuse et commère qui aura la charge de chercher un époux à Saniyya Afifi, qui a été très malheureuse lors de son premier mariage, propriétaire du bâtiment où vivent Hamida et Oum Hamida. J'ai tremblé de devoir me rendre chez le Dr Bushy, dentiste de son état. J'ai compati à la peine de Sayydi Ridwâne, jusqu'à un certain point, qui après un terrible malheur, a trouvé la force de rebondir et d'être en empathie avec tout un chacun, sauf son épouse, sans compter le cafetier, personnage qui ne manque pas de panache, mais qui cache un secret scandaleux et ne pourra résister à ses « démons ». Et que dire du boulanger battu journellement par son épouse, et du riche commerçant Sélim Alwane, qui refuse de vieillir, avec tout ce que cela engendre comme ennuis à sa femme et ses fils, et d'autres encore.

Un microcosme où tout un chacun cherche à vivre au mieux de ses aspirations et envies, avec tout ce que cela entraîne comme difficulté, tout en étant en adéquation avec les « bonnes moeurs », avec le « qu'en dira-t-on ». Les femmes sont reléguées à la maison, épiées. Au moindre écart, cela ferait scandale, tandis que les hommes, malgré leurs vices, continuent leur petite vie comme si de rien n'était. Un monde à la lisière d'un changement en devenir.

Un roman très bien écrit, où les commérages vont bon train, avec tout ce que cela engendre comme incompréhensions, véhémences, palabres, qu'en-dira-t-on, et où le pittoresque et la tendresse transparaît tout au long de l'histoire de chacun des personnages.

J'ai passé un très bon moment de lecture, j'ai frémi, vibré, rit, compati, pleuré, en lisant et en y repensant, un sourire me vient naturellement aux lèvres.
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Première rencontre avec cet auteur égyptien prolifique, prix Nobel de littérature et grand romancier de l'Egypte du vingtième siècle.

Son ouvrage Passage des miracles met en scène l'impasse du Mortier, dans un quartier populaire du Caire, et ses habitants : Abbas al-Hélou, l'ingénu coiffeur, le Père Kâmil, à la naïveté confondante, le patron du café Karcha, depuis longtemps porté sur les jeunes hommes et son fils Hussein Karcha, qui ne rêve que de fuir cette impasse pour rejoindre la modernité, Sayyid Ridwâne, sage illuminé, la femme du boulanger qui roue son mari de coups, Saniyyeh Afifi, la veuve cinquantenaire et avare qui compte bien se remarier, le faiseur de mendiants, ou encore la belle et arrogante Hamida, convoitée par tous.

Les ambitions, les frustrations, les amours et les pulsions violentes de ce petit monde se déroulent toutes dans l'impasse, entre le café, la fenêtre d'Hamida et la boulangerie ; tout ce qui est extérieur à l'impasse semble relever d'un autre monde, incompris pour la plupart, mirobolant pour d'autres.

Si au départ cette kyrielle de personnages déroute un peu, les intrigues se mettent en place et l'on s'amuse des perfidies et manipulations de chacun pour parvenir à ses fins, et l'on se plaît de cette scène de théâtre coupée du monde, où tous souhaitent que la Seconde Guerre mondiale dure le plus longtemps possible, car synonyme de débouchés pour les plus jeunes...

Au-delà des obsessions de ses personnages, Passage des miracles se fait aussi le témoin des moeurs de l'époque, où les femmes se doivent de respecter les convenances et de ne pas être vues en compagnie d'étrangers, tandis que les vices des hommes, pour scandaleux qu'ils soient, finissent pas s'insérer dans le quotidien de l'impasse sans plus provoquer de vagues...Et si l'on ne s'attache guère à la personnalité agaçante d'Hamida, on s'attriste cependant sur le seul choix qui s'offre à elle : celui de sa liberté, qui passe par la renonciation aux traditions et au mariage, et par la prostitution, qui n'en est cependant pas totalement une puisqu'elle ne peut se détacher de son amour pour celui qui l'a ravie à l'impasse...

Une belle découverte, où résonnent les médisances et où bruissent les ragots !
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J'avais fait connaissance il y a déjà des années avec Naguib Mahfouz, en lisant son roman "Impasse des deux palais", qui m'avait enthousiasmé.
J'ai retrouvé avec Passage des Miracles cette magnifique description du petit peuple du Caire, dans les années 1940. L'auteur place son lecteur comme un observateur, dans l'impasse du Mortier, en plein coeur de la ville, et nous suivons quelques jours de la vie de gens ordinaires. Il y a là le cafetier Karcha, le coiffeur al Hélou, la marieuse Oumm Hamida et sa fille Hamida, le riche commerçant Sélim Alwane, la propriétaire Saniyyeh Afifi, et d'autres encore.
Tous ont une vie prédéterminée par leur condition sociale, et pour ceux qui sont nés au bas de l'échelle, il y a peu de chances de s'élever… sauf peut-être en faisant un riche mariage si l'on est une femme, ou en allant travailler pour les Anglais si l'on est un homme.
Les acteurs sont donc pour la plupart résignés à leur sort, et trouvent sinon une consolation, du moins une ligne de conduite dans un islam doux et résigné. Leur vie est empreinte de religion, mais sans jamais tomber dans le fanatisme ni dans le zèle excessif.
Seule Hamida, bien décidée à devenir riche par tous les moyens, essaie de forcer le destin en jouant de sa beauté, provoquant l'indignation de l'impasse du Mortier, cependant que dans le lointain se déroule le théâtre de la guerre, lequel n'est que peu de choses à côté des péripéties de ce petit monde.
Le ton du récit peut être triste, mais jamais tragique, et souvent enjoué et drôle. On sent que Naguib Mahfouz aime sincèrement le monde qu'il décrit, lequel sera bientôt balayé par la vie moderne de l'après-guerre.
Je ne peux que recommander cette lecture, c'est comme une bouffée d'air frais que je compte bien renouveler par d'autres écrits de cet auteur.
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Chaque livre s'adresse à certains de nos sens, celui là c'est l'odorat. Je me rappelle l'odeur poussiéreuse du passage, de chaque boutique, de chaque appartement, voire même des personnages.
Chaque acteur du film est attachant, on a le sentiment de le connaître, de l'avoir rencontré. On tombe amoureux de la belle...
C'est une tranche de vie du Caire, dans ce microcosme minuscule dont on ne sort que très peu, comme si on y habitait.
C'est vraiment un beau livre.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Dans le mur faisant face à l'entrée, une petite porte de bois s'ouvrait sur un réduit délabré, d'où émanait une odeur de terre et d'immondices, et qui n'était éclairé que par une petite lucarne donnant sur une cour. A proximité de cette lucarne, sur une étagère, une lampe diffusait une faible lueur qui révélait un sol de terre battue jonché d'une quantité innombrable de détritus divers. On se serait cru à l'intérieur d'une boîte à ordures. Sur l'étagère qui supportait la lampe, et qui courait tout le long du mur, s'alignaient des fioles, des bouteilles, grandes et petites, divers outils et toutes sortes de courroies. N'eût été la rare saleté du lieu, on aurait pu Voir là comme l'attirail d'un apothicaire.
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Quand il se mettait à l'ouvrage et forgeait, de ses mains expertes, une infirmité sur le corps d'un de ses clients, il usait d'une cruauté calculée, se dérobant derrière le secret professionnel. Si des gémissements échappaient à sa victime, ses yeux terrifiants brillaient d'une flamme démente et malgré tout cela, les mendiants étaient encore, de toutes les créatures, les plus chères à son cœur et il aurait souhaité que la majorité des habitants de la terre fussent des gueux.
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Il rasait les murs, malgré l'obscurité profonde -il y avait encore des restrictions sur l'éclairage-, et les passants qui le croisaient se trouvaient brusquement face à face avec des yeux qui luisaient dans les ténèbres comme la boucle métallique d'un ceinturon de policier.
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Mais il l'avait brusquée dans l'ivresse des premiers jours et elle n'avait pu jouir de son amour, de ses délices, de son bonheur, elle n'avait pu s'abandonner à ses rêves, à son imagination, à ses espoirs, qu'à peine une dizaine de jours.
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- Tous les gens arrivés n’ont-ils pas commencé modestement?
- Sans doute. Mais tous ceux qui débutent modestement ne finissent pas par arriver.
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