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EAN : SIE206199_212
Denoël (30/11/-1)
3.42/5   12 notes
Résumé :
Ce journal qui se présente à la fois comme un récit et comme une chronique parisienne, a été écrit au cours des années 1947-1948, au retour à Paris de l'auteur, après 14 ans d'absence. "C'est la découverte d'une nouvelle France, d'un nouveau peuple français, c'est le portrait d'un moment de l'histoire de la nation française, qui coïncide avec un moment particulier de ma vie".
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Mermed
  20 août 2022
J'ouvre les livres de Malaparte, ils sont excessifs, exceptionnels, anormaux, impérieux...Je vois quelque chose bouger , comme un panier plein de serpents. Les mots de Malaparte émeuvent. Il ressemble tellement à Caravage, quelqu'un qui voit les pieds sales de la Madone, de la boue, qui de l'obscène fait sortir le sacré.
Chez Malaparte, il y a toujours quelque chose de biblique. Il pourrait être le chroniqueur qui raconte le massacre de Jéricho, c'est l'hoplite qui traverse l'ossuaire hébreu avec Alexandre le Grand, c'est le satrape qui assiste à l'extermination de Sodome, l'architecte qui fait tomber Babel, le scribe qui tire au sort Babylone condamnée ou rachetée. « Ce mot sonnait encore comme un mot divin », écrit Malaparte à propos du mot sang. « J'étais fatigué, déçu, découragé… Tout le monde a fui le désespoir, le misérable et merveilleux désespoir de la guerre perdue, tout le monde a couru à la rencontre de l'espoir de la fin de la faim, la fin de la peur, la fin de la guerre, à la rencontre du misérable et merveilleux espoir de la guerre perdue. Tout le monde fuyait l'Italie, ils allaient rencontrer l'Italie ».
Malaparte nous dit l'éthymologie de kaputt qui vient de l'hébreu kopparoth, la victime. A la guerre, tout est victime ; la découverte de Malaparte, dans les entrailles de Naples, c'est la "souffrance sans désespoir, une souffrance illuminée par une grande, belle espérance, devant laquelle mon pauvre et petit désespoir n'était qu'un sentiment étroit dont j'avais honte".
Malaparte se saigne en écrivant, il se faufile dans les querelles de l'histoire. C'est insupportable - et nécessaire. Je crois que dans d'autres pays on en ferait un saint, l'hagiographie de la dissolution, serait la capitale du roman. 
Curzio Malaparte, c'est d'abord un constructeur de phrases, des phrases sensuelles, qui restent longtemps gravées dans l'imaginaire. Is se considérait comme un penseur - il était assez jaloux de la renommée de Gide, Sartre et Camus - ses propos sur les Français ("La France est le dernier foyer de l'intelligence"), sur le communisme, sur l'existence et sur les femmes, le rendent souvent confus, répétitif, banal, quand l'écriture d'une anecdote bizarre, d'un souvenir, d'une sensation s'appuie sur des phrases presque infaillibles.
En réalité, c'était un mythomane, un menteur compulsif qui orne la vérité d'adjectifs, pas toujours pour le gain mais par nécessité effrénée. Quiconque a lu ses chefs-d'oeuvre sur la Seconde Guerre, Kaputt ou La Pelle , ne peut oublier la scène, aussi mémorable qu'improbable, des Napolitains affamés qui servent aux Américains une petite fille bouillie dans de la mayonnaise, avec une queue de poisson, prétendant que c'est une sirène; ou la scène de chevaux tombant dans un étang, dans le nord de l'Europe, et gelant, donnant aux visiteurs l'idée d'un carrousel glacé, glaçant...Il y a un passage dans le livre dans lequel un officier fasciste ouvre un pot plein d'huîtres décortiquées et déclare qu'il s'agit de 40 kilos d'yeux humains. Je ne dis pas que ces événements ne sont pas vrais, mais il est certain que Malaparte porte une attention particulière au monstrueux. Vraies ou non, ces scènes dépeignent parfaitement les horreurs de la guerre.
Après la guerre, Malaparte est à Paris : il s'attend à un accueil plus chaleureux que celui qu'il reçoit. Il parlait et écrivait en français. Il était sociable, il cultivait de nombreux amis parisiens, il était un coureur de jupons éffrené. Comme il ressort de son journal, plusieurs l'ont évité, le considérant comme un fasciste. A Paris, il se vante de son exil à Lipari, pendant cinq ans, pour avoir critiqué Hitler ; il avait été assigné à résidence dans sa luxueuse villa de Capri, dit-il, pour son antifascisme assidu. En fait, dans les derniers jours du régime, il a été emprisonné pour détournement indu de fonds publics à des fins privées. Il avait été membre du parti fasciste et partisan de Mussolini. Il a été placé en état d'arrestation pour avoir agressé verbalement Italo Balbo, pilote et héros. Malaparte avait écrit - du moins signé - un portrait hagiographique de Balbo.Malaparte était un homme complexe et agité : à la fin de sa vie, il était catholique fervent et membre du parti communiste.
En fait, il n'était pas à sa place, un expatrié. En France, il n'appartenait ni aux existentialistes ni aux communistes, les deux cabales fondamentales ; en Italie, il avait été éclipsé par Alberto Moravia. En Amérique, il fut dénoncé par une femme remarquable qui l'accusa d'être un menteur prédateur : « La vérité en lui est une minuscule molécule enfouie dans un gigantesque cocon de mensonges.
Car étant un anti-intellectuel, Malaparte était un homme d'une intelligence flamboyante. Il n'était pas provincial : il connaissait l'Europe de l'Est, la Russie, la Finlande, l'Espagne, la France ; il pouvait s'attacher à n'importe qui, n'importe qui aurait pu l'appeler Monsieur Caméléon. Comme l'a écrit son brillant biographe, Maurizio Serra, « le caméléon sait être un aristocrate avec des aristocrates, un diplomate avec des diplomates, un soldat avec des soldats ».
Dans ce livre, la perplexité prend le dessus.  Quand on lui demande sans cesse pourquoi il n'a pas abandonné Mussolini, il pousse są réponse jusqu'au grotesque « Je préfère les vrais collaborateurs aux faux résistants ». 
Aujourd'hui ses propos outranciers sont très en dessous de son talent, car la beauté de sa prose est aussi indiscutable que le charme de l'homme.
Son Journal d'un inconnu à Paris , publié en 1966 est maintenant introuvable en Italie. En France La table ronde l'a publié en 2018
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ramettes
  12 octobre 2018
J'ai été surprise par la teneur de ce journal. Il y a beaucoup de considérations sur la France, les guerres, les écrivains, les artistes, les politiques, les étrangers… J'ai ressenti beaucoup de déception et négativité chez cet homme. Il retranscrit certaines de ces rencontres avec des personnalités du monde culturel. Il a des avis très tranchés et définitifs.
On se rend compte très vite qu'il fait parti d'un ancien monde, il a traversé deux guerres mondiales avec tous les changements quel a société à connu. Les us et coutumes se sont énormément modifiés. Il y a des comparaisons sur les gens qui ont connu Paris avant la première guerre mondiale et ceux qui sont nés après.
Il y a des passages très intéressants sur son avis sur tel ou tel livre, auteur. Il n'hésite pas à commenter les avis des autres. Il analyse tout ce qu'il voit, lit, entend. Tout cela nous apporte une vision interne de ce monde culturel de l'époque. Beaucoup des gens cités sont très connus ce qui donne une image de la France artistique très productive, active. Cette effervescence d'après guerre.
Nous avons donc les journaux de 1947, 1948 et des non datés. La première édition de ce journal date de 1967. A l'intérieur de ses journaux il est fait référence aux périodes de 1914-1947. C'est une radiographie de la France et de l'Europe d'un homme cultivé.
Je n'ai pas trouvé Curzio Malaparte particulièrement sympathique, un peu trop imbu de sa personne. Un homme sûr de ses capacités et de sa valeur.
J'ai bien aimé les digressions lorsqu'il décrit quelqu'un ou un événement, il commence par nous parler du sjet puis son regard d'artiste part vers autre chose.
Curzio Malaparte a de grandes connaissances en géographie, histoire, littérature et peinture. Il a donc un regard particulier.
Dans ses retranscriptions de rencontres, on découvre qu'il a l'oeil sur tout, l'espace, les vêtements, les attitudes, les paroles et discussions des gens entre eux.
Lors de ses visites dans Paris, il a un oeil d'artiste. Il y est question de ce qui se voit ou qui est « refoulé », estompé, effacé voire caché.[...]
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viduite
  06 juin 2018
Journal d'un retour, prose descriptive, d'un vrai talent pour l'anecdote et la provocation, d'un enchantement enfui pour un Paris qui, en 1947-1948, peine à se reconstruire et fanfaronne entre épuration, sensation de débâcle et fausse gloriole. Au gré d'une plume incisive, au tour classique, Curzio Malaparte se révèle un grand auteur, un moraliste ironique, un penseur sans système de la cruauté humai
Lien : https://viduite.wordpress.co..
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seriatim
  08 mai 2010
Pour l'heure pas une critique mais un plaisir de suivre Malaparte dans le Paris de 1947
Lien : http://www.seriatimonline.com
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critiques presse (1)
Lexpress   30 juillet 2014
Tout est sublime chez ce Goya désespéré qui peignit le pathétique et le grotesque, la misère et la grandeur dans un même élan furieux.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
fanfanouche24
fanfanouche24  
C'est la première fois depuis quatorze ans que je dors en France. J'aime l'Italie, j'aime mon pays, je défendrai toujours leur parti, même si je sais qu'ils ont tort. C'est à la condition que je ne trahirai jamais mon pays, que je peux dire la vérité sur mon pays. (p.14 / Coll. La Petite Vermillon, mars 2014)
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eternel
eternel  
...à la situation actuelle de la culture française, qui, à mon avis, est en crise, puisqu'elle ne sait plus défendre les idées universelles qui sont à sa base, pour se rabattre sur des idées et des sujets qui ne sont pas des valeurs universelles.(Je dis) qu'elle est en passe de devenir une littérature - une culture, si l'on veut- de moeurs, et non d'idées. Qu'elle n'a plus une philosophie ni une vision françaises du monde. Qu'elle a trop bon goût, et que le goût a une importance secondaire dans l'art ,etc. C'est en cela que consiste pour moi la crise de la culture française.
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Videos de Curzio Malaparte (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Curzio Malaparte
Pour consulter les titres parus dans cette collection : https://www.lesbelleslettres.com/collections/20-memoires-de-guerre
La collection Mémoires de guerre a pour but de publier des textes inédits ou oubliés d'écrivains, de journalistes, de soldats sur les conflits qu'ils ont vécus. Celle-ci a débuté à l'automne 2012 avec la publication de deux auteurs majeurs : Curzio Malaparte avec La Volga naît en Europe récit de son expérience de correspondant de guerre sur le front russe durant le second conflit mondial et Winston Churchill, avec, son tout premier ouvrage, inédit en France, La Guerre de Malakand dans lequel le futur prix Nobel de littérature raconte, en 1897, sa guerre en Afghanistan. .
Si la collection a publié à parts égales ces dernières années les grands classiques du genre, parmi lesquels les écrits de John Steinbeck, Martha Gellhorn, Eugène Sledge, Evelyn Waugh, elle a aussi accueilli des auteurs contemporains. Des militaires français comme le commandant Brice Erbland, pilote d'hélicoptère en Afghanistan et en Libye, Guillaume Ancel et ses témoignages sans concessions sur la guerre en ex-Yougoslavie et au Rwanda, André Hébert, jeune militant communiste parti se battre aux côtés des Kurdes contre Daech, la journaliste Pauline Maucort et ses portraits de soldats victimes de stress post-traumatique ou encore les officiers de la Légion étrangère qui ont témoigné dans un ouvrage collectif. La collection vient également d'obtenir le prix Erwan Bergot 2020 pour le texte du dernier Compagnon de la Libération, Hubert Germain.
Mémoires de guerre est dirigée par François Malye, petit-fils d'un des fondateurs des éditions Les Belles Lettres et grand reporter au magazine le Point. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages historiques : Histoire secrète de la Ve République (en collaboration, La Découverte, 2006) ; Napoléon et la folie espagnole (Tallandier, 2007) ; François Mitterrand et la guerre d'Algérie (avec Benjamin Stora, Calmann-Levy, 2010) ; La France vue par les archives britanniques (avec Kathryn Hadley, Calmann-Lévy, 2012 . De Gaulle vu par les Anglais, Calmann-Lévy, 2020, reédition) Camp Beauregard, Les Belles Lettres, 2018.
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