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Nicolas Véron (Traducteur)
ISBN : 2757805231
Éditeur : Points (23/08/2007)

Note moyenne : 3.63/5 (sur 19 notes)
Résumé :
L'exil a duré dix ans. Norman Manea revient dans sa Roumanie natale où le communisme s'est effondré, mais où rien n'a changé vraiment. Entre réalité et fiction, le souvenir affleure : sa mère est morte, la dictature n'est plus, et les fantômes du passé voilent son regard. Reste la douleur lancinante d'avoir fui sa patrie véritable : sa langue maternelle.
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
mariecesttout
  16 avril 2014
Norman Manea est né en Bucovine (Roumanie) en 1936. le premier voyage qu'il a fait, c'est à 5 ans. Dans un wagon à bestiaux, avec parents et grands parents. Les plus âgés ne reviendront pas. le maréchal Antonescu avait décidé la déportation de tous les juifs dans des camps en Ukraine. Il est revenu 4 ans plus tard. "J'étais un vieillard qui allait avoir 9 ans".
Et à 50 ans, trop tard peut être, il est reparti: " A cinq ans la première fois à cause d'un Dictateur. A cinquante ans, à cause d'un autre Dictateur et d'une idéologie opposée. Quelle blague!".
Oui, enfin, c'est d'un humour désespéré qu'il s'agit là, et c'est au cours d'un bref séjour effectué à contre coeur sur le sol natal qu'il résumera ainsi: " Reste la honte de ne pas être parti à temps, la honte d'être parti quand même, la honte d'être ramené au point de départ."
Avant l'exil, avant l'abandon de sa mère qui le suppliait d'au moins revenir pour son enterrement, le refuge pour lui était l'écriture : " Grâce au dialogue engagé avec des amis virtuels, la littérature allait me sauver de la mutilation imposée par l'Autorité".
Sauver des nouvelles persécutions, de la délation systématique, des tribunaux populaires qui de nouveau transforment son père en "pou" et lui en "fils de pou" à cause d'une anonyme et fausse dénonciation ( pour un crime impardonnable, il aurait offert gratuitement une bicyclette à quelqu'un.......)et l'envoient croupir dans un autre camp.
"La fatalité de la terreur pouvait s'abattre sur n'importe qui, n'importe quand, n'importe où et pour n'importe quelle raison."
Car, pour Manea, l'exil signifiait plus que quitter la terre, c'était quitter la langue. Il se demandait si l'exil, pour un écrivain, n'était pas l'équivalent du suicide. Mais peu à peu ,la réalité l'impose: "Et la mort qui me guettait ici, à domicile? le rétrécissement accéléré de l'existence, la prolifération des dangers rendaient sans objet les inquiétudes quant à la possibilité de renaitre , au seuil de la vieillesse, dans une autre langue et un autre pays."
Alors, avec toujours sur lui ces phrases de Joyce dans Dedalus : " Je ne veux pas servir ce à quoi je ne crois plus , que cela s'appelle mon foyer, ma patrie ou mon Eglise. Je veux essayer de m'exprimer ,sous quelque forme d'existence ou d'art, aussi librement et complètement que possible, en usant pour ma défense des seules armes que je m'autorise: le silence, l'exil, la ruse."Manea va organiser son départ; D'abord vers l'Allemagne, puis les Etats Unis .
Etats Unis où il vit désormais, Etats Unis, pays des exilés de tous lieux, et de Mark Twain , dont les phrases suivantes pourront accompagner celles de Joyce: "Je crois ne pas avoir de préjugés. Je peux affronter n'importe quelle société. Tout ce qui m'importe est de savoir qu'un homme est un être humain -cela me suffit. Il ne peut pas être pire".......
En écoutant James Gray dans le bonus du DVD The Immigrant parler de très belle façon de ses grands-parents , immigrés en 1923 et restés en permanence dans la nostalgie de leur pays,de leur langue car ils n'avaient jamais appris l'anglais et restaient figés , incapables de communiquer, de s'adapter à un environnement si différent ( ce qu'il ne comprenait pas, enfant, car ils y étaient persécutés), j'ai repensé à ce beau portrait et analyse très poussée de ce qu'est un immigré non volontaire ,et de ses souffrances .
Lisant en ce moment la deuxième partie de l'autobiographie de J. M. Coetzee, j'y retrouve la même chose (même s'il n'a pas , lui, le problème de la langue, et qu'il est parti d'Afrique du Sud non pour des raisons..vitales, mais parce qu'il avait honte de son pays, qu'il n'a pas non plus le même passé très lourd à porter), la très grande difficulté pour un écrivain de s'abstraire de ses références culturelles.
Grand écrivain roumain que ce Norman Manea.
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Missbouquin
  02 juillet 2014
A cinq ans, Norman Manea est déporté. Il reviendra 4 ans plus tard, marqué à vie, dans sa patrie devenue communiste. "L'horreur n'avait pas remplacé l'ancienne. Elle s'y était ajoutée : elles allaient main dans la main." Quelques décennies après, en 1986, il décide d'émigrer pour échappe à l'étiquette de "hooligan" qui lui colle la peau, c'est-à-dire le marginal, le non-aligné, l'exclu. Car il ne se laisse pas faire face à la violence idéologique qu'est le communisme, et ne se prive pas de le dire. Vingt ans plus tard, il a l'opportunité de rentrer au pays, dans une Roumanie débarrassée du communisme mais non pas de ses stigmates. C'est ce voyage de retour, truffé de flash-backs, qui est raconté ici.
En plus d'une certaine hostilité, il doit faire face à ses propres sentiments : il se rend compte qu'en vingt ans il était devenu un étranger dans son propre pays, mal à l'aise avec la langue roumaine, qui est pour lui le fondement de son identité. "C'est la langue qui est votre blessure."
Une identité qu'on lui refuse d'ailleurs puisqu'on le classe dans la catégorie des "écrivains juifs de langue roumaine" et non pas "écrivain roumain".
"Je ne savais pas si je voulais éviter de rencontrer là-bas le moi d'autrefois, ou si je redoutais d'être identifié à ma nouvelle image, auréolée des lauriers de l'exil et des malédictions de la Patrie."
Après avoir vécu une non-existence aux États-Unis, l'île de la liberté par rapport à la Roumanie, dans l'anonymat et la transparence, il revient donc sous la lumière des projecteurs, auréolé de son prestige d'écrivain mondialement connu quoique soupçonné d'amitié avec la puissance américaine, vestige de la guerre froide.
"Le crétinisme rayonnait partout, on pouvait difficilement y échapper."
Roman autobiographique atypique, le retour du hooligan est un véritable pêle-mêle dans lequel il est difficile parfois de se retrouver : l'auteur évoque l'Histoire à chaque ligne et il n'est pas toujours facile de comprendre à quoi ou à qui il fait allusion. Mais malgré ces difficultés, je n'ai pas pu faire autrement d'aller jusqu'au bout de cette lecture qui nous envoûte malgré nous, tant on est plongé au coeur d'un maelström d'émotions que l'auteur sait parfaitement rendre : "La honte secrète, farcie de furoncles purulents. La honte de n'être pas parti à temps, la honte d'être parti quand même, la honte d'être ramené au point de départ". Tout se mélange et suinte le mal-être, la peur, la désorientation d'un homme qui a perdu ses racines. La littérature fut donc – et est toujours – le seul refuge possible contre ces sentiments, rempart qui peut paraître dérisoire face à la violence de l'exil, mais qui l'a sauvé.
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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5Arabella
  19 août 2016
Il s'agit d'un récit autobiographique. L'auteur y parle de son expérience de déporté dans un camps pour juifs en Ukraine par le régime fascisant d'Antonescu avec sa famille, il connaît par la suite les affres du communisme roumain. Puis à 50 ans choisi l'exil. A l'occasion d'un bref voyage en Roumanie après la démocratisation il revit en quelques sortes les étapes de son parcours.
J'ai eu du mal à rentrer dans ce livre, qui recourt massivement à la répétition, à une écriture bien particulière. Les événements sont ressassés, reviennent plusieurs fois, parfois quasiment du copié-collé. On comprend qu'il s'agit d'éléments traumatiques, que l'auteur n'arrive pas à liquider dans son passé, mais il faut accepter de rentrer dans ce rythme. J'y suis arrivé par moments, par moments j'ai trouvé cela un peu fastidieux. Globalement le récit est touchant, et le livre intéressant à plus d'un titre. Il y des observations très fines sur certaines personnes, façons de vivre, qui font vraiment mouche, surtout que l'humour est présent. Mais j'ai été par moments un petit peu agacée par la personnalité de l'auteur, qui forcement est importante dans un récit autobiographique. Il manifeste un petit peu de complaisance vis à vis de lui-même, même si ce sont les autres qui parlent, évoquer le Nobel qu'il pourrait recevoir, ou se qualifier de plus grand écrivain roumain vivant a un petit côté prétentieux. Je serais intéressée par la lecture d'autres livres, peut être de fiction pour voir ce que cela donne.
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Nicolosette
  19 octobre 2015
Très beau livre sur la souffrance de l'exil ,l'exil du pays natal et la nostalgie de la langue maternelle .
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Nikoz
  22 juin 2016
Magnifique kaléidoscope roumain; un très bel ouvrage, légèrement romanesque
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
MissbouquinMissbouquin   02 juillet 2014
"Je ne savais pas si je voulais éviter de rencontrer là-bas le moi d'autrefois, ou si je redoutais d'être identifié à ma nouvelle image, auréolée des lauriers de l'exil et des malédictions de la Patrie."
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NikozNikoz   22 juin 2016
Je ne savais pas si je voulais éviter de rencontrer là-bas le moi d'autrefois, ou si je redoutais d'être identifié à ma nouvelle image, auréolée des lauriers de l'exil et des malédictions de la Patrie.
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MissbouquinMissbouquin   02 juillet 2014
"L’horreur n’avait pas remplacé l’ancienne. Elle s’y était ajoutée : elles allaient main dans la main."
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TarquinTarquin   06 avril 2013
Le métronome a encore une fois signifié à quelqu'un l'heure de l'éternité.
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MissbouquinMissbouquin   02 juillet 2014
"C'est la langue qui est votre blessure."
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La cinquieme impossibilité - Norman Manea - coup de coeur des libraires Fnac
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>Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire>Biographie générale et généalogie>Biographie des écrivains (238)
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