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Gilles Chahine (Traducteur)Jean-Bernard Blandenier (Traducteur)
EAN : 9782070386918
768 pages
Éditeur : Gallimard (22/04/1994)
4.11/5   239 notes
Résumé :
Le château d'Ardis - les Ardeurs et les Arbres d'Ardis
- voilà le leitmotiv qui revient en vagues perlées
dans Ada, vaste et délicieuse chronique, dont la plus
grande partie a pour décor une Amérique à la clarté de
rêve - car nos souvenirs d'enfance ne sont- ils pas
comparables aux caravelles voguant vers la Vinelande,
qu'encerclent indolemment les blancs oiseaux des rêves
? Le protagoniste, héritier de l'une des plus... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
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Archie
  26 mars 2020
Lorsque je découvris Nabokov, il y a une trentaine d'années, je fus ébloui par son style à la fois harmonique et hermétique, alliant érotisme et exotisme. (Voilà une entrée en matière fort nabokovienne !) Après Feu pâle, relu et critiqué quelques semaines après la création de mon blog, allais-je retrouver dans les sept cent cinquante pages d'Ada ou l'Ardeur le même plaisir qu'à l'époque ?
Qui est donc Vladimir Nabokov ? Né à Saint-Pétersbourg en 1899, ce magicien de l'écriture est un artiste cosmopolite. « Je suis un écrivain américain, né en Russie et formé en Angleterre, où j'ai étudié la littérature française avant de passer quinze années en Allemagne », dit-il. Emigré aux États-Unis en 1940, où il fit scandale dans les années cinquante avec son fameux roman Lolita (à relire prochainement), il est revenu vivre en Europe, à Montreux, au bord du lac Léman, où il s'est éteint en 1977. Nabokov tenait Ada, publié en 1969, pour son chef-d'oeuvre.

L'auteur présente Ada ou l'Ardeur comme une « chronique familiale ». le livre raconte la longue histoire des amours illégitimes et tumultueuses de deux cousins germains, van (Ivan) et Ada (Adélaïde), revue par eux-mêmes au soir de leur vie, quatre-vingts ans après leur coup de foudre réciproque et leur premier rapport sexuel à l'âge de quatorze et douze ans. Une relation qu'ils ont longtemps cachée, car en raison de liaisons adultères et d'un arrangement secret entre les parents, les cousin-cousine étaient en fait frère et soeur…
Un secret mis à jour par les perspicaces jeunes amants dès les premières pages du livre, mais qui t'échappera, lectrice (ou lecteur), si tu n'es pas très attentive (ou -if). Car Nabokov est un virtuose du cryptage, du double sens, du brouillage.
Dans un premier temps, le roman se lit comme une histoire d'amour merveilleuse et captivante. van et Ada sont des héros attachants. Mais à la relecture, ils perdent leur innocence. Leurs fantaisies érotiques, leurs fantasmes, leurs transgressions révèlent leur nature capricieuse, dépravée. Dans leur attitude à l'égard de leur jeune demi-soeur Lucette, désespérément amoureuse de van et gravement pervertie par Ada, leur cruauté devient même dérangeante.
Ada et van vivent dans un univers dont l'auteur a recréé l'espace et le temps. Les références géographiques s'inspirent de notre planète terre, mais les distances sont abolies, les noms de lieux plus ou moins déformés, Russie et Amérique confondues en un unique empire sans frontière. La fiction s'étend sur un siècle, disons de 1865 à 1965, mais la chronologie des événements historiques servant de fond de cadre à la narration est totalement réinventée.
Bouillonnant d'élucubrations abracadabrantesques, Ada ou l'Ardeur met en scène un monde fantasmagorique, un univers d'illusion, à la manière des oeuvres de certains peintres non abstraits. Et toi, lectrice, lecteur, cela t'incitera au décryptage. Tu créeras ta propre interprétation – laquelle évoluera lors de tes relectures –, te donnant ainsi l'impression gratifiante de découvrir les secrets les plus intimes de l'artiste.
Mais dans ce jeu de décryptage voulu par Nabokov, il te serait vain de chercher à tout comprendre, de vouloir tout élucider. Assemblage jubilatoire de divagations romanesques, d'anachronismes loufoques, de jeux sur les mots, l'ouvrage est avant tout un exercice de style, dont il faut se laisser envahir par la puissance poétique. Sans oublier l'humour.
Certains passages sont difficiles d'accès. Rien ne t'oblige à t'y attarder, notamment lorsqu'Ada s'adonne à la lépidoptérologie – l'étude des papillons, une passion pour Nabokov, mais pas forcément pour toi et moi – ou quand van prétend dévoiler le contenu de son traité sur « la Texture du Temps ».
A l'issue de ma relecture, je reste fasciné par l'enchanteurNabokov et par ce roman grâce auquel j'ai eu l'impression de retrouver mon regard d'enfant et ma capacité d'émerveillement.
Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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Darkcook
  10 octobre 2021
... Eeeeh bé. Voilà mon appréciation en deux mots, en ressortant, terrassé, du roman le plus compliqué que j'aie pu lire de ma vie. Pas par l'histoire, au fond très simple, ni parce qu'il contiendrait un contenu métaphysique et philosophique sophistiqué ou abscons. Non. Vous connaissez Nabokov avec Lolita ? Chef d'oeuvre absolument génial qui nous met dans la peau d'un protagoniste narrateur fou, dont l'existence est d'ailleurs souvent remise en question, qui nous explique ses amours pédophiles assumés, et qui est l'occasion pour Nabokov de déverser un style extraordinaire, surtravaillé, qui n'appartient qu'à lui, bourré de jeux de mots, d'allitérations, d'allusions, de références littéraires et artistiques (qui sont en fait les siennes, de culture américano-franco-russe). Dans Lolita, il se livrait à une parodie de roman, avec notamment l'usage de digressions et phrases à rallonge comme parodiées de Proust, qui finissaient souvent par un commentaire de son cru ajoutant que toute cette digression n'avait en fait aucune importance, etc. Ses personnages avaient aussi des noms totalement bidons, de son héros Humbert Humbert, à tous les secondaires, Miss West, East, etc.
Imaginez qu'on reprend le même écrivain, sauf qu'il surcharge encore plus son art de la digression dont on se fiche en fait totalement, la remplit encore plus de références littéraires et artistiques, sauf que cette fois, elles peuvent être fausses et/ou anachroniques, à la fois pour la blague et parce que son roman se passe sur une terre parallèle. Imaginez que son histoire est cette fois l'idylle passionnée à travers le temps de deux enfants, jusqu'à leur vieillesse, van et Ada, qui sont officiellement cousins, et en réalité, frère et soeur ! (et ils le savent depuis le début) le tout narré comme un roman à mi-chemin entre une parodie du Grand Meaulnes, de la saga de Proust et d'autres dont je n'ai pas forcément la référence, mais l'on comprend vite que la chronique familiale, le roman de ce type, est entièrement parodié. Ajoutez à cela que van et Ada, à respectivement 14 et 12 ans quand commence leur histoire, sont des clones érudits de Nabokov qui passent leur temps à citer des auteurs, à débattre mots, linguistique et traductions (Nabokov passe le roman à torpiller les traducteurs en les disant tous ineptes...), avec toutefois la variante que j'ai précisée (ils commentent et citent Proust - à leur âge ! - dans les années 1880 alors qu'il est encore enfant, déforment des titres de Tchekhov, prennent pour référence René de Châteaubriand car il y aurait dedans un sous-texte incestueux aussi...). Bref, si l'on est pas versé dans le délire, on ne comprend RIEN à certaines discussions et certains passages, qui sont toutefois accessoires. Lorsqu'on a la référence des vannes de Nabokov et de ses personnages, on apprécie. le gag récurrent d'une Mademoiselle Larivière ayant écrit La Parure de Maupassant à la place de ce dernier sur Antiterra (la planète où l'action du roman se déroule) est assez sympa. Mais dans moult dialogues, il y a parfois des traductions en russe de ce qui est dit, dont on se doute qu'il y a un gag derrière, qui nous échappe. Il y a aussi moult discussions sur les papillons, dont on savait Nabokov féru, où l'on devine des métaphores sexuelles, à défaut de servir à autre chose.
Bref, c'est un roman rendu extrêmement compliqué dans sa forme, pas dans son contenu, par un auteur qui va ici dans l'apothéose de tout ce qui l'amuse, mais qui est extrêmement éprouvant pour le lecteur. Ceci dit, je n'ai jamais eu envie d'abandonner, contrairement à, par exemple, un pavé de Dantec où sur 500 pages, il répète 30 fois les mêmes concepts et où l'on voit vraiment tout ce qui aurait pu être enlevé. le début d'Ada et l'Ardeur est très difficile, lorsque Nabokov présente toute la famille et que l'on se reporte à l'arbre généalogique (faux) qui introduit le roman en parallèle, avec force digressions et détails superflus, là encore pour le plaisir de la parodie. Cela se calme un peu durant l'enfance et l'adolescence de van et toute la partie au château d'Ardis, partie d'ailleurs très longue qui aurait pu être expurgée. Comme l'ont noté certains lecteurs ici, il est amusant que même le traditionnel découpage en parties du roman soit moqué par Nabokov : Elles seront en réalité de plus en plus courtes, jusqu'au ridicule.
Toute la partie à Ardis, en 1884, avec les débuts de l'histoire Van/Ada à respectivement 14 et 12 ans, alterne les passages réussis et les longueurs anecdotiques. On se rappellera de la soirée avec l'incendie dans la grange, de van dans son hamac, de certaines discussions sur Proust ou Châteaubriand, du pique-nique, de la parodie de dîner familial en présence de Marina et Démon (leurs parents biologiques qui n'osent avouer le véritable lien de parenté qui unit leurs enfants, impliquant adultère et mariages de convenances de chaque côté), entre autres choses. Nabokov nous transporte ensuite en 1888 où van a attendu quatre ans pour revenir enfin à Ardis et revoir Ada. Bien évidemment, on a le coup classique d'un passé idéalisé qui vient se heurter à une reprise dégradée dans le présent. Entrent en scène divers personnages loufoques, dont certains rivaux et des parodies d'Hollywood avant l'heure. Il y a une scène de duel monumentale ensuite dont je tairai les détails, mais l'on y retrouve le génie du Nabokov qu'on a adoré dans Lolita, où le héros de roman et le romanesque sont complètement ridiculisés et transformés en grotesque.
Il y aura plus tard une nouvelle étape, 1892, à Manhattan, écourtée par des événements que je tairai également. Depuis le début, un troisième personnage, Lucette, demi-soeur d'Ada, satellite autour du couple secret. Lucette est en réalité amoureuse folle de Van, et Nabokov en fera un personnage magnifique, jusqu'à nous tirer des larmes, lors de la croisière où van continuera à lui refuser ses charmes quand bien même ils lui permettraient de retrouver Ada derrière la façade de leur union officielle. le passage de la croisière avec Lucette est l'apothéose du livre, à mon sens. Cela redescend ensuite et se finit de façon un peu oubliable et anecdotique. Depuis le début, on sait que van nonagénaire écrit, qu'il est réuni avec Ada (qui annote entre parenthèses le récit, complication de lecture supplémentaire !), et le roman finit par nous amener jusqu'à ce point, sans qu'il n'y ait plus grand chose de notable. La fin est assez drôle et est un nouveau gag littéraire, mais le roman demeure un monstre formel, apocalyptique, où la volonté d'humour et de parodie de Nabokov s'est totalement emparée de lui, pour le meilleur et pour le pire. Je ne peux pas ne pas mentionner tous les passages sur la carrière universitaire de Van, tous très drôles aussi : Nabokov ayant été universitaire, il ridiculise ce milieu, comme il l'avait fait dans Lolita, et comme Humbert Humbert, van est un universitaire raté, rendu totalement grotesque. Son génie est là, ses capacités sont là, mais Nabokov le transforme en bouffon au sein d'un milieu qu'il se plaît à égratigner, pour notre plus grand plaisir je dois dire. Il y a une partie redoutable du roman (qui est une des plus éprouvantes, ça passe ou ça casse, je pense que pleins de lecteurs ici ont dû détester, personnellement, j'ai bien aimé) où van réfléchit sur le temps (énième parodie de Proust...) et il disserte sur des pages et des pages à propos du passé, du présent, mais sèche totalement sur le futur, qui pour lui est une inconnue totale, une chose sur laquelle le verbal ne peut que se heurter. Nabokov nous fera pleurer de rire lorsqu'on apprendra comment il échappe à une conférence qu'il doit donner sur le futur et comment il met fin à sa carrière universitaire...
La composante science-fiction du roman, puisqu'ayant lieu sur une terre parallèle, est aussi sympathique à étudier, et j'ai vu qu'elle avait donné lieu à des analyses. Non seulement elle permet des blagues anachroniques comme celles énoncées, mais il y a évidemment un mélange, sur Antiterra, de progrès et de régression technologiques, différents de notre propre Histoire. Certaines inventions sont là bien plus tôt que chez nous, d'autres manquent cruellement, aussi de par une sorte d'équivalent de la Révolution française, qui aurait engendré sur Antiterra un recul technique. L'existence de Terra (notre Terre) est également considérée comme le domaine des fous et des illuminés, une croyance mystique et marginale combattue par la doxa ! Terra est même perçue parfois comme un au-delà, façon de commenter peut-être l'enfer sur Terre et d'ériger pour Nabokov Antiterra comme modèle ? Il y a quelques commentaires intéressants et amusants du texte qui met en regard ce que les personnages savent de notre monde par rapport au leur, etc.
Bref, je crois que vous avez compris. L'histoire est très simple. C'est l'histoire d'amour interdite d'un frère et une soeur, de l'enfance jusqu'à la vieillesse, bouleversée régulièrement par des rebondissements parodiant le genre romanesque, mais fourrée (non, je ne fais pas de jeux de mots sexuels !) de complications formelles, de références humoristiques, érudites, parfois fausses, de digressions totalement superflues et voulues comme telles. L'on est passé au lave-linge sur 750 pages. C'est réellement le roman le plus compliqué que j'ai lu, de par la frénésie constante de Nabokov à l'amusement, complètement insomniaque, échevelé et verbeux jusqu'à la diarrhée. Après ça, un petit Ellroy qui nous raconte ses déboires d'obsédé sexuel à Los Angeles, c'est reposant et tranquille...
À très bientôt, ô très grand Vladimir. Merci d'avoir glissé une référence à Hugo au milieu De Châteaubriand, Proust, Maupassant, Pouchkine, Tolstoï et Tchekhov, merci pour l'objet littéraire inoubliable, avec des moments de grâce comme des choses qui nous laissent totalement circonspect. Lorsqu'on lit à répétition qu'il y a eu deux traducteurs qui ont oeuvré, puis que Nabokov est repassé derrière, et qu'il n'y a aucune autre traduction à ma connaissance... On comprend. Comme pour tout auteur ayant une telle identité, un tel style, autant dans le positif que dans le négatif, on va quand même faire une pause et lire plein d'autres choses avant de reprendre une de ses oeuvres...
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Bouteyalamer
  20 janvier 2018
Ce roman extraordinaire, sous-titré " chronique familiale ", est précédé d'un arbre généalogique incompréhensible et faux. C'est l'histoire de van et Ada qui se croient cousins, de Lucette, la petite soeur d'Ada, de leur père Démon (" notre père qui est en enfer "), et d'une profusion à la russe de personnages secondaires. Cinq parties : la première a 400 pages et 42 chapitres, la seconde 150 pages, la troisième, la quatrième et la cinquième 100, 50 et 30 pages respectivement.
Le roman pourrait se limiter à la première partie, datée de 1884 à 1888 et située dans le domaine utopique d'Ardis, variante luxueuse et luxurieuse de l'abbaye de Thélème, où l'on aperçoit d'entrée " deux enfants nus, lui le teint mat et hâlé, elle blanche comme le lait ". van a 14 ans et Ada 12 ans. van est le visiteur et Ada la résidente. Les ressources d'Ardis semblent illimitées : château, bois, étangs, domesticité, festins (" Ada conduisit son timide invité dans la grande bibliothèque du second étage, orgueil d'Ardis et pâturage favori de la petite verbivore " p 68). Les enfants vont jouer à se connaître, puis s'aimer follement (" Ada l'attendait debout adossée à un tronc d'arbre comme une belle espionne qui vient de refuser qu'on lui bande les yeux " p 359), souvent sous le regard de Lucette. Quand il quitte Ardis, van est infidèle, Ada a des amants et la première partie s'achève par une scène drolatique de duel.
Dans la deuxième partie, van est poursuivi par sept lettres d'Ada écrites en 1888-92 et qu'il ne lira qu'en 1940. On y retrouve l'ardeur d'Ada qui reproche à van " d'avoir ouvert en moi, lorsque j'étais encore enfant, une source de frénésie, une fureur de la chair, une irritation insatiable… le feu que tu as allumé a laissé son empreinte sur le point le plus vulnérable, le plus pervers, le plus sensible de mon corps. Aujourd'hui il faut que j'expie l'excès de vigueur prématurée avec lequel tu as raclé la rouge écorchure, comme le bois calciné doit expier d'être passé par sa flamme " (p 437). Suivent des digressions érotiques autour de Floramor, un réseau de lupanars à tendance pédophile. van et Ada se retrouvent et sont surpris par Démon. van se confesse " Je l'ai séduite pendant l'été 1884. Sauf une fois, nous n'avons plus fait l'amour jusqu'en 1888. Puis, après une longue séparation, nous avons vécu ensemble tout un hiver. En tout, j'ai dû la posséder un millier de fois. Elle est toute ma vie " (p 572). Démon révèle à van qu'Ada est sa soeur, ce qui est clair pour le lecteur depuis les premières pages.
Dans la troisième partie, van voyage, écrit ses livres, est nommé à la chaire de philosophie de Kingston, poursuit sa carrière de libertin acharné, se refuse à Lucette qui se suicide (J'ai sauté des pages, idem pour la 4ème partie).
La dernière partie, la plus brève, récapitule la vie de van qui a maintenant 94 ans. Plaisanterie ultime, l'auteur nous y confie une autocritique satisfaite et lapidaire : " Il n'est rien dans la littérature mondiale, sauf peut-être les réminiscences du comte Tolstoï, qui puisse le disputer en allégresse pure, innocence arcadienne, avec le chapitre de ce livre qui traite d'Ardis " (p 755). Bien. Retour à la première partie.
Pour rendre justice au livre, il faut dire pourquoi il est extraordinaire. Par la sensualité édénique de la première partie : l'érotisme, l'insouciance, la nature ; pourrait-on actuellement écrire un tel livre ? Par sa verve intarissable : il faut 500 pages pour s'en lasser. Par la fantaisie et l'agilité de Nabokov. Ce démon nous désarçonne cent fois par ses jeux de mots, ses glissements sémantiques, ses anagrammes (" escient, ceintes, insecte, inceste " p 125), sa science botanique et entomologique, par ses allusions littéraires et sa fantaisie chronologique : En 1888 van a lu Proust, il prend un avion transatlantique, ses invités n'ont pas apporté de transistor, etc. Nabokov joue, il nous fait revenir en arrière pour vérifier ce qu'on a lu et jouir de sa complicité. Nabokov, qui a traduit en russe Alice in Wonderland, a dû épuiser ses deux traducteurs. Parfaitement francophone, il a revu leur traduction.

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Albounet
  01 février 2016
Vladimir Nabokov est joueur !
Le fait qu'il souhaitait que ce soit par ce roman que l'on se souvienne de lui n'est pas un hasard tant le récit de Van a d'accointances avec ceux du créateur de la nymphette la plus connue de la littérature.
Comme souvent dans ses romans, le récit n'est ni linéaire ni homogène.
Si la première partie est absolument sublime, la seconde est verbeuse, imprégnée d'une prolixité dispensable (le chapitre sur l'espace et le temps , mon dieu ...) .
Heureusement, certains chapitres restent magistraux de savoir et de style.
On ne parvient jamais à se situer dans ce dédale labyrinthique qui nous embarque entre une autobiographie et un roman qui traite (entre autre) d'une passion incestueuse.
Ce récit foisonnant de références littéraires , botaniques et philosophiques saura assurément séduire les inconditionnels de Nabokov au risque de lasser par moment les curieux qui s'attellent à l'oeuvre de cet énigmatique et génial écrivain.
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ignatus-reilly
  27 avril 2011
Ada ou l'ardeur est une chronique familiale.
Elle est écrite à la troisième personne par le héros et protagoniste van Veen.
Il n'a pas loin de 90 ans au moment où il rédige cette chronique.
Van Veen, 14 ans, va rencontrer séjourner au château d'Ardis, près de Ladore, merveilleux domaine, véritable paradis de l'enfance. Là, il va faire la connaissance de ces cousines Ada et Lucette. Ada et van sont deux enfants précoces, doués d'une intelligence hors normes. Ils vont vivre une passion intense et charnelle durera leur vie entière.
Le style de Nabokov est très particulier. En effet, le roman de la troisième personne bascule souvent au je et Ada rajoute des commentaires en marge de la chronique.
L'action se situe dans un monde imaginaire "Antiterra" qui est un reflet déformé de la Terre, les noms de lieux et de personnes sont modifiés de façon assez humoristique.
La Terre,elle apparaît dans le roman sous le nom de Terra, un peu à l'image du Paradis, à l'existence de laquelle certaines sectes croient. Ce Paradis est quand à lui le reflet exact de la Terre. Ce qui, en fait de Paradis, en constitue au mieux un Purgatoire.
Van Veen va écrire un série de nouvelles sur ce thème, livre (le premier de sa carrière d'écrivain)qui ne connaitra que peu de succès.
Les noms des choses aussi sont transformés, des objets tous plus fantasques les uns que les autres sont inventés. D'ailleurs, le collège où van a suivi ses études s'appelle Chose.
C'est aussi une très belle histoire d'amour. Ada et Van, qui sont en réalité frère et soeur, vont être séparés plusieurs fois, durant de longues périodes, finiront se retrouver vers leur cinquante ans et passer leur restant de leurs jours à voyager ; Ada à filmer toute sorte de papillons et Veen à écrire des essais et autre s articles notamment sur la Question du Temps mais aussi de la Folie.
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
AnasseteAnassete   09 octobre 2015
Certaine phrase d'un récit de Châteaubriand (l'histoire romanesque de deux rejetons d'une même souche) n'avait pas semblé très claire à la petite Ada quand elle l'avait lue pour la première fois à l'âge de neuf ou dix ans : "Les deux enfants pouvaient donc s'abandonner au plaisir sans crainte." Dans un recueil d'article ("Les Muses s'amusent") qu'Ada avait maintenant le moyen de consulter non sans malice, un critique à la plume grivoise expliquait que le "donc" se rapportait à 'infertilité de l'âge tendre et à la stérilité de la consanguinité non moins tendre. Mais Van soutenait que l'écrivain et le critique étaient tous deux dans l'erreur et, pour soutenir son opinion, il fit lire à sa petite sœur un chapitre de l'opus Sex et Lex traitant des conséquences qu'entraîne, pour la communauté, un désastreux caprice de la Nature.
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InesVInesV   20 octobre 2014
Il existait entre une terre et l'autre un décalage d'une bonne centaine d'années, décalage rendu sensible par une confusion bizarre de signalisation aux carrefours de Temps-Qui-Passe ou les "pas encore" d'un monde ne correspondaient pas tous aux "plus jamais" de l'autre
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BouteyalamerBouteyalamer   20 janvier 2018
(je te reproche) d'avoir ouvert en moi, lorsque j'étais encore enfant, une source de frénésie, une fureur de la chair, une irritation insatiable… Le feu que tu as allumé a laissé son empreinte sur le point le plus vulnérable, le plus pervers, le plus sensible de mon corps. Aujourd'hui il faut que j'expie l'excès de vigueur prématurée avec lequel tu as raclé la rouge écorchure, comme le bois calciné doit expier d'être passé par sa flamme.
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DuluozDuluoz   07 mai 2015
Pour lui le mot écrit n'existait que dans sa pureté abstraite, dans son irrépétable appel à un esprit également idéal. Il appartenait exclusivement à son créateur et (contrairement à ce que soutenait Ada) ne pouvait être prononcé ou joué par un mime sans que du même coup le mortel poignard d'un esprit étranger ne détruise l'artiste dans l'antre même de son art.
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ignatus-reillyignatus-reilly   27 avril 2011
Papa,

J'ai eu une petite prise de bec avec un inconnu que j'ai giflé et qui m'a tué, en duel, près de Kalougano.
Désolé !
Van.
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Videos de Vladimir Nabokov (26) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Vladimir Nabokov
Merci à Margot Lecarpentier d'avoir jouer le jeu. Retrouvez-la au bar "Combat" - 63 rue de Belleville - Paris 19 - "Lolita", Vladimir Nabokov, Folio https://www.librest.com/livres/lolita-vladimir-nabokov_0-47172_9782070412082.html?ctx=21f5ce3e2687f3f50330e45122c3faa3
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