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Gilles Chahine (Traducteur)Jean-Bernard Blandenier (Traducteur)
EAN : 9782070386918
768 pages
Gallimard (22/04/1994)
4.08/5   269 notes
Résumé :
Le château d'Ardis - les Ardeurs et les Arbres d'Ardis
- voilà le leitmotiv qui revient en vagues perlées
dans Ada, vaste et délicieuse chronique, dont la plus
grande partie a pour décor une Amérique à la clarté de
rêve - car nos souvenirs d'enfance ne sont- ils pas
comparables aux caravelles voguant vers la Vinelande,
qu'encerclent indolemment les blancs oiseaux des rêves
? Le protagoniste, héritier de l'une des plus... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
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sur 269 notes
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Archie
  26 mars 2020
Lorsque je découvris Nabokov, il y a une trentaine d'années, je fus ébloui par son style à la fois harmonique et hermétique, alliant érotisme et exotisme. (Voilà une entrée en matière fort nabokovienne !) Après Feu pâle, relu et critiqué quelques semaines après la création de mon blog, allais-je retrouver dans les sept cent cinquante pages d'Ada ou l'Ardeur le même plaisir qu'à l'époque ?
Qui est donc Vladimir Nabokov ? Né à Saint-Pétersbourg en 1899, ce magicien de l'écriture est un artiste cosmopolite. « Je suis un écrivain américain, né en Russie et formé en Angleterre, où j'ai étudié la littérature française avant de passer quinze années en Allemagne », dit-il. Emigré aux États-Unis en 1940, où il fit scandale dans les années cinquante avec son fameux roman Lolita (à relire prochainement), il est revenu vivre en Europe, à Montreux, au bord du lac Léman, où il s'est éteint en 1977. Nabokov tenait Ada, publié en 1969, pour son chef-d'oeuvre.

L'auteur présente Ada ou l'Ardeur comme une « chronique familiale ». le livre raconte la longue histoire des amours illégitimes et tumultueuses de deux cousins germains, van (Ivan) et Ada (Adélaïde), revue par eux-mêmes au soir de leur vie, quatre-vingts ans après leur coup de foudre réciproque et leur premier rapport sexuel à l'âge de quatorze et douze ans. Une relation qu'ils ont longtemps cachée, car en raison de liaisons adultères et d'un arrangement secret entre les parents, les cousin-cousine étaient en fait frère et soeur…
Un secret mis à jour par les perspicaces jeunes amants dès les premières pages du livre, mais qui t'échappera, lectrice (ou lecteur), si tu n'es pas très attentive (ou -if). Car Nabokov est un virtuose du cryptage, du double sens, du brouillage.
Dans un premier temps, le roman se lit comme une histoire d'amour merveilleuse et captivante. van et Ada sont des héros attachants. Mais à la relecture, ils perdent leur innocence. Leurs fantaisies érotiques, leurs fantasmes, leurs transgressions révèlent leur nature capricieuse, dépravée. Dans leur attitude à l'égard de leur jeune demi-soeur Lucette, désespérément amoureuse de van et gravement pervertie par Ada, leur cruauté devient même dérangeante.
Ada et van vivent dans un univers dont l'auteur a recréé l'espace et le temps. Les références géographiques s'inspirent de notre planète terre, mais les distances sont abolies, les noms de lieux plus ou moins déformés, Russie et Amérique confondues en un unique empire sans frontière. La fiction s'étend sur un siècle, disons de 1865 à 1965, mais la chronologie des événements historiques servant de fond de cadre à la narration est totalement réinventée.
Bouillonnant d'élucubrations abracadabrantesques, Ada ou l'Ardeur met en scène un monde fantasmagorique, un univers d'illusion, à la manière des oeuvres de certains peintres non abstraits. Et toi, lectrice, lecteur, cela t'incitera au décryptage. Tu créeras ta propre interprétation – laquelle évoluera lors de tes relectures –, te donnant ainsi l'impression gratifiante de découvrir les secrets les plus intimes de l'artiste.
Mais dans ce jeu de décryptage voulu par Nabokov, il te serait vain de chercher à tout comprendre, de vouloir tout élucider. Assemblage jubilatoire de divagations romanesques, d'anachronismes loufoques, de jeux sur les mots, l'ouvrage est avant tout un exercice de style, dont il faut se laisser envahir par la puissance poétique. Sans oublier l'humour.
Certains passages sont difficiles d'accès. Rien ne t'oblige à t'y attarder, notamment lorsqu'Ada s'adonne à la lépidoptérologie – l'étude des papillons, une passion pour Nabokov, mais pas forcément pour toi et moi – ou quand van prétend dévoiler le contenu de son traité sur « la Texture du Temps ».
A l'issue de ma relecture, je reste fasciné par l'enchanteurNabokov et par ce roman grâce auquel j'ai eu l'impression de retrouver mon regard d'enfant et ma capacité d'émerveillement.
Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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Creisifiction
  27 septembre 2022
«Je ne comprends pas ce que je dis. Et alors j'adore»
Clarice Lispector
Oeuvre complexe et parfois éreintante, déstabilisante et magnétique, dotée de ce charme vénéneux propre aux choses qui se suffisent à elles-mêmes, à la fois impudente et sublime, Nabokov a écrit un roman que personnellement je qualifierais de «monstrueusement génial». Un roman dont on ne peut pas dire sans ambages ou candidement : «oui, j'ai aimé» (bien sûr, ceci au cas où l'on ne l'aurait pas détesté ou abandonné en cours, ce qui doit probablement arriver à un nombre considérable de lecteurs s'y aventurant!).
Je pense pour ma part que la vraie question à poser ici serait plutôt de savoir si l'on s'est senti «traversé» ou pas, et comment, par la lecture d'un roman si atypique, aussi impudique, impressionnant. Comme l'on dit parfois de certains tableaux, qu'ils nous donnent la sensation de «nous regarder» plutôt que le contraire, tout en osant la comparaison et sans savoir, j'avoue, où je veux en venir exactement (pardonnez-moi déjà mes errements d'entrée de jeu...), je serai pour ma part tenté de dire qu'Ada ou l'Ardeur fait partie de ces romans capables de «nous lire» et de perturber en profondeur notre conception même de la lecture. À l'instar de celui de son compatriote Andréi Biély, « Pétersbourg » (auquel Nabokov vouait d'ailleurs une grande admiration), Ada ou l'Ardeur condamne son lecteur enfin fidélisé à un piège sans retour, dans lequel, malgré lui, il se laissera engluer de plus en plus: en matière de sables mouvants littéraires, ça me paraît difficile de faire mieux!
Nabokov ne semble pourtant pas très enclin à accorder au départ une attention particulière au code de bonne conduite qui préconiserait aux écrivains de prendre en compte d'une manière ou d'une autre leurs potentiels lecteurs, et n'hésite pas, suivant son seul bon vouloir, à larguer ces derniers au bord de la route, parfois au risque même de les perdre définitivement, excédés par autant de cérébralité et par une sorte d'arrogante virtuosité langagière, faite de jeux de mots et d'anagrammes, de glissements improbables de sens, de citations intertextuelles souvent trop implicites pour le commun des mortels, d'usage immodéré d'expressions en langues étrangères, de taxonomies diverses, noms imprononçables de larves, papillons, orchidées, de considérations nébuleuses sur le phénomène de la conscience ou encore sur les rapports à abolir entre espace et temps (non, là c'est vraiment trop, j'abandooonne!!)...pour ensuite mieux les ramasser, exsangues, quelques paragraphes plus loin, les ravissant alors, pour le coup extasiés, vers des sommets rarement atteints en littérature, d'une acuité et d'une profondeur de vue incroyables, souvent d'une concision renversante, et surtout d'une beauté à couper le souffle...
Roman peut-être le plus transgressif (encore plus que Lolita) d'un des auteurs situés néanmoins parmi les plus consensuels dans les hautes sphères intellectuelles, académiques et critiques, Ada ou l'Ardeur est une lecture qui dérangera forcément, dans laquelle la symétrie et la gémellité, la fusion-confusion et l'idéalisation amoureuse, mais aussi le pastiche, la duplicité, la maupiteuse tyrannie du désir, le cynisme et l'amoralité outranciers seront les maîtres-mots autorisant au très impertinent russo-américain toutes les audaces et outrecuidances dont on le sait capable.
Nabokov s'amuse entre autres à subvertir les codes littéraires du roman réaliste et psychologique moderne, tout en faisant preuve de les maîtriser à merveille lorsque, par exemple, en les pastichant, il s'en empare provisoirement afin de les démonter impitoyablement, les surclassant avec une ironie et un panache remarquables, ou encore lorsque, telle une diva absolue qui se mettrait soudain à jouer avec son public interloqué, il décidera capricieusement d'insérer juste quelques gammes dissonantes dans une morceau du répertoire classique romantique...
Tout en ayant un épicentre bien identifié pour le lecteur, le château d'Ardis, véritable topos symbolique du fantasme de la Grande Russie et de la superbe ouvertement affichée par une vieille caste aristocratique - lieu surtout où tout avait démarré pour les principaux protagonistes du roman, amants incestueux, Ada et son «cousin» van Veen– en fait son frère utérin-, et lieu vers lequel enfin, arrivés au grand âge, leurs souvenirs ne cesseront de vouloir retourner, cette chronique autobiographique (le livre a pour sous-titre «Chronique Familiale ») se déroule rien moins que dans un autre monde, une autre planète dénommée «Anti-Terra».
Si par exemple, sur cette planète jumelle et légèrement décalée par rapport à la nôtre, les USA existeraient toujours, s'étendant même jusqu'en Argentine, l'Amérique du Nord d'abord colonisée par des Vikings, puis par les Russes, s'appellerait en revanche le «Vineland», le Canada correspondrait à un grand territoire nommé «Estotie» - le tout formant une «Amérussie» dont un célèbre "Abraham Milton" avait été par ailleurs l'un des plus fervents promoteurs; quant à notre France à nous, le pays avait été annexé par l'Angleterre en 1815 ; en lieu et place de la Russie telle que nous la situons ici-bas, à Anti-Terra l'on retrouve une vaste «Tartarie» moderne, etc. etc..) Notre vieille planète Terre y figurera aussi, mais en tant qu'abstraction, projection imaginaire d'un «autre monde», entité chimérique que seuls le délire des fous, l'onirisme des visionnaires ou la plume d'écrivains et de penseurs anti-terriens partisans de la thèse d'une «Identité fondamentale» entre les deux mondes s'évertuent à faire exister...Il y a bien, d'ailleurs, nous précise le narrateur, une discipline qui s'appelle «Terrologie», mais celle-ci constitue avant tout «un rameau de la Psychiatrie».
Le récit couvre d'autre part une période allant de la fin du XIXe jusqu'aux années 60 du XXe siècle, la temporalité étant cependant, elle-aussi, légèrement décalée par rapport à la chronologie terrienne (c'est ainsi que certaines innovations techniques, comme l'électricité par exemple, n'existent toujours pas à Anti-Terra au début du XXe siècle, d'autres en revanche ont existé, puis auraient été supprimées, ou bien remplacées, quelquefois par d'étranges dispositifs tels ce curieux téléphone-à-eau installé au château d'Ardis).
Brillant exercice de "mémoire totale" proustienne, le passage du temps représente également l'un des thèmes récurrents du roman. (Van Veen écrit à ce propos un traité philosophique -"La Texture du Temps"- cherchant entre autres à démontrer qu'un certain nombre de développements de la théorie de la relativité seraient faux...). Pour le narrateur, en tant que tel, le passé resterait quelque chose d' «intangible». Nous n'avons en réalité accès qu'à une accumulation de «sensa, d'objets de perception» que la mémoire rassemble et réordonne continuellement, et le passage du temps lui-même ne serait en définitive qu'une affaire de mémoire. Seul le travail de la mémoire nous le ferait éprouver d'une manière sensible et incarnée. La conscience même serait un domaine relevant du souvenir. Et tel le Futur, qui s'inscrit pour nous dans une linéarité totalement illusoire, le Présent aussi ne serait rien d'autre «qu'un point imaginaire» dont on ne s'approprie véritablement qu'après-coup:
"L'extase de son identité, placée sous le microscope de la réalité (qui est la seule réalité), révèle un système complexe de ces passerelles subtiles que traversent les sens, riants, enlacés, jetant des fleurs en l'air, entre l'âme et la chair lamellée, et qui a toujours été une forme du souvenir même à l'instant de sa perception."
Le cogito cartésien aurait évacué trop rapidement la dimension temporelle? Je me souviens, donc je suis!
«Omniscient-Omninceste», s'entendra dire le vieux van Veen en rédigeant ses mémoires. Évocation des jeux d'anagrammes que les enfants Veen avaient l'habitude de jouer au château d'Ardis, ne pourrait-on y déceler une possible (et énième!) porte d'entrée à «Ada ou l'Ardeur», essai effronté de recréation d'une réalité dictée exclusivement par la toute-puissance du désir, libéré de toutes formes d'entraves? (À ce propos, comme pour l'Ulysse de Joyce il existerait apparemment plusieurs forums de fans inconditionnels du roman de Nabokov, sur lesquels il est possible d'échanger des clés d'entrée à la compréhension du roman ou de certains de ses passages les plus hermétiques..)
«Omniscient-Omninceste» : à Anti-Terra l'hubris va-t-elle au Paradis? Oui, répondrait sûrement notre ardente héroïne: «En tant qu'amants et frère et soeur, nous avons une chance double d'être dans l'éternité...Quatre paires d'yeux au paradis !», déclare-t-elle à son amant-frère quand la tombée du dernier rideau approchera pour eux.
Van et Ada, on l'a compris, sont très loin d'être des enfants de choeur ou des modèles de vertu. Plutôt égoïstes et hautains, intelligents, beaux et séducteurs, sûrs d'eux-mêmes et de leur ascendant, fiers de leurs prérogatives et de leur amour incestueux, les notions morales de bien ou de mal ne semblent pas faire partie de leurs préoccupations courantes. L'un des grands tours de force du roman de Nabokov (et pouvant à l'occasion être à l'origine de l'un des principaux malaises susceptibles d'affecter ses lecteurs!), c'est justement d'avoir réussi à nous le faire en grande partie oublier, grâce au lyrisme et à un art consommé de la «délicatesse du détail» avec lesquels sera enveloppé le récit de la genèse de cet amour contre-nature, dans des décors absolument arcadiens, le domaine et château d'Ardis, et qui occupera l'essentiel de la première et plus longue partie du roman.
L'un des tabous les plus universels et constitutifs de l'humanité, proscrit depuis la nuit des temps, réservé et toléré exclusivement chez les dieux ou dans le règne animal, serait-il parvenu grâce au pouvoir ensorcelant des mots à se dérober provisoirement à l'horreur que l'inceste inspire, occultée partiellement ici par les ombres providentielles du mythe des Titans androgynes coupés en deux par Zeus, repris par Platon dans le Banquet, et de l'archétype prégnant et tout aussi universel de la quête de l'âme-soeur?
Quelle prouesse Monsieur Vladimir Nabokov, alias Vivian Darkbloom...!

(M'enfin, s'arraisonne, sitôt dit, votre serviteur décontenancé, c'est tout de même d'inceste dont il s'agit!!)
(Certes, mon cher, mais il faudrait bien pouvoir conclure cette critique de plus en plus erratique et interminable!)
(D'accord, d'accord, mais, hubris pour hybris, je ne lui accorde que quatre étoiles et demie – il ne faudrait pas oublier de garder les pieds sur Terre! À vrai dire, je lui en aurais accordé cinq, volontiers, malgré toute la peine, si au moins j'avais pu noter depuis Anti-Terra...)
...
(..quelqu'un pourrait m'indiquer une bonne adresse d'un de ces forums..?)
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Darkcook
  10 octobre 2021
... Eeeeh bé. Voilà mon appréciation en deux mots, en ressortant, terrassé, du roman le plus compliqué que j'aie pu lire de ma vie. Pas par l'histoire, au fond très simple, ni parce qu'il contiendrait un contenu métaphysique et philosophique sophistiqué ou abscons. Non. Vous connaissez Nabokov avec Lolita ? Chef d'oeuvre absolument génial qui nous met dans la peau d'un protagoniste narrateur fou, dont l'existence est d'ailleurs souvent remise en question, qui nous explique ses amours pédophiles assumés, et qui est l'occasion pour Nabokov de déverser un style extraordinaire, surtravaillé, qui n'appartient qu'à lui, bourré de jeux de mots, d'allitérations, d'allusions, de références littéraires et artistiques (qui sont en fait les siennes, de culture américano-franco-russe). Dans Lolita, il se livrait à une parodie de roman, avec notamment l'usage de digressions et phrases à rallonge comme parodiées de Proust, qui finissaient souvent par un commentaire de son cru ajoutant que toute cette digression n'avait en fait aucune importance, etc. Ses personnages avaient aussi des noms totalement bidons, de son héros Humbert Humbert, à tous les secondaires, Miss West, East, etc.
Imaginez qu'on reprend le même écrivain, sauf qu'il surcharge encore plus son art de la digression dont on se fiche en fait totalement, la remplit encore plus de références littéraires et artistiques, sauf que cette fois, elles peuvent être fausses et/ou anachroniques, à la fois pour la blague et parce que son roman se passe sur une terre parallèle. Imaginez que son histoire est cette fois l'idylle passionnée à travers le temps de deux enfants, jusqu'à leur vieillesse, van et Ada, qui sont officiellement cousins, et en réalité, frère et soeur ! (et ils le savent depuis le début) le tout narré comme un roman à mi-chemin entre une parodie du Grand Meaulnes, de la saga de Proust et d'autres dont je n'ai pas forcément la référence, mais l'on comprend vite que la chronique familiale, le roman de ce type, est entièrement parodié. Ajoutez à cela que van et Ada, à respectivement 14 et 12 ans quand commence leur histoire, sont des clones érudits de Nabokov qui passent leur temps à citer des auteurs, à débattre mots, linguistique et traductions (Nabokov passe le roman à torpiller les traducteurs en les disant tous ineptes...), avec toutefois la variante que j'ai précisée (ils commentent et citent Proust - à leur âge ! - dans les années 1880 alors qu'il est encore enfant, déforment des titres de Tchekhov, prennent pour référence René de Châteaubriand car il y aurait dedans un sous-texte incestueux aussi...). Bref, si l'on est pas versé dans le délire, on ne comprend RIEN à certaines discussions et certains passages, qui sont toutefois accessoires. Lorsqu'on a la référence des vannes de Nabokov et de ses personnages, on apprécie. le gag récurrent d'une Mademoiselle Larivière ayant écrit La Parure de Maupassant à la place de ce dernier sur Antiterra (la planète où l'action du roman se déroule) est assez sympa. Mais dans moult dialogues, il y a parfois des traductions en russe de ce qui est dit, dont on se doute qu'il y a un gag derrière, qui nous échappe. Il y a aussi moult discussions sur les papillons, dont on savait Nabokov féru, où l'on devine des métaphores sexuelles, à défaut de servir à autre chose.
Bref, c'est un roman rendu extrêmement compliqué dans sa forme, pas dans son contenu, par un auteur qui va ici dans l'apothéose de tout ce qui l'amuse, mais qui est extrêmement éprouvant pour le lecteur. Ceci dit, je n'ai jamais eu envie d'abandonner, contrairement à, par exemple, un pavé de Dantec où sur 500 pages, il répète 30 fois les mêmes concepts et où l'on voit vraiment tout ce qui aurait pu être enlevé. le début d'Ada et l'Ardeur est très difficile, lorsque Nabokov présente toute la famille et que l'on se reporte à l'arbre généalogique (faux) qui introduit le roman en parallèle, avec force digressions et détails superflus, là encore pour le plaisir de la parodie. Cela se calme un peu durant l'enfance et l'adolescence de van et toute la partie au château d'Ardis, partie d'ailleurs très longue qui aurait pu être expurgée. Comme l'ont noté certains lecteurs ici, il est amusant que même le traditionnel découpage en parties du roman soit moqué par Nabokov : Elles seront en réalité de plus en plus courtes, jusqu'au ridicule.
Toute la partie à Ardis, en 1884, avec les débuts de l'histoire Van/Ada à respectivement 14 et 12 ans, alterne les passages réussis et les longueurs anecdotiques. On se rappellera de la soirée avec l'incendie dans la grange, de van dans son hamac, de certaines discussions sur Proust ou Châteaubriand, du pique-nique, de la parodie de dîner familial en présence de Marina et Démon (leurs parents biologiques qui n'osent avouer le véritable lien de parenté qui unit leurs enfants, impliquant adultère et mariages de convenances de chaque côté), entre autres choses. Nabokov nous transporte ensuite en 1888 où van a attendu quatre ans pour revenir enfin à Ardis et revoir Ada. Bien évidemment, on a le coup classique d'un passé idéalisé qui vient se heurter à une reprise dégradée dans le présent. Entrent en scène divers personnages loufoques, dont certains rivaux et des parodies d'Hollywood avant l'heure. Il y a une scène de duel monumentale ensuite dont je tairai les détails, mais l'on y retrouve le génie du Nabokov qu'on a adoré dans Lolita, où le héros de roman et le romanesque sont complètement ridiculisés et transformés en grotesque.
Il y aura plus tard une nouvelle étape, 1892, à Manhattan, écourtée par des événements que je tairai également. Depuis le début, un troisième personnage, Lucette, demi-soeur d'Ada, satellite autour du couple secret. Lucette est en réalité amoureuse folle de Van, et Nabokov en fera un personnage magnifique, jusqu'à nous tirer des larmes, lors de la croisière où van continuera à lui refuser ses charmes quand bien même ils lui permettraient de retrouver Ada derrière la façade de leur union officielle. le passage de la croisière avec Lucette est l'apothéose du livre, à mon sens. Cela redescend ensuite et se finit de façon un peu oubliable et anecdotique. Depuis le début, on sait que van nonagénaire écrit, qu'il est réuni avec Ada (qui annote entre parenthèses le récit, complication de lecture supplémentaire !), et le roman finit par nous amener jusqu'à ce point, sans qu'il n'y ait plus grand chose de notable. La fin est assez drôle et est un nouveau gag littéraire, mais le roman demeure un monstre formel, apocalyptique, où la volonté d'humour et de parodie de Nabokov s'est totalement emparée de lui, pour le meilleur et pour le pire. Je ne peux pas ne pas mentionner tous les passages sur la carrière universitaire de Van, tous très drôles aussi : Nabokov ayant été universitaire, il ridiculise ce milieu, comme il l'avait fait dans Lolita, et comme Humbert Humbert, van est un universitaire raté, rendu totalement grotesque. Son génie est là, ses capacités sont là, mais Nabokov le transforme en bouffon au sein d'un milieu qu'il se plaît à égratigner, pour notre plus grand plaisir je dois dire. Il y a une partie redoutable du roman (qui est une des plus éprouvantes, ça passe ou ça casse, je pense que pleins de lecteurs ici ont dû détester, personnellement, j'ai bien aimé) où van réfléchit sur le temps (énième parodie de Proust...) et il disserte sur des pages et des pages à propos du passé, du présent, mais sèche totalement sur le futur, qui pour lui est une inconnue totale, une chose sur laquelle le verbal ne peut que se heurter. Nabokov nous fera pleurer de rire lorsqu'on apprendra comment il échappe à une conférence qu'il doit donner sur le futur et comment il met fin à sa carrière universitaire...
La composante science-fiction du roman, puisqu'ayant lieu sur une terre parallèle, est aussi sympathique à étudier, et j'ai vu qu'elle avait donné lieu à des analyses. Non seulement elle permet des blagues anachroniques comme celles énoncées, mais il y a évidemment un mélange, sur Antiterra, de progrès et de régression technologiques, différents de notre propre Histoire. Certaines inventions sont là bien plus tôt que chez nous, d'autres manquent cruellement, aussi de par une sorte d'équivalent de la Révolution française, qui aurait engendré sur Antiterra un recul technique. L'existence de Terra (notre Terre) est également considérée comme le domaine des fous et des illuminés, une croyance mystique et marginale combattue par la doxa ! Terra est même perçue parfois comme un au-delà, façon de commenter peut-être l'enfer sur Terre et d'ériger pour Nabokov Antiterra comme modèle ? Il y a quelques commentaires intéressants et amusants du texte qui met en regard ce que les personnages savent de notre monde par rapport au leur, etc.
Bref, je crois que vous avez compris. L'histoire est très simple. C'est l'histoire d'amour interdite d'un frère et une soeur, de l'enfance jusqu'à la vieillesse, bouleversée régulièrement par des rebondissements parodiant le genre romanesque, mais fourrée (non, je ne fais pas de jeux de mots sexuels !) de complications formelles, de références humoristiques, érudites, parfois fausses, de digressions totalement superflues et voulues comme telles. L'on est passé au lave-linge sur 750 pages. C'est réellement le roman le plus compliqué que j'ai lu, de par la frénésie constante de Nabokov à l'amusement, complètement insomniaque, échevelé et verbeux jusqu'à la diarrhée. Après ça, un petit Ellroy qui nous raconte ses déboires d'obsédé sexuel à Los Angeles, c'est reposant et tranquille...
À très bientôt, ô très grand Vladimir. Merci d'avoir glissé une référence à Hugo au milieu De Châteaubriand, Proust, Maupassant, Pouchkine, Tolstoï et Tchekhov, merci pour l'objet littéraire inoubliable, avec des moments de grâce comme des choses qui nous laissent totalement circonspect. Lorsqu'on lit à répétition qu'il y a eu deux traducteurs qui ont oeuvré, puis que Nabokov est repassé derrière, et qu'il n'y a aucune autre traduction à ma connaissance... On comprend. Comme pour tout auteur ayant une telle identité, un tel style, autant dans le positif que dans le négatif, on va quand même faire une pause et lire plein d'autres choses avant de reprendre une de ses oeuvres...
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mylena
  01 février 2022
Que dire ? C'est une lecture dont le lecteur sort lessivé ! Un récit labyrinthique, une chronique familiale qui s'étend de 1870 à 1960 environ. le mot chronique fait penser à quelque chose d'assez classique, ce qui est loin d'être le cas. le découpage du roman est déjà une parodie : cinq parties, de plus en plus courtes (environ 400 pages, puis 150 pages, et enfin 100, 50 et 30 pages). A moins que ce ne soit pour illustrer la perception du temps qui passe de plus en plus vite en vieillissant. Les deux sont possibles, et ne s'excluent pas. le point de vue narratif est complexe lui aussi, le narrateur est van qui raconte à la troisième parlant de lui, ce qui n'exclut pas quelques glissements à la première personne. Mais le roman est le texte après lecture par Ada, qui de temps en temps, l'annote et donne son point de vue. Il faut être très attentif à la lecture des premiers chapitres, d'abord parce que l'arbre généalogique qui est donné est inexact (c'est l'arbre officiel) et parce que c'est là qu'on comprend qu'Ada et van savent dès le début qu'ils sont frère et soeur. de quoi parle ce roman, au fait ?
C'est d'abord une superbe histoire d'amour un peu sulfureuse (bien moins que Lolita, Ada et van ont le même âge et en plus, censés être seulement cousins). Ada et van vont être séparés plusieurs fois, pendant de longues périodes, et finir par se retrouver vers 50 ans pour finir leurs vieux jours ensemble. Mais ce n'est pas que ça. Toute l'histoire se passe dans un univers parallèle, imaginaire, sur la planète Antiterra dont la géographie, la géopolitique et l'histoire ne coïncident pas tout à fait avec ce que l'on connaît. Sur Antiterra pas d'électricité, mais il y a des avions, Proust est un écrivain du XIX siècle, et c'est une femme qui a écrit les nouvelles qui pour nous sont De Maupassant. Pour les habitants de cet univers Terra est un mythe, et pour ceux qui y croient une sorte de Paradis, assez semblable à notre Terre en fait, ce qui en fait un drôle de Paradis ! Mais surtout, surtout, ce livre est d'une lecture terriblement difficile tant il foisonne d'allusions littéraires, botaniques ou autre, jonglant entre français, anglais, russe (plus parfois italien ou allemand) pour faire des jeux de mots, des anagrammes, des blagues. C'est d'une érudition incroyable, les notes de Vivian Darkbloom (anagramme de Vladimir Nabokov) m'ont particulièrement énervé, il faut dire que je comprends le russe et qu'elles ne me servaient pas à grand-chose. Par contre j'aurai aimé avoir des notes en bas de page pour ce que je ne comprenais pas en anglais ! Il y a bien plus que dans Lolita des digressions (les écrits de van sur … la texture du temps ! Un pastiche ?) et des références littéraires, mais là elles peuvent être fausses. Il y a des moments où le lecteur n'est pas loin de l'indigestion, malheureusement surtout quand van et Ada sont ensemble, car c'est un peu leur langage codé, mettant le lecteur à distance. Quand on comprend c'est superbe, inventif, jubilatoire, on se sent en connivence, mais quand on ne comprend pas, cela paraît suffisant, condescendant, limite imbuvable, mais … on continue à lire et on aime ça ! Je précise que van et Ada sont plutôt détestables, lui est assez fat et imbuvable et elle assez manipulatrice et perverse. Pourquoi ai-je été jusqu'au bout dans de telles conditions ? Parce que l'écriture est virtuose, qu'il y a des descriptions d'une puissance à couper le souffle, parce que l'auteur ne se prend pas au sérieux. Je ne conseillerais pas de commencer par ce livre-là sans avoir rien lu d'autre de Nabokov. Une lecture énervante, mais que j'ai quand même adoré. Et j'ai du mal à croire qu'Ulysse soit plus dur à lire !
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Bouteyalamer
  20 janvier 2018
Ce roman extraordinaire, sous-titré " chronique familiale ", est précédé d'un arbre généalogique incompréhensible et faux. C'est l'histoire de van et Ada qui se croient cousins, de Lucette, la petite soeur d'Ada, de leur père Démon (" notre père qui est en enfer "), et d'une profusion à la russe de personnages secondaires. Cinq parties : la première a 400 pages et 42 chapitres, la seconde 150 pages, la troisième, la quatrième et la cinquième 100, 50 et 30 pages respectivement.
Le roman pourrait se limiter à la première partie, datée de 1884 à 1888 et située dans le domaine utopique d'Ardis, variante luxueuse et luxurieuse de l'abbaye de Thélème, où l'on aperçoit d'entrée " deux enfants nus, lui le teint mat et hâlé, elle blanche comme le lait ". van a 14 ans et Ada 12 ans. van est le visiteur et Ada la résidente. Les ressources d'Ardis semblent illimitées : château, bois, étangs, domesticité, festins (" Ada conduisit son timide invité dans la grande bibliothèque du second étage, orgueil d'Ardis et pâturage favori de la petite verbivore " p 68). Les enfants vont jouer à se connaître, puis s'aimer follement (" Ada l'attendait debout adossée à un tronc d'arbre comme une belle espionne qui vient de refuser qu'on lui bande les yeux " p 359), souvent sous le regard de Lucette. Quand il quitte Ardis, van est infidèle, Ada a des amants et la première partie s'achève par une scène drolatique de duel.
Dans la deuxième partie, van est poursuivi par sept lettres d'Ada écrites en 1888-92 et qu'il ne lira qu'en 1940. On y retrouve l'ardeur d'Ada qui reproche à van " d'avoir ouvert en moi, lorsque j'étais encore enfant, une source de frénésie, une fureur de la chair, une irritation insatiable… le feu que tu as allumé a laissé son empreinte sur le point le plus vulnérable, le plus pervers, le plus sensible de mon corps. Aujourd'hui il faut que j'expie l'excès de vigueur prématurée avec lequel tu as raclé la rouge écorchure, comme le bois calciné doit expier d'être passé par sa flamme " (p 437). Suivent des digressions érotiques autour de Floramor, un réseau de lupanars à tendance pédophile. van et Ada se retrouvent et sont surpris par Démon. van se confesse " Je l'ai séduite pendant l'été 1884. Sauf une fois, nous n'avons plus fait l'amour jusqu'en 1888. Puis, après une longue séparation, nous avons vécu ensemble tout un hiver. En tout, j'ai dû la posséder un millier de fois. Elle est toute ma vie " (p 572). Démon révèle à van qu'Ada est sa soeur, ce qui est clair pour le lecteur depuis les premières pages.
Dans la troisième partie, van voyage, écrit ses livres, est nommé à la chaire de philosophie de Kingston, poursuit sa carrière de libertin acharné, se refuse à Lucette qui se suicide (J'ai sauté des pages, idem pour la 4ème partie).
La dernière partie, la plus brève, récapitule la vie de van qui a maintenant 94 ans. Plaisanterie ultime, l'auteur nous y confie une autocritique satisfaite et lapidaire : " Il n'est rien dans la littérature mondiale, sauf peut-être les réminiscences du comte Tolstoï, qui puisse le disputer en allégresse pure, innocence arcadienne, avec le chapitre de ce livre qui traite d'Ardis " (p 755). Bien. Retour à la première partie.
Pour rendre justice au livre, il faut dire pourquoi il est extraordinaire. Par la sensualité édénique de la première partie : l'érotisme, l'insouciance, la nature ; pourrait-on actuellement écrire un tel livre ? Par sa verve intarissable : il faut 500 pages pour s'en lasser. Par la fantaisie et l'agilité de Nabokov. Ce démon nous désarçonne cent fois par ses jeux de mots, ses glissements sémantiques, ses anagrammes (" escient, ceintes, insecte, inceste " p 125), sa science botanique et entomologique, par ses allusions littéraires et sa fantaisie chronologique : En 1888 van a lu Proust, il prend un avion transatlantique, ses invités n'ont pas apporté de transistor, etc. Nabokov joue, il nous fait revenir en arrière pour vérifier ce qu'on a lu et jouir de sa complicité. Nabokov, qui a traduit en russe Alice in Wonderland, a dû épuiser ses deux traducteurs. Parfaitement francophone, il a revu leur traduction.

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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
CreisifictionCreisifiction   22 septembre 2022
Depuis longtemps elle s'était persuadée qu'en obligeant l'homme qu'elle aimait d'un amour absurde mais irrévocable à coucher avec elle, ne fût-ce qu'une fois, elle parviendrait, secondée par quelque prodigieuse opération de la nature, à transformer un événement épidermique et fugace en un lien spirituel éternel; mais elle savait aussi que si l'événement ne se produisait pas dans la première nuit de leur voyage, ses rapports avec Van retomberaient dans le jeu exténuant, désespéré, désespérément familier du badinage et contre-badinage (...) Van comprenait son état ou du moins, dans son désepoir, croira-t-il rétrospectivement qu'il avait compris quand il ne trouvera d'autre remède que l'essence de prose atlantique du Dr Henry James dans le placard à pharmacie du passé - avec sa porte qui claque et sa brosse à dents qui dégringole.
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CreisifictionCreisifiction   25 septembre 2022
Van se trouva, de façon encore vague et distraite, aux prises avec la science qui devait être plus tard le souci obsédant de son âge mûr: les problèmes du temps et de l'espace, l'espace contre le temps, l'espace distordu par le temps, le temps vu comme espace et l'espace comme le temps, l'espace, enfin, rompant avec le temps dans le triomphe ultime et tragique de la réflexion humaine: "Je meurs, donc je suis".
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CreisifictionCreisifiction   21 septembre 2022
L’extase de son identité, placée sous le microscope de la réalité (qui est la seule réalité), révèle un système complexe de ces passerelles subtiles que traversent les sens, riants, enlacés, jetant des fleurs en l’air, entre l’âme et la chair lamellée, et qui a toujours été une forme du souvenir même à l’instant de sa perception.
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cegeglyxcegeglyx   29 juillet 2022
Ses cheveux bruns lui tombaient en cascade sur la clavicule gauche, et la façon dont elle secouait la tête pour les rejeter en arrière et certaine fossette sur sa joue pâle appartenaient à cet ordre de révélation qu'accompagne le sentiment immédiat d'une réalité qu'on reconnaît. Sa pâleur était lumière, son noir une nuit resplendissante. Les jupes plissées qu'elle aimait étaient courtes, ce qui lui allait à merveille. Ses membres découverts étaient eux-mêmes si blancs, si nets de tout hâle, que le regard effleurant le devant de ses jambes et ses avant-bras pouvait suivre l'oblique régulière des petits poils noirs, duvet soyeux de jeune vierge. L'iris brun sombre de ses yeux graves avait l'opacité énigmatique d'un regard d'hypnotiste oriental (voir les annonces de dernière page d'un quelconque magazine) et paraissait plus haut placé qu'à l'ordinaire, de sorte qu'entre son bord inférieur et l'humide paupière qui le soulignait, on voyait quand elle vous regardait en face, un demi-cercle blanc. Ses longs cils semblaient fardés de noir (impression juste au demeurant). La ligne épaisse de ses lèvres enfiévrées épargnait à son visage la mignardise des elfes. Son nez franchement irlandais était, en plus petit, le nez de Van. Pour les dents, elle les avait assez blanches et point trop régulières.
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AnasseteAnassete   09 octobre 2015
Certaine phrase d'un récit de Châteaubriand (l'histoire romanesque de deux rejetons d'une même souche) n'avait pas semblé très claire à la petite Ada quand elle l'avait lue pour la première fois à l'âge de neuf ou dix ans : "Les deux enfants pouvaient donc s'abandonner au plaisir sans crainte." Dans un recueil d'article ("Les Muses s'amusent") qu'Ada avait maintenant le moyen de consulter non sans malice, un critique à la plume grivoise expliquait que le "donc" se rapportait à 'infertilité de l'âge tendre et à la stérilité de la consanguinité non moins tendre. Mais Van soutenait que l'écrivain et le critique étaient tous deux dans l'erreur et, pour soutenir son opinion, il fit lire à sa petite sœur un chapitre de l'opus Sex et Lex traitant des conséquences qu'entraîne, pour la communauté, un désastreux caprice de la Nature.
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Vidéo de Vladimir Nabokov
Merci à Margot Lecarpentier d'avoir jouer le jeu. Retrouvez-la au bar "Combat" - 63 rue de Belleville - Paris 19 - "Lolita", Vladimir Nabokov, Folio https://www.librest.com/livres/lolita-vladimir-nabokov_0-47172_9782070412082.html?ctx=21f5ce3e2687f3f50330e45122c3faa3
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