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Inês Oseki-Dépré (Traducteur)Ofélia Queiroz (Préfacier, etc.)
ISBN : 2869304501
Éditeur : Payot et Rivages (15/04/1991)

Note moyenne : 3.31/5 (sur 24 notes)
Résumé :
Cet ensemble des lettres d'amour adressées par Fernando Pessoa à son éphémère fiancée au cours des deux années - séparées par un silence de neuf ans - qu'a duré leur aventure sentimentale, jette un éclairage inattendu sur l'auteur du Livre de l'intranquillité. Ophélia Queiroz est la seule femme connue dans la vie de Pessoa, ce qui confère à cette correspondance son caractère unique. Un long entretien accordé par Ophélia, bien des années plus tard ouvre ce volume : i... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
belcantoeu
  07 mai 2018
En portugais, Pessoa signifie personne, du latin persona, «masque» à travers (per) lequel sonne (sona) la voix du «personnage». Et ces personnages, chez lui sont multiples. L'existence de ses 72 hétéronymes (voir mes autres critiques sur Pessoa et ses hétéronymes) n'empêche cependant pas Fernando Pessoa d'écrire aussi sous son vrai nom des poèmes tantôt néo-classiques, tantôt ésotériques et mystiques, où il se montre cynique, sarcastique, parfois infantile, et en tous cas moins audacieux que son hétéronyme Álvaro de Campos. Il n'écrit sous son nom que des vers courts, et pas de prose.
Derrière tous ces hétéronymes où il cache son besoin de «tout être», qui est-il ? Une petite partie de la réponse – mais ce n'est qu'une pièce du puzzle - nous est livrée dans des textes non littéraires, à savoir sa correspondance, notamment sa correspondance avec Ophelia Soares Queiroz qu'on appelle parfois sa «fiancée», et qui est la seule femme qu'il ait approchée dans sa vie. C'est une amitié secrète, chaste et puérile, ridicule et sublime, scindée en deux épisodes (mars-novembre 1920 et fin 1929-fin 1930). Ophelia est employée dans l'une des maisons de commerce pour lesquelles il gagne sa vie comme traducteur. Elle a 19 ans quand il la rencontre et il en a 31, douze ans de différence, de quoi tempérer sa crainte des femmes dominatrices. Il ne s'adresse pas à elle comme à une femme mais comme à un enfant:
«Mon bébé, mon petit ange, mon amour, vilain petit bébé».
«Ma bouche est toute drôle, tu sais, depuis le temps qu'elle manque de baisers... Mon bébé à prendre sur les genoux ! Mon bébé à mordiller... Je t'ai nommée « petit corps de toutes les tentations». Tu le seras toujours, mais loin de moi... Viens près de ton Nininho. Viens dans les bras de ton Nininho. Pose ta petite bouche sur les lèvres de ton Nininho ».
Pessoa lui écrit 51 lettres dont la publication – incomplète pourtant – a déclenché une polémique à cause de cette sensibilité infantile que certains ont trouvée ridicule dans leur sentimentalisme naïf et émouvant, et ne voulaient pas publier.
Les contacts des «amoureux» sont platoniques et se limitent à ces lettres et à des conversations lors de promenades dans la rue ou en tram, ainsi qu'à quelques baisers sur la bouche, probablement plus chastes et furtifs que vraiment sensuels. Pessoa semble avec elle d'une grande tendresse, mais peut-être le genre de tendresse qu'on a envers un enfant. Difficile à dire. Pessoa fait jurer le secret à Ophélia. Il n'est jamais allé chez elle ni elle chez lui, et elle n'a pas le droit de parler de lui à ses parents. On ne sait pas la raison de ce secret, dû peut-être à un sentiment de culpabilité ou d'angoisse devant la sexualité. Certains poèmes et des lettres à un ami poète semblent vaguement montrer une composante homosexuelle non vécue et refoulée.
Pessoa admirait Shakespeare et connaissait la puissance des mots. Aurait-il pu tomber amoureux d'une autre femme que celle que le destin lui apportait sous le prénom d'Ophélia, prénom porteur de sens et faisant de lui un nouvel Hamlet, porteur de doute? Freud, dans la description de son complexe d'Oedipe, passe sans cesse d'Oedipe à Hamlet. Quand commence l'action de la tragédie de Shakespeare, action décrite d'ailleurs par Ophélia, Hamlet – comme Pessoa – rentre de l'étranger où il a étudié. D'une certaine façon, la mère de Pessoa (veuve) «trahit» aussi en se remariant avec un homme qui supplante le père. Comme Hamlet, Pessoa montre sa peur des femmes, ses doutes, son incapacité à aimer (Hamlet déclare à Ophélie qu'il ne l'aime pas). Comme lui, il semble vivre dans un monde irréel, spectral, fait d'ombres hétéronymiques et de gris.
«Être ou ne pas être» aurait pu être une phrase de Pessoa qui «est» (à travers tant d'hétéronymes) à la fois lui-même et étrangers à lui-même, mais Shakespeare fait aussi dire une phrase digne de Pessoa à Polonius, le père d'Ophélie : «C'est quand on ne sait pas où on va qu'on va le plus loin».
On peut aussi penser à Louis II de Bavière, homosexuel comme Shakespeare, qui se débarrasse de sa fiancée Sophie dont il ne s'autorise que la tendresse d'un frère pour une soeur et qu'il transpose l'appelant Elsa et signant Lohengrin. Pessoa vit un amour «comme si», un amour-idée, une expérience dont il se tire avec ses hétéronymes bien commodes. Il écrit d'abord à Ophélia que son ami (imaginaire) A. A. Crosse, un hétéronyme censé participer à un concours de charade du Times, lui a promis, s'il gagnait, de lui donner de quoi s'acheter des meubles pour se marier. Comme Crosse n'existe pas, il ne prend aucun risque. Quand Pessoa sent Ophélia s'approcher dangereusement, il appelle un autre hétéronyme à la rescousse, Álvaro de Campos, qui arrive au rendez-vous en disant «Ce n'est pas moi, c'est Álvaro de Campos», et c'est encore lui qui est chargé d'écrire à Ophélia la lettre de rupture qui conseille la jeune fille de ne plus penser à Pessoa. Au dire de ses amis, il changeait même de voix et d'allure quand il se présentait comme Álvaro de Campos.
Neuf ans après cette rupture, il y a un bref retour de flammes. Ses lettres montrent beaucoup de tendresse, mais finalement, c'est à nouveau la rupture sous prétexte que: «Ma vie tourne autour de mon oeuvre littéraire... tout le reste n'a qu'un intérêt secondaire».
Quelques poèmes y font écho :
«Personne n'aime autrui, sinon c'est qu'il aime la part de lui qui est dans l'autre, ou qu'il suppose» (Poèmes païens).
«I love my love more than I love thee» (Sonnets, XIII).
Pessoa fut le premier poète étranger à avoir une statue à Bruxelles (Place Flagey). Hormis Camões, c'est l'écrivain portugais le plus important. Une salle d'audience de la Cour de Justice de Luxembourg porte son nom. Il est enterré à Belém (Lisbonne) à côté de Vasco de Gama et de Camões.
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coffret
  30 juin 2019
Généralement j'aime les livres épistolaires, surtout lorsqu'une vraie correspondance en est à l'origine. D'une part parce qu'à mes yeux, cela donne une crédibilité à ce que je lis : quelqu'un l'a réellement exprimé, quelqu'un a osé exposer son sentiment et le défendre. D'autre part parce que j'espère y découvrir l'âme humaine que je recherche toujours. Ses failles, sa passion, sa souffrance, ses doutes.

Alors quand j'ai vu le titre Lettres à la fiancée, et que j'ai compris que l'auteur était un philosophe, un intellectuel, j'ai pensé que je me trouverais face à des écrits d'homme responsable. Du sentimental, bien sûr, donc pas nécessairement toujours cohérent, mais du construit, de l'explicité, des développements conscients et assumés.

J'ai été déçue. J'ai eu le sentiment d'avoir affaire à un enfant capricieux en demande de maman. Je voulais de l'envol, des étoiles, j'ai trouvé des paquerettes.

Il est vrai que, vus de l'extérieur, les surnoms et les petits mots de l'amour paraissent toujours un peu ridicules. La folie de la passion des débuts est souvent synonyme de régression au stade adolescent, mais c'est généralement rafraîchissant de voir cette énergie qui mobilise tout l'être !

Ici j'ai saturé du style enfantin que j'ai trouvé plaintif. Un langage mièvre, non assumé. Probablement dans le but d'adoucir le propos afin que l'autre ne s'offusque pas. Ne pas faire trop de bruits, trop de clashs, au cas où une vague lui donnerait envie de s'éclipser.

Concrètement, trop de plaintes, trop de « petit Bébé gentil/méchant/joli », trop de négation de lui-même (il se qualifie régulièrement de « rien »). La dévalorisation dans l'espoir que l'autre protestera sur le même mode émotionnel que celui qu'il pratique ici. C'en est devenu agaçant. J'ai abandonné la partie.

Je voulais découvrir un homme qui revendiquait fièrement son désir et son amour, je n'ai trouvé que des pleurnicheries dignes d'un chantage affectif en règle. L'intellectuel, et c'est dommage, s'est souvent absenté de ces courriers et le tout manque cruellement d'éclat !

J'ai tendance à respecter celui qui ose s'exprimer tel qu'il est, voire je l'admire. La seule chose que je pourrais admirer ici, c'est que Pessoa ait été intègre jusqu'à la bêtise immature.

Ce livre - qui était mon premier Pessoa - ne m'a pas découragée d'en lire d'autres de lui. Mais il a pour le moment diminué l'impact des mots que je pourrais lire de lui. Pour l'instant, certainement à tort, je le regarde avec commisération. Ses mots à venir sont pré-teintés d'infantilisme. Je comprends la souffrance du sentiment de non existence et le désir fou d'exister au travers de l'autre, mais je regrette qu'un homme de mots n'ai pas su mieux s'assumer dans l'amour en fuyant la compassion.

Bref, je n'ai pas été séduite.

Une nuance possible : les lettres ont peut-être été choisies parmi beaucoup d'autres par la destinataire en fonction de ce qui en elle avait été touché, et surtout en fonction de ce qui l'avait touchée chez l'homme. Dans ce cas c'est elle qui ne m'a pas séduite.
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Lali
  03 février 2011
Avec les Lettres à la fiancée, c'est un visage de Fernando Pessoa que je ne connaissais pas que j'ai découvert, un Pessoa qui adore les bisous et qui s'adresse à la jeune Ofélia en l'appelant « Bébé » au cours de ces neuf mois de 1920 où ils se sont fréquentés et neuf ans plus tard pendant quatre mois.
Un livre qu'éclaireront sûrement les Lettres d'amour à Fernando Pessoa d'Ofélia Queiroz que je compte lire ces prochains jours, mais qui n'en reste pas moins intéressant pour ce côté gamin que je n'imaginais pas… Pour ceux que Pessoa passionne. Bien évidemment.
Lien : http://lalitoutsimplement.co..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
LoumiluLoumilu   27 mai 2013
"Le temps, qui patine les visages et les cheveux, patine aussi, mais plus vite encore, les sentiments violents. La plupart des gens, parce qu'ils sont stupides, réussissent à ne pas s'en rendre compte, et croient aimer toujours, là où il ne reste plus que l'habitude. S'il n'en était pas ainsi, il n'y aurait pas de gens heureux dans le monde. Les créatures supérieures, cependant, sont privées de la possibilité d'une telle illusion, parce qu'elles ne peuvent croire que l'amour soit durable ni, lorsqu'il est tari, se leurrer en prenant pour de l'amour l'estime ou la gratitude qu'il a laissées à sa place."
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janessanejanessane   06 juillet 2014
Je n'accepte pas l'idée de t’écrire, je voudrais te parler, t'avoir toujours à mes côtés, qu'il ne soit pas nécessaire de t'envoyer des lettres. Les lettres sont des signes de séparation - des signes, du moins par la nécessité que nous avons de les écrire, que nous sommes éloignés l'un de l'autre.
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DidishaDidisha   30 avril 2015
Fernando était très superstitieux, surtout s'agissant des chiens qui pleurent. Il disait que, lorsqu'il rentrait chez lui, les chiens pleuraient sur son passage et que cela signifiait que quelque chose en lui les faisait pleurer.
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janessanejanessane   06 juillet 2014
Le Destin est une sorte de personne; il cesse de nous tourmenter si nous lui montrons que nous ne nous laissons pas atteindre par ce qu'il nous fait.
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Fernando Pessoa : Le livre de l'inquiétude par Denis Lavant (France Culture / L'Atelier fiction)
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