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Armand Guibert (Autre)
ISBN : 2070324060
Éditeur : Gallimard (03/03/1987)

Note moyenne : 4.35/5 (sur 95 notes)
Résumé :
Pessoa, poète aux identités écrivit des poésies bucoliques, signées Alberto Caeiro, réunies sous le titre Le Gardeur de Troupeaux. À ce poète sensualiste et chaste s'oppose un Pessoa au regard " obscène ", Alvaro de Campos, le plus prolixe de ses hétéronymes. Ce recueil, qui rassemble tout l'œuvre de Caeiro ainsi qu'un choix de poésies de de Campos, révèle la multiplicité d'un des plus grands poètes de langue portugaise, entre métaphysique, ironie et sensualité.
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  30 avril 2014
Alberto Caeiro garde les troupeaux mais ne garde pas les mots auxquels il accorde une liberté mélodique indéfinissable, qui s'écarte de la simple prose poétique par le rythme saccadé qu'il impose à ses rêveries pragmatiques. Basculant sans cesse entre panthéisme et froide vision rationnelle des phénomènes poétiques de l'existence, les mots desservent sa sensibilité mais permettent d'accéder à un paysage intérieur infini. Entre exaltation céleste et brusque chute terrestre, Alberto Caiero se sent menacé par une tragédie intérieure qui ne surviendra peut-être jamais. Alberto Caeiro, attaché à une terre et aux sensations qu'elle lui procure, se force à rester intègre et à balayer les velléités poétiques qui menacent de le faire plonger dans la folie sensible.
« Nous avons tous deux vies :
la vraie, celle que nous avons rêvée dans notre enfance, et que nous continuons à rêver, adultes, sur un fond de brouillard ;
la fausse, celle que nous vivons dans nos rapports avec les autres,
qui est la pratique, l'utile,
celle où l'on finit par nous mettre au cercueil. »

Alvaro de Campos garde les poésies d'Alberto Caeiro. Pendant ce temps, il compose d'autres poèmes. On peut leur trouver une affiliation directe : lorsque le premier maîtrisait sans cesse ses penchants destructeurs pour les convertir en une vision unifiée et indifférente de l'univers, le second convertit cette même unité en un désespoir intérieur qui dépasse les limites de son être. On croirait entendre hurler Emil Cioran : « Ah ! comment renverser un jour cet univers dans un frémissement universel ! » -et la même ironie lucide, le même désabusement amusé, ponctuent ces poésies et les rendent à leur juste place, à la valeur de rien.
« Moi qui, véloce, vorace, glouton de l'énergie abstraite,
Voudrais manger, boire, égratigner et écorcher le monde,
Moi à qui suffirait de fouler l'univers aux pieds,
De le fouler, le fouler, le fouler jusqu'à l'insensibilité…
Je sens, moi, que tout ce que j'ai désiré est resté en deçà de mon imagination,
Que tout s'est dérobé à moi, bien que j'aie tout désiré. »

Le rythme encore rend la parole abrupte et directe, rendant presque suffocante la lecture de quelques poèmes-fleuves au titre desquels il faut relever un « Bureau de tabac » aux faux airs inoffensifs.

Qui garde ces deux grands poètes ? Fernando Pessoa, à peine cité dans une note en astérisque, surveille discrètement ces hommes déchaînés, d'une vigueur au moins synesthésique et sensuelle, si elle ne parvient pas totalement à être physique. Fernando Pessoa n'est pas grand-chose lui non plus, mais comme Alberto Caeiro et Alvaro de Campos, il sait qu'il peut être beaucoup plus –et son silence modeste fait surgir la puissance de cette synergie d'âmes qui cohabitent en lui.
Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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vincentf
  06 avril 2012
C'est comme si on lisait deux poètes. le premier, Alberto Caeiro, dit, à l'infini, que ce qui est ce qui est, qu'une fleur est une fleur, et que c'est tout, qu'il n'y a pas besoin de penser, qu'il faut juste voir les choses, sans y chercher un sens, un mystère, une symbolique, sans y ajouter ce qui n'y est pas à l'évidence. le deuxième, Alvaro de Campos, veut tout saisir, tout pénétrer, tout comprendre, et, malgré le tourbillon du vu et du vécu, tombe dans la désespérance de n'y rien comprendre, pas même lui-même, et ploie sous le vertige mystérieux d'être. Pourquoi suis-je moi? Inaccessible réponse. Deux attitudes possible. Je suis moi et je n'y pense pas; je suis moi et je cours après l'énigme que je résoudrai toujours après-demain, dans une procrastination constante du sens de la vie. Pessoa adopte les deux attitudes, comme nous tous, radeaux tanguant sans cesse entre le plaisir sans arrière-pensées, constatant joyeusement que le ruisseau est le ruisseau, et la question piège : l'eau du ruisseau qui coule est-elle réelle ou n'est-elle que mouvement, jamais identique à ce qu'elle était l'instant d'avant? La poésie est à la fois refus de la philosophie et appel d'un sens fuyant.
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jplegrand2015
  03 janvier 2018
L'épisode est connu. Alors qu'il désespère de sa vocation, Fernando Pessoa est saisi d'une véritable révélation qu'il décrit lui-même dans une lettre à l'un de ses amis. « Un jour où j'avais finalement renoncé – c ‘était le 8 mars 1914 – je m'approchai d'une haute commode et, prenant une feuille de papier, je me mis à écrire debout, comme je le fait chaque fois que le je peux. Et j'ai écrit trente et quelques poèmes d'affilée, dans une sorte d'extase dont je ne saurais définir la nature. Ce fut le jour triomphal de ma vie et je ne pourrais en connaître d'autres comme celui-là. Je débutai par un titre « le gardeur de troupeaux » . Et, ce qui suivit, ce fut l'apparition en moi de quelqu'un, à qui j'ai tout de suite donné le nom d'Alberto Caeiro . Excusez l'absurdité de la phrase : mon maître avait surgi en moi ».
Alberto Caeiro est donc le premier hétéronyme « sous la dictée » duquel Pessoa entreprend de bâtir son oeuvre poétique. Cet hétéronyme sera suivi d'autres comme Alvaros de Campos, disciple fictif de Caeiro, Ricardo Reis et Bernardo Soares l'auteur du célèbre « Livre de l'intranquilité ». Tous ces auteurs surgis des tréfonds de Pessoa ont leur personnalité propre, leur biographie et leur style.
Je viens de terminer le volume reprenant « le Gardeur de troupeaux » suivi d'autres poésies d'Alvaro de Campos publié dans la belle collection Poésie /Gallimard.
Ce recueil est insolite car il révèle une sorte d'antithèse de Pessoa, lui-même profondément mystique, adepte de la kabbale et réceptif aux croyances des Rose-Croix qui prophétisaient la chute du Vatican et l'avènement du Règne de l'Esprit Saint.
Au contraire, la poésie d'Alberto Caeiro , sinon matérialiste exprime du moins un profond paganisme : Comme l'a exprimé R. Bréchon, le poète ne refuse pas la nature divine de l'univers ou de l'homme : dans une mystique du corps et de la matière, il n'y a plus de Dieu caché ; c'est le réel lui-même dans son être là qui est divin.
« Si l'on veut que j'aie un mysticisme, c'est bien, je l'ai.
Je suis mystique mais seulement avec le corps.
Mon âme est simple et ne pense pas ».
Cette mystique du corps n'exclut pas une forme d'émerveillement, d'étonnement naïf :
« L'effarante réalité des choses
est ma découverte de tous les jours.
Chaque chose est ce qu'elle est
et il est difficile d'expliquer combien cela me réjouit
et combien cela me suffit.
Il suffit d'exister pour être complet ».
Parfois, ce paradoxal mysticisme de la matière rejoint ce que le philosophe Clément Rosset appelle «une éthique de la cruauté », réfractaire à tout espoir et toute attente, qui se refuse à atténuer les aspérités du réel et obéit au principe de réalité suffisante. La plus haute et la plus difficile tâche de l'homme est alors de « s'accommoder du réel, trouver sa satisfaction et son destin dans le monde sensible et périssable », délesté de tous symboles et consolations métaphoriques. Pessoa / Caeiro n'est pas loin de cette éthique :
« Les choses n'ont pas de signification : elles ont une existence.
Les choses sont l'unique sens occulte des choses. »
Ailleurs dans ce recueil, ceci encore :
« La beauté est le nom de quelque chose qui n'existe pas
et que je donne aux choses en échange du plaisir qu'elles me donnent.
Cela ne signifie rien.
Pourquoi dis-je donc des choses : elles sont belles ! »
Le « désenchantement serein » qui sourd de cette très belle poésie pourtant minimaliste aura un disciple parmi les hétéronymes de Pessoa : il s'agit d'Alvaro de Campos dont quelques textes sont repris dans le présent recueil.
Chez lui on assiste toutefois à une maturation de cette éthique en une sorte d'existentialisme avant la lettre fort surprenant si longtemps avant Sartre ou Camus :
« Je vois les êtres vivants et vêtus qui se croisent,
Je vois les chiens qui existent eux aussi,
et tout cela me pèse comme une sentence de déportation,
et tout cela est étranger, comme toute chose ».
Soudain, le mal-être se fait plus insistant :
« Auprès de moi, accompagnement banalement sinistre, le tic-tac crépitant des machines à écrire.
Quelle nausée de la vie !
Quelle abjection, cette régularité…
Quel sommeil, cette façon d'être ».
Ce recueil est une invitation à approfondir l'oeuvre foisonnante de Pessoa, un auteur qui interpelle par la variété de ses points de vue. le vertige qui peut nous saisir à cette découverte d'un homme à ce point épars n'est peut-être finalement que le symptôme de notre propre morcellement...
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Beatrice64
  15 avril 2011
Nous avons tous deux vies :
la vraie, celle que nous avons rêvée dans notre enfance, et que nous continuons à rêver, adultes, sur un fond de brouillard;
la fausse, celle que nous vivons dans nos rapports avec les autres,
qui est la pratique, l'utile,
celle où l'on finit par nous mettre au cercueil.
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Wozniaksandy
  24 mars 2018
La poésie de Fernando Pessoa présente « l'analyse la plus subtile et tragique de l'homme du xxe siècle, mais aussi la plus lucide et la plus impitoyable.
Le poète se penche sur les problématiques du xxe siècle : le moi, la conscience, la solitude. Sa manière de les affronter, à savoir l'hétéronymie, fait de lui une figure étonnante et incontournable de la poésie contemporaine.
J'ai personnellement préféré la première partie, même si l'opposition entre les deux types de visions est ce qui rehausse le charme de chacune d'elles. La divergence des styles est surprenante. On retrouve des souvenirs vagues et imprécis ici et là au sein des hétéronymes (orthographe unique, mais possédant plusieurs prononciations et sens différents). La découverte d'un auteur español original qui a de bonnes idées et dont la pluralité est à retenir.
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Citations et extraits (119) Voir plus Ajouter une citation
MalauraMalaura   22 septembre 2012
Si je meurs très jeune, écoutez ceci :
je ne fus jamais qu’un enfant qui jouait.
je fus idolâtre comme le soleil et l’eau
d’une religion ignorée des seuls humains.
Je fus heureux parce que je ne demandai rien.
non plus que je ne me livrai à aucune recherche ;
de plus je ne trouvai qu’il y eût d’autre explication
que le fait pour le mot explication d’être privé de tout sens.
Je ne désirai que rester au soleil et à la pluie -
au soleil quand il faisait soleil
et à la pluie quand il pleuvait
(mais jamais l’inverse),
sentir la chaleur et le froid et le vent,
et ne pas aller plus outre.
Une fois j’aimai, et je crus qu’on m’aimerait,
mais je ne fus pas aimé.
Je ne fus pas aimé pour l’unique et grande raison
que cela ne devait pas être.
Je me consolai en retournant au soleil et à la pluie
et en m’asseyant de nouveau à la porte de ma maison.
Les champs, tout bien compté, ne sont pas aussi verts pour ceux qui sont aimés
que pour ceux qui ne le sont pas.
Sentir, c’est être inattentif.
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coco4649coco4649   11 octobre 2014
BUREAU DE TABAC

…Je suis aujourd’hui perplexe, comme qui a réfléchi, trouvé, puis oublié.
Je suis aujourd’hui partagé entre la loyauté que je dois
au Bureau de Tabac d’en face, en tant que chose extérieurement réelle
et la sensation que tout est songe, en tant que chose réelle vue du dedans.

J’ai tout raté.
Comme j’étais sans ambition, peut-être ce tout n’était-il rien.
Les bons principes qu’on m’a inculqués,
je les ai fuis par la fenêtre de la cour.
Je m’en fus aux champs avec de grands desseins,
mais là je n’ai trouvé qu’herbes et arbres,
et les gens, s’il y en avait, étaient pareils à tout le monde.
Je quitte la fenêtre, je m’assieds sur une chaise. À quoi penser ?

Que sais-je de ce que je serai, moi qui ne sais pas ce que je suis ?
Être ce que je pense ? Mais je crois être tant et tant !
Et il y en a tant qui se croient la même chose qu’il ne saurait y en avoir tant !
Un génie ? En ce moment
cent mille cerveaux se voient en songe génies comme moi-même
et l’histoire n’en retiendra, qui sait ?, même pas un ;
du fumier, voilà tout ce qui restera de tant de conquêtes futures.
Non, je ne crois pas en moi.
Dans tous les asiles il y a tant de fous possédés par tant de certitudes !
Moi, qui n’ai point de certitude , suis-je plus assuré, le suis-je moins ?
Non, même pas de ma personne…
En combien de mansardes et de non-mansardes du monde
n’y a-t-il à cette heure des génies-pour-soi-même rêvant ?
Combien d’aspirations hautes, lucides et nobles ―
oui, authentiquement hautes, lucides et nobles ―
et, qui sait ? réalisables peut-être …
qui ne verront jamais la lumière du soleil réel et qui
tomberont dans l’oreille des sourds ?
Le monde est à qui naît pour le conquérir,
et non pour qui rêve, fût-ce à bon droit, qu’il peut le conquérir.
J’ai rêvé plus que jamais Napoléon ne rêva.
Sur mon sein hypothétique j’ai pressé plus d’humanité que le Christ,
j’ai fait en secret des philosophies que nul Kant n’a rédigées,
mais je suis, peut-être à perpétuité, l’individu de la mansarde,
sans pour autant y avoir mon domicile :
je serai toujours celui qui n’était pas né pour ça ;
je serai toujours, sans plus, celui qui avait des dons ;
je serai toujours celui qui attendait qu’on lui ouvrît la porte
auprès d’un mur sans porte
et qui chanta la romance de l’Infini dans une basse-cour,
celui qui entendit la voix de Dieu dans un puits obstrué.
Croire en moi ? Pas plus qu’en rien…

p.205-206

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colimassoncolimasson   03 février 2015
Le type qui prêche ses vérités à lui
Est encore venu hier me parler.
Il m’a parlé de la souffrance des classes laborieuses
(non des êtres qui souffrent, tout bien compté les vrais souffrants).
Il parla de l’injustice qui fait que les uns ont de l’argent,
Ou faim du dessert d’autrui, je ne saurais dire,
Il parla de tout ce qui pouvait le mettre en colère.

Comme il doit être heureux, celui qui peut penser au malheur des autres !
Et combien stupide, s’il ignore que le malheur des autres n’est qu’à eux,
Et ne se guérit pas du dehors […].

Le fait de l’injustice est comme le fait de la mort.
Pour moi, je ne ferais pas un pas afin de modifier
Ce qu’on appelle l’injustice du monde.
Mille pas que je ferais à cet effet,
Cela ne ferait que mille pas de plus.
J’accepte l’injustice comme j’accepte qu’une pierre ne soit pas ronde […].

J’ai coupé l’orange en deux, et les deux parties ne pouvaient être égales ;
Pour laquelle ai-je été injuste –moi qui vais les manger toutes les deux ?
+ Lire la suite
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MalauraMalaura   29 mai 2012
Notre vie est un voyage
Dans la nuit et dans le vent
Nous trouvons notre passage
À travers espace et temps
Rien jamais ne nous arrête
Et du soir jusqu'au matin
Chaque nuit est une fête
Et non pas un songe vain
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patrick75patrick75   29 novembre 2013
LE GARDEUR DE TROUPEAUX

X

" Holà, gardeur de troupeaux,
sur le bas-côté de la route,
que te dit le vent qui passe ?."

" Qu'il est le vent, et qu'il passe,
et qu'il est déjà passé
et qu'il passera encore.
Et à toi, que te dit-il ?"

"Il me dit bien davantage.
De mainte autre chose il me parle,
de souvenirs et de regrets,
et de choses qui jamais ne furent."

" Tu n'as jamais ouï passer le vent.
Le vent ne parle que du vent.
Ce que tu lui as entendu dire était mensonge,
et le mensonge se trouve en toi."
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