AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 282510566X
Éditeur : L'Age d'Homme (10/10/1994)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 35 notes)
Résumé :
" Il faut dire que, pour eux, chaque année, vers le 25 octobre, le soleil était vu pour la dernière fois et il ne reparaissait pour eux que le 25 avril. Le 25 octobre, au-dessus de la montagne qui est au sud, il y avait encore une traînée de feu, une vague gerbe d'étincelles comme quand avec un bâton on attise un brasier; et c'était fini pour six mois. " Mais le rebouteux Anzévui a prédit que, ce printemps-ci, le soleil ne reviendrait pas... Le village s'installe da... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  29 septembre 2018
Encore une merveille due à la plume ensorcelée de Ramuz!
Une grande tension, une plongée crépusculaire dans une attente terrifiée: celle d'un petit village du Valais, Saint Martin d'en-haut, si encadré de sévères montagnes que le soleil y disparaît quasiment pendant cinq mois.
Alors, quand Anzévui, le vieux sage, prédit sa disparition définitive, c'est l'effroi.
Le compte à rebours commence.
Patiemment, douloureusement, ironiquement, Ramuz scrute les coeurs et les corps face à cette disparition annoncée.
Il y a les prudents qui amassent, entassent, prévoient, thésaurisent. Les désespérés qui se noient dans leur chagrin et dans l'alcool. Les malins qui profitent du désarroi général pour tirer leur épingle du jeu. Les courageux qui risquent leur vie pour se forger une opinion. Les généreux qui tentent de redonner l'espoir aux autres. Les pessimistes qui se résignent et font leurs adieux. Les optimistes qui les rabrouent. Les amoureux de la vie pleins de sève, de rire et de déni.
Peu à peu, le lecteur, magnétisé par ce huis-clos hivernal et montagnard, en vient à douter, à redouter, à vaciller.
Fable politique d'une apocalypse réelle- la seconde guerre menace? Fable métaphysique sur la force ou la fragilité de notre foi dans la vie?
Peu importe : le roman de Ramuz, une fois encore, tire sa puissance de conviction de sa langue- ces étranges formes semi - passives qui présentent les personnages comme à distance, comme s'ils étaient épiés par une instance narrative mystérieuse, voilée, et oppressante - "ils étaient vus" , "on l'a aperçue ".
Ou encore cette fausse maladresse dans le tâtonnement des images - " elles ont été comme quand la rosée, à la pointe de l'herbe, brille dans le jour"- , qui sort les mots de leur gangue pour les faire soudain étinceler dans la lumière!
Ou ces temps verbaux baladeurs, tantôt présent, tantôt passé, qui secouent le sablier rituel de bien étrange manière..
J'ajoute des descriptions magnifiques, des descriptions de mouvement comme si elles étaient d'un chorégraphe, de paysages comme si elles étaient d'un peintre, de bruits comme si elles étaient d'un musicien...
Ramuz est une sorte de magicien qui s'empare d'un sujet tout simple-une prédiction jette le trouble dans un village perdu- et en fait une symphonie majestueuse, avec prélude, mouvements, motifs, et final éclatant.
Un bijou, tour à tour ténébreux et solaire!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          313
Mijouet
  14 août 2013
Un village de montagne isolé et privé de soleil en hiver, un bruit qui court, un peu de paranoïa: si le soleil ne revenait pas! Un seul jour (là c'est l'absence de soleil sur plusieurs mois!), un seul lieu, un seul événement. Ramuz a eu le génie de transposer dans une histoire de village de montagne les règles du théâtre le plus classique. La grosse patte d'un maître (clin d'oeil à Vincentf)...
Et dans la foulée, n'oublions pas le film de Claude Goretta, avec Charles Vanel dans son dernier rôle majeur, un hommage à Ramuz très réussi!
Image de la citation:
http://www.notrecinema.com/images/filmsi/si-le-soleil-ne-revenait-pas_341750_42526.jpg
Commenter  J’apprécie          224
dourvach
  03 mai 2014
Anzévui, le vieux fou du village... Isabelle, la belle, lumineuse Isabelle... Revaz et les autres, tous ces noms d'humains et de lieux enfouis dans la neige étouffante du Valais ! Oui, et "si le soleil ne revenait pas ?". La petite apocalypse quotidienne de tous ces maigres jours d'hiver, de soleil invisible et de ciel blanc, puis gris, puis noir. Une magie de tous les instants dans ce nouveau "roman-poème" de C.-F. RAMUZ... qui annonce l'orage d'acier qui éclata autour de la petite Suisse.
L'année 1938 : ou quand la Littérature savait être encore plus grande que l'horreur qui s'annonce...
Roman magnifique, avec toujours cette langue étrange -- inimitable -- du conteur Vaudois qui intrigue et séduit... Evoquons encore cette étrange parenté (ou ce lien de filiation ?) de "Si le soleil..." (1938) avec "Le Désert de Tartares" (1940) de de Dino BUZZATI et "Le Rivage des Syrtes" (1951) de Julien GRACQ, deux autres chefs d'oeuvre - métaphoriques et rêveurs - qui surgiront aussi "autour" de ce nouveau bouleversement planétaire.
On pense aussi à cette contemporanéité avec "La pitié dangereuse" de Stefan ZWEIG (1938)...
P.S. 1 : Je signale néammoins que "Si le soleil ne revenait pas" fait partie de la "seconde période" de C.F. RAMUZ, avec une écriture ("expérimentale" mais profondément belle et originale) qui pourrait déconcerter certains... Roman découvert lorsque j'avais 20 ans et alors que j'étais avide de "romans relevant du genre Fantastique, j'avais trouvé (je m'en souviens) que c'était "écrit bizarre"... puis redécouvert 25 ans après : et c'est une merveille ! :-)
P.S. 2 : Tiens, et pourquoi ne donnerait-on pas aujourd'hui à lire "Si le soleil..." dans "nos" écoles de la (soi-disant ou depuis longtemps défunte) "République des Lettres" ? Quand je pense que nous découvrons la beauté des nouvelles de Bruno SCHULZ si longtemps après sa disparition tragique... ou que le merveilleux "Le silence de la forêt" (lecture suivie pour CM1, 1964, éditions Fernand Nathan) d'André DHÔTEL a été depuis longtemps oublié dans nos "Communales"... Alors que vivent longtemps encore RAMUZ, SCHULZ & DHÔTEL, nos oubliés, nos "provinciaux", nos Immortels : nos Eschyle, Sophocle et Aristophane d'aujourd'hui... !

Lien : http://www.regardsfeeriques...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          182
pgremaud
  10 août 2017
Un classique de la littérature suisse romande !
Dans les Alpes valaisannes, certains villages sont tellement retirés au fond des vallées qu'ils ne voient pas le soleil pendant une grande partie de l'année. A Saint-Martin d'En Haut, le village où se déroule ce roman, le soleil est caché du 25 octobre au 13 avril. Alors le jour où Anzevui, celui qui connaît les plantes qui soignent et qui est toujours plongé dans les livres, celui "qui ne comprend pas seulement les choses, mais la mécanique des choses", annonce que le soleil ne reviendra plus, on accorde du crédit à ses paroles. Chacun réagit à sa manière face à cette annonce. Plusieurs habitants font comme la vieille Brigitte qui ramasse du bois et constitue des réserves car il faut se tenir prêt pour continuer à vivre. Les jeunes garçons continuent à se rencontrer au café et à faire des farces. Arlettaz, lui, est content de voir arriver la fin du monde car il n'a plus de raison de vivre depuis que sa fille a quitté le village. Certains profitent du désespoir des autres et cherchent à s'enrichir.
Et puis il y a Isabelle, la jeune mariée de dix-neuf ans, qui refuse de laisser la victoire à la nuit. Elle continue à être coquette et son visage solaire et bronzé illumine les lieux où elle se trouve. C'est elle qui a l'idée de partir un matin avec six autres personnes pour aller dire bonjour au soleil et l'aider à sortir. Grâce à eux, et malgré la mort d'Anzevui, le soleil est revenu et la vie s'est "illuminée tout à coup !"
Il est assez intéressant de voir comment Ramuz, qui est pourtant un authentique Vaudois de souche, a réussi à rendre vivante l'âme valaisanne, dans ce livre comme dans Derborence.". Au-delà de l'aspect un peu anecdotique des noms de famille typiquement valaisans, il y a la vie rude des villages de la montagne, la force de la nature à laquelle on est obligé de se soumettre. D'après moi, un seul élément qui est pourtant très important en Valais manque : c'est le rôle important de la religion catholique. Mais cela s'explique par l'éloignement de Saint-Martin d'En Haut où il n'y a pas d'église et donc pas de curé sur place. Cela fait un peu penser à "Le Christ s'est arrêté à Eboli."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
topocl
  29 mai 2015
"- Tu vois comment on est, nous autres. Pas commodes, pas tant polis. C'est qu'on vit trop haut et trop à l'ombre, nous autres, parce qu'il y a trop de montagnes et qu'elles sont trop près de nous ; ça nous donne mauvaise mine, on est comme des pommes de terres qui sont restées trop longtemps en cave "
Ramuz met en mots , dans un de ses chers villages de la montagne suisse, la peur ancestrale et viscérale de la fin de tout.
Là-haut, tous les hivers on est habitués à ne pas voir le soleil, on est même assez fier d'endurer cela sans faiblir. Mais cette fois, Anzévui, vaguement sorcier, vaguement devin, l'a prédit, au retour du printemps , le soleil ne reviendra pas.
Il y a les sceptiques, il y a les indifférents, il y a ceux dont la mine devient de jour en jour plus en plus terreuse, qui ne sont plus guidés que par leur peur. Ceux qui en profitent, aussi. Qu'importe la Guerre en Espagne dont les lointaines nouvelles arrivent par la radio, si les dieux abandonnent St Martin d'en Haut ? Au fil des jours, au café ou dans les foyers, chaque brouillard prend un sens, et chacun se raccroche à ses propres croyances, qui son Dieu, qui l'alcool, l'argent, la solitude ou la famille.
Un hiver où la fin de l'espérance rôde, mais où Isabelle continue à rire et se coudre des robes...
Il y a de cette nature, rude et splendide, qui a toujours été leur joie et leur fierté, et qui d'un coup devient hostile, menaçante. Il y a de cette sagesse simple qui s'incline devant l'Ordre des choses, et rumine sa petite réponse plus ou moins digne à cette indignité annoncée. On ne laisse pas les vraies valeurs perdre leur sens, et sans révolte, sans question, on tâche de répondre par des gestes simples , dans la continuité de toute une vie, à cette menace écrasante. Mais la jeunesse et la joie ne s'en laissent pas conter, la relève est assurée.
Ramuz a toujours cette façon de parler de l'individu et du groupe, maniant le « on « et le « vous », de les mélanger bien fort pour donner naissance à une communauté à la fois humble et fière, où chacun pourtant a sa vie et ses espérances propres, où les mots comme les silences ont leur poids. Et de dire le temps qui passe dans la douleur d'un genou, la joie dans une naïveté tendre, la peur par une épaule qui se tourne dans le lit. Cette lecture est comme une marche en montagne, vers un but que chacun attend ou redoute, pleine de surprises, de pauses, de discussions. On y trouve une humanité tranquille transcendée par la nature, un passage de relais entre les générations, comme l'idée que la vie pourrait continuer, moyennant un peu de vigueur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          61
Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
dourvachdourvach   27 septembre 2014
Ils étaient les sept, ils sont arrivés sur l'arête. La neige en avait été balayée par les vents. C'est qu'ici ils ne sont contenus par rien, qu'ils soufflent du nord ou du sud. Eux se sont trouvés faire face à ce dos où les blocs, posés à la suite l'un de l'autre, ont eu soudain une couleur et une forme ; ils sont devenus gris et on voit qu'ils sont gris ; ils ne sont pas seulement gris, mais veinés et on voit leurs veines, et tachés et on voit leurs taches. Dans les vides qu'ils laissaient entre eux, un peu de neige était restée, on voyait la neige ; ailleurs on voyait la terre et il y avait aussi un peu de gazon jauni. Du jaune, du blanc, du gris, du brun.
C'est alors qu'Isabelle avait tendu le bras :
" Regardez là-bas, qu'est-ce que j'ai dit ? "
Ils s'étaient arrêtés. On la voyait maintenant, elle ; elle aussi, elle les voyait. On voyait la couleur de leurs visages, on voyait la couleur de leurs vêtements : les guêtres de Métrailler, les jambières de Tissières, la moustache de Julien Revaz ; et elle, ses joues joues brunes qui étaient dans leur milieu comme la pêche quand elle mûrit :
" ça va être le beau temps. Souffle dans ton cornet, Jean, qu'ils nous entendent du village. Souffle comme à la caserne. Dis-leur : "Debout, les vieux, c'est le moment."... "
Jean a soufflé dans son cornet.
Alors on a vu le village renaître peu à peu à lui-même. De là-haut, ils l'ont vu ressusciter à la lumière (...)

C.-F. RAMUZ, "Si le soleil ne revenait pas", 1937 (édition de poche "L'âge d'Homme", Lausanne -- ou Intégrale des Romans, coll. "La Pléiade", Gallimard, 2005, tome 2, pages 1299-1300) : chap. XIII
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
michfredmichfred   28 septembre 2018
Ils écoutent encore, il n'y a rien que ce bruit au-dedans de vous qui va mourant et laisse venir à sa suite l'immense silence qui est sur le monde comme si le monde n'était plus; comme si on n'était plus au monde, comme si on était suspendu bien au-dessus de la terre dans le grand désert où les astres en tournant sont silencieux.
Commenter  J’apprécie          270
dourvachdourvach   04 octobre 2014
Vers les quatre heures et demie, ce jour-là, Denis Revaz sortait de chez lui. il boitait assez bas.
C'était son genou qui n' "aillait pas", comme il disait ; et on lui disait : "Comment va votre genou ?" ; il répondait : "Il ne va pas fort."
Ainsi il a longé non sans difficulté la petite rue qui traverse le village, et on l'a vu ensuite s'engager sur sa gauche dans un sentier qui menait à une vieille maison.
A peine si on l'apercevait encore dans l'ombre, cette maison ; on distinguait pourtant que c'était une maison de pierre avec un toit couvert en grosses dalles d'ardoise, et il se confondait par sa couleur avec la nuit, mais est-ce bien la nuit ? ou est-ce le brouillard ? ou encore autre chose ?

(C.-F. RAMUZ, "Si le soleil ne revenait pas", 1937, chapitre I -- incipit)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
MijouetMijouet   17 décembre 2015
— Et, disait Arlettaz, qu’est-ce qu’il faut faire ? Et, tu sais, que je l’ai cherchée [sa fille]. Deux ans que je la cherche, dis donc... Et tu comprends que, si on me dit que c’est la fin, la fin du monde, moi, je réponds : « Tant mieux! » Comme ça, je n’aurai plus besoin de chercher. Jusqu’aux deux bouts du pays, aux sources du Rhône et au lac, ça va faire trois ans, ça me fera du repos. Et ça viendra au bon moment, dit-il, parce que je n’ai plus rien.
Mais c’est là que sans doute Follonnier l’attendait:
-—Plus rien?
-— Non, plus. rien, disait Arlettaz; c’est que ça coûte cher, ces voyages, et ils donnent soif, qu’est-ce que tu veux? J’ai vendu mes chèvres, j’ai vendu mes vaches, j’ai' vendu mes prés, il ne me reste que mes outils. Est-ce que tu m’achètes mes outils?
- Non, dit Follonnier, en fait d’outils, j’ai déjà ce qu’il me faut. Mais il y a ton champ des Empeyres, si tu veux.
— Il n’est pas à vendre.
— A quoi est-ce qu’il te servira, si c’est la fin du monde
— Et à toi?
— Qu’est-ce qui te dit que je veux finir, moi?
—- C’est que c’est un bon champ; on y fait le meilleur seigle du pays. Dis donc, Follonnier, tu le voudrais, ce champ ?
— Oh! disait Follonnier, j’y tiens pas... Seulement, je vois bien ce qui te fait besoin: tu veux avoir ta liberté. Et tu te dis que, si c’est la fin, il ne serait pas mauvais d’avoir un peu d’argent en poche pour l’attendre. Moi, si je t’achetais ce champ, ce serait bien pour te rendre service…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
JunoRJunoR   26 mai 2018
— Tu as pourtant refait les calculs et tu es arrivé au même résultat que moi… Eh bien, je vais te dire, parce que tu n’as pas compris. Eh bien, dans le livre, il y a une guerre ; – il y a justement une guerre à présent. Mais il y a aussi une guerre dans la région du soleil. 1896 et 41, ça fait le compte. Il est dit aussi, dans le livre, que le ciel s’obscurcira de plus en plus et, un jour, le soleil ne sera plus revu par nous, non plus seulement pour six mois, mais pour toujours.
Revaz demande :
— Rien que pour nous ?
— Pour tout le monde.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Videos de Charles Ferdinand Ramuz (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Charles Ferdinand Ramuz
Relecture : Charles-Ferdinand Ramuz (1978 / France Culture).
autres livres classés : littérature suisseVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Noms de famille et la nature

Noms; trois ont pour origine le bois, mais un quatrième est l'intrus, lequel?

Dubreuil
Bosh
Combescure♧
Wood

10 questions
86 lecteurs ont répondu
Thèmes : Noms de personnes , nature , montagnes , métier d'autrefois , animauxCréer un quiz sur ce livre