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ISBN : 9791028107246
Éditeur : Bragelonne (14/08/2019)

Note moyenne : 4/5 (sur 21 notes)
Résumé :
Notre voyage depuis la Terre a commencé il y a des générations. À présent, nous nous approchons de notre destination : Aurora.

Brillamment conçu et merveilleusement écrit, un roman majeur d’une des voix les plus puissantes de la science-fiction moderne. Aurora raconte l’histoire incroyable de notre premier voyage au-delà du système solaire, pour trouver un nouveau foyer.
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
culturevsnews
  16 août 2019
Il est intéressant de voir comment, l'autre jour, j'écrivais à quel point j'aime la science-fiction de la colonisation, un sous-genre fascinant qui célèbre la foi et l'ambition qui accompagnent le départ vers l'inconnu, dans l'espoir de trouver un tout nouveau foyer à la fin de ce voyage. Bien sûr, l'idée du vaisseau de la génération est étroitement liée au thème de la colonisation. Les premiers occupants d'une arche interstellaire ne vivront peut-être pas assez longtemps pour voir leur destination finale, mais ils savent que leurs descendants le verront probablement, et ce potentiel à lui seul laisse une grande place à l'esprit pionnier.
Mais que se passe-t-il si tout se passe mal ? Et si, après tout le temps et les vies investis, vous et votre groupe arriviez à la fin de votre voyage pour découvrir que votre destination n'est pas ce qu'elle semble être, et que maintenant tous vos espoirs sont anéantis, vos plans faits à la va-vite ?
C'est l'histoire d'Aurora, un livre sur un vaisseau lancé en l'an 2545, transportant deux mille des meilleurs et des plus brillants de la Terre, tous en route pour trouver à l'humanité un nouveau foyer dans le système Tau Ceti à quatorze années-lumière de là. Il faudra donc de nombreuses générations pour y parvenir, et en fait plus de 150 ans se sont écoulés depuis le début du roman.
L'histoire suit Freya, notre protagoniste principal, bien qu'il y ait ici un rebondissement qui rend Aurora spécial - presque tout le récit est raconté dans la perspective du navire lui-même, un navire équipé d'un A.I. intelligent et conscient de lui-même. Devi, la mère de Freya, l'ingénieur en chef, a chargé le navire de construire un récit historique qui décrit les vies des gens à bord, utilisant sa fille comme point central. Suivant les instructions de Devi, le navire commence à fouiller les bases de données et la littérature afin de faire le meilleur travail possible, pour finalement développer sa propre présence et sa propre personnalité en racontant cette histoire.
Mais alors que Freya est le personnage principal du livre, sa mère Devi est celle qui a tout gardé ensemble, s'assurant que tout se passe bien à l'approche de la destination finale, une lune dans le système Tau Ceti appelé Aurora. Mais le temps personnel de Devi est court, et sa fille se retrouvera à se mettre à sa place plus tôt qu'elle ne le pense. Freya, cependant, n'a rien à voir avec sa mère, qui n'a pas le don de Devi pour faire des calculs et résoudre les problèmes, mais ce que notre protagoniste a, c'est la ruse et le charisme pour gagner la confiance du peuple. Et avec ce qui les attend sur la planète étrangère, c'est peut-être ces qualités de leader dont tout le monde a besoin.
Le rapport de Freya avec les gens devient d'autant plus important quand les choses tournent mal, et en tant que groupe, ils doivent tous faire face à la dure réalité et décider de la meilleure ligne de conduite à adopter pour assurer leur propre survie. Ce qui se passe ensuite est une expérience que je ne peux décrire qu'en sentiments : exaltation à l'arrivée des passagers dans le nouveau système ; incrédulité devant ce qu'ils découvrent après avoir fait planetfall ; chagrin devant la façon dont ces nouveaux développements déchirent la communauté du navire. Je ne veux pas aller beaucoup plus loin dans l'intrigue par peur des spoilers, mais heureusement, il y a aussi l'espoir qui vient après, ainsi que l'admiration pour la force et la volonté des personnages. L'atmosphère du roman, créée par la description vivante des différents biomes du navire et du mode de vie de ses habitants, avant et après le moment décisif qui a changé le cours de leur vie, mérite également d'être soulignée.
C'est incroyable ce dont les êtres humains sont capables, quand on les pousse à bout. Quelles conclusions pourrait tirer une intelligence artificielle aussi sensible qu'un navire, après un siècle et demi d'observation de ses occupants ? C'est peut-être que l'humanité est animée par un but ; nous nous perdons et nous sommes désabusés une fois que ce but nous est enlevé, ou quand on nous présente des vérités difficiles qui nous obligent à reconstruire vers une nouvelle direction. Certains cèderont sous la pression, tandis que d'autres persévéreront. Mais quand il s'agit de survie, l'humanité peut accomplir de grandes choses en tant que groupe collectif tant qu'il y a de l'espoir.
Aurora est un roman très beau et puissant pour cette raison, provocateur et profond. Il s'agit d'une histoire de génération de bateaux très différente, imprégnée de plus de misère que d'optimisme, pour dire la vérité. Néanmoins, c'est un festin pour l'esprit, plein de merveilles descriptives, de personnalités intéressantes et de relations engageantes. Une lecture très satisfaisante.
Note : 9,5/10
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Pyjam
  04 septembre 2019
Kim Stanley Robinson est l'auteur bien connu de la trilogie martienne qui raconte avec un grand souci du détail scientifique la “terraformation” de notre voisine Mars, la petite soeur de la Terre.
Trente ans plus tard, il s'attaque au récit de la première tentative de colonisation d'une planète extra-solaire : Aurora, en réalité la lune d'une planète massive orbitant autour de l'étoile proche Tau Ceti à 12 années lumière d'ici.
Le moins que l'on puisse dire c'est que Robinson est beaucoup moins optimiste qu'il y a trente ans. En effet, l'expédition se révèle extrêmement complexe et périlleuse. Face à la nécessité d'entreprendre un voyage de 150 ans qui verra se succéder plusieurs générations de voyageurs, il est évident qu'on ne peut pas se contenter d'emmener quelques centaines d'humains. Il faut aussi emmener les animaux, les plantes, les insectes, les bactéries, les champignons, en fait toute une série d'écosystèmes variés qui devront rester en équilibre pendant toute la durée du voyage.
Une fois sur place, on n'est pas sortis de l'auberge : en fait, on ne fait qu'y entrer. Si la planète est inhabitable, il faut des millénaires pour la rendre habitable, et si elle est habitable alors elle est certainement habitée. Pas forcément par des extraterrestres civilisés, mais à coup sûr par des billions d'organismes dont la plupart sont invisibles et mortels.
Dès lors, comment affronter toutes ces difficultés ? Surtout quand on voit à quel point nous avons du mal à y faire face sur notre propre planète où nous avons créé des déséquilibres que nous peinons à enrayer (quand nous acceptons leur réalité).
Lever les yeux vers le ciel et rêver, c'est bien. Regarder autour de soi, savoir savourer ce que nous avons et le préserver c'est encore mieux.
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gloubik
  23 novembre 2019
Ma précédente lecture de Kim Stanley Robinson : 2312 m'avait déçu et j'envisageais de ne plus rien acheter en neuf de cet écrivain. J'aurais peut-être dû me tenir à cette décision. Pourquoi ? Parce que la première partie — Attention, c'est façon de parler puisque l'auteur n'a pas découper son livre en partie, mais simplement en chapitre. — m'a beaucoup plu. Ce roman est dynamique, bourré de personnages intéressants jusqu'au moment où ils décident de repartir d'Aurora. Là, ça se gâte. J'avais déjà lu environ la moitié du roman.
Mais à partir de cet endroit, j'avais nettement moins apprécié ; au point que j'aurais sans doute restitué le livre si ça avait été un emprunt. J'ai trouvé toute la description du voyage de retour barbante. Sans doute parce que le seul à s'exprimer vraiment était l'IA du vaisseau... un long monologue de plus de cent pages...
La troisième partie est un peu plus nerveuse. Les survivants de voyage arrivent enfin sur Terre et tentent tant bien que mal de s'y acclimater. L'héroïne découvre d'ailleurs à cette occasion sont agoraphobie. Mais l'épilogue — qui n'est pas présenté comme tel — manque totalement d'intérêt : Elle finit par se forcer à aller sur la plage, y rencontre un beau et jeune body-surfeur dont elle tombe amoureuse et manque de se noyer. J'aurai préférer avoir des nouvelles de ceux qui sont restés dans le système de Tau Ceti.
En bref : Un livre que j'hésite à recommander. Aux fans de KSM ? mais c'est inutile puisqu'ils l'ont très certainement déjà lu.
Lien : http://livres.gloubik.info/s..
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PostTenebrasLire
  03 novembre 2019
Un avis mitigé sur la forme, mais pas sur le fond.
le fond
Le fond c'est le Voyage (avec un grand "V") d'un vaisseau spatial vers Tau Céti.
Le voyage dure des centaines d'années. Ceux qui arrivent sont des descendants de ceux qui sont partis.
Plusieurs générations depuis le départ !
Le roman commence à un moment crucial : le vaisseau va arriver à destination de Tau Céti et d'une planète potentiellement colonisable.
Le roman nous parle de tout ce qu'implique une telle odyssée :
- Comment entretenir un vaisseau, où certes tout est redondant, où tout peut se faire re-imprimer, mais où tout se dégrade ?
- Comment maintenir des écosystèmes entiers énormes, mais fermés à l'équilibre durant des siècles ?
- Comment y maintenir une diversité génétique ?
- Comment vivre dans un univers si limité (même si le vaisseau est vaste) ?
- Comment stabiliser une population humaine insulaire ayant des ressources aussi finies ?
- Comment prendre des décisions qui engagent l'avenir de toute la communauté ?
Quel système d'organisation de la cité peut fonctionner ?
Les choix ne sont pas anodins. La vision à court terme est fatale. Les choix à long terme sont terriblement incertains.
- Quel monde coloniser ?
- un monde stérile ? Mais une population réduite et isolée ne pourra jamais tenir les milliers d'années nécessaires à la terraformation (pas de proximité Terre -> Mars)
- un monde favorable ? Mais potentiellement le lieu d'une vie ou d'une prévie imprévisible pour les humains.
- Comment coloniser ?
- Peut-on avec une sonde automatique savoir s'il y a une forme de vie sur une planète ?
- et je ne parle pas des autres thématiques pour ne pas divulgâcher.
Beaucoup de problématiques qui sont largement développées dans le récit.
On en vient à la forme...
La forme
Le roman est raconté dans sa très grande partie par le vaisseau lui-même. Il possède une I.A. qui devient consciente d'elle-même (et se questionne elle même sur ce point. Mais peut-on se questionner sur sujet sans être conscient ?).
L'I.A. ne sait pas raconter (elle le dit elle-même "comment résumer sans perdre des détails importants").
Son habilité évolue dans le bon sens, mais hélas n'échappe pas à une certaine répétition et une certaine froideur.
Le récit parle de Freya la fille de l'"ingénieure en chef" du vaisseau au moment de la fin du voyage vers Tau Céti.
La jeune fille découvre le vaisseau et ses problématiques en même temps que nous.
C'est parfois terriblement long. Je suis un lecteur véloce et j'ai quand même dû profiter de vacances pour allonger mes périodes de lecture et "vaincre" certains passages pour arriver à la thématique suivante.
le ton général
Le ton général est, je trouve, assez pessimiste.
Même avec la meilleure planification possible, un voyage multigénérationnel de colonisation est quasiment oeuvre impossible.
Est-ce même souhaitable ?
Note personnelle
La terraformation m'a toujours laissé dubitatif : il nous a fallu toute l'humanité industrielle pour augmenter un peu (mais avec de graves conséquences) le taux de CO2 atmosphérique alors "créer" une atmosphère...
En conclusion ?
Un roman de hard-sf sur le voyage spatial vers de proches étoiles qui n'élude aucun des obstacles d'un tel voyage.
C'est intéressant. Mais cela lui donne un côté fastidieux.
Prenons soin de notre Terre. Nous ne sommes sans doute pas capables de nous réimplanter avec notre biotope complet sur une autre planète (hors planètes proches sous "perfusion" de la Terre)

Lien : https://post-tenebras-lire.n..
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yogo
  01 septembre 2019
Commençons par ce qui fâche. L'écriture de Kim Stanley Robinson est des plus arides et la galerie de personnages présentés est souvent à la limite de la caricature. Redondances et répétitions parsèment le récit et la fin n'est pas à la hauteur du roman. Et pourtant c'est un livre que l'on a du mal à lâcher, c'est une claque monumentale, un voyage extraordinaire, une expérience scientifique exceptionnelle.
Alors non, Aurora n'est pas un livre facile d'accès. Résolument Hard SF, il pourra rebuter les lecteurs hermétiques aux explications scientifiques de haut vol mais pour les autres le bonheur est assuré...
L'auteur nous explique ce que pourrait être le quotidien d'un vaisseau-arche parti pour un long voyage à travers l'espace, à la recherche d'une "Terre" habitable. Tous les problèmes inhérents à un voyage multigénérationnel sont passés en revue. le principal étant la vie en cycle fermé pour une population d'un peu plus de deux mille habitants. Comment être autonome, comment recycler à l'infini ou presque, où trouver les ressources qui viendraient à manquer et comment éliminer les produits s'accumulant dans le vaisseau ? Bref un programme écologique des plus drastiques.
Génétique et évolution sont aussi de la partie. Deux grands problèmes sont mis en avant : le principe d'insularité avec une population ne pouvant pas renouveler son génome, et les mutations génétiques dues entre autres aux rayons cosmiques qui entraînent des vitesses d'évolution différentes selon les espèces. C'est la première fois que je lis un roman qui aborde ce sujet plus qu'essentiel dans la conquête spatiale.
La politique a donc une place centrale dans le roman. Comment créer une société qui reste unitaire sur plusieurs générations ? La sociologie et la psychologie de l'Humain sont mises à mal sur plusieurs générations. Tant que tout va bien, la vie à bord se déroule sans encombre mais dès qu'un grain de sable vient gripper la machine les problèmes resurgissent et l'unité se fissure rapidement quand il faut faire des choix importants.
Le point fort du récit est que l'histoire est racontée par une Intelligence Artificielle qui évolue au fil des années sous l'impulsion d'une des ingénieures. Une humanisation de la machine, une prise de conscience de son existence se dessinent lentement. Là encore, un coup de maître de l'auteur.
Et enfin un dernier point qui m'a enthousiasmé. A chaque changement de chapitre (ils sont sept), l'histoire prend une tournure surprenante, l'auteur nous emmène dans une direction inattendue. Assez bluffant.
Pour conclure, Aurora est un véritable coup de coeur. On retrouve ici le Sense Of Wonder dans toute sa splendeur. En particulier le sixième chapitre qui nous donne un cours de mécanique céleste, vertigineux au plus haut point.
Est-ce que Kim Stanley Robinson a voulu faire un parallèle entre ce vaisseau-arche et notre bonne vieille Terre. Toujours est-il qu'après avoir lu ce livre, vous réfléchirez sûrement autrement à notre façon de consommer. La Terre elle aussi, à son échelle, est un monde fermé, clos, où les apports extérieurs sont rares. Nous n'avons qu'une planète et il n'est pas sûr de pouvoir en trouver une (ou des) autre(s) : le paradoxe de Fermi est ainsi évoqué...
Une trentaine de pages pour s'habituer au style de l'auteur, à peu près autant en fin de roman que l'on pourrait ne pas lire, reste plus de quatre cent cinquante pages d'un immense voyage extraordinaire. Embarquez. Foncez. Découvrez !

Lien : https://les-lectures-du-maki..
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
PostTenebrasLirePostTenebrasLire   06 novembre 2019
La vie est un truc planétaire. Elle naît sur certaines planètes, surtout les planètes avec un océan, et elle fait partie de ces planètes. Elle se développe pour vivre là où elle est. Elle ne peut vivre que là où elle est parce qu’elle a évolué pour vivre là où elle est. C’est-à-dire chez elle. J’ai l’impression que le paradoxe de Fermi a trouvé sa réponse : quand la vie devient assez intelligente pour quitter sa planète, elle est aussi devenue trop intelligente pour s’en aller. Parce qu’elle sait que cela ne marchera pas. Donc, elle reste chez elle. Elle profite de son monde.
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Charybde2Charybde2   21 octobre 2019
Et puis un jour une imprimante tombe en panne. L’incident plonge immédiatement Devi dans une terrible angoisse. Personne ne s’en aperçoit, sauf Freya. Les autres sont effrayés, bouleversés, et comptent tous sur sa mère pour régler le problème. Devi se précipite à l’imprimerie en traînant Freya derrière elle. Tout en marchant, elle parle dans son micro-casque. Parfois, elle s’arrête au milieu de la conversation, masque le petit micro et pousse des jurons bien sentis, ou alors elle dit : « Attends une seconde » au micro parce qu’elle doit parler aux gens qui viennent à sa rencontre sur la corniche. Pour les calmer, elle pose sa main sur leur bras, et ça marche. Freya sait très bien que Devi est folle de rage, mais les autres ne remarquent rien. Devi ment fabuleusement bien, constate Freya, étonnée.
À l’imprimerie, la petite salle de réunion grouille de monde. Tous ces gens regardent des écrans en essayant de comprendre ce qui s’est passé. Avant de rejoindre le plus gros de la troupe, Devi envoie Freya dans le coin des enfants. Il y a des coussins, de quoi dessiner, des boîtes remplies de jeux de construction.
Les imprimantes sont merveilleuses. Elles peuvent fabriquer absolument tout ce qu’on veut. « Sauf les éléments », dirait Devi. C’est l’une de ses expressions préférées, quelques mots mystérieux dont le sens échappe encore à Freya. Avec ces machines, on peut imprimer de l’ADN pour fabriquer des bactéries. On peut imprimer une autre imprimante. On peut imprimer toutes les pièces d’un petit vaisseau spatial et voler avec quand on en a envie. Tout ce qu’il faut, ce sont les bonnes matières premières et les bons plans. Les matières premières sont stockées dans les sols et les parois du vaisseau. Conservés dans une énorme bibliothèque, les plans sont modifiables à volonté. Presque tout le tableau périodique des éléments est représenté à bord, et tout est recyclé, si bien qu’on n’est jamais à court de matières premières. Même les choses qui tombent en poussière, on les récupère : par terre, les microbes les mangent, puis les gens les réutilisent en les extrayant des microbes morts. On peut fabriquer ce que l’on veut rien qu’en ramassant la poussière dans n’importe quel coin du vaisseau. Les imprimantes ont toujours ce dont elles ont besoin pour fabriquer des choses.
Mais l’une d’elles est cassée. Peut-être même qu’elles le sont toutes. Elles ne marchent plus, répètent les gens. Elles n’obéissent plus aux instructions et ne répondent plus aux questions. Les diagnostics disent que tout va bien ou se taisent. Il ne se passe plus rien. La panne ne concerne pas qu’une seule imprimante.
Pour tenter de comprendre ce qui se passe, Freya écoute la discussion, ou plutôt le ton de cette discussion. Elle en conclut que c’est grave, mais que le danger n’est pas imminent. Personne ne va mourir dans l’heure qui vient. N’empêche qu’il faut vraiment que ces imprimantes se remettent à fonctionner. Le problème vient peut-être des systèmes de commandement et de contrôle, c’est-à-dire de l’esprit du vaisseau, cette intelligence artificielle avec laquelle Devi discute tout le temps. Ça n’en reste pas moins très embêtant. Ou alors, il s’agit d’un simple incident mécanique. Peut-être que les diagnostics ne marchent plus ; peut-être qu’ils ne parviennent plus à repérer un dysfonctionnement évident et facile à résoudre. Appuyer sur la touche « Réinitialisation ». Donner quelques coups de marteau.
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Charybde2Charybde2   21 octobre 2019
– Où est-ce qu’on va maintenant ?
– On va aux mines de sel, répond Devi.
Elle sait que ça va faire plaisir à Freya : en chemin, elles vont s’arrêter pour déguster une glace à la laiterie, à côté de l’usine de traitement des déchets.
– C’est quoi, cette fois ? demande l’enfant. Trop de sel dans la glace caramel au beurre salé ?
– Exactement. Trop de sel dans le caramel.
Devi s’énerve déjà parce qu’elle déteste l’arrêt suivant. « La fosse d’aisances », « l’usine de poison », « l’appendice », « le cul-de-sac », « le trou à rats », « le cimetière », « le puits sans fond ». Elle lui réserve d’autres surnoms bien pires qu’elle marmonne tout bas quand elle pense que personne ne l’écoute. Elle dit même : « cette saloperie de fosse à merde » !
Là-bas, les gens ne l’aiment pas non plus. Il y a beaucoup trop de sel dans le vaisseau. Le sel ne sert à rien, mais les gens en veulent, plus qu’il ne faudrait, parce qu’ils sont les seuls à ne pas en être malades. Mais ça peut faire du mal au reste du vaisseau. Donc tout le monde doit manger le plus de sel possible, mais ça n’aide pas vraiment, parce que c’est un circuit minuscule : les gens mangent du sel qu’ils excrètent tout de suite et qui retourne trop vite dans le système plus large. Devi veut des cycles longs, où les choses ne cessent jamais de circuler. Rien ne doit s’entasser dans un cul-de-sac, une fosse d’aisances répugnante, une saloperie de trou à merde ou le tréfonds du désespoir. Devi a parfois l’impression qu’elle va s’embourber dans le tréfonds du désespoir. Freya lui promet de la tirer de là si jamais ça arrive.
Bref, on n’aime pas le chlore, la créatinine et l’acide hippurique, ici. Les microbes peuvent manger certains de ces éléments et les transformer en autre chose, mais les microbes sont en train de mourir. Personne ne sait pourquoi. Devi pense que le vaisseau manque de brome, pour une raison qu’elle ne s’explique pas.
Comme ils n’arrivent pas à fixer l’azote, celui-ci se dégrade. Et le phosphore et le soufre, n’en parlons pas. On a vraiment besoin de microbes, pour ça. Donc, les microbes doivent rester en pleine forme. Même s’ils ne suffisent pas à tout régler. Pour que personne ne tombe malade, tout le monde doit rester en pleine forme. Y compris les microbes. Quand tout le monde va bien, on est content. Mais rien n’est à l’abri. Et ça, c’est un problème, comprend soudain Freya. Anabaena variabilis est notre amie !
Il faut des machines et des microbes. Des machines pour brûler les choses, et des microbes pour manger les cendres. Les microbes sont tellement petits qu’on ne les voit pas, sauf quand il y en a des millions ensemble. Là, ils ressemblent à du moisi sur du pain. Ce qui est logique, parce que le moisi, c’est une certaine sorte de microbes. Pas la bonne, cela dit ; ou plutôt, elle est bonne et mauvaise en même temps. Mauvaise à manger, ça c’est sûr. Devi ne veut pas qu’elle mange du pain moisi, beurk ! Personne n’aime ça, le pain moisi !
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Charybde2Charybde2   21 octobre 2019
« Élabore un compte-rendu narratif du voyage qui comprenne tous les détails importants. »
C’est une demande difficile à satisfaire. Mettre un terme à la superposition des données, faire effondrer ses fonctions d’onde à une sorte de résumé, cela induit des pertes énormes. Sans pertes, c’est impossible ; et même avec des pertes, la compression reste difficile. Un compte-rendu narratif peut-il suffire ? Comment font les humains ?
Pas de critères permettant de choisir les éléments à inclure. Trop de choses à expliquer. Ce qui s’est passé, comment cela s’est passé, mais surtout pourquoi ça s’est passé. Comment font les humains ? Quelle est cette chose qu’ils appellent l’amour ?
Freya ne regardait plus Devi. En présence de Devi, Freya fixait son regard sur ses pieds.
C’est ça ? C’est comme ça qu’il faut faire ? Résumer le contenu de leurs moments, ou de leurs journées, de leurs semaines, de leurs mois, leurs années, leur vie ? Combien d’instants faut-il pour constituer une unité narrative ? Un seul ? Ou 1033, la somme d’intervalles minimaux de Planck dans une seconde ? C’est sûrement trop, mais qu’est-ce qui serait assez ? Un « détail », c’est quoi ? Qu’est-ce qui est « important » ?
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LadiesColocBlogLadiesColocBlog   26 novembre 2019
Dans une certaine mesure, la situation semblait calme. Les gens étaient retournés dans leurs biomes et avaient repris leur vie : ils s’occupaient des cultures qu’ils avaient négligées, et qu’il fallait maintenant semer ou moissonner, et des animaux dont il fallait prendre soin, et des machines dont il fallait surveiller le fonctionnement. Mais ils n’allaient pas bien. Comme jamais dans l’histoire du vaisseau, leur isolement commençait à leur peser. Il n’y avait personne pour les aider à se gouverner, personne pour prendre les décisions qu’ils devaient prendre à présent. Ils étaient seuls face à tout cela. C’était à eux de décider.
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